CHAPITRE IV
Les enfans prenaient tant de goût à la connaissance très -simple que M. de Lormeuil s’efforçait de mettre à leur portée , qu’ils lui rappelaient bien exactement le jour où il avait promis de leur apprendre quelque chose de nouveau. | | Comme Victor n'avait jamais vu d’éléphant, M. de Lormeuil avait eu la complaisante attention d’acheter une gravure de cet animal, qui pouvait : lui donner.une idée de sa structure et
de son volume.
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Après s'être récrié sur ses formes lourdes et gigantesques, avoir critiqué sa peau, dont la couleur est si peu agréable , trouvé qu'il ressemblait à une masse informe, qui devait posséder une bien petite dose d’intelligence , ils furent bien surpris d’apprendre qu’il pouvait exiger avec justice qu’on lui accordât l'intelligence du castor , l'adresse du singe , le sensiment et la sensibilité du chien, et y ajouter ensuite les avantages particuliers de la force, de la grandeur, de la longévité, qu'il ne partage avec aucune autre espèce.
Ses armes , qui sont ses défenses où grandes dents, peuvent .vaincre et
percer le lion ; ses pas supportentune
DE LA CRÉATION. 147 masse si lourde, qu'ils ébranlent la terre ; avec sa trompe , qui lui sert de main , il arrache les arbres ; et, d’un coup de son corps, poussé avec violence , il peut faire brèehe dans un mur.
Terrible par sa forct, il est encore invincible par la seule résistance de sa masse, et par l'épaisseur du cuir qui le couvre : il peut porter sur son dos une {our armée en guerre et chargée de plusieurs hommes. Seul, il fait mouvoir des machines, et transporte des fardeaux que six chevaux ne pourvaient remuer. À cette force prodigieuse , 1} joint le courage, la prudence , le sang-froid et la docilité.
Que d'avantages pour racheter le peu
148 LES MERVEILLES d'agrément de ses formes ! car, il faut l'avouer, son extérieur n’est pas séduisant. Son corps est gros et court, ses jambes roides et mal formées, ses pieds ronds et torlus, sa grosse tête, ses petits yeux, ses grandes oreilles , son cuir épaiget plissé, sa trompe , organe admirable et particulier à l’éléphant, qui s’en sert avec autant d'adresse que de facilité; tels sont les détails d’un ensemble qui n’offre point d'agrément, mais qui est pour l’observateur un sujet très-intéressant de réflexion.
La trompe est surtout sa partie la plus extraordinaire ; elle est très-lonque, el animal lallonge et la raccour-
cit à volonté :.c’est une espèce de nez;
DE LA GRÉATION. 149 charnue , nerveuse, creuse comme un tuyau , et très - flexible dans tous les sens.! L’extrémité de cette trompe s'é- Jargit comme le haut d’un vase, et fait un rebord , dont la partie de dessous est plus épaisse que les côtés. Ce rebord s’allonge par le dessus , et forme alors comme le bout d’un doigt; au fond de cette petite zasse, on aperçoit deux trous qui sont comme des nartnes. C’est par le moyen de ce doigt, qui est à l'extrémité de sa trompe, que l'éléphant fait tout ce qu’on peut faire avec la main. Ainsi, la Providence a donné à chaque animal des moyens, non seulement de pourvoir à
ses besoins, mais encore d’être utile
à l’homme. Et quelle variété dans les EF * &)
combinaisons ! quelle sagesse dans les moyens ! quelle prévoyance dans les ressources qu’elle leur a fournies! Oser mettre sur le compte du hasard, mot vide de sens, une si grande réunion de merveilles , n’est-ce pas joindre la folie à l’ingratitude? Lorsque l’éléphant applique le rebord de sa trompe sur quelque objet, et qu'il retre en même temps son haleine, ce corps veste attaché à sa trompe et en suit les divers mouvemens. C’est ainsi que cet animal enlève des choses très-pesantes, et même des poids de deux cents livres. L’éléphant se trouve en Asie et en Afrique. Lorsqu'on en transporte en Europe par curiosité , il faut
beaucoup de soin pour lui conserver
DE LA CRÉATION. 151 la vie ; tandis que, dans les pays où il est indigène, son existence se prolonge quelquefois au-delà de cent ans.
= Mon papa , demanda Victor , je voudrais bién savoir qu'est-ce que veut dire le mot indigène ? — I] s’applique à tout ce qui naît dans un lieu ow un climat , naturellement , et sans y avoir été transplanté d’un autre pays : par exemple, on peut dire :
l’acbre du chéne est indigène à la France, car il était l’objet de la vénération publique avant que la France fut chrétienne ; donc il était né dans nos climats. Le pécher était indigène en Perse, d’où il a été apporté en Europe depuis des siècles, et il y est
devenu indisène. On nomme exoti-
152 LES MERVEILLES ques les plantes cultivées dans un pays où elles ne sont pas naturalisées. — Voulez-vous, papa, que nous revenions à nos éléphans ? — Volontiers.
Quand l'éléphant veut manger; il arrache l'herbe avec sa trompe, en fait de petits paquets qu'il porte ensuite à sa bouche. Sa trompe a tant de force , qu'il s’en sert pour arracher de jeunes arbres, et se frayer un passage dans les forêts. Ïl fait jaillir au loin et dirige à son gré l’eau dont il a rempli sa érompe , qui peut en contenir plusieurs seaux.
Sa tête est monstrueuse ; elle supporte deux oreilles très-longues, trèslarges et très-épaisses, disposées à peu
près comme celles des hommes. Son
DE LA CRÉATION. 153 crâne a jusqu’à sept pouces d’épaisseur ; ce qui explique comment il se fait que les Indiens, en le poursuivant à la chasse, l’atteignent souvent à la tête avec leurs flèches sans le tuer. La bouche de léléphant n’est armée que de huit dents; mais la nature lui en a encore donné deux, qui sortent de la mâchoire supérieure, et sont très-fortes : elles sont longues de plusieurs pieds , et un peu recourbées.
On les appelle défenses, et elles méritent bien ce nom, car c’est l’arme puissante que l’éléphant emploie, non seulement pour se défendre contre ses ennemis, mais encore pour les attaquer. C’est avec ces dents que l'on
tire l’ivoire, qui se travaille d’une
manière si ingénieuse et si délicate, particulièrement à Dieppe.
Il est assez naturel de penser qu’un animal aussi énorme doit avoir un grand appétit, car la capacité de son estomac contient une grande quantité d’alimens. Un éléphant consomme plus en huit jours que trente nègres , et il mange jusqu’à cent livres de riz par jour.
La nourriture d’un éléphant, quiétait garde à la ménagerie du roi, consistait en quatre-vingts livres de pain, douze pintes de vin , deux seaux de potage, une gerbe de blé pour s'amuser ; car, après avoir mangé les grains des épis, il faisait des poignées de paille , dont il
chassait les mouches , et prenait plai-
DE LA CRÉATION. 155 sir à la rompre par petits morceaux, ce qu'il faisait fort adroitement.
Les éléphans sauvages vivent d’herbes , de fruits et de branches d’arbres, dont ils mangent le bois assez gros ; leur boisson est de l’eau , qu'ils ont soin de troubler avant de boire.
La taille de l'éléphant s'élève quelquefois jusqu’à treize et quatorze pieds ; son corps a jusqu’à douze pieds de tour. Il se couche rarement; il dort presque toujours appuyé contre un arbre, dont il se sert avec constance. Les Indiens profitent de cette habitude pour scier pendant la journée l'arbre contre lequel il s'appuie la nuit. Comme l'arbre est
scié presque entièrement , lorsque l’é-
léphant s'appuie, l'arbre tombe, et entraîne l’animal , qui ne peut pas se relever , alors on s’en empare.
Ses veux, quoique très-petits , re- Jativement à son corps, sont, non seulement vifs et spirituels , mais ont encore une expression de sentiment qui indique combien cel animal est naturellement doux. Il tourne ses regards vers son maître avec douceur, semble réfléchir tous ses mouvemens ; lorsque son maître s'approche de lui ,al le considère avec amitié ; s’il parle, il l'écoute avec attention. Son œil annonce l'intelligence lorsqu'il a écouté, la pénétration lorsqu'il veut le prévenir ; il réfléchit, délibère, pense et
n'agit qu'après avoir examiné plu-
DÉ LA CRÉATION. 157 sieurs fois, et sans précipitation, les signes auxquels il doit obéir. Il est susceptible d’attachement , de reconnaissance et d'affection, jusqu’à sécher de douleur lorsqu'il a perdu celui qui le gouverne , que l’on appelle cornac. On l’apprivoise si aisément, ct on le soumet à tant d’exercices différens, qu’on est surpris qu'une bête aussi lourde prenne si facilement les habitudes qu’on lui donne; mais , s’il est susceptible d’attachement , il sent vivement les injures , et n’est pas insensible au plaisir d'en tirer vengeance.
On cite là-dessus des traits fort exiracrdinaires,.
Autant l'éléphant est doux, autant il est terrible lorsqu'il se croit offensé
le de
et qu'on excite sa fureur ; alors il dresse les oreilles, ainsi que sa trompe, dont il se sert pour renverser les hommes et les jeter au loin. Lorsque, dans sa colère, il a terrassé un homme, ill’entraîne, à l’aide de sa trompe, contre ses pieds de devant, et marche dessus pour l’écraser , ou il le massacre en le frappant et le perçant avec ses défenses.
L'empereur du Mogol a des éléphans qui lui servent de bourreaux, et exécutent ses senlences avec une rare précision. Si , en leur livrant le criminel, on leur commande de hâter sa mort, ils le mettent en pièces en un moment avec leurs pieds ; si, au COn-
traire, on leur ordonne de prolonger le
DE LA CRÉATION. 159 supplice , ils fui rompent les os les uns après les autres , d’une manière aussi cruelle que l’ancien supplice de la roue aurait pu le faire. Ils portent même si loin l'intelligence, pour exécuter ce qu’on leur dit, que si le cornac commande à un éléphant de faire peur à quelqu'un , il s’avance sur la personne qu’on lui adésignée, comme s’il vou+ lait la mettre en pièces , et, quand il en est tout près, il s'arrête tout court sans lui faire le moindre mal.
Cet animal n’aime pas qu’on le trompe ni qu’on lui dise des choses désagréables, Dans le nombre des curieux qui avaient été voir l'éléphant de la ménagerie, se trouvait une dame.
qui, en le voyant paraître, s’écria :
oh! le vilain animal ! qu'il est laid!
L’éléphant fut remplir sa trompe de sable et d’eau bourbeuse ; puis , revenant près de la barrière où il venait de recevoir cetaffront, il ne se trompa pas sur la personne qui lui avait fait un si mauvais compliment, et la couvrit en un instant de toutes les ordures qu'il avait été chercher.
Une autre fois, un peintre qui vou:
lait le dessiner , avait chargé son domestique d'employer tous les moyens possibles pour le faire tenir dans une attitude assez difficile; car il fallait qu'il tint sa trompe levée et sa cueule ouverte. Pour le faire tenir dans cet état, le domestique lui jelait des fruits
dans la gueule , et le plus souvent n’en
DE LA CRÉATION. 161 faisait que le geste. L’éléphant s’impatienta de cette tromperie, et, comme s’il avait deviné que le maître était plus coupable que le valet , puisque c'était lui qui donnait l’ordre de le tourmenter , pour se venger, il jeta avec sa trompe une grande quantité d’eau sur le papier du peintre, et unit ke dessin commencé absolument hors d'état de servir.
Si pour faire faire à cet anima
jus pl el den Ce
que chose quilui répugne , on lui promet de lui donner quelque chose qu'il aime, il obéit, à l'instant : mais il serait bien dangereux de lui manquer de parole , et plus d’un cornac est devenu victime de son inexactilude à tenir Pen-
sagement qu'il avait pris.
Un trait attesté par les autorités les plus respectables , peut faire la preuve de cette exigeance de Îa part de l’éléphant.
Dans la province du Décan, royaume des Indes, en Asie, un éléphant se vengea de son conducteur , qui lus avait manqué de parole , et le tua.
La femme du cornac, témoin de ce triste spectacle , prit ses deux enfans , et les jeta aux pieds de l'animal encore tout furieux, en lui disant :
Puisque tu as tué mon mari , Ôte-moi aussi la vie , ainsi qu’à mes enfans.
L’éléphant s'arrêta tout court, comme pour surmonter sa fureur ; et, paraissant tomber de regret de ce qu'il
venait de faire , il prit avec sa trompe
ne LS
DE LA CRÉATION. 163 le plus grand des deux enfans , le mit sur son cou, l’adopta pour son cornac , et ne voulut plus en souffrir d’autres.
Mon Dieu , dit Auguste , que lhistoire des animaux est intéressante | — Vous voyez, mes enfans , quelle source de plaisir on trouve dans l'instruction; car ce n’est que par les observations que des savans se sont attachés à faire, qu'on est parvenu à connaître les mœurs, les habitudes des animaux , et tout ce qu'ils offrent de curieux.—- Ilme semblait que les savans devaient être très-ennuyeux? — Tu vois qu'au moins ce qu'ils ont recueilli est amusant, et que le fruit de leurs recher-
ches sert à te faire passer des momens
164 LES MERVEILLES agréables. — Vous nous avez parlé de deux animaux bien difiérens pour la taille , l'éléphant et la fourmi, et cependantilsm'onltous deux bien amusé.
Tous les prodiges de la nature intéressent toujours, tontes les fois qu'on veut prendre la peine de les observer.
Mais, papa, dit Gustave, Set vrai qu'il y a des hommes rouges ?— Oui, celte couleur.est en général celle des sauvages de l Amérique septentrionale. —- Cela doit être bien laid ? — Ils se trouvent sans doute aussi beaux que nos pelits maîtres les plus recherchés. — Mais à quoi uent donc cette varicté de couleur dans l'espèce hu-
maine ? — On doit l’attribuer à diver-
É a Ér Er: SE
DE LA CRÉATION. TE ses causes; l'influence du climat , le genre de nourriture , les mœurs et les habitudes des peuples. Nous voyons que , sous le ciel brûlant de l'Afrique, les hommes y sont noirs, et qu'il y a beaucoup de variété dans les nuances des Nègres. En Asie, les hommes sont d’une teinte jaune qui nous paraît également désagréable , et qui l’est peut-être encore plus que le noir bien franc des Nègres. Dans la plus grande partie de l’Amérique septentrionale , les hommes sont d’un rouge de cuivre, et les Européens ont lavantage d’être blancs, à part les habitans des pays méridionaux , tels que les Espagnols, les Portugais, qui sont plus
basanés, à raison de la chaleur de
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leur pays; mais ce qui vous paraîtra bien plus extraordinaire , C'est qu'il ÿ a une race d'hommes qu’on appelle Nègres blancs. Ils n’ont aucun coloris ; leur peau, leurs cheveux , leurs sourcils, ainsi que les cils qui bordent les paupières, tout est du même blanc mat, et je n'ai pas de peine à croire que ces hommes sont les plus laids’ qu’on puisse trouver. Ils ont les yeux rouges Comme des lapins , etne voient clair que la nuit; aussi la journée ils vivent comme les chauve-souris, et ne sortent pas des sombres forêts où ils se cachent, ou bien de leurs.
hutes , où le jour ne pénètre pas. On les appelle encore albinos, ou hom-
mes blancs.
Si je n’avais pas tant de confiance en mon papa, dit Victor, je croirais qu'il se moque de nous, tant il nous raconte de choses extraordinaires. — Mon enfant, tout est merveilleux dans la nature, et je ne vous dis qu'une bien petite partie des choses étonnantes faites pour exciter notre admiration ou notre surprise. Lorsque vous pourrez parcourir vous-MÊmMeESs CCS OUvrages instructifs, que de grands hommes ont composés pour épargner à leurs semblables les veilles et les travaux auxquels ils se sont condamnés eux-mêmes , vous trouverez des choses bien plus étonnantes que celles dont je vous parle à présent.
Pour moi, dit Gustave, je n'ai Ja-
mais pu regarder des nègres sans dégoût ; il me semble qu'ils ne doivent pas compter parmi l'espèce humaine , et qu'ils. ont l’air d'animaux, — C'est un préjugé bien déplorable , matheureusement partagé par beaucoup d’autres personnes que toi; car, enfin, qu'importe la couieur ? c'est l'intelligence , la raison , qui constituent l’homme , et, sous ce rapport , les N&gres ont bien droit de faire partie de la grande famille , car , en général, ils sont doués d’un esprit vif et d’une sensibilité profonde. Les Européens ont abusé de la supériorité que leur donnait la civilisation pour les asservir et les opprimer.
Mais , interrompit Victor, qu'est-ce
donc que la civilisation ? — C’est l’homme en état de société, ayant perfectionné et mis à profit tous les avantages que la nature lui a accordés; s'étant soumis à des lois qu'il a reconnues sages et protecirices ; ayant reconnu un culte , une religion, par lequel il transmet au Créateur l'hommage de sa soumission et de sa reconnaissance ; cultivant les beaux-arts, et produisant ces chefs - d'œuvres en tous genres qui attestent le génie de l’homme etsa perfection morale; voilà, mon ami, ce que sont les peuples civilisés. — Est-il vrai, mon papa, qu'il y a des sauvages qui mangent des hommes ?— Oui, on les appelle an-
tropophages, ou mangeurs de chair I. Joe
170 LES MERVEILLES humaine. Cette barbarie est heureusement assez rare , etne s'exerce guère parmi ces peuplades sauvages que contre les prisonniers qu'ils font à la guerre, — Alors, c’est sans doute plutôt par esprit de vengeance que par un goût qui fait horreur ?—Il faut le présumer , car ils font souffrir des tourmens horribles à ces malheureux prisonniers , avant de leur Ôter la vie, et ls font consister le courage à souffrir ces Lourmens sans 8€ plaindre , à braver même les tortures qu’on leur multiplie, en chantant des chansons qu'ils improvisent, et dans lesquelles leurs ennemis ne sont pas épargnés. — La belle consolation de chanter, lors-
qu’on est à la torture ! — Vous savez,
DE LA CRÉATION. 171 mes enfans , que les préjugés naissent des opinions, Les Lacédémoniens ont bien fait consister le courage à braver la douleur ; il n’est donc pas étonnant que des sauvages aient conçu la même opinion. — Papa, demanda Victor, qu'est-ce que c’est que des carnivores ? — On appelle ainsi les espèces d'animaux qui se nourrissent de chair.
Presque tous les animaux féroces sont carnivores ; on appelle aussi frugtivores ceux qui se nourrissent de fruits.
— Mais, papa, les chats, qui sont des animaux domestiques , aiment pourtant beaucoup la viande ; et si on ne fermait pas soigneusement les gardes-mangers , ils dévoreraient bientôt
toutes les provisions de la maison. —
Le chat cst un animal très-féroce, lorsqu'il n'est pas réduit à l’état de domesticilé, car les chats sauvages sont très-redoutés et très-redoutables; d’ailleurs, nos chats sont des domestiques fort infidèles , que l’on ne warde que par nécessilé, pour l’opposer aux souris incommodes , dont ils sont ennemis jurés. Il est carnivore; celle épithète s’applique aussi quelquefois aux personnes à qui la nature de leur tempérament rend plus nécessaire de se nourrir avec de la viande.
On a remarqué que ces personnes ont sénéralement le caractère moins doux que celles qui préferent pour leur nourriture les fruits , les légumes
et le laitage. Comme la nourriture in-
DE. LA CRÉATION. 173 Îluence, singulièrement les! mœurs , cela n’est pas étonnant; les sauvages, quine. vivent que de leur chasse, sont bien plus: féroces, que ceux qui mangent des graines et des fruits ; et les éléphans , dont nous avons; parlé tout à l'heure, ne sont peut-être si doux que parce qu'ils ne, mangent jamais de viande; au lieu que:le tigre, le lion, le léopard, font leurs délices de dévorer tous les êtres animés qu’ils peuvent rendre leur proie.
. Est-il vrai, papa, qu'on peul dire que le lion est susceptible de générosité? dit Gustave. — On peut citer de ce noble animal des traits qui, eflecuivement , semblent annoncer qu'il a de la sensibilité, et que, comme d’autres,
Ex
a) se