MOSQU££S ET PALAIS D'ISPAHAN
formes polygones; on se perd dans Ténumération des longs portiques à ciel ouvert, des balcons, perrons, galeries, fontaines, dômes et minarets. Les matières précieuses, les couleurs les plus vives, porphyre, jaspe, lames d'argent massif , dorures, émaux bleus ^t carreaux de faïence vernissée, sont prodigués dans les voussures des portails, sur les murailles et jusque sur les couvertures. La partie centrale de la mosquée est un vaste pavillon sur arcades, coiffé d*une coupole si haute qu'on la voit de quatre lieues. Quatre autres dômes qui l'accompagnent couronnent des portiques voisins.
Toute la construction est en pierre revêtue de briques peintes.
Le Palais royal, qui avoisine la mosquée, est sans doute le plus grand des cent trente-sept palais que possédaient les Sophis dans Ispahan ; il y en a peu dans le monde qui l'égalent en étendue. C'est une succession éblouissante de salles, de kiosques, de pavillons à jour disséminés au milieu de jardins que nous aurons occasion de décrire dans un autre livre. Citons, à titre de curiosité, le Salon de TËcurie où sont réunis, aux jours de solennités, les plus beaux chevaux du roi, harnachés de pierreries, attachés avec des chaînes d'or. Les Magasins, Collections, Ateliers royaux, ne le cèdent point à la royale écurie. Chardin décrit ainsi le Salon des Vases : il a la forme d'une croix grecque
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avec une coupole au-dessus d'un bassin d'eau; des tapis d'or et de soie couvrent le sol. Il n'y a rien de plus riant et de plus gai que cette infinité de vases, de coupes, de bouteilles de toutes sortes de formes, de façons et de matières, comme de cristal, de cornaline, d'agate, d'onyx, de jaspe, d'ambre, de corail, de porcelaine, de pierres fines, d'or, d'argent, d'émail, mêlés l'un parmi l'autre, qui semblent incrustés le long des murs et qui tiennent si peu'qu'on dirait qu'ils vont tomber de la voûte. Chardin vante encore la Salle du Trône, revêtue de marbre blanc, éclairée par des châssis de cristal, et décorée de peintures qui représentent des batailles ; les bâtiments du Sérail, dont les boiseries sont de senteur et les voûtes d'azur ; enfin et surtout un pavillon élevé sur le portail principal (Porte Glorieuse), à une telle hauteur qu'en regardant de là dans la place, on ne reconnaît pas les gens qui passent et qu'ils ne paraissent pas grands de deux pieds : il est complètement à jour, soutenu sur trois rangs de hautes colonnes et orné au milieu de trois jets d'eau dans un bassin de jaspe.
Les Persans ne s'entendaient pas moins aux ouvrages d'utilité qu'aux édifices religieux ou de plaisance, témoin le pont de Julfa, toujours à Ispahan, construit aux frais d'Allaverdy-Kan, favori d'Abbas le Grand,
PONT ÊB JULFA* 183
Ce pont, qui fait suite à une magnifique allée, a 360 pas de long sur 13 de large. Il est flanqué de murs de briques, percés de bout en bout de galeries que des arcades éclairent de neuf en neuf mètres. Des plates-formes garnies de parapets à jour et où Ton monte par quatre tourelles, aux quatre coins du pont, couronnent les murs, à une hauteur de cinq mètres environ. Deux cabinets extérieurs suspendus sur l'eau, marquent le milieu du pont. Le dessous est plus étonnant encore que le dessus. Trente-quatre arches de pierre grise, plus dure que le marbre, supportent le tablier; elles sont construites sur un soubassement continu qui les dépasse, si bien qu'on peut s'y promener quand Teau est basse ; des soupiraux permettent au fleuve de s'écouler sans ébranler ce soubassement. Les arches sont en outre percées dans leur épaisseur, et de grosses pierres carrées, placées de deux pas en deux pas, permettent d'en franchir aisément l'intervalle. Enfin une petite galerie est pratiquée audessus des arches : si bien que huit personnes peuvent à la fois passer ce merveilleux pont par diflërentes routes.
Telles étaient les magnificences d'Ispahan; mais depuis le dernier siècle, la capitale a été transportée à Téhéran, et toutes ces merveilles tombent aujourd'hui en ruines.
L'architecture chinoise^ plus variée, plus caprî-
cieuse encore que l'art persan, nous offrirait aussi bien des sujets d'admiration si elle ne s'écartait absolument de notre goût et de nos habitudes. Elle a su élever, deux cents ans avant notre ère, une muraille longue de six cents lieues', flanquée de tours, et si large que six cavaliers de front pouvaient courir sur son sommet ; elle a, vers le même temps, couvert d'une seule arche en plein cintre un vallon large de cent soixante mètres; elle a connu les viaducs et les ponts suspendus. Au septième siècle de notre ère, un prince fit placer devant la porte d'un palais deux colonnes de fer et de cuivre, hautes de trente-cinq mètres, érigées sur de larges monticules de métal. Quand l'introduction du Bouddhisme eut répandu l'usage des hautes tours, nul ne surpassa les Chinois dans la construction de ces étranges monuments. La grande Tour de Porcelaine, qu'on admire à Nankin, bâtie
• au quinzième siècle sur l'emplacement d'une autre qui datait du cinquième environ, atteint une hauteur de près de cent mètres. Dans l'origine, huit chaînes de fer , tombant du faite sur chacun des huit angles saillants, portaient soixante -douze clochettes d'airain ; quatre-vingts autres clochettes pendaient aux toits vernissés de neuf étages, ornés de cent vingt-huit lampes. Sur le faîte se dresse
* un grand mât enfermé dans une spirale de fer à jour, et couronné d'un globe doré d'une grosseur
XOCflIGALCO. 185
extraordinaire. Voilà ce que les Chinois appellent la Tour de Porcelaine, à cause des poteries brillantes qui en revêtent les murs et les toits.
Ne quittons pas Textrême Orient sans jeter un coup d'œil sur Tart des Mexicains et des Péruviens, que Ton croit des transfuges de l'Asie; on ne saurait attribuer une date certaine à leurs Théocallis et à leurs villes ruinées ; cependant deux époques distinctes peuvent leur être assignées; Tune antérieure aux Incas du Pérou et aux Aztèques du Mexique, nous reporterait aux premiers siècles de notre ère ; la seconde, dont les constructions ont été vues dans leur splendeur par les conquérants espagnols, comprend les derniers siècles du moyen âge. Toutes deux ont ce caractère commun que la plupart de leurs monuments se présentent élevés sur des pyramides en gradins. Leur apparence est gigantesque, leurs matériaux énormes, leur décoration monstrueuse. Palenqué, Cholula, Tiaguanaco et tous les vestiges que les explorateurs découvrent chaque jour, semblent l'ouvrage d'Égyptiens sauvages, réduits à la barbarie des Saxons au temps d'Alfred. M. Nébel décrit ainsi la curieuse pyramide de Xochicalco, située au penchant d'une montagne à vingt-cinq lieues sud de Mexico. Elle se composait de cinq corps de bâtiments carrés superposés en retraite, percés de portes et ornés de sculptures. La pyramide était traversée de haut
en bas, obliquement, par un tube qui, se prolongeant sous la montagne, conduisait les rayons du soleil, lors de son passage au Zénith, à trente mètres environ au-dessous du temple, sur une sorte d'autel souterrain. L!i, comme partout ailleurs dans la haute antiquité, le soleil était le grand emblème divin.
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