MOSQUÉE D'ACHMET
ils ont un caractère fie majesté robuste et de puissance indestructible d'un effet saisissant. »
La construction des six minarets, cerclés de balcons travaillés comme des bracelets, donna lieu à un curieux débat entre le sultan et Timan de la Mecque. « L'iman criait à l'impiété, à l'orgueil sacrilège, aucun temple de l'islam ne devant égaler en splendeur la Sainte-Kaaba, flanquée du même nombre de minarets. Les travaux furent interrompus, et la mosquée risquait de n'être jamais finie, lorsque le sultan Achmet, en homme d'esprit, trouva un subterfuge ingénieux pour fermer la bouche au fanatique iman : il fit élever un septième minaret à la Kaaba. »
§ 2. l'inde.
Djaggernat. Monuments mongoliques de Delhi.
« Quel homme, ne connaît Puri ? Puri, dont le temple élevé sert de signal aux navigateurs ! Puri, le grand rendez-vous des peuples, le séjour antique de puissantes divinités! venez à Puri, venez; vous y verrez des merveilles sans nombre ; c'est la ville des dieux et des miracles 1 » Ainsi vont criant jusque chez les ki^^^y|MpM^I|^de l'Inde les Brahmanes vÊ^T^^^^ nBÉ^à cent
lieues de Calcutta, sut la côte du Bengale. C'est au milieu d'une contrée sacrée, dans cette ville sacrée, que s'élève le fameux temple de Djaggernat , un des noms de Çiva, ce temple dont la vue seule attire sur les fidèles les bénédictions célestes, guérit les malades et assure le paradis à ceux qui meurent sur cette terre sainte.
C'est là que, douze fois tous les ans, des dévots se suspendent à des crochets acérés, se jettent sur des matelas armés de. poignards , ou se font broyer sous les roues du char qui porte la trinité brahmanique, tandis que les assistants, par centaines de mille , se balafrent le corps de cent vingt entailles, nombre consacré, ou se percent simplement la langue , avec une joie extatique. Dans ces cérémonies saintes, la caste orgueilleuse des Brahmanes se mêle humblement aux classes inférieures, qu'elle a déclarées impures : si grande est la majesté de Djaggernat 1 tous sont égaux devant lui ; « toutes les distinctions sociales disparaissent devant son immensité. »
La Société asiatique a fait don au gouvernement d'un modèle réduit du temple et du char processionnel. Ce spécimen précieux de l'art indien au moyen âge (1 198) est placé au Louvre dans la salle du musée de marine.
Le temple, ou mieux les temples , il y en a plus de cinquante, sont renfermés dans une enceinte
DJASOERNAT. 175
carrée de deux cents mètres de cAté, dont chaque face est percée d'une vaste porte. Vis-à-vis de la Porte aux Lions, la plus vénérée, celle qui sert de passage aux dieux, s'élève, dans l'axe d'une rue de quarante mètres de large, une colonne cannelée, en basaltfi noir, haute de treize mètres, surmontée d'une statue, et qui forme par sa légèreté le plus frappant constraste avec l'énorme enceinte.
Au-dessus de rentrée, en saillie sur le mur comme les pylônes égyptiens , s'élève une tour carrée qui a cinq étages. On remarque sur sa plateforme un petit ddme, une petite pyramide précédée d'une sorte de terrasse que gardent deux animaux sculptés; à cété, une ouverture laisse apercevoir deux hippopotames sur le sommet d'un édifice intérieur; au delà une autre pyramide. Dans une seconde cour se dresse un grand poteau doré qui porte une cloche dorée ; autour d'un petit temple circulaire, au dôme soutenu par des colonnes, se pressent des chapelles et de moindres bâtiments où logent les prêtres et les bayadères. C'est la confusion et la richesse d'Ellora. Partout sont des génies ailés, des dieux, des déesses, des animaux fantastiques sculptés à la porte des temples, sur les parois ou au sommet des pyramides.
Sur les flancs de la grande enceinte se voient Hix tours, moins importantes que la prekrrée, pyrami-
dale, à onze étages, et qui domine de soixante-cinq mètres ce chaos d'édifices, fait face à la tour d'entrée. Son rez-de-chaussée a quatorze mètres en largeur. Des colonnes, des pilastres, une infinité de statues ornent ses murs et surmontent les terrasses de ses étages en retraite ; à Tintérieur régnent des galeries et des colonnades. C'est dans ce temple, sur une vaste plate-forme appelée Ratna- ' singlmsan (trône des bijoux), que sont exposées d'âge en âge trois images informes et colossales en bois peint, représentations vénérées de Djaggernat, de Balarâma son frère et de Chouboudrâ sa sœur. Djaggernat a de gros yeux ronds , le nez pointu , le visage noir, la bouche ouverte et couleur de sang ; c'est lui qui, du haut d'une tour de vingt, mètres placée sur un énorme char, préside à l'écrasement des fidèles.
Le temple de Djaggernat est la parfaite image de cette monstrueuse imagination indienne qui s'épanouit en beautés étranges au milieu du sang et de la ïange.
Les envahisseurs Afghans et Mongols greffèrent sur la fécondité hindoue l'élégance musulmane ; du quinzième siècle environ jusqu'à nos jours, un art rival de l'art moresque n'a cessé d'enrichir le Bengale de palais, de tombeaux et de mosquées dont il ne restera bientôt que les ruines. Nous jetterons seulement un coup d'œil sur Delhi , vaste