BLOIS
à côté d'eux se forma rapidement une école d'architectes français, école qui ne redoute aucune comparaison. Il suffira de nommer Pierre Lescot, BuUant, Philibert Delorrae, Ducerceau* qui illustrèrent les règnes de François I«% des Valois et de Henri IV.
Le premier château célèbre exécuté au seizième siècle fut Gaillon 1502-1509. Tout ce qui en reste est aujourd'hui à Paris dans la cour du palais des Beaux-Arts. Le charmant portail qu'on nomme l'Arc de Gaillon présente tous les caractères d'une transition française entre le style gothique et celui de la Renaissance; on l'attribue à un artiste rouennais, Pierre Fain.
Le château de Blois, dont quelques parties datent du treizième siècle, a passé par toutes les phases de cette transformation de l'architecture, çt il en porte les marques. Louis XII qui y était né songea le premier à l'approprier aux mœurs de son temps. On pense, peut-être à tort, qu'il employa l'Italien Giocondo. De son règne date le corps de bâtiment qui forme le côté oriental et où se trouve l'entrée principale. A l'intérieur de la cour, le portique du rez-de-chaussée est composé d'arcades en segments de cercle supportées par des colonnes couvertes d'ornements arabesques, de fleurs de lis et d'hermines. La composition de ce portique rap- Délle tout à fait le style du château de Gaillon,
et mérite d'être remarquée à côté des riches décorations des Valois.
C'est à François I*' qu'appartient la façade nordouest, celle qu'on voit du chemin de fer, avec ses deux séduisantes galeries, ses balcons suspendus sur de longs pendentifs, ses frises où les salamandres alternent avec les oiseaux, ses pilastres superposés, aux chapiteaux variés, d'apparence corinthienne, et les courtes colonnes ioniques de son dernier étage.
c A l'ancien milieu de la façade, dont l'étendue a été diminuée par les constructions de Gaston d'Orléans, s'élève l'escalier à jour. Chaque ouvert ture, pratiquée en balcon, est ornée d'une balustrade formée de fuseaux à feuilles au premier étage, de F et de salamandres en ronde bosse aux rampes supérieures. Au-dessus de la corniche, pareille à celle de la façade, s'élève un attique terminé en terrasse et dont l'entablement est riche de toute la richesse que pouvait y apporter l'imagination des sculpteurs de la Renaissance.. Les ba^ lustres de la terrasse et les salamandres placées aux sommets des contre-forts résument les deux systèmes de la décoration des balcons et des rampes. Les contre-forts sont ornés de faisceaux d'arabesques, d'un goût exquis, et de très-belles niches où ont été placées des statuettes allégoriques pour lesquelles on ne s'est peut-être pas assez in-
CHENONGEADX. 2»!
spire des admirables modèles que nous ont laissés Jean Goujon et les autres statuaires de la Renaissance. »Le berceau rampant de l'escalier est décoré de nervures ciselées, dont les points d'intersection portent des médaillons avec des encadrements variés à l'infini. Ces nervures grimpent ainsi jusqu'en haut où elles s'épanouissent sous une voûte annulaire que supporte un noyau brodé du haut en bas de merveilleuses arabesques. L'aménagement intérieur de cette demeure des Valois est, comme leur génie, plus gracieux, plus souple qu'élevé. Ce ne sont que longues salles basses pavées de faïences vernissées, où le cicérone vous traîne, récitant de sa voix monotone les noms des rois et des princes et la mort du duc de Guise, assassiné dans le vestibule du cabinet de Henri III.
L'œuvre de François I" avait été gravement en* dommagée par la Révolution. On en doit la restauration, aussi fidèle qu'ingénieuse, à la sollicitude du roi Louis-Philippe et -au talent de M. Duban.
Le château de Chenonceaux, fondé en 1515 par Thomas Bohier, chambellan sous quatre rois, acquis en 1535 par François P% donné par Henri II à Diane de Poitiers, qui en modifia la façade méridionale, embelli par Catherine de Médicis, entouré de jardins qu'a vantés Ducerceau, successivement transmis à divers membres de la famille royale, enfin aujourd'hui habité par un riche particulier,
29S MERVEILLS3 DE L'ARCHITKLTLRE.
a été épargné pir le temps et les réTclotions. Cest une des prodnctîoDs qui font le plus d*lioiiiieiir à l'art français. On y admire à bon droit les deux étapes de galeries qui rattachent le pont do Cbipr aux appartements, les cuisines pratiquées dans les tourelles qui forment les piles de ce pont, Fadmi* rable cheminée de la salle de Catherine de Médicis, faite par Jean Goujon pour Diane de Poitiers, et des plafonds sans rivaux, rehaussés des chiffires de Charles IX et de sa mère.
Le château de Chambord,qui date aussi de François I*', et qu'on a voulu, contre toute vraisemblance, attribuer à Primatice, est d'un goût beaucoup moins fin que le pont de Chenonceaux ou les belles galeries et l'escilier de Blois : mais sa tournure originale rachète bien des bizarreries. Un donjon, flanqué de quatre fortes tours, forme le milieu de la façade. Â ce massif gothique sont appliqués les pilastres et les divisions horizontales de la Renaissance. La statuaire n'y joue pas un grand rôle. Toute la richesse de la décoration est reléguée sur les combles et les terrasses. Ce ne sont que cheminées, lucarnes, tourelles, clochetons, enjolivés des dentelures les plus capricieuses et des sculptures les plus refouillées. Parmi ces jeux d'une fantaisie étrange , s'élève la lanterne d'un escalier sans pareil en France, qu'on aperçoit des hauteurs de Blois. Dans cet escalier compliqué,