CHAPITRE IV
CE fut sur une colline, et par le plus beau temps du monde , que M. de Lormeuil amena ses enfans jouir de l'entretien qu’il leur avait promis. Le soleil était si beau , la vapeur qui parfumait tous les environs, si embaumée ; le murmure d’un ruisseau limpide qui serpentait à travers un gazon émaillé de fleurs, si attrayant, que malgré soi on éprouvait un attrait invincible pour la méditation , et par l'instinct de la reconnaissance , on se sentait porté à élever sa pensée. jus-
DE LA CRÉATION. 177 qu’à l’auteur de tant de merveilles ,
qui ne semblait dérober sa présence
aux mortels, que pour ne les pas
éblouir par un éclat qu'ils n'auraient pu supporter, et n'avoir, établi entre lui et eux qu’une brillante tenture d’or, de pourpre et d'azur.
Après avoir eontemplé pendant quelque temps en silence ce spectacle radieux, M. de Lormeuil ramena l’attention de ses enfans sur le sujet dont il s'était proposé de les entretenir.
La connaissance du corps humain, leur dit-il, et de ses différentes fonctions, est la plus intéressante de toutes celles qui fixent l'attention du philosophe éclairé, et de l’homme religieux qui ne peut s'empêcher de re-
De
178 LES MERVEILLES connaître le dieu qui a organisé d’une manière si admirable lêtre à qui il voulait donner des rapports plus directs avec sa divinité. Sans m’appesantir sur des détails qui sont également précieux pour l'observateur éclairé, mais qui pourraient fatiguer votre intelligence, je vous ferai remarquer seulement que notre organisation est le chef-d'œuvre de la bonté et de la sagesse. Le vulgaire ne voit au dehors qu’une décoration simple et magnifique qui réunit Pélégance des contours à l’harmonie des proportions, Le philosophe admire au dedans les ressorts surprenans d’une mécanique vivante , animée par une
intelligence secrète qui l'élève bien
DE LA CRÉATION. 179 | au-dessus de toutes les créatures qui { n’ont que la matière pour base, puis- | que au moyen de cette intelligence , l’homme pense, raisonne, conçoit, | communique ses pensées; qu'en un mot, il a une âme, et que cette âme est pour lui la source de toutes ses | félicités actuelles, et de toutes ses es-
pérances futures.
Mais ce principe qui distiigue
l’homme de la brute , l'élève jusqu’à son créateur , et devient le mobile de tous les grands sentimens qui en émanent, échapperait à la faiblesse de votre intelligence, si j’entreprenais de vous Je ‘définir actuellement; je ne vous en parle donc , mes enfans ; que
pour vous faire sentir toute l'étendue
tel trésor; et je ne vous parlerai en
monde où nous sommes placés ; cé
180 LES MERVEILLES de la reconnaissance que l’on doit au |
bienfaiteur qui nous a enrichis d’un
détail que des sens, par le moyen | desquels l’homme peut communiquer
avec tout ce qui existe dans l'univers.
nr
Les sens sont des maehines parti-
ut
culières de la nature, disposées dans
toutes les parties de l’économie ani-
male, pour procurer à notre âme les
diverses sensations qui nous sont nécessaires pour notre étre et notre bien-être; les sens nous avertissent
de nos besoins, et veillent à notre
conservation, au milieu des corpsutiles
ou nuisibles qui nous environnent ;
c’est par eux que nous jouissons du
{sont ces organes qui établissent la
communication qui est entre nous et | presque tous les êtres de la nature ;
ils sont au nombre de cinq, la vue,
| l’oute, l’odorat , le goût et le toucher.
| C'est à ces principes de nos connaissances et de nos raisonnemens | que nous devons notre principal mé- | rite: el ce mérite est proporlionné à | leur nombre et à leur perfection. Un | plus grand nombre de sens, ou des | sens plus parfaits nous eussent montré
d’autres étres qui nous sont inconnus , | et d’autres modifications dans ceux { mêmes que nous ConnaissODs.
Le toucher est la sensation la plus { générale ; on peut même ajouter
qu’elle préside à toutes les autres sen-
ai
sations; Car nous pourrions bien ne
voir et n'entendre que par une petite