SAINT-MARC DE VENISE
mosaïstes. Où le fond d'or s'arrête, à hauteur de la colonne, commence un revêtement des marbres les plus précieux et les plus variés. De la voûte descend une grande lampe en forme de croix à quatre branches, à pointes fleurdelisées, suspendue à une boule d'or découpée en filigrane, d'un effet merveilleux quand elle est allumée. Six colonnes d'albâtre rubané à chapiteaux de bronze doré, d'un corinthien fantasque, portent d'élégantes arcades sur lesquelles circule une tribune qui fait le tour de presque toute l'église.
« Au fond se déploie le chœur, avec son autel qu'on entrevoit sous un dais, entre quatre colonnes de marbre grec ciselées comme un ivoire chinois par de patientes mains, qui y ont inscrit toute l'histoire de l'Ancien Testament en figurines hautes de quelques pouces. Le retable de cet autel, qu'on appelle la Pala d'Oro, est un fouillis éblouissant d'émaux, de camées, de nielles, de perles, de grenats, de saphirs, de découpures d'or et d'argent, un tableau de pierreries représentant des scènes de la vie de saint Marc. Il a été fait à Constantinoçle en 976. Enfin, dans la. rondeur du cul de four, qui reluit vaguement derrière le grand autel, se dessine le Rédempteur sous une figure gigantesque et disproportionnée, pour marquer, suivant l'usage byzantin, la distance du personnage divin à la faible créature. Comme le Jupiter Olympien,
ce Christ, s'il se levait, emporterait la voûte de son temple. » (Théophile Gautier.)
Saint-Front de Périgueux (984) reproduit Saint- Marc, comme Saint- Marc reproduisait Sainte- Sophie. C'est le même plan, abstraction faite du vestibule, ajouté après coup à Saint-Marc, et ce sont à peu près les mêmes dimensions. Mais on demanderait en vain à la copie la richesse et la splendeur du modèle. Saint-Front est pauvre et nu. Sous le triste badigeon qui couvre les surfaces, on n'entrevoit pas la moindre trace de mosaïques. Et' cependant Tédifice est d'un grand caractère, « tant il y a de puissance dans une disposition simple et largement conçue. »
Après Saint-Front, les églises à coupoles se multiplient en France, mais elles abandonnent les dispositions et le style byzantin. Déjà Ton s'étonne de voir, à Saint-Front même, dans les ^grands arcs qui supportent les coupoles et aussi dans la courbe des coupoles, le cintre bVisé à son sonunet. Ces formes dont on a fait, bien à tort, l'attribut exclusif du style gothique, sont dès lors adoptées en Occident, à cause de leur solidité, lorsqu'il 9' agit de couvrir de grands espaces. L'art français commence. Nos constructeurs modifient, selon leur génie propre et les nécessités d'un climat moins chaud, le plan, l'aspect et les ornements des édifices. La sculpture reprend sur les chapiteaux et les