SAINT-MARC DE VENISE
est entré si avant dans le sentiment des beautés byzantines, « c'est Sainte-Sophie en miniature, une réduction sur Téchelle d'un pouce pour pied de la basilique de Justinien. Rien d'étonnant à cela, d'ailleurs : Venise, qu'une mer étroite sépare à peine de la Grèce, vécut toujours dans la familiarité de l'Orient, et ses architectes ont dû chercher à reproduire le type de l'église qui passait pour la plus belle et la plus riche de la chrétienté. Saint-Marc a été commencé en 979, sous le doge Pierre Orséolo, et ses constructeurs avaient pu voir Sainte-Sophie dans toute son intégrité et sa splendeur, bien avant qu'elle eût été profanée par Mahomet II, événement qui, du reste, n'arriva qu'en 1453. »
Au-dessous de cinq coupoles coiffées de petits dômes à côtes, s'ouvrent les sept porches de la façade, dont cinq donnent dans un vaste atrium, et deux dans des galeries latérales extérieures. La profondeur de ces portails est garnie de colonnes en cipolin, en jaspe, en pentélique et autres matières précieuses. « La porte centrale, dont le contour entaille la balustrade de marbre qui règne au-dessus des autres arcades, est, comme cela devait être, plus riche et plus ornée que les autres. Outre la masse de colonnes en marbre antique qui l'appuient et lui donnent de l'importance, trois cordons d'ornements sculptés, fouillés et dé-
coupés avec une patience merveilleuse, dessinent très-fermement son arc par leur saillie. C'est audessus de cette porte, sur la galerie qui fait le tour de Téglise, que sont placés, ayant pour socles des piliers antiques, les célèbres chevaux de Lysippe, qui ont orné un instant Tare de triomphe du Carrousel. Des mosaïques sur fond d'or brillent sous tous ces porches, au mili^ d'émaux et de figures de toute sorte qui se prolongent sur les autres faces de Féglise en si grand noml)re que nous ne pouvons suivre notre guide dans le détail qu'il en fait. »
L'atrium, dont la voûte arrondie en coupoles présente en mosaïque l'histoire de VAncim Testament, conduit à la nef par trois portes de bronze, incrustées et niellées d'argent, qui viennent, dit-on, de Sainte-Sophie.
« Entrons maintenant dans la basilique. Rien ne peut se comparer à Saint-Marc de Venise, ni Cologne, ni Strasbourg, ni Séville, ni même Gordoue avec sa mosquée : c'est un effet surprenant et magique. La première impression est celle d'une caverne d'or incrustée de pierreries, splendide et sombre, à la fois étincelante et mystérieuse.
« Les coupoles, les voûtes, les architraves, les murailles, sont recouvertes de petits cubes de cristal doré, d'un éclat inaltérable, où la lumière frissonne comme sur les écailles d'un poisson, et qui servent de champ à l'inépuisable fantaisie des