‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 64 sur 110 · AMIENS · texte numérisé non relu

AMIENS

solides de sa façade^ les fortes saillies de ses lignes horizontales, la netteté sobre et majestueuse de ses galeries, et ces contre-forts qui portent les tours et semblent les appuyer au sol môme. Ces puissantes qualités de la première époque gothique , nous ne les retrouvons plus dans des façades plus vantées : aussi avons-nous tenu à les signaler.

La cathédrale d'Amiens, Tun des types de la période suivante (1220), commencée sous la direction de l'illustre architecte Robert de Luzarches , est déjà bien plus haute, bien plus oublieuse des lignes horizontales que Notre-Dame de Paris. La façade et la flèche, élevées de cinquante et de cent trentecinq mètres , auraient sans doute dépassé ces dimensions considérables, si le plan n*avait été modifié après la mort du premier architecte.

Les maîtresses voûtes atteignent quarante-quatre mètres et couvrent un vide de quinze : eflfort d'autant plus prodigieux que les murs extérieurs n'existent pour ainsi dire pas et sont remplacés par une série de contre-forts entre lesquels çont établies des chapelles. Quelques points de comparaison feront mesurer quels progrès en lé* gèreté le gothique a réalisés. Prenez, dit M. Léonce Reynaud, les colonnes de la grande nef d'Amiens ; leur élévation égale soixante-six fois leur diamètre. Les supports des Thermes de Caracalla et du tem* ^'*i de la Paix n'ont que dix diamètres ; à Saint-

Etienne de Caen, la plus élancée des églises romanes, les piliers n'en ont encore que trente-trois. La hauteur de la lief d'Amiens est de trois fois sa largeur.

Le vaisseau entier est considéré, non-seulement comme la plus belle partie de l'église, mais comme un chef-d'œuvre sans pair; il comprend cinq nefs soutenues par d'élégants piliers circulaires garnis de colonnes engagées. Deux rangs de supports pareils divisent les transsepts en trois nefis encore. C'est un coup d'œil magique , un ensemble merveilleux, otx se fondent dans un accord absolu la légèreté et la puissance.

Si admirable que soit la cathédrale d'Amiens par l'unité de sa conception, elle n'égale point en originalité séduisante l'église de Chartres. Six siècles, depuis le douzième, se sont tour à tour légué la tâché d'élever et d'orner ce riche monument.

Par un rare bonheur, l'édifice a évité les dispa^ rates choquantes et retenu toutes les grâces de la variété.

La façade étroite et haute, est surmontée de deux flèches inégales, l'une d'une sobriété ^ajes^ tueuse , l'autre d'une richesse étonnante et d'une hauteur considérable. Celle-ci est du seizième siècle ; toute fleuronnée qu'elle est, elle plaît moins que la première dont l'aiguille nue s'élance d'un seul jet vers le ciel.

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