‹ Les merveilles de la créationChapitre 28 sur 56 · RES · texte numérisé non relu

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22 LES MERVEILLES les produits du travail des abeilles :

mais pour lui donner son éclatante biancheur , il faut des préparatifs assez compliqués. La cire brute est jaune ; c’est avec elle que l’on frotte les appartemens et les meubles : nonseulement elle sert aux ébénistés et aux menuisiers , mais encore elle entre dans la composition de beaucoup de remèdes. — Avec les abeilles , rien n'est perdu ? = ]l en est ainsi de toutés les merveilles que le Créateur a produites pour l’éternelle admiration des hommes et leur utilité.

Il y a encore un animal qui produit des choses étonnantes : c’est le ver à soie. Qui pourrait imaginer qu’un in-

secte aussi petit, d'aussi chétive ap-

DE LA CRÉATION. 23 parence, {fût l’ouvrier de ces ameublemens somptueux , dont la richesse et l'élégance flattent nos sens etétonnent l'imagination ? Ces riches étoffes, ces velours moelleux, ces gazes transparentes, doivent la matière première dont ils sont fabriqués à cet humble animal, dont le travail, les métamorphoses, l'instinct sont aussi admirables que l'instinct des fourmis et des abeilles.

Mais, mon papa, dit Victor, sontce ces mêmes vers qui se nourrissent de feuilles de mûrier? — Oui, mon ami , et je l’assure que leur éducation est bien aussi amusante que celle des abeilles. — Vous vous amusez en nous parlant de l'éducation des animaux ,

on ne fait l'éducation que des hom-

mes, —Crois-tu donc que les oiseleurs, qui apprennent à parler. aux perroquets; que les chasseurs , qui dressent les chiens : que toi-même, qui avais montré à un. lapin à battre. du. tambour ; ; Crois-tu, dis-je, que ces essais ne méritent pas bien le titre d’ éducation?

— Oui , mon Papa ; mais qu'est-ce donc qui. a enscigné aux abeilles et aux vers à soie à faire les choses surprenantes et, utiles, qu'ils exécutent ?

— Ta réflexion est Juste, mon ami, el je crois, comme: toi, qu'ils n’ont pas eu d’autres instiluteurs que l’auteur.de toutes choses , et ta remarque n'en fait faire une autre ; c’est que ce qui. Uent de p'us près à l’uvilié ap-

parlent à instinct que Dieu a mis

DE LA CRÉATION. 25 dans les animaux , tandis que la portion d'intelligence, qui doit servir à agrément, à besoin d’être développée par les soins des hommes. — Mon papa, nous permetirez-vous d’avoir aussi des vers à soie ? — Sans doute, pourvu que vous sachiez vous prêter à ious les soins qu’ils exigent. — Parbleu! leur donner à manger, c’est bientôt fait. — Ne crois pas que tes soins doivent se borner à si peu de chose ; ces animaux en exigent de bien plus multipliés. La propreté la plus minutieuse est une des qualités exiglbles. pour lés faire prospérer ; ensuite la préparation de la soie demande beaucoup de patience; mais

ces soins se trouvent bien récompen-

26 LES MERVEILLES sés par les résultats qu’ils obtiennent.

— Mais, qu’as-tu, Auguste ? ton attention paraît distraite par quelques pensées lout-à-fait étrangères au sujet que nous traitons ? — Pas tant que vous le croyez, mOn papa ; Car je pen- Sais que puisque vous aviez la bonté d'accorder à mes frères des animaux pour les amuser, vous auriez peut-être la même bonté pour moi? Sans doute, si cela est possible; mais que désires-tu ? — L'animal que j'aime Île mieux ; un joli petit cheval. —Peste ! tu n'es pas dégoûté! mais, mon ami ; Cé sont des jouissances qu’on ne peut se procurer que quand on est riche , et

nous ne Île sommes pas; je voudrais

bien cependant ne Pas te refuser , et

DE LA CRÉATION. 27 s'il y a des moyens conciliatoires entre tes désirs et ma fortune, je m'’empresserai de les saisir. — En attendant, si vous aviez la bonté de nous parler de cet animal , bien en détail, vous me feriez grand plaisir ? — Je le veux bien , car il m'est plus facile de souscrire à ce vœu que de te donner un cheval.

La domesticité du cheval est si ancienne, qu’on ne trouve plus de chevaux sauvages dans aucune des parties de l'Europe; ceux que l’on voit par troupes en Amérique, sont des chevaux domestiques , et européens d'origine , que les Espagnols y ont transporiés , el qui s’y sont multipliés.

Celte espèce d'animaux manquait au

28 LES MERVEILLES Nouveau -Monde; les Espagnols purent s’en convaincre à la frayeur des Mexicains et des Péruviens, qui, les voyant montés sur des chevaux, les prirent pour des demi-dieux.

Les chevaux sauvages sont plus forts , plus nerveux et plus légers que la plupart des chevaux domestiques :

ils ont ce que donne la nature, la force et la noblesse ; les autres n’ont que ce que l’art peut donner, l'adresse et l'agrément.

Ges animaux ne sont point féroces, ils sont seulement fiers et sauvages ; ils prennent de l'attachement les uns pour les autres, ne se font point la guerre entre eux, vivent en paix; leurs ap-

pélits sont simples et modérés, et ils

ont assez pour ne se rien envier.

La plus noble conquête que homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fougueux animal, qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats. Intrépide comme son maftre , le cheval voit le danger et l’affronte ; il s’accoutume au bruit des armes ; le son d’une musique guerrière l’anime et l’enflamme; il s’enorgueillit de porter un superbe harnois; et lorsqu'il contribue à la pompe des fétes publiques , en traînant les monarques dans des chars superbes, ou en ornant leur cortége , il balance sa tête avec fierté, frappe la terre de son pied, hennit, agite sa crinière, et semble dire à celui qui le gouverne :

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