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Si Je suis docile à vos ordres , si je me soumets à votre impulsion , si je donne de l'éclat à vos fêtes, et que la précision de mes mouvemens , la promptitude de mes évolutions, vous aident à recevoir les éloges qu’on accorde toujours à une manœuvre bien exécuiée, c'est que je vous aime , et que je veux reconnaître , par mon obéissance , les soins que vous me donnez,
et que je ne saurais prendre moi-
même ; vous me protégez, et je vous :
suis SOUMIS.
Cet animal, par lequel on évite les fatigues de la marche , rend des services incalculables aux hommes. Dans un petit espace de temps , il fait par-
courir beaucoup de chemin ; il trans-
porte les marchandises, et facilite les
moyens de commerce, en faisant circuler les denrées d’une province à l'autre, d’un royaume du nord à une contrée du midi. Il partage, avec le bœuf, le soin d'utiliser la charrue et de féconder la terre; jusqu’à ses excrémens qui sont utiles, puisque c'est au moyen du fumier que l’on fertilise les terres , qui n’ont pas des principes assez productifs,
Ses mouvemens sont à la fois nobles et gracieux; ses formes sont belles, et son intelligence sait lastreindre au joug que lui impose l’homme ; il s'attache à son maître , et les caresses ont beaucoup de pouvoir sur lui;
enfin , il fournit son crin pour rem-
bourer les meubles et même en couvrir ; son cuir sert à faire des bottes et des souliers. Il est susceptible d’apprendre et d’exécuter mille tours d’a-
dresse, dont on ne peut se faire une
idée qu'après les avoir vus : et si nous
allons à Paris cet hiver, je vous ménerai voir, chez Franconi, des chevaux qui dausent sur la corde, qui
exécutent mille tours très-réjouissans à voir. |
Mon papa, interrompit Gustave , tout ce que vous nous dites du cheval est bien beau , il mesemble cependant que le bœuf lui est préférable, sous le rapport de l'utilité ; voyez comme ces bonnes vaches nous donnent d’excel-
lent lait, — Ta {riandise n’influen-
DE LA GRÉATION., 3
Cat
cerait-elle,pas ton: opinion? — Et leur chair nous nourrit , leur cuir fait aussi des souliers ;: ils traînent -encor la charrue.
x — "Tu te moques /ayec. la, comparaison ; dit Victor; la belle différence qu'il y a entre un chevalet un bœul !
l’un est beau, léger , vif, adroit ; l’auire lourd , laid , gauche; ses vilaines cornes, dont il se sert quelquefois pour faire tant de mal, me font une peur effroyable. +— Et les chevaux, lorsqu'ils ruent, ne donnent - ils pas des coups de pied plus dangereux que des coups de cornes? M. de Lormeuil et Auguste se rangèrent du côté de Victor.: etsi le bœuf fut proclamé aussi utile que le cheval , il fut démontré,
1 *oo
comme deux et deux font quatre que
le cheval était infiniment plus béau.
Une légèré ondée étant vente inlerrompre la discussion, M. de Lor2 meuil promit à Viciür que le sujet de la première conversation qu'ils auraient: sur l’histoire naturelle , ‘serait pris dans le règne végétal. Victor sauta de joie en apprenant cette bonne nouvelle , car rién ne pouvait avoir autant de charmes pour lui que tout ce qui tenait à la botanique.
ME de Lormeuil croÿait en être quilte pour ce jour-hà , et ne plus continuer à faire la description des animaux; mais en s’en retournant , il trouva des hommes qui conduisaiént
un chameau , un ours et un singe, Ge
DE EA CRÉATION. 35 fut une nouvelle source de questions de la part des enfans , qui n'avaient garde de laisser échapper une aussi belle occasion. Il fallut savoir que le cha- meau se trouvait en Afrique et en Asie , où il rendait d’importans services aux Babitons de ces contrées ; car non-seulement il porte des fardeaux énormes, mais encore sa douceur et sa docilité le classent parmi les animaux domestiques les plus intéressans.
M. de Lormeuil fit observer à ses enfans avec quelle ingénieuse bonté la sage Providence a placé dans chaque climat les animaux qui ÿ conviennent.
En Afrique , où des sables brülans et
stériles ne pourraient être traversés
par des animaux pour qui la soif serait un supplice , sielle n’était pas saüsfaite, le-Créateur y a placé le chameau, qui, maloré sa grande taille, est le plus sobre des animaux; il se passera de boire pendant un très-long temps, et même jusqu’à neuf Jours. Cette fa- Cuhé, si précieuse dans un ‘pays où l’eau est très-rare, est due en partie à la conformation de cet animal, qui, en outre des quatre estomacs , ou poches, communs aux animaux ruminans, tels que le bœuf...
— Mon papa, dit Gustave, qu'estce qu'un animal ruminant? — Celui qui, après avoir broyé long-temps l'herbe verte ou sèche , Qui fait sa
nourriture , a la faculté de la faire re-
DE LA CRÉATION. 37 monter , avant qu’elle ne soit digérée, et de la broyer de nouveau, ce qui prolonge la durée des sucs qu'ilen extrait. — Mais, j'ai regardé bien souvent des bœufs ; et jamais je ne leur ai vu faire ce que vous dites. — C'est que tu regardais sans voir : à présent, que tu apportes de l'intérêt à observer Ce qui CONCErnE les animaux , {u y apporteras plus d'attention ; mais reyenons au chameau.
J'avais commencé à vous dire qu'il avait de plus que le bœuf une cinquième poche, qui lui sert de réservoir pour conserver de l’eau; et c'est sans doute ce qui lui donne la possibilité d'attendre si. long -temps qu’il
trouve à renouveler sa provision.
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C'est un animal très-docile » qu’on
t dresse dans son enfance à se baisser et
s’accroupir lorsqu'on veut le charger; ce qui serait fort difficile sans celà or:
Cause de la hauteur de <à taille.
Pour lui donner celte habitude, dès
qu’il est né, on lui plie les quatre jambes sous Île ventre, et on le couyre d’un tapis, sur le bord duquel on met des pierres > afin qu’il ne puisse pas se relever. Comme cet animal est très-haut, on l’acccutume à se mettre dans cette posture dès qu'on lui touche les genoux avec uné baguette , afin de pouvoir le chargér plus aisément.
On le laisse ‘ainsi pendant quelque temps , sans lui permettre de têter , afin qu'il contrdcté de bonne heure
DE LA CRÉATION. 39 habitude de boire rarement. On ne Jui fait point porter de fardeaux avant l’âge de trois ou quaire ans. Quand.
il sent qu'il est assez chargé , il ne faut pas essayer de lui'en donner davantage , Car ilse rebute, donne de la tête, et se relève à l'instant ; et 4 on le surcharge malgré lui, il fait des cris lamentables.
La durée de la vie de ces animaux est d'environ cinquante ans. On n’a pas besoin de les frapper pour les faire avancer , il suffit de les siffler ; et lorsqu'ils sont en grand nombre, on bat des timballes. Il a encore un grand avantage , C’est de donner du lait dont on fait un grand usage ; enfin , non-
seulementil porte jusqu’à douze cents,
#0 LES MERVEILLES mais on l’attèle aussi pour tr
aîner des chars. |
On fait sécher ses excrémens, que l'on emploie ensuite comme une espèce de tourbe que l’on brûle pour faire la cuisine au milieu des déserts, On mange encore la chair du cha.
meau, et Fon ramasse avec $oin son poil, qui, mélé avec d’autres poils’, entre dans la fabrication des chapeaux.
Le dromadaire est une espèce de chameau qui ne diffère du précédent que parce qu'il n’a qu’une bosse sur le dos, tandis que le chameau en a deux: Sa tête a un peu d’analosie avec celle du mouton : ses yeux sont gros et saillans, son front est revêtu
d'un poil ressemblant à de la laine ; le
Di LA CRÉATION. 4i reste du corps est recouvert d’un poil doux au toucher , de couleur fauve un peu cendrée , les oreilles courtes, rondes , et le cou très-long , orné d'une belle crinière.
Mais l’ours que nous venons de voir , c’est bien laid ; à quoi sert-il ? dit Gusave. — L’ours est un animal féroce qui se trouve dans l’Afrique et l'Asie , et dans quelques parties de l’Europe.
Vous avez vu que ses formes n’ont rien d’attrayant. Sa peau est chaude et utile, lorsqu'elle est préparée pour faire des fourrures grossières. Les sauvages d'Amérique font un grand régal de manger des pattes d'ours qu'ils trouvent un mets extrêmement friand.
On se sert aussi de sa graisse pour Il. | 2
£a LES MERVEILLES faire de la chandelle , et d’autres fois de la paumade ; mais il n’offre pas de particularités assez intéressantes pour vous en entretenir long-temps. Quant au singe , il vous a fait rire par ses cabrioles et ses espiéglerics, qui le rendent un point de Comparaison pour tout ce qui est malicieux ; mais Ia doivent se borner toutes ses prétentions.
Mon papa, dit Victor, vous ne nous avez rien dit des oiseaux , ils font cependant partie du règne animal ? — Je ne vous ai parlé , mes enfans, que de quelques. espèces remarquables par leur utilité , leur intelligence , et leurs qualités. attachantes ; chaque espèce olfrirait des traits iniéressans à la cu-
riosité ; mais dans l'impossibilité où
DE LA CRÉATION. 45 nous sommes de nous entretenir de toutes , j'ai dû laisser de côté les moins importantes. Les oiseaux sont {rèsvariés par leur forme et leur plumage , mais quelle différence entre leur intelligence et celle des animaux dont je vous ai parlé ! contentons-nous donc de les manger , de les entendre lorsqu'ils chantent, et de les rcoarder lorsqu'ils voltigent. Lorsque nous aurons beaucoup plus de temps à donner à leur étude particulière , nous nous en occuperons ; mais COMME mon intention dans ce moment, n'a pu être que de vous donner une légère idée des règnes de la nature, à notre première promenade , nous nous 0C-
cuperons du règne végétal, qui ne
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mn LES MERVEILLES
vous intéressera pas moins que celui que nous venons de parcourir si rapidement, quoique ses merveilles soient d’un autre genre; mais dans toutes les productions qui couvrent le globe , la bonté prévoyante du Tout-Puissant se fait tellement sentir, qu'on ne peut étudier la nature sans contracter l’en-
gagement d’aimer et d'admirer lPau-
teur de tant de prodiges.
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