CHAPITRE If
Vicron était le plus empressé des trois frères à rappeler à M. de Lormeuil , qu’il leur avait promis une instruction intéressante ; il parcourait le jardin avec un intérêt tout particulier , examinait les plantes , dont ik lui tardait de savoir le nom , respirait l'odeur suave des fleurs , dont l’histoire présentait à sa jeune imagination d’intéressantes découvertes. Le jour si désiré arriva, et dirigeant la course de ses enfans vers une colline couverte
de plantes aromatiques ; lorsqu'ils eu-
rent fait une ample récolte de fleurs ,
qui leur avaient paru les plus remar quables, pendant le repos que la fatigue qu’ils venaient de prendre leur rendait très-désirable , M. de Lormeuil entama le sujet si cher à Victor, tandis qu'Auguste s’étendait sur l'herbe, d’un air assez ennuyé, et paraissait peu disposé à trouver dans cet entre tien autant de plaisir que son frère ; M. de Lormeuit luï en ayant fait la remarque, Jui demanda s'il était malade. — Non, mou papa; mais comme vous m'avez toujours permis de vous
parler avec franchise , je vous avouerai que l'étude des herbes n’a pas un svand attrait pour moi. — Pourrais-tu
m'en dire la raison ? — Mais c’est
qu’elles n’ont ni beauté , nf uuilité, ni importance. —"T u n'as sans doute pas réfléchi que le blé qui te nourrit était né hérbe ? — Passe pour celle-là, mais les autres... — Ont des propriétés plus ou moins importantes ; Car les unes donnent les teintures brillantes qui colorent les différentes étoffes dont nous nous ServOns , les autres entrent dans là composition des remèdes qui guérissent les maladies dont nous sommes ati&ints. D’autres enfin nourris é&ent les animaux Qui nous son! les plus utiles, comme les chevaux à qui il faut du foin, de l'avoine et de ia paille ; le bœuf, qui borne s6s besoins au foin et à la paille; l'âne, encore
moins dédaigneux , qui se contente
48 LES MERVEILLES humblement de prendre ses repas avec les plantes les moins recherchées dont le mélange couvre le sol qu’on lui laisse parcourir ; le mouton, dont la toison forme nos habits , la chair notre nourriture , et le cuir nos souliers , ne se nourrit que des herbes suaves , que la nature a si prodisalement distribuées dans les champs. Tu vois donc, mon ami, de quelle importance est le règne végétal. Passons ensuite en revue tous ces légumes savoureux qui paraissent avec tant d'avantages sur la table du riche, et qui sont d’une ressource si économique pour la nourriture du pauvre ! ose ensuite mépriser le règne qui possède une si grande variété de
richesses! Si tu daignes abaisser tes
Le
DE LA CRÉATION. 49 regards sur le parterre orné par ces fleurs charmantes , dont les émanations embaument l'air que tu respires;, seras-tu assez ingrat pour ne pas COnvenir qu’elles ont souvent frappé bien agréablement ton odorat ? Si, élevant tes observations jusqu'aux arbres, tu te donnes la peine de réfléchir, pourras-tu nier qu'après nous avoir prêté leurs ombrages charmans , ils font succéder une utilité d’une bien grande importance , en fournissant ce qui est nécessaire à la construction de nos maisons ? C’est le chêne qui en fournit la charpente ; le noyer, l’'acajou , obéissent à l’ébéniste habile, et se prêtent aux formes aussi variées qu'é-
légantes, que la mode imagine pour
50 LES MERVEILLES les meubles qui décorent nos salons.
Le sapin est employé dans toutes les
Menuiseries légères, qui sont d’une
solidité moins nécessaire et d’un prix moins élevé, et jusque Pour les cercueils qui deviennent nos dernières demeures , le bois n’est-il pas employé ?
— Je me rends, dit Auguste; et d'après tout ce que vous venez de mé dire, mon papa, je vous avoue que ma curiosité est excitée : Je me sens donc tout disposé à rivaliser d’attention, même avec Victor. … La botanique , dit M. de Lormeuil ; est une partie de l’histoire naturelle .
qui a pour objet la connaissance du règne végétal en entier. Elle embrasse
des détails mineurs qu’il nous serait
TRE Ra: RU A7 Sa RTS