‹ Les merveilles de l'architectureChapitre 66 sur 110 · SAINT-ÉTIENNE DE BOURGES. SIQ · texte numérisé non relu

SAINT-ÉTIENNE DE BOURGES. SIQ

Son immense iVontispice, large de cinquante më-

Calhciirale de Bourges.

très , est percé de cinq portails ans nombreuses voussure^ """■"chies d'une multitude de figures

excellentes. Les deux tours qui le couronnent, œuvres postérieures au corps de l'édiGce , sont de hauteur inégale et de beauté médiocre ; dans celle du nord, le seizième siècle a prodigué les ornements, les moulures, les clochetons et les pinacles; mais Tœil perdu dans cette décoration confuse, ne saisit nulle part les lignes solides qui seient à des constructions si importantes. Toutefois la renommée de Saint-Étienne de Bourges est pleinement justifiée par ses cinq portails, ses cinq nefs majestueuses que portent soixante piliers, ses vitraux anciens d'une belle conservation, ses portes latérales où s'épanouit la riche fantaisie du roman fleuri , enfin par les faisceaux de colonnes trapues qui soutiennent sa crypte demi-circulaire.

De toutes ses parties, les porches latéraux exceptés, il n'en est aucune qui ne se rattache au style gothique : on le trouve primitif dans la crypte et le chœur, qu'on peut attribuer à la fin du douzième siècle, un peu plus orné dans la Bef, fieu-ri dans le portail, enfin sur son déclin .dans la tour du nord.

Iltie nous reste rien des divers édifices élevés au cinquième et au neuvième siècle sur l'emplacement de la cathédrale de Reims. Au témoignage de Flodoard, historien de l'église de Reims, le monument carolingien était un des plus somptueux de la France. Complètement détruit par un incendie, en 1210, il fut, sur les dessins du fameux ar-

REIMS. sai

chitecte Robert de Coucy, et dans le court espace de trente ans, remplacé par un immense vaisseau, long de cent quarante -huit mètres, large de trente et un, haut de trente-sept, l'un des plus remarquables, sans contredit, que nous possédions par l'unité d'aspect et l'harmonie des proportions.

Le plan est celui de la croix latine. Le transsept, * très-rapproché du chevet, a forcé le chœur à déborder sur trois travées de la nef. Sept chapelles entourent le chevet, mais les bas côtés de ta grande nef en sont complètement privés. L'architecte s'est retiré volontairement ce moyen d'élargir la perspective et d'orner, de varier l'uniformité des murailles; toujours tourné vers la longueur, il supprime tout ce qui peut arrêter le regard sur les côtés ; il veut que le spectateur parcoure d'un seul coup d'reil les rangées de colonnes, la voûte et l'abside, qui semble fuir dans la profondeur. Un grand nombre de fenêtres et quatre roses « qui pour la plupart ont conservé leurs verrières du treizième siècle , • jettent sur la longue avenue centrale toutes les nuances du prisme, heureusement fondues dans un jour pourpré comme le soleil couchant.

Quatre rolonne? apsemljlét's autour d'un fort noyau cylindrique portent sur leurs chapiteaux ornéi^^joluteft QHMmuh faisceau de colonnetU^^^^^Hj^^^^^^Btrvurei de la voûte.

Ces groupes élégants coupept verticalement l'édifice de lignes simples et nobles. Au-dessus de la maîtresse arcade de chaque travée , court une galerie d'un goût simple et sévère , composée d'une suite de petites colonnes coiffées de feuillages qui portent des cintres brisés très-élancés.

Comme l'église qu'elle précède , la façade est beaucoup plus haute que large ; ses divisions horizontales disparaissent sous les ornements admirables qui la surchargent. Les tours, très-élégantes, s'élèvent à plus de quatre-vingt-trois mètres audessus du sol ; elles devaient porter des flèches. Les trois portails, surmontés de pignons aigus, sont hauts et profonds. De grandes cariatides portent les chapiteaux et les impostes des voussures sculptées. Au-dessus du grand portail, entre des édicules et des baies géminées , s'épanouit , sous une riche arcade , une rose magnifique , malheureusement obstruée dans sa moitié inférieure par la pointe fleuronnée du porche. Enfin des statues de rois s'abritent sous les pinacles d'une longue galerie que dépasse le comble de la grande nef. Toute cette superposition d'angles aigus , qui prélude déjà aux exagérations du style vertical, donne à la façade de Reims une légèreté aérienne, une élégance mystique, uuq sorte de beauté extrême et qu'on ne dépassera pas sans danger.

La cathédrale de Strasbourg n'atteint pas à cette

STRASBOUhO. 323

unité d'impression. Mais elle partage avec celles de Chartres, de Paris, de Bourges, ces ctiarmes

La catbidiale de H«ims

divers, privilège des édifices lentement achevés et où demeureat empreintes, les pbyiioDoniies de

214 MERVEILLES DE L'ABCHITECTURE.

plusieurs âges. L'austère nudité de la crrpte, le cercle massif de colonnes basses qui entourent le chœur roman , contrastent avec les piliers ingénieusement coupés de la nef, avec une chaire du quinzième siècle et un baptistère qui est une pièce d'orfèTrerie en pierre. La partie qui ayoisine la façade dépasse de beaucoup en hauteur le reste de Téglise et forme un superbe vestibule où la grande rose occidentale jette tous les feux de ses riches couleurs.

La première pierre du portail fut posée en 1277, et cette construction fut entreprise et dirigée par le célèbre architecte Erwin, né à Steinbach, petite ville du duché de Bade; son fils Jean, sa fille Sabine, qui sculpta plusieurs statues au portail méridional, ne doivent pas être oubliés. Leurs noms, ainsi que celui de Jean Hûitz, qui termina la flèche, en 1439, sont du petit nombre de ceux que le temps a respectés.

JjSl façade est en complète disproportion avec l'église. Prise en elle-même, c'est une œuvre de génie. Aussi haute quef les tours Notre-Dame, elle présente trois divisions en hauteur et trois en largeur. Au-dessus des trois portes aux voussures profondes, s'arrondit la rose, inscrite dans un vaste cintre fleuronné , comme dans une niche énorme. Le troisième étage est éclairé par deux belles fenêtres et décoré d'arcatures élancées. Les statues

STBASBOURR. flS7

équestres de Clovis, Dagobert, Rodolphe de Habsbourg et Louis XIV, des scènes connues sous le nom de Sabliat,une foule de personnages aux attitudes variées, couvrent les contre-Corls, les frises, les archivoltes. Les moulures, disposées sur deux plans différents, figurent devant la muraille un écran découpé il jour; et bien qu'il en résulte, à distance, un peu de confusion dans les lignes, on demeure ébloui de ce prodigieux artifice.

C'est de la plate-forme qui termine le dernier étage de la façade, ^ue s'élance, à gauche et sans pendant, la fameuse tour qui porte !a lléche, tour unique, merveille de légèreté et d'audace, percée à jour dans toute sa hauteur, portée uniquement sur la maçonnerie de ses angles et llanquée de quatre tourelles percées également à jour, où serpentent les escaliers en spirale.

La flèche, pyramide octogone, qui semble de dentelle, est accompagnée encore de huit escaliers dans leurs tourelles à jour; une lanterne surmontée d'une couronne tt d'un fleuron porte la croix. C'est dans ces hauteurs vertigineuses, que âœihe, alors fo étudiant, restait parfois un quart d'heure, sous la couronne même, sur une petite plate-f oraae d 'un mètre cnrré, sans garde-fou. " L'adB Bw itde cette tour porta dans les pays ■B(ons de

en 1481, aux magistrats de la ville, un homme capable de diriger la construction de la coupole de Milan. Vienne, Cologne, Pribourg, entre autres, firent construire des tours par les ouvriers de Strasbourg. Mais aucune ne dépassa son modèle en hauteur et en hardiesse; la flèche de Strasbourg est restée le plus élevé de tous les édifices connus, à rexceptîon de la grande pyramide d'Egypte qui a trois mètres de plus. Elle atteint cent quarantedeux mètres. Derrière elle marchent, à dix ou vingt mètres de distance, les clochers d'Amiens, de Fribourg, de Vienne, de Chartres.

Il s'en faut que nous ayons cité toutes les églises admirables que nous a léguées le style gothique dans sa naissance et dans sa féconde jeunesse. Notre-Dame de Paris, un édifice complet, les cathédrales de Laon, de Noyon, de Soissons, n'ont été qu'incidemment mises en cause. L'étonnante coupole et les flèches de Coutances, le chœur géant de Beau vais ou de Cologne, présenteraient également des modèles de constructions religieuses. Mais en nous arrêtant à quelques types consacrés après lesquels toute description, nécessairement bornée, deviendrait monotone, nous avons du moins cherché à caractériser la structure et la décoration adoptées, non sans diversité, par les grands archi* tectes inconnus du treizième siècle, les Eudes de Montreuil, les Jean de Ghelles, les Robert de Coucy

Page 1