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habitans. Son fruit est précieux par sa grande utilité et ses qualités nutritives et rafraîchissantes , et l'arbre qui le porte mérite une description particulière, puisqu'il pourvoit lui seul aux besoins d’un petit ménage, en lui donnant l’aliment, la boisson, les meubles , la toile et un grand nombre d’ustensiles. Get arbre, qui est du
genre des palmiers , est d’une médio-
cre grosseur , mais devient très-élevé.
Il est quelquefois moins gros au milieu qu’à ses extrémités ; il pousse peu avant dans la terre sa principale racine , mais elle est entremêlée d’une quantité d’autres plus petites, toutes
entrelacées, qui aident à fortifier l’ar-:
bre, Sa tête est terminée par des feuilles
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DE LA CRÉATION. 103 fort longues ei épaisses à proportion !
dontle milieu est fort épais. Ses fleurs sont semblables à celles de tous les palmiers ; à ces fleurs succèdent un groupe de cocos qui sont les fruits de cet arbre. Ge fruit est plus gros que la tête d’un homme , ovale, quelquefois rond, Trois côles, qui suivent toute sa longueur, Jui donnent une forme triangulaire. Ges côtes forment une enveloppe , dont la noix de coco sort en grandissant. Le bout par lequel la noix est attachée à la branche a trois ouvertures , rondes de deux à trois lignes chacune de diamètre , qui sont fermées el remplies d’une matière grisätre 3 spongieuse comme
du litge, par lesquelles le fruit tire sa
104 LES MERVEILLES nourriture de l’arbre. La coquille de celte noix est grosse , dure, ligneuse.
On la travaille pour différens usages ; avec les coquilles de coco on fait toutes sortes de petits meubles qui acquièrent un très-beau poli. Lorsque cette noix n’est pas encore mûre, on en tire une assez grande quantité d’une liqueur extrêmement rafraîchissante connue sous le nom de lait de coco.
Si le fruit a pris son accroissement, la moelle que renferme l'écorce prend de la consistance, devient bonne à manger, et prend un goût qui approche de celui de l’amande. Les /ndiens retirent de cette moelle ou amande de cocos frais, une huile bonne à brûler , ainsi
que pour faire cuire le riz et d’autres
DE LA CRÉATION. 105 usages. La coque qui enveloppe la noix, est épaisse et couverte à l’exté rieur d’une peau mince et lisse , grise à l'extérieur, mais garnie en dedans d’une espèce de bourre rougeâtre et filandreuse , dont les Indiens font de la ficelle , des cables et des. cordages de toute espèce. On s’en sert aussi de préférence à l’étoupe, pour calfater les vaisseaux, parce qu'elle ne pourrit pas si vite.
Comme le cocotier fleurit tous les mois, il paraît toujours couvert de fleurs et de fruits qui mürissent alternativement. Les habitans des contrées où il croît se servent des feuilles pour couvrir les maisons, faire des voiles
de navires ; on dit même qu'elles leur
servait autrefois de papier ou de parchemin pour écrire les faits mémorables et les contrats publics. Les branches feuilléesservent à faire des parasols et des nattes grossières. La partie de l’arbre d’où sortent les branches feuillées estenvironnée de plusieurs couches de fibres en réseaux qui peuvent tenir
lieu de tamis pour passer les liquides,
et jusqu’à la scieure de ses branches peut être employée pour faire de l'encre. Les Indiens montent sur les troncs des palmiers en fleurs , à l’aide
de petits échelons faits avec du jonc.
Ils coupent le bout du rameau où de-
vaient naîlre les jeunes cocos , et à
leur place on adapte un petit pot de
terre dans lequel tombe la sève desti-
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DE LA CRÉATION. 107 née à l'accroissement du fruit qu'on a retranché : c’est ce qu’on nomme vin de palmier, dont la saveur est si agréable et si rafraîchissante ; lorsqu'il est tout frais, il sert de boisson. Si on lexpose au soleil, il aigrit promptement , et donne un fort bon vinaigre.
Le sommet de l'arbre est une espèce de chou palmiste, très-bon à manger.
On emploie le bois du cocotier à la construction des maisons et des navires. Vous voyéz, mes enfans, que c'est un arbre dont toutes Les parties sont utiles, et dans lequel rien n’est perdu. |
Je pourrais vous en citer beaucoup d’autres , qui réunissent tous des avan-
tages à un degré moins éminent que
108 LES MERVEILLES le palmier peut-être ; mais qui pourrait ne pas contempler avec admiration les magnifiques orangers dont les délicieux bocages présentent à nos regards les pommes d’or qui désaltèrent notre soif, après avoir charmé nos yeux, et dont la fleur si suave semble annoncer par l’agrément de son parfum, toute l'excellence du fruit qui doit lui succéder ?
Le châtaigner , moins brillant, n’en est pas moins ulile, puisque son fruit nourrit le pauvre dans beaucoup de pays, et que son bois, très-propre à la construction des maisons, passe pour
avoir lavantage d’être inaccessible
‘aux vers,
Le noyer, dont le fruit produit une
DE LA CRÉATION. 107 huile si utile, est le bois des meubles légers et agréables.
L’olivier ,dont le feuillage estle symbole de la paix, et le fruit qui nous donne une huile si estimée , fait la richesse des pays où il croît. Le chéne enfin, dont les premiers habitans du monde tiraient leur nourriture , et mangeaient le gland qui maintenant est livré à l’avidité des pourceauæ ; le chêne, dis-je, dont la cime magestueuse s’élève avec vigueur, alimente les chantiers où l’on construit les vaisseaux , et par son incorruplibilité et sa solidité, devient la base nécessaire de toutes les constructions. Que de richesses ! que de variétés ! et com-
ment l’homme pourrait-il être assez
110 LES MERVEILLES ingrat pour refuser à l’auteur de tant de bienfaits le juste tribut de sa reconnaissance ?
Remarquez ensuite , mes enfans, avec quelle admirable harmonie toutes les productions de la terre se coordonnent ! combien ces immenses forêts qui fournissent à nos chantiers les bois nécessaires à la marine, et à nos maisons des moyens de nous garantir du froid , ajoutent encore de charmes à la beauté des paysages en variant l’uniformité des plaines qui dégénèreraient bientôt en monotonie, si, d’un seul coup-d’œil , on pouvait embrasser toute leur étendue ! Ces forêts contribuent donc à l’agrément et à Puti-
lité ; elles sont nécessaires même à la
DE LA CRÉATION. 111 santé, en répandant des émanalions balsamiques et essentiellement vitales.
Autrefois les mystères de la religion des druides s’accomplissaient dans de sombres forêts où le chêne était l’arbre révéré.
Le roi Numa allait chercher dans les bocages les inspirations d’après lesquelles il travaillait aux lois qui de :
vaient rendre son peuple heureux, et pour leur donner plus de force, il les faisait passer sous le nom de la nympñe Égerie. C'est au sein des forêts, dans les retraites les plus sauvages, que de pieux cénobites se dévouaient aux rigueurs de la pénitence, et croyaient gagner plus promptement le ciel en S
‘entourant de privations eten cachant
leur existence au reste des hommes.
C’est sous les frais ombrages que
%es anciens bergers d’Arcadie célé-
braient leurs amours et les charmes
de la vie pastorale. Dans tous les
temps, les bois ont inspiré des idées
riantes on religieuses.
La nature a varié les productions
des arbres à l'infini. Le cafier nous donne le café devenu d’un usage si général, qu'il est placé, par ceux qui ont contracté l'habitude d’en prendre,
au nombre des besoins les plus impé-
rieux. La hauteur de cet arbre, dans
les Colonies , l'élève jusqu’à quarante pieds , mais sa grosseur n'excède guère quatre ou cinq pouces de diamètre.
Ses feuilles ont quelque ressemblance
et
avec le laurier ordinaire. Ses fleurs sont blanches , quelquefois d’un rouge pâle, odorantes, faites d’une seule pièce , en forme d’entonnoir. Elle se change en un fruit vert d’abord , rouge ensuite , et d’une couleur tannée, lorsqu’il est dans sa parfaite maturité , et de la grosseur d’un bigarreau : la chair en est mucilagineuse , pâle, d’un goût fade. Elle sert d’enveloppe commune à deux coques minces, Ovales , étroitement unies par l'endroit où elles se joignent, et qui contiennent chacune une demi-fève ou semence d’un vert pâle ou jaunâtre, ovale, voûtée par le dos, plate par le côté opposé, et creusée de ce même côté
d’un sillon assez profond. On sépare
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114 LES MERVEILLES le grain dé son enveloppe par lemoyen d'un moulin, et c’est celui qui est si connu sous le nom de café. Outre l’agrément que les amateurs trouvent à le savourer, on lui attribue plusieurs propriétés précieuses , COMME de réveiller les esprits engourdis , d'inspirer de la gaîté, ‘être fébrifuge. On prétend qu'avant d’en connaître toute l'efficacité, on'ne le cultivait pas, mais que des chèvres, qui allaient brouter dans un petit bosquet où il y avait de ces arbres , en mangeaient le fruit avec beaucoup d’appétit, et qu'elles ne revenaient jamais de ce bocage qu'en témoignant une gaîlé extraordinaire , sautant et gambadant. Les che-
vriers voulurent s'assurer de ce qui
DE LA CREATION. 115 pouvait causer ce changement d’humeur de ces animaux, et remarquèrent qu’elles mangeaient avec avidité d’un fruit qu'ils n’avaient pas encore distingué. Ils essayèrent d’en manger eux-mêmes , et éprouvèrent les mêmes effets. Alors on s’occupa de cultiver un arbre qui avait des qualités si essentielles , et la suite des temps a perfectionné la manière d’en faire usage.
Telle est, d’après plusieurs naturalistes , l’origine des calés dont la patrie première est l'Arabie, d’où l’on tire encore le plus réputé des cafés, celui de moka , dont les seuls habitans de l’ Yémen débitent tous les ans pour plüsieurs millions de francs. Sa cul-
ture s’est ensuite propagée dans tous
La)
116 LES MERVEILLES ‘les climats où il pouvait réussir, et il est devenu un des plus importans objets de commerce et de consommation.
Dans l'ile de T'inian, il. croît un arbre très-intéressant qui s'appelle arbre à pain. Il s'élève assez haut, et porte une belle tige garnie de feuilles dentelées , d’un beau vert foncé.
Son fruit vient indifféremment à tous les endroits des branches. La figure de ce fruit est plus ovale que ronde.
Il a environ sept ou huit pouces de longueur ; une écorce forte et épaisse le recouvre. Ce fruit a une saveur à peu près semblable à celle du cul d’artichaut cuit. Quand il est plus mûr , il
a un goût plus doux et ressemblant à |
givé D
DE LA CRÉATION. 117 la pêche ; il est très-nourrissant , et beaucoup de personnes le préfèrent au pain, dont il a pris le nom.
Dans l'Amérique septentrionale , il y a aussi un arbre qui produit de la cire que l’on retire par ébullition de ses grains qui en sont enveloppés.
A la Chine , il croît un autre arbre dont on retire de l’huile : il ressemble un peu au noyer. Ses noix, au lieu d'amandes, contiennent une huile assez épaisse , mêlée avec une pulpe un peu huileuse , que lon exprime fortement.
Dans la Nouvelle-Espagne , il y a un arbre nommé papyrus , dont la feuille est grande , verte, quelquefois rouge,
épaisse et ronde. Elle sert de papier
118 LES MERVEILLES aux Indiens qui écrivent dessus avec des stilets. Son fruit est une espèce À de raisin dont les grains sont gros comme des avelines , couleur de mü- F4 res ; il est fort bon à manger. |
Dans les îles Antilles, il y a larbre du baume : c’est un arbrisseau qui porte des feuilles assez ressemblantes à la sauge. Lorsqu'on en arrache une de sa tige, il sort de la queue une goutte d’une liqueur jaune , que l’on conserve précieusement dans des fioles , ef dont on se sert pour les blessures , comme du baume du Pérou ; il n’en diffère que par l’odeur.
Vous voyez, mes enfans, quelles variétés étonnantes les arbres réunis-
sent ! Je ne crois pas que l’on puisse
DE LA CREATION. 119 en citer un seul qui soit totalement inutile ; car ceux qui ne rapportent aucun fruit, et qui n’ont aucune propriété remarquable , peuvent toujours servir à brûler ou à faire l’ornement des bocages.
Je vous ai parlé avec plus de détail des arbres que des autres végétaux , parce qu'ils sont d’un intérêt plus généralement reconnu, ou du moins ils satisfont davantage la curiosité.
— Mon papa, dit Auguste , est-il yrai que les arbres attirent le tonnerre, et qu'il ne faut jamais chercher un abri sous leur feuillage , lorsqu'il fait des orages ? — La forme pyramidale des sapins, des peupliers , les rend
très-dangereux en effet. Les autres ar-
ue 7
LES MERVEILLES bres présentent aussi un grand incon-
vénient ; car le mouvement continuel des feuilles attire les nuages qui , chargés de la matière électrique qui s’enflamme , sort du nuage avec violence , et présente les phénomènes les plus extraordinoires en tombant sur la terre avec une incroyable vitesse. Il ne peut être que fort dangereux de s’exposer à un aussi terrible voisinage.
Les gens de la campagne, que leurs travaux exposent à être souvent surpris dans les champs par des orages, sont fréquemment les victimes des effets singuliers du tonnerre, en cherchant à s’en garantir par l’abri des arbres ; et ils paient bien cher leur fa-
tale inexpérience. — Oh que je vou-
DE LA CRÉATION. 121 drais bien savoir avec quoi est fait le tonnerre ! — C'est une malière qui se compose des exhalaisons de la terre, combinées et rendues inflammables par la compression qu’elles éprouvent dans les nuages qui les recèlent. L'agitation continuelle qu’elle reçoit accélère sonembrasement jusqu’à ce qu'elle soit enflammée ; elle roule avec fracas dans les nuages qui sont ses enveloppes. Les pays dont il s’exhale des émanations sulfureuses sont plus sujets aux éclairs, au tonnerre, aux tremblemens de terre , que les autres :
l'Italie en fait la preuve. La science appelée physique, qui s’est attachée particulièrement à deviner les secrets
de la nature, est parvenue à décou
122 LES MERVEILLES vrir comment était formé le tonnerre , ‘et quelle matière en était la base, de sorte que les savans, en combinant les mêmes matières, sont parvenus à obtenir les mêmes effets ; et non seulement ils sont parvenus à faire gronder le tonnerre , mais encore à le faire tomber. — Beau miracle , vraiment ! ils auraient bien mieux fait de chercher les moyens de l’empêcher de tomber. — Il y a des effets de la nature qu'il n’est pas au pouvoir de l’homme d'empêcher: mais par une suite des mêmes études, les savans sont arrivés à la possibilité de diriger le tonnerre, et par conséquent d’atténuer ses dangereux eflets. — Et com-
ment cela , mon papa ? — Par le
DE LA CRÉATION. 123 moyen de l'aimant , pierre ferrugineuse qui se trouve dans les mines de fer; comme cette pierre a des éffets très-singuliers , qu'elle communique au fer préparé pour les recevoir, On a trouvé qu’une barre de fer très-élevée , que l’on avait eu soin d'aiman- .
er, c’est-à-dire de rendre attractive, avait la propriété d'attirer le tonnerre.
Alors on a donné à ces aiguilles le nom de paratonnerre, et on €n à placé sur les bâtimens où la foudre pourrait faire le plus de ravages en tombant. On a lesoin d'adapter à celte barre de fer une petite chaîne que l’on appelle conducteur, el qui va se perdre dans un puits perdu, ou un lieu
qui n'offre aucun danger. La vertu at-
124 LES MERVEILLES tractive de la barre de fer aimantée
attire la matière que l’on appelle é{ectrique, et qui n'est autre chose que la composition du tonnerre ; 1] tombe et suit la direction que lui imprime par la même raison la chaîne du conducteur. Forcé par ce moyen d’obéir à une impulsion dirigée les effets du tonnerre ainsi attiré ne peuvent être nuisibles.
Mon dieu ! dit Victor , que de choses l’on peut donc apprendre depuis que mon papa veut bien causer avec nous de tout ce que nous ignorons ! j'ai vraiment appris des choses bien merveilleuses , et cette propriété de laimant n’est pas celle qui me paraît le
moins extraordinaire. Si vous vouliez,
DE LA CRÉATION. 125 mon papa, nous parler bien en détail de cette pierre étonnante , cela me ferait beaucoup de plaisir ! — Je le {erai volontiers , mon ami, quand nous serons arrivés à l'examen du règne m1néral, dont cette pierre fait partie ; et je pense que ce sera la première fois que nous ponrrons consacrer notre promenade à cet objet. Pour aujourd’hui, j'abandonneavec regret le vaste champ où je pourrais promener votre imagination : mais je vous le répète, mon intention , en vous faisant, pour ainsi dire , eflleurer Les sujets d'étude si intéressans "est de vous en faire sentir l'utilité et l'agrément, et de vous inspirer le goût de les approfondir , lorsque votre intelligence, plus dévelop-