IL, D
sent d’un atmosphère clair et net, tandis que les autres parties du royaume sont continuellement enveloppées de brouillards épais pendant l’hiver.
La France possède aussi une grande quantité de mines de charbon de la meilleure qualité. Le sentiment des naturalistes est partagé sur le principe et la formation de ce charbon
minéral. La plus vraisemblable de ces
opinions, c’est de penser que, par des révolutions arrivées à notre globe, des forêts entières de bois résineux ont été ensevelies dans le sein de la terre, ou, après plusieurs siècles , le bois, après avoir subi une décomposition, , s’est changé en un limon ou en une ma-
tière terreuse qui a été pénétrée par
DE LA CRÉATION. 163 la substance résineuse que le bois contenait lui-même avant sa décomposition ,.et a été minéralisé ensuite. Ce qui foruüfie cette opinion, c’est que les couches de charbon de terre sont ordinairement couvertes de grès, de pierres calcaires , d’argile et de pierres semblables à l’ardoise sur lesquelles
on trouve des empreintes de plantes
des forêts, surtout de fougères et de
capillaires.
Lorsqu'on a découvert une mine de charbon de terre, on perce deux puits ou bures qui traversent les couches supérieures et inférieures de la veine de charbon. L'un de ces puits sert à placer une pompe pour épuiser
l’eau , l’autre pour tirer le charbon.
Ces bures servent aussi à donner de l'air aux ouvriers , et à fournir une issue aux vapeurs dangereuses qui infectent ordinairement ces sortes de mines.
Les mines de charbon de terre s’embrasent quelquefois d'elles -mêmes , au point qu'il est très-difficile de les éteindre : c’est ce qu’on peut voir en Angleterre, où il y a des mines qui brûlent depuis nombre d’années.
Le charbon de terre est d’une trèsgrande utilité dans différens usages de la vie. Non seulement on s’en sert en guise de bois de chauffage, et pour cuire les alimens , mais on l’emploie aussi dans plusieurs métiers. Tous
ceux qui travaillent le fer le préfèrent
DE LA CRÉATION. 165 à cause de la vivacité et de la durée de sa chaleur.
Il y a encore une auire sorte de charbon que l’on appelle végétal et fossile : il est curieux par le lieu où on le trouve. Près de la ville d’Atfort en Franconie, on trouve, une montagne couverte de pins et de sapins.
On voit une ouverture profonde qui forme une espèce d’abîime que l’on a nommé Temple du diable. On a trouvé dans ce lieu de grands morceaux de charbon semblables à du bois d’ébène , épars çà et là dans une espèce de grès fort dur. En continuant la fouille, on en trouva de semblables épars dans l’espace d’une
demi-lieue. Ges charbons étaient pede
sans, Compacts ; on a essayé avec succès de s’en servir pour forger du fer ; il s’en est trouvé quelques morceaux qui n'étaient pas entièrement réduits en charbon , l’autre moitié n’était que du bois pourri. On peut en conclure
avec assez de vraisemblance, que des
forêts entières ayant été renversées et
enfouies par suite de tremblemens de terre et des éruptions de feux souterrains , une portion de ces forêts aura été réduite en charbon par leffet de ces mêmes feux.
— Mais, mon papa, dit Auguste, c'est peut-être au temps du déluge que tous ces bouleversemens sont arrivés, quoique j'aie bien de la peine
à comprendre la possibilité d’un tel
DE LA CRÉATION. 167 événement. — Ce mot de déluge signifie la plus grande inondation qui ait jamais couvert Ja terre ; celle qui a dérangé l’harmonie et la structure de l’ancien monde, et qui, par une cause extraordinaire , des plus violentes, a produit les effets les plus terribles , en bouleversant la terre, soulevant ou applanissant les montagnes , dispersant les habitans des mers couche par couche, sur la terre ; celle enfin qui a semé jusque dans les entrailles de la terre , les monumens étrangers que nous y trouvons ; el qui doit être la plus grande, la plus ancienne et la plus universelle catastrophe dont il soit fait mention dans
l’histoire. On ne peut contester l'exis-
tence de cet événement, car la chronologie de tous les peuples civilisés en fait mention. Seulement entre les différens peuples , il règne quelques coniradictions, puisque les uns soutiennent qu'il y a eu deux déluges ; d’autres trois , quelques-uns quatre, et même un cinquième. Mais tous les écrivains profanes racontent les mêmes :
circonstances que” Moise. Ainsi, l’on peut s’en tenir à sa tradition , puisqu’elle paraît confirmée par les autres traditions.
Mais j’ai encore à vous parler d’un fossile singulier fait pour exciter la curiosité ; c’est l'amiante, qui ne se calcine point par l’action du feu or-
dinaire.
La propriété de cette singulière substance , est d’être composée de filets soyeux , si flexibles, et qui peuvent devenir si souples par l’art qu’il est possible d’en faire un tissu brillant, et presque semblable à celui qu'on fait avec les fils de chanvre, de lin ou de soie. On file l'amiante ; on en fait une toile que l’on jette au feu sans avoir la crainte qu’elle se consume.
Ce qui paraît le plus extraordinaire , c’est que l’on blanchit cette toile par le feu. De sale et crasseuse qu’elle était , elle en sort pure el nette. Le feu consume les matières étrangères et combustibles dont elle est chargée, sans pouvoir l’altérer. Cependant tou-
tes les fois qu’on la fetire du feu, elle
perd un peu de son poids. L'histoire moderne nous apprend que Charles- Quint avait plusieurs serviettes de ce lin minéral avec lesquelles il divertissait les princes et les seigneurs de sa cour , lorsqu'il les régalait. Il jetait au feu ces serviettes incombustibles et sales, et on les en retirait propres et entières. Îl vient de l’amiante dans beaucoup d’endroits, mais particulièrement dans l’île de Corse où l’on en trouve, dont les filets ont quelquefois jusqu’à six pouces de longueur. Ge sont les plus blancs, les plus brillans et les plus rares, On pourrait en faire assez facilement de la très-belle toile.
On en fait aussi des mèches de lampe
perpétuelles , et les païens s’en ser-
vaient dans leurs lampes sépulcrales.
L'art de filer l’amiante, connu jadis des anciens orientaux, a été depuis long-temps ignoré , et même on
ne sait plus à présent en faire de belles
| toiles ; peut-être aussi cette matière
est-elle devenue plus rare. Lorsque l'amiante est préparé, on le divise avec les doigts, et on le met entre des
cordes très-fines. On parvient à en
| retirer très-doucement quelques fila-
mens que l’on mêle avec du coton, de
la laine où de la filasse de lin, en ayant soin d’y faire entrer plus d’amiante que d’autres matières , afin que le fil puisse se soutenir. Dès qu'on à fait la toile, on la jette au feu pour
faire brûler la laine ou le coton, etil
172 LES MERVEILLES ne reste plus qu’un tissu tout entier d'amiante.
Mais tout ce qu'on fabrique dans ce genre actuellement, est plus de curiosité que de service ; car on aime à multiplier le soin de les salir, pour se procurer l’amusement de les blanchir
au feu.
— J'avoue, dit Gustave, que je ne doutais guère de tout le plaisir qu'on pouvait trouver à entendre parler d'histoire naturelle, et je sens un vif désir de m'instruire à fond sur tous ces objets si curieux dont mon papa veut bien nous entretenir. — Tel est, mon ami, l’attrait que les savans éprouvent à s'enrichir de toutes les con-
naissances que les sciences procurent.
DE LA CRÉATION. 173 Mais après avoir admiré une partie des dons que le Créateur nous a accordés, je crois que ceux qui exciteront le plus vivement votre reconnaissance, seront ceux qui nous procurent des jouissances si multipliées, des sensations si vives, en un mot les sens. Ge sera le sujet de notre premier entretien , car je Vois avee plaisir que, loin d’être ennuyés , comme Je le craignais, du genre un peu sérieux de nos conversations, vous êtes les premiers à les provoquer. Remarquez que depuis que nous avons entrepris celte étude, combien de plaisirs nouveaux se sont créés pour vous , ce qui vous était auparavant complètement indifférent ,
vous offre chaque jour un nouveau IL. D.
174 LES MERVEILLES degré d'intérêt, pas une fleur, pas un brin d'herbe , qui ne soit pour vous un objet d'attention ; et j'ai remarqué hier que Victor était en sentinelle auprès d’une fourmilière ; je suppose qu'il examinait avec une curiosité qui me paraissait bien attentive, les travaux de ce petit insecte. — Oui, mon papa ; j'avais mis le matin une belle srenouille dans cette fourmilière, et j'écoutais ce que les fourmis en pouvaient faire. — Et qu’as-tu entendu ?
— Quelles croquaient-ma grenouille à qui mieux mieux. Lorsque j'ai pensé qu’elles avaient finileur dissection, j'ai retiré le squelette, qui est bien blanc et. parfaitement nettoyé, — Je n'ose taccuser de barbarie, puisque c'est
Z, © Es a u .