‹ Les merveilles de la créationChapitre 26 sur 56 · II · texte numérisé non relu

II

Il dans le sens d’un fer de flèche, qui

6 LES MERVEILLES où repose l'instrument de sa ven-

geance ; son extrémité est taillée en

scie, dont les dents sont tournées

entre aisément, mais ne peut sortir

ji sans faire une déchirure très-doulou-

reuse.

Il est dangereux d’irriter ces petits

insectes, qui sont aussi vindicatifs

qu'irascibles, car leur piqûre porte

j avec elle une inflammation qu'il est Li difficile d’atténuer. Les faux-bour-

KA dons sont faciles à distinguer des ou-

vrières, en ce qu'ils sont plus longs , ont la tête plus ronde et plus chargée de poils ; leurs dents sont plus petites,

aussi ne peuvent-ils pas s’en servir

comme les abeïlles, pour récolter la

cire. Leur trompe est plus courte,

plus déliée , ce qui leur donne de la peine à puiser le miel dans les fleurs , aussi ils n’en sucent que ce qui est nécessaire pour les faire vivre ; la nature leur ayant refusé les instrumens propres au travail, semble les en avoir exemptés, et toute leur occupation se borne à féconder les reines. Les mères-abeitles ne sont pas pourvues non plus des outils servant à la récolte de la cire; leurs dents, quoique plus petites que celles des abeilles ouvriéres, sont plus grandes que celles des faux-bourdons, leurs ailes sont beaucoup plus courtes que celles desautres, aussi volent-elles plus difficilement

que les abeilles ordinaires, mais en

revanche ; leur aiguillon est bien plus long :‘elles ne s’en servent que quand elles’'ont été’ irritées long-temps, où quand elles veulent disputer l’empire à une autre: ’ :

Les abeilles qui composent uñe r4-

che sont :très-considérables il s'y louve une reine qui est seule de son Sexe; sept ou huit cents faux-bourdons et quinze à seize mille abeilles communes que l’on pourrait appéler le gros de la nation. Lorsque les mouches :s’établissent dans une ruche J leur première besogne est dé boucher tous-lés petits trous qui s’y trouvent.

Elles emploient à cet effet une matière gluante qui durcit ensuite. L'activité

est si grande parmi ces petits animaux

DE LA CRÉATION. 9 que, pendant que les unes bouchent

les trous de la ruche, les autres travaillent à la composition des géteaux, composés de ces céllules si: régulières dont je vous parlais tout à l’heure.

Outre ces cellules , qui sont les plus nombreuses ; elles en bâtissent encore d’autres ‘plus grandes , destinées à recevoir les œufs des ‘fauxæ-bourdons ; les autres étant destinées aux abeilles ouvrières , ces cellules, ainsi que les premières, varient pour la profondeur, mais elles sont d’un diamètre constant, qui est de trois lignes et demie.

Les abeilles commencent à établir la base de leur ouvrage dans le sommet dela ruche. C’est avec une patience et un courage admirables qu’elles par-

10 LES MERVEILLES vicnnent à construire les cellules ;: et lorsqu'elles sont pressées, elles ne leur donnent qu’une partie de la profondeur qu’elles doivent avoir. Cette construction leur coûte beaucoup de peine; le plus grand nombre des ouvrières s'occupe à dresser, polir, limer ce qui est encore brut; elles en finissent les côtés et les bases avec une si grande délicatesse , qu’à peine trois ou quatre de ces côtés , posés les uns sur les autres, ont-ils l'épaisseur d’une {cuille de papier.

Elles construisent encore d’autres cellules destinées à leurs reines, et pour celles-là, elles enchérissent sur leur architecture ordinaire, mettent

plus d'élégance dans les formes, plus

de solidité dans les parois , moins d’économie dans la matière ; aussi une seule,de ces cellules pèse autant que cent cinquante cellules ordinaires.

Un gâteau, dont toutes les cellules sont bâties, présente à l’admiration le chef d'œuvre de l’industrie des insectes. Alors on les voit travailler chacune selon son district à l’ouvrage commun.

Elles volent sur les fleurs des diverses plantes qu’elles rencontrent, se roulent au milieu des étamines, dont la poussière s'attache à une forêt de poils dont leur corps est couvert ; la mouche en est toute colorée : quand les fleurs ne sont pas encore bien épanouies , les abeilles pressent avec leurs dents les

sommets des étamines., où elles savent

12 LES MERVEILLES que les grains de poussière sont ren-

fermés ; elles rentrent ensuite dans la ruche, les unes, chargées de pelotes jaunes, les Autres, de pelotes de différentes couléurs, selon la couleur des différentes poussières ; cette poussière est la matière de la cire brute.

Chargées de leur précieuse récolte, lorsqu'elles sont arrivées, il vient d’auires abeilles détacher avec leurs serres une petite portion de celle matière & cire; qu’elles font passer dansrunde leurs estomacs ! car'elles en ont deux, un pour la cire | un pour le miel ; c’est dans cet estomac que se! fait cette merveilleuseélaboration ; les mouches dégorgent ensuite cette cire sous la forme d’une bouillie ; et x Faide de

DE LA CRÉATION. 13 leur langue , de leurs dents , de leurs pattes , elles construisent les cellules ; dès que cette pâte est sèche, c’est de la cire, telle que notre cire ordinaire.

Les cellules servent à contenir le miel , la cire brute, et les œufs que la reine-mère y dépose. Gette mére est bien féconde , car c’est à elle que doivent leur naissance toutes les nouvelles mouches qui naissent dans une ruche; aussi rien n’égale l’attachement que les autres abeilles ont pour elle. Elles lui rendent -les hommages et les services qu’on:rend)à une souveraine , lui composent un cortège plus: ou moins nombreux lorsqu'elle veut prendre l'air ou faire la revue de;ses états ;

elles la :caressent avec leur trompe, la

Ad 2" Ês rirolol pp” “ R —

14 LES MERVEILLES suivent partout où elle va. La seule espérance de voir naître parmi elles une mère-abeille, suffit pour les exciter au travail; et si elles sont privées de la leur , elles tombent dans loisiveté.

Elles lui sont tellement attachées , que si elle meurt, tous les travaux cessent , et les abeilles se laissent mourir de faim. La fécondité de cette reine est telle , qu’en sept ou huit semaines , elle peut donner le jour à dix ou douze mille abeilles : suivie de son cortége , et toujours occupée des soins du gouvernement et de la population, elle entre d’abord la tête la première dans chaque cellule, pour voir si elle est en bon état, elle en ressort, et

fait ensuite rentrer sa partie posté-

DE LA CRÉATION. 15 rieure, pour déposer dans le fond de

la cellule un œuf qui s’y trouve collé à linstant.

Elle passe ainsi de cellule en cellule ,et pond jusqu’à deux cents œufs par jour. La nature lui apprend à choisir les cellules les plus grandes lorsqu'elle vient pondre les œufs d’où naissent les faux-bourdons ; elle ne se trompe pas non plus sur les cellules royales , où elle doit pondre les reines.

Au bout de quelques jours, dont la chaleur détermine le nombre , il sort de l’œuf un ver qui reste au fond de la cellule ; il est long , blanc, roulé en anneau , appuyé mollement sur une couche épaisse de gelée d’une couleur

blanchâtre, que les abeilles ouvrières

Page 1