L.V liU.WLUL L> ITALIE
iiieiits sur les costumes et les mines des anciens, n'expriment pas d'une façon suffisante le style des Ogures de ce monument. Les moulages du musée du Louvre, nous permettant de comparer la copie à l'original, nous obligent à (juelques réserves. Quoi qu'il en soit, Pietro Santo Bartoli fut l'nn des premiers, sinon le j)remier, qui consacra [)resque exclusivement son talent à la reproduction des monuments antifjues, et c'est à l'aide de ces estampes, presque autant que par les Œuvres elles-mêmes, que l'art grec et l'art romain furent coninis de la plupart des artistes nés au commencement de ce siècle.
A la lin du dix-huitième siècle, quand la gravure semblait morte dans presque toute l'Italie, elle était encore pratiquée à Rome. Deux artistes d'un talent à j)eu i)rès semblable, Dominique Cunego et Antoine Capellan, s'attachaient à reproduire plusieurs ouvrages de. Michel-Ange (ju'il était inq)ossible de connaître, à moins d'aller les voir sur place. Dominique Cunego, né à Vérone en l?^?, s'adonna d'abord à la peinture; il travailla chez Francesco Ferrari, puis, après avoir étudié en Allemagne les éléments de la gravure, il se lixa à Home, et c'est alors (|u'il se donna la lâche de graver les peintures de la voûte de la chapelle Sixtine. Antoine Capellan s'associa à lui pour cette entreprise, ^é à Venise, vers 17 iO, il avait (piitlé sa patrie pour venir habiter Rome, et ce fut lui qui grava la Crcdlion de ht fcniinc et Ad(tm et Evcchasscs ihi Pnradis terrestre. Ces artistes lestèrent fort loin de leurs modèles. D'un burin lourd et dénué de souplesse,
leurs estampes ne donnent qu'un aspect très-amoindri des peintures originales, et leur principal mérite consiste à avoir retracé des ouvrages qui, en partie du moins, n'avaient pas encore été reproduits.
Ici doit s'arrêter l'histoire de la gravure en Italie. Pousser plus loin notre examen nous mènerait au delà des limites de notre cadre. Nous pourrions sans doute parler des ouvrages ultra-pittoresques des frères Piranesi et mentionner des artistes plus rapprochés de nous qui semblèrent un moment faire refleurir en Italie l'art du graveur. Raphaël Morghen, Jean Volpato, Paolo Toschi et Giuseppe Longhi jouirent au début de ce siècle d'une réputation considérable que justifie, jusqu'à un certain point, leur habileté à manier le burin. Mais ces artistes, quel qu'ait été leur talent, s'inspirant presque toujours d'œuvres exécutées deux siècles auparavant, ne pouvaient guère s'identifier avec leurs modèles. Ils leur restèrent donc fatalement inférieurs. En ne nous occupant que des maîtres, en n'accordant une mention qu'aux artistes qui, aux différentes époques, attirèrent les regards des gens de goût et appelèrent l'attention par un caractère bien personnel, peut-être avons-nous fait ressortir la grandeur de l'art italien mieux que si nous avions parlé de tout le monde et distribué trop minutieusement à chacun une part d'éloge ou de blâme.
Ciuscppe BiJjcra cl FianccscoGoya.
L'histoire de la gravure en Espagne est presque impossible à écrire. L'art de ce pays est à peine connu au dehors, et les historiens indigènes ou les hommes (jui, ayant longtemps séjourné en Espagne, ont pu l'aire de l'art national l'objet de leurs études, s'accordent à reconnaître que la gravure fut peu pratiquée dans ce pays, encore moins encouragée. Nous savons bien qu'on attribue à Velasquez et à Murillo quelques j)lanches anonymes rappelant le goût de dessin de ces niailit'sel (pii rejtroduiscnt incontestablement des peintures exécutées par eux. Mais d une attribution à une certitude, il y a loin. Or, dans l'impossibilité où l'on est de fournir de preuve incontestable, il est peut-être j)lus sage de s'abstenir, car sans l'autorité des honnnes (pii émettent ces sup[)ositi()ns, celles-ci n'auraicFit aucune valeur. En réalité, Uibera est le seul des peintres réh'bres nés en Espagne cpie l'on puisse mentioimer d'une façon po^ûtive connue ayant manié la pointe. Gravées avec une grande liberté et dans une couleur
un peu âpre qui rappelle les peintures de l'artiste, ces estampes méritent l'estime qu'on leur accorde généralement, et le Poêle et le Martyre de saint Barthélemij, les deux plus belles pièces du maître, feraient honneur à n'importe quelle école.
Mais après le nom de Ribera, on n'en trouve aucun jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle qui jouisse de quelque renommée, et les planches de Salvador Carmona, de Manuel Esquivel, de Francisco Muntaner, ou celles qui furent gravées par d'autres artistes d'un talent non moins médiocre, ne suffisent pas à représenter une école. Ces graveurs, qui emploient toujours le burin, prennent d'ailleurs le plus souvent pour modèles des ouvrages sans valeur qu'ils reproduisent sèchement, et lorsqu'ils s'adressent aux maîtres de l'art, à Velasquez, par exemple, ils sont trop peu habiles pour transmettre au métal l'aspect puissant et la couleur harmonieuse des œuvres de l'illustre peintre espagnol. Nous sommes donc contraints, pour rencontrer un homme d'une originalité bien caractérisée, d'une habileté réelle, d'arriver de suite à Francisco Goya, à vrai dire le seul graveur dont l'Espagne moderne puisse être.fière. Il naquit en Aragon, à Fuendetodos, le 50 mars 1746, et mourut à Bordeaux le 16 avril 1828. Il fut tour à tour peintre, graveur et lithographe, et son historien le plus récent, M. Charles Yriarte, a consacré un gros volume à passer en revue ses fresques, ses tableaux de genre, ses portraits ou ses estampes. Le nombre en est considérable. Mais nous croyons, à en juger par les
l-ig. (î. Le l'ocU" Oîtan»|.o ilc G. Ilibera
|)(;inturcs (|uc nous avons vues et par les reproductions qui accompagnent le volume de M. Vriarte, que Goya gagne à être étudié comme graveur^ Son habileté en ce genre est incontestable, tandis que nous regardons plusieurs de ses portraits et (piebjues-uns de ses tableaux, ses tableaux religieux surtout, comme étant fort au-dessous de la réputation qu'on prétend leur l'aire. Vnc certaine harmonie de couleur, harmonie sombre, les distingue, mais le dessin des figures est trop négligé, et il semble que, de parti pris, l'artiste exclue volontiers la beauté et se complaise dans des scènes horribles. Ses estampes offrent bien les mêmes tendances. Cependant elles rachètent par une rare entente de Teffet et une justesse de mouvement plus grande ce que les sujets, assez tristes en eux-mêmes, ont de repoussant et de lugubre. Goya est le peintre de la passion et de la vie. 11 est sceptique, railleur, toujours mécontent. La liberté dont il se fait l'apôtre et qu'il souhaite pour sa patrie opprimée le préoccupe uni(piement. Les massacres affreux auxcpiels il nous fait assister sont pour lui rd'uvrt; du despotisme et ils nous apparaissent, à tiavers son imagination, plus horribles encore qu'ils n'ont été en réalité.
Dans les estampes de l'artiste espagnol, le fantasti(|ue joue un grand rôle et la magie du clair-obscur fait excuser l'incorrection du dessin et des fautes de
* La pliipail (les i'>laiin)cs luisos an jour par F. Goya soiil exccutcos il'après SCS propres dossiiis; cepoiulanl il cti est im coilain nombre ijui reprodiiiseiil des |H»rlraits peints par VeKis(juei. Celles-ci, jiravées uniquenienl à rcau-lorle, donnent une idée Irès-lidèle des tableaux ori- 'ànaux.
goût faciles à saisir. Le travail particulier du graveur, qui consiste à mélanger habilement l'aquatinte et l'eau-forte, est d'ailleurs fort intéressant. Aucun artiste n'avait su, avant lui, tirer de ces deux procédés, venant au secours l'un de l'autre, un aussi bon parti, et Goya restera comme le seul graveur de talent que l'Espagne ait constamment inspiré. Il vivra aussi parce qu'il a introduit dans l'art de la gravure un procédé nouveau qu'avait pressenti, mais que n'avait pas utilisé Rembrandt lui-même, le maître du clair-obscur, le prince de l'eau-forte.
Fip. 7. — Le Supplicié, cau-forlo ilc F. Co\;i.
Les praveurs sur bois du quinzième siècle. — Les pravcurs ^ur métal primitils — Hollande : lioiâbraïuil, Ruysdael et l'aul Potier. — Flandbe : llubeus, Bolsweil, Paul Poulius et Aut. van Dyck.
Il est difficile, au quinzième siècle, de ne pas étudier collecliveiiiont Tart de la Hollande et l'art de la Flandre. En elTet, ces deux pays eurent à l'origine des intérêts communs : l'art y eut le même caractère et les mêmes formules pendant un certain temps, et il ne prit une importance séparée et distincte qu'au milieu (lu dix-septième siècle, lorsque Rembrandt, d'une part, Uubens, de l'autre, eurent fondé, chacun dans sa patrie, une école (pi'ils dirigèrent eux-mêmes ou (ju'ils inspirèrent.
Gravure sur bois. — C'est dans les Pays-Bas, à Harlem, que parut pour la première fois le Spéculum liu- )n(in;i' sdlru/ionis, livre pieux, oi'iié de gravures sur bois, témoignant d'une certaine connaissance de l'art, et, bien plus (jje les images isolées publiées antérieurement, accusant du savoir et une certaine recherche dans la composition. Quatre éditions de cet ouvrage se
succédèrent, toutes sans date, sans nom d'imprimeur et sans désignation du lieu où elles ont été imprimées. Mais deux sont en hollandais et deux en latin. Or le dialecte hollandais employé est celui qui se parlait dans les Pays-Bas vers la fin du quatorzième siècle ou au commencement du quinzième; du moins voilà ce qu'affirment des érudits fort bons juges en pareille matière, et cette opinion, suivant nous, donne à l'origine de ces livres une sanction bien concluante. Maintenant, si l'on jette un regard en ar#'ière et ailleurs, on sera bien obligé d'avouer que nulle part, dans aucun pays, allemand ou autre, on n'a\ait encore vu se produire un ouvrage de gravure supérieur au Spéculum hiimanœ salvationis et à la Bible des pauvres ou seulement les égalant nicme de loin. L'influence des van Eyck s'y fait sentir; le dessin des planches aussi bien que l'agencement des figures rappelle le goût de ces maîtres.
Si nous croyons devoir refuser aux Allemands une gloire à la défense de laquelle ils ont dépensé pourtant une érudition bien patiente, un savoir réel et de pénibles recherches, nous reconnaissons qu'ils prirent au développement de la gravure une part assez importante pour balancer cet avantage aux Pays-Bas, et en temps et lieu nous ne manquerons pas de dire la part qui leur revient dans l'histoire des origines de l'art.
Aux Pays-Bas appartient donc, avec l'honneur d'avoir trouvé les premiers modes d'impression, celui non moins grand d'avoir mis au jour les premières planches sur bois dignes d'attention. Les livres qu<c nous avons
cités plus haut remplacèrent les niaiiuscrits jusqu'alors uniquement en usai;e. Ce fut un hienl'ait immense; car, exigeant un travail loni,^ et minutieux, les manuscrits coûtaient fort cher. Ils étaient seulement à la portée des personnes aisées, et le peuple et les classes pauvres qui n'en pouvaient posséder se trouvaient voués à l'ignorance. On publiait, il est vrai, nombre de planches sur bois acconq)agnées de courtes légendes. Mais était-ce là un bien puissant moyen d'instruction? L'imprimerie vint changer ces conditions inégales, et l'on comprend quels mutuels et puissants services purent se rendre la gravure xylographique et la typographie liées étroitement, agissant sinmllanément.
L'école de peinture que les van Eyck dirigeaient, et dans laquelle llaiis Mending travailla quehjue temps, eut un trop grand retentissement pour (pie plusieurs artistes n'aient pas de suite éprouve le désir de s'exercer à la gravure, art nouveau qui permettait de nmltiplier à l'inlini les productions de ces maîtres, et qui assurait un profit plus immédiat. Les gravures sur bois (pii [)arurent dans les Pays-Bas au quinzième siècle sont nombreuses. A Amsterdam, à Anvers, furent |)Ubliés des livres ornés de planches (jui proclament l'ulililé de la découverte et qui se distinguent par une netteté d'exécution et par une sorte de sentiment de la vérité (ju'on ne trouve pas ailleurs. C'est cpie vainement on eut cherché autre part des modèles conq)arables à ceux {|ue les graveurs llamands avaient sous les yeux. Lors même (pi'ils ne s'ap[)liquaient pas à les
imiter servilement, ils n'avaient garde de les négliger tout à fait, et, même à leur insu, ils subissaient l'ascendant des maîtres qui dominaient l'école.
Les noms des artistes qui taillèrent le bois au quinzième siècle et au commencement du seizième siècle ne sont pas coimus; par suite, il n'est pas facile de désigner leurs travaux d'une manière claire, aisément saisissante. Toutes les planches primitives de provenance flamande sont nées sous l'influence de l'art qui florissait à la cour des ducs de Bourgogne, et les dessins que les graveurs reportaient sur le buis ou sur le poirier ont des qualités trop analogues pour que le classement en soit possible. Les figures sont courtes, souvent difformes; les types de têtes manquent de grandeur, mais les mouvements ne sont pas en général dépourvus de justesse, et l'expression est ordinairement poussée jusqu'à l'exagération. Enfin le bois a été parfois coupé avec adresse, et que l'on donne à Jacob Corneliz ou bien à Jean Walter van Assen les pièces qui portent le monogramme composé d'un I et d'un A séparés par un double A croisé avec un V, on ne pourra leur refuser une intention pittoresque et surtout une véritable habileté manuelle.
Gravure sur métal. — Les premiers artistes des Pays-Bas qui gravèrent sur métal se rapprochent par le style — s'il est permis d'appliquer un si grand mot à des œuvres naissantes — de leurs prédécesseurs les graveurs sur bois. C'est la même influence qui les inspire, c'est la même volonté qui les guide. Le maître
anonyme (jue l'on clési|?nc, faute de rcnsci^mcmcnts précis, sous le nom de (iravcur de l année 1480, laissa un Liraud nombre d'estampes. Toutes témoi«,nient à la lois de beaucouj) d'indécision dans le dessin et de (jMcl(|ue habileté dans l'exécution. Elles représentent liintùtdes sujets de sainteté, tantôt des scènes joyeuses, et donnent de Fart à cette époque une idée assez exacte. Le dessin, que les peintres et les miniaturistes connaissaient déjà à fond, sous la main des artistes (pii tenaient un burin , perdit de sa précision : les mouvements des figures se contournèrent et touchèrent quel(|ue('ois au grotesque, et, à vrai dire, l'art des van Eyck et de llans Memling n'eut qu'une médiocre iulluence sur le Graveur de Vannée 1480. On dirait que, au lieu de s'inspirer de l'école brugeoise, il demanda de prél'érence ses modèles aux primitifs de Cologne. Par ce côté, il semble se raj)procherdes artistes qui travaillèrent sur les bords du Rhin. Mais il appartient bien à l'école néerlandaise [)ar la façon dont il taille le cuivre. C'est même là un de ses [)rincij)aux mérites, et son burin souple et moelleux semble indiquer (pi'il exerça (piebjue temps la profession d'orfèvre.
In autre artiste anonyme, coimu sous les noms de Maître à la navette ou dcZwoll, aurait travaillé, si l'on en croit les historiens, à une époque peu éloignée du Maître de 1480; sa manière cependant est plus accentuée et témoigne d'un art plus avancé, (juoique certaines planches de son œuvre rappellent par leur rudesse l'école primitive, d'autres paraissent démontrer ([u'il grava jusqu'au milieu du seizième siècle.
Son burin avait de la souplesse, mais il semble avoir été dirigé par un artiste peu au courant des progrès accomplis dans les autres contrées. Le Maître à la navette ne dut jamais quitter les Pays-Bas ni même connaître les estampes exécutées en Italie et en Allemagne ; sa manière ne laisse pas soupçonner la moindre influence étrangère et, uniquement occupé de sujets pieux, son burin ne retrace que des compositions conçues dans le goût de l'école patronnée par les ducs de Bourgogne.
Après les artistes que nous venons de citer, naquit un maître qui résuma toutes les qualités de l'école primitive et qui occupe dans l'histoire de l'art une place considérable. Nous voulons parler de Lucas de Lejde, qui naquit en 1495. 11 apprit son métier de graveur chez un armurier et chez un orfèvre, et de très-bonne heure fit preuve de talent. En 1508, c'està-dire à l'âge de quinze ans, il mit au jour sa première estampe, et, quelque timidité qu'on y signale, elle permettait de pressentir un avenir glorieux. Avant Lucas de Leyde, nul graveur n'avait pris un souci semblable de la perspective ni cherché avec autant de soin à donner aux compositions compliquées une clarté qui met chaque personnage à son plan, chaque objet à sa place, une netteté qui agrandit l'espace où s'accomplit la scène. Lucas de Leyde connut Albert Durer; lorsque ce grand artiste vint à Anvers en 1520, il fit avec lui échange d'estampes ; cependant, s'il emprunta quelque chose au talent de l'illustre artiste de Nuremberg, ce fut beaucoup moins que la plupart de ses con-
tcmpornins. Le fait est qu'il gnrda sa manière particulièie d'interpréter les sujets inventés par lui et que l'al-
Fif,'. 8. — L'Espiègle, estampe de Lucas de Leyde.
Inre matérielle de son hurin n'é|)rouva |)as non plus de Iranst'ormntion sousiMo. L'expérience et la jtratiipie le rendirent île [)liis en [)lus maître de son outil, mais il
conserva le même goût de dessin depuis ses premières planches jusqu'à ses dernières. Prenant ses modèles dans ce qu'il avait habituellement sous les yeux, il n'a pas craint de donner à la reine de Saba, à Esther, à Dalila, les costumes de la classe riche de la société hollandaise, et le sentiment inné d'élégance dont il était doué lui a fourni un type très-distingué, bien plus près de la beauté que tous ceux des autres maîtres de son temps, Son Ecce Homo peut être regardé comme une des pièces les plus importantes, au point de vue de l'art, qu'il ait jamais imaginées. Elle offre aussi un intérêt d'un autre ordre. La scène se passe sur la place publique d'une ville hollandaise, et le graveur, peu préoccupé de la vérité historique, a vêtu les bourreaux et les spectateurs à la mode de son temps. En agissant ainsi il nous a laissé un document fort important pour l'histoire des costumes et des mœurs néerlandais pendant la première moitié du seizième siècle. Quoique s'adonnant de préférence aux scènes religieuses ou aux sujets d'un caractère élevé, Lucas de Leyde ne dédaigna pas non plus de traiter des compositions dans lesquelles les paysans et les gueux jouent les principaux rôles. Dans cet ordre d'idées, il exécuta même la pièce la plus rare et la plus recherchée de son œuvre, les Paysans en voyage, estampe connue sous le nom de V Espiègle, et cette planche inaugura l'énorme série d'estampes sur les gueux et sur les paysans que plus tard les Téniers, les Ostade, Dusart et d'autres, inspirèrent ou produisirent.
LA GRAVUKE DANS LES PAYS-IIAS. 87
Les graveurs qui vécurent du temps de Luras de Leyde et qui travaillèient à coté de lui n'eurent point son talent ni sa manière de rendre la nature. Ils s'exemptèrent de rinllueiice du maître ((ui les dominait, et cette indépendance volontaire ne leur tut pas profitable. Dirck van Staren, artiste surnommé le Maître à Vcloile^ fait pourtant exception. Dans certaines estampes signées de ses initiales, Saint Luc pcifjnant ta Vierge^ le Deiiuje eX un Saint agenouillé devant la Vierge tenant dans ses bras V Enfant Jésus, l'auteur se montre graveur adroit et dessinateur expérimenté ; les figures sont élégantes et fines, et le soin avec lequel l'atelier de saint Luc est décoré témoigne d'une aptitude singulièie à agencer les ornements; — ceux-ci rappellent, au surplus, ceux de Lucas de Leyde.
Le Maître à récrevisse, (jui ti'availle à la même époque que le Maître à rétoile, l'ut indépendant et s'inquiéta peu de la manière de ses devanciers. Les vierges qu'il grava sont laides et prétentieuses, grimaçantes et d'un dessin insuffisant; toutes les figures (ju'il inventa sont trapues et ramassées ; son dessin est lourd, maladroit ; son Lurin indécis, iidiahile. Kn définitive, l'attention que l'on accorde aux ouvrages de cet artiste nous paraît très-exagérée et, à notre avis, ne repose sur rien autre chose que sur leur rareté. Kn iiK'ine temps (pie le Maître à récrerisse, Alaert Claas publia un grand nombre d'estampes (pi'il signa (le iion nom. A ses débuts, il se contenta du rôle de copiste, il imita certaines estanijX's de Lucas de Leyde, de Heliam, d'Aldegrever et d'Albert iMircM- ; il peut
prendre rang parmi les petits maîtres^ sans avoir cependant la sûreté de burin des artistes que l'on désigne sous cette dénomination collective. Son burin est sec, ses tailles sont espacées et ses figures d'un modelé peu cherché. Son œuvre ne se compose pas seulement de copies, mais les estampes dont on lui attribue l'invention aussi bien que la gravure n'offrent pas de caractère particulier qui les rende dignes d'estime : on y trouve de la facilité, mais le dessin en est pauvre et l'expression à peu près nulle.
Un autre artiste néerlandais, Corneille Matzys, se rattache également à l'école des petits maîtres, au moins pour une moitié de son œuvre. Les estampes qui portent son monogramme et qui furent exécutées entre les années 1557 et J552 sont généralement de petites dimensions. Ce sont aussi ses meilleures, et lorsqu'il nous montre des paysans et des paysannes conversant deux à deux, courant ensemble ou se racontant leurs misères, il parvient à nous intéresser et semble suivre sa véritable voie. Mais il fit le voyage d'Italie et modifia sa manière, essayant, sans y réussir, d'ennoblir son dessin au contact des œuvres italiennes ; aussi la Pêche miraculeuse, estampe d'une dimension relativement très-grande, se trouva au-dessus de ses moyens, et son burin ne put s'élever jusqu'au style de Raphaël. Il rendit pauvrement et sans aucune précision le célèbre carton. Dans cette évolution de goût et de manière, perdant beaucoup plus qu'il ne gagne, il compromet sans retour ce qui ajoute tant à l'intérêt et au mérite d'une œuvre : le caractère.
l\ GRAVURE DANS LES PAYS-RAS. 80
l'originalité. Malliourcusement, dans les Pays-Bas, le mouvement qui porta les peintres à émigrer en Italie lut à peu près général au seizième siècle. Ne diraiton pas (pie la Hollande et la Flandre ne pouvaient suffire à un artiste, inspirer un maître? L'avenir s'est chargé de démontrer le contraire, et dès que les graveurs et les peintres néerlandais devinrent sédentaires, avec leurs seules ressources ils surent l'onder une école célèbre. Ce n'est (pi'au dix-septième siècle que cette sagesse leur vint, et il i'allut pour cela deux grands maîtres, Rembrandt et liubens. Jusque-là, c'est-à-dire pendant tout le seizième siècle, depuis Lucas de Leyde jusqu'aux graveurs d'un ordre inlérieur (|ue nous avons cités plus haut, aucune œuvre digne de remarque ne fut produite par les artistes de la Hollande ou de la Flandre. Lambert-Lombard, Adrien Collaert, Martin Ilemrskerke, Diick Volkert Curenbert et (piantité d'autres passèrent la plus grande partie de leui" existence à lîome, s'épuisant à poursuivi!» là un idéal au-dessus de leurs forces. Le ncuubre de leurs ouvrages fut énorme, il est vrai, mais cette activité extraordinaire ne tendait à rien moins ([u'au dépérissement de l'art. Travaillant pour le coumu^re, les graveurs inondaient le marché de sujets pieux, se liviaient à l'allégorie, celle maladie de l'Italie en décadence, et, pressés de produire, ne songeaient guère à ce qui, ])ar-dessus tout, eut du les j)réoccuper : la beauté et la recherche du vrai.
Ici \me distinction est nécessaire, .luscjuà niéseiil nous avons confondu l'art ludlandais et l'art ilamand,
qui marchent de front, en effet, jusqu'au commencement du dix-septième siècle. Il faut maintenant les séparer, car les tendances artistes de ces deux pays varient à mesure que leurs intérêts cessent d'être unis. La Hollande se constitue et prend une direction qui n'a plus rien de commun avec les aspirations de la Flandre; un maître naît chez elle; il change brusquement les habitudes de l'école, et ce maître, qui tient la tête de l'art, c'est Rembrandt van Rhyn.
Hollande. — Rembrandt naquit en 1607 *. Le lieu de sa naissance n'est pas connu d'une façon bien certaine ; cependant tout semble prouver qu'il vit le jour à Leyde, où sa famille était établie depuis longtemps. Son père le destina d'abord à l'étude de la jurisprudence. Il commença par lui faire apprendre le latin, pour qu'il fût en état de suivre plus tard les cours de l'université de Leyde. Mais Rembrandt se sentait porté vers le dessin et la peinture, et ses parents, cédant à sa volonté, le placèrent chez un artiste peu connu aujourd'hui, Jacob Isaacson van Swanenburg. Rembrandt étudia trois ans chez ce peintre. Ensuite il fréquenta
* La date de la naissance de Rembrandt a donné lieu à de nombreuses discussions. Les registres de la municipalité de Leyde, qui pourraient seuls trancher la question, ont disparu pour l'époque qui nous intéresse. On en est donc réduit à des conjectures qui s'appuient sur l'autorité dOrlers, bourgmestre de Leyde, sur quelques estampes datées, et sur l'acte de mariage de l'artiste dans lequel il déclare, le 10 juin 1GÔ4, être âgé de 20 ans. Nous adoptons ici l'opinion de M. C. Vosmaer [Ucmbrandt Harniens van lUjn, ses jirécxirseurs et ses années d'apprentissage. La Haye, 1805, p. iv-vi), qui, après avoir examiné tous les textes et toutes les pièces proposées par les historiens du maître, conclut, timidement toutefois, que Rembrandt dut naître en 1()07.
successivement les ateliers de Pierre Lastman et de Jacob Pinas. Après avoir appris, sous la discipline de ces maîtres, les éléments de Fart, de retour àLeyde, dans la maison de son père, il vola de ses propres ailes. 11 acquit proinptemcnt une grande réputation ; ses premiers ouvrages en peinture comme en gravure furent même assez remarqués pour qu'il fut plusieurs fois mandé à Amsterdam, afin d'y exécuter des portraits. Le 2^1 juin lG5i, Rembrandt se maria avec une ricbe Frisonne, nommée Saskia Uilembourg. De ce mariage il eut deux enfants. L'un mourut fort jeune, et l'autre, Titus Rembrandt, suivit, mais sans aucun succès, la carrière de son j)ère. Après huit ans de ménage, Saskia mourut, elle aussi, laissant toute sa fortune en usufruit à son mari, à la condition que celui-ci donnât à son fils une éducation (pii lui j)crmit d'occuper une haute position, et que, le jour où il se marierait, il lui constituât une dot. Rembrandt ne demeura j)as longtemj)s veuf; du moins, si l'on ne retrouve aucune trace authentique de cette nouvelle union, nous en sommes informés par les registres d'Amsterdam, qui constatent la naissance de deux enfants assez j)eu de temps après la mort de; Saskia.
L'existence de Rembraiull, entièrement consacrée au travail, n'a offert aux historiens aucune particularité digne d'être notée. H s'éloii^na j)eu d'Amsterdam, et sut trouver autour de lui, en Hollande, des modèles de toute natiiic (pii suffisaient à son génie. Les oMivresde Rend)ran(lt, aujourd'bui très-recherchées, n'étaient pas, du vivant du maître, aussi estimées. Lu lO.')!», lors-
que Rembrandt avait dans tous les genres produit ses œuvres capitales, il fut déclaré insolvable et contraint de vendre sa maison, son mobilier et tout ce qui constituait son atelier. Cet événement malheureux porta un coup funeste à l'artiste. Quoiqu'il ait encore beaucoup travaillé depuis cette époque et qu'il ait peint entre autres chefs-d'œuvre les Syndics des drapiers du musée d'Amsterdam (1661), sa vie devint de plus en plus ignorée. Longtemps inconnue, et souvent inexactement rapportée, la date de sa mort a été, dans ces derniers temps seulement, révélée par un document extrait des registres de l'état civil d'Amsterdam : Rembrandt fut inhumé dans cette ville le 8 octobre 1669.
Rembrandt fonda l'école hollandaise proprement dite, et il la représente complètement. Tous les sujets, il les aborde, et dans tous les genres il se montre artiste inimitable. Qu'il s'adresse aux compositions de l'ordre le plus élevé et représente Jésus-Christ guérissant les malades ou la Résurrection de Lazare, sa pointe magique obtient de l'eau-forte ce que jamais on ne l'aurait cru capable de donner; cette branche de la gravure, qui semble ne convenir qu'aux motifs intimes, aux compositions exécutées du premier jet, atteint, au contact du génie de Rembrandt, les sommets de l'art, et lutte triomphalement avec la gravure d'histoire. Lorsque le maître nous fait assister à des scènes d'intérieur, quand il nous conduit dans les synagogues, quand il nous montre le sculpteur modelant au pouce une statuette, ou la cuisinière ento'urée de ses enfants
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laisaiit sauter dans la poêle des coucks, il donne à ces sujets familiers un esprit, une verve, un accent de la nature qui nous intéresse, nous cliarme, nous attire. Dans les portraits, nul n'imprime plus de vie et plus (le grandeur. Jean Lnlma, le bourgmestre Six ou Rembrandt lui-même, vivront à jamais dans les eauxfortes qui nous retracent leur physionomie avec tout ce (pTelles ont de spirituel, d"ênergi(|ue ou de singulier. Devant les beautés de la campagne, Rembrandt est encore tout à fait maître; personne, et pourtant la Hollande a eu d'assez grands paysagistes, n'a su rendre l'aspect de ce pays factice, créé [)ar la main de riionnne, avec une aussi étonnante vérité. Les horizons infinis de ce pays plat, coupé par quantité de canaux et çà et là égayé de moulins à vent, sont exprimés sans monotonie et sans exagération. L'art avec lecjuel le maître a su choisir les points de vue, disposer les j)lans, exprimer cnlin ce (ju'il a ou devant les yeux, fait (jue dans ses cslamj)es la Hollande apparait j)ar son côté vraiment pittoresipie sous un angle tout à fait intéressant et curieux.
Rembrandt eut des imitateurs, mais il ne forma pas à vrai dire des élèves, si l'on entend par ce mol ceux (pii suivent pas à pas la manière du maître et cherchent à. la contrefaire jusipie dans ses moyens d'exécution. Trop original d'ailleurs pour se prêter à une imilation servile, pour fournir aulre chose (pi'une inspiration, son génie primesautier i)ouvait seulement faire naître et exciter chez, (piehjues graveurs le désir de suivre la voie qu'il avait ouverte. Aussi J. Livens,
Ferdinand Bol et van Uliet, en cherchant à se confor mer strictement aux exemples du maître, restèrent loin de leur modèle et n'obtinrent qu'une réputation médiocre. L'infériorité de ces artistes est manifeste lorsque, s'attaquant directement aux œuvres du maître, ils cherchent à reproduire les beautés qui les distinguent à l'aide de procédés analogues. Les imitateurs que nous venons de nommer gravèrent plusieurs fois les compositions de Rembrandt, et non sans talent; ils ne déployèrent même jamais plus de savoir que lorsqu'ils copièrent des dessins de l'illustre maître. Quant aux compositions qu'ils inventèrent, elles offrent quelquefois, à côté de l'intention évidente d'imiter Rembrandt, une exagération dans le dessin qui nuit aux figures, et qui accuse l'impuissance de leur auteur. A la recherche de sujets d'un ordre peu relevé, à cette prédilection marquée pourlesmœurs des paysans et des gueux, la Hollande doit un grand nombre d'œuvres excellentes. Les artistes qui s'adonnèrent à ce genre étaient peintres pour la plupart, et savaient trouver autour d'eux une inspiration vraie et des modèles excellents. Gomme leur pays n'offrait ni un type d'habitant bien noble, ni une nature riche en grands aspects, ils s'appliquèrent uniquement à représenter ce qu'ils voyaient. Leurs ouvrages nous séduisent parce qu'ils sont vrais. Ces intérieurs de tabagies et de cabarets dans lesquels Ostade ou Brauwer nous mènent sont vivants et animés. On devine aisément que le graveur qui les reproduit les a fréquentés et les connaît à fond. Adrien Brauwer, de Harlem, les aurait même
boniirouj) trop souvent visites, si Ton en croit les historiens locMiix, (jui rnccnsent de s'être livré à Tivrofrnerie et d'avoir mené une vie fort déhanehéc. il mourut à trente-cjuatre ans, laissant quchjues eauxfortes exécutées d'une pointe délicate et spirituelle. Adrien van Ostade eut une existence beaucoup moins accidentée ; il occupe aussi comme graveur une place plus importante. Doué d'un talent distingué, il <^Tava un grand nombre d'estam[)es (pii plaisent surtout par l'esprit et la pantomime des figures. Tantôt gais et joyeux, tantôt occupés aux soins du ménage, ses pcrsoimages font bien ce qu'ils veulent faire; leurs gestes sont justes, leurs physionomies vraies; ils agisseiit, ils vivent, ils expriment à ravir ce qu'ils veulent dire ou rej)ivsenter. Celte science, (jui consiste à montrer claiicment ce (pi^on veut montrer, Ostade la posséda au plus haut degré; et quand il met en scène un ou j)lusieurs personnages, il imprime sur la physionomie et dans tout l'être de chacun un accent de vérité bien parliculier et jamais banal.
bien loin d'-^ b'in' modèle restèrent les imitateurs (i'Oslade. Corneille Ihisart dessina lourdement, et les types de ses ligures ont encore plus de trivialité que «liez ses autres contenq)orains. Ces Hollandais, (jui donnaient à la physionomie un si vif accent de vérité, n'ont jamais su expiimci- la jeunesse; leurs amoureux, lionnnes et femmes, sont ridés et laids à faire peur; les enfants (pi'ils font jouer autour de leurs parents sont vi(Mllots et ramassés ; leurs mouvements seuls annoncent le jeinie âge. (Juant à la beauté et à l'éléirance
des types, il ne faut pas s'aviser de les chercher dans ces petits maîtres hollandais; jamais ces artistes n'y songèrent. Corneille Bega, autre disciple d'Ostade, pas plus que C. Dusart, ne s'éloigna de la route tracée par le maître. Ce qu'il aimait à représenter, ce sont des paysans attablés dans des cabarets, devisant à la porte d'une auberge, ou vaquant aux soins du ménage; mais sa pointe n'a pas la finesse de celle d'A. van Ostade ; elle est dure quelquefois, et les physionomies de ses gueux sont loin d'avoir toute la précision désirable.
Une observation doit trouver place ici. Nous avons dit que les artistes qui vivaient en Hollande au dixseptième siècle ne cherchaient à donner aucune beauté à la figure humaine. En revanche, toute une catégorie d'artistes, également habiles au pinceau et à la pointe, s'approcha de la beauté lorsqu'ils dessinèrent des animaux. De ces maîtres, Paul Potter est le plus considérable; il sut donner aux bêtes qu'il dessina, peignit ou grava, sans transiger jamais avec l'exactitude correcte des formes, une sorte de grandeur. Dans son œuvre gravé, il est tel cheval de la Frise qui, pour la largeur de l'exécution, rivalise avec les productions des écoles chez lesquelles précisément la grandeur est un des traits distinctjfs. Nicolas Berghem savait dessiner les animaux aussi bien que n'importe lequel de ses compatriotes. Il gravait avec propreté et finesse, et ses estampes, trèsrecherchées, ont les mêmes qualités que ses peintures. Elles sont exécutées avec un agrément, une légèreté de pointe extraordinaires. 11 encadrait ses compositions.
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OÙ les bètcs sont mieux construites ((ue les peisonua- «,^es, de paysaj^es au.\(juels il mettait un soin tout particulier. Sa pointe délicate prenait plaisir aux leuillages; elle niéna-'eait la lumière sur les pallies (jue le jour lVap[)e directement; les ondjres ne sont jamais confuses ni traitées négligemment; Fair circule partout, enveloppe les animaux et donne la vie aux êtres (ju'il inonde. Adrien van de Velde peignait la nature animée ou inaniîuée, mais il ne grava guère (jue des animaux; ses planches dénotent un talent très-siir de lui ; sa [)ointe, savante et précise, rappelle celle de Bergliem. Moins serré dans le dessin, Théodore Sloop a l'exécution grasse et d'un effet agréahle; les figures qui accompagnent ses chevaux sont spirituelles et bien disposées. Philip[)e Wouverman n'a signé (ju'une seule j)lanche. Mais ce cheval, appelé aux dures fatigues, témoigne d'une gi'ande comiaissance du dessin, et montre en même temps Taptitude du peintre à manier l'cau-forte. L'exécution pleine d'inexpérience ne nuit jjointà la précision des formes. Malgié son as[)ecl sali, cette planche est parfaitement digne de l'attention sérieuse des artistes. Karel Dujardin affectionnait la vie des champs. Tant (ju'il resta dans son pays, il fut disci|de studieux de Paul Potier; il confia au cuivre iiondire (rannuiinx dont il nous fait connaitre les hahihidos, dont il souligne le tempérament. Simplciiienl junesseux, les uns dorment d'un sommeil proloml, étendus suv le dos ou vautrés dans la fange; les autres, accoutumés au travail, ruminent en |)aix ou broutent nonchalamment Theihe de la prairie. La |)ointede Ihi-
jardin est nette ; les contours sont indiqués avec habileté et finesse, et, dans les œuvres de ce maître, rien ne trahit jamais la lassitude ou la peine. Un jour, sous prétexte d'accompagner un ami qui part pour Livourne, Karel Dujardin s'embarque et fait route vers l'Italie. La vue des montagnes et les horizons de la campagne romaine l'impressionnent et l'attirent, et, animalier en Hollande, il devient paysagiste en Italie. Ses paysages italiens ne manquent pas d'ampleur, mais il n'est pas fait pour les œuvres de style et sa pointe est mdocile à les exprimer.
L'exemple de Karel Dujardin fut imité, et quelques paysagistes, après avoir étudié en Hollande, se rendirent en Italie. A cette émigration, Jean Both, le plus célèbre de ces transfuges, gagna le surnom de Both d'Italie. Il était né à Utrecht en 1610. Il parcourut, en compagnie de son frère André Both, avec lequel il travailla presque toujours, la France d'abord, puis l'Italie, où il fit un très-long séjour. N'est-il pas curieux d'observer que ce fut à travers les ouvrages d'un artiste français, de Claude Gellée, qu'il comprit la nature italienne? Mais les eaux-fortes de Jean Both, bien moins que ses tableaux, trahissent l'influence du maître lorrain. Pour ses gravures, on sent qu'il reçut ses impressions directement de la nature; aussi est-ce avec un sentiment très-sincère de la vérité qu'il grava ces vastes horizons bornés de hautes montagnes, égayés par de grands arbres et par des fabriques restées historiques; sa pointe pittoresque s'accommodait des accidents de terrain, et la beauté imposante des paysages
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qui se déroulaient devant ses yeux lui fit rencontrer le style. Guillaume de Ileusch suivit l'exemple de son maître J. Both, et alla, comme lui, chercher ses modèles en Italie. Sa pointe, adroite et spirituelle, rendit la nature de ce pays avec vérité et précision, llerman Swanevelt, qui passa, lui aussi, la plus grande partie de sa vie en Italie, céda à l'élan donné jtnr Claude le Lorrain et s'inspira directement des le(;ons de ce maître. Ses eaux-fortes se ressentent de l'enseignement qu'il reçut. Elles pèchent toutefois par l'exécution (jui est un peu monotone.
Au contraire, le i)lus grand paysagiste de la Hollande, Jacques Ruysdael, ne connut pas l'Italie et ne cessa guère d'hahiter la ville de Harlem, qui l'avait vu naître. Ce maître, dont nous n'avons pas à apprécier ici l'incomparable talent .de peintre, a gravé des eauxlortes dignes assurément d'autant d'estime que ses tableaux. Elles sont traitées librement et dessinées avec une science, une iermeté singulières. Avant Uuysdael, nul n'avait indiqué d'un trait plus sincère la forme des arbres ni détaillé les feuillages avec plus de netteté, sans se noyer dans le détail. Sagement répartie, la lumière éclaire franchement les plans (|ue le soleil rrapj)e; dans les ombres, c'est le même soin, la même piéoccupalion du vrai, la même intelligence du juste. La couleur chaude de ses tableaux se retrouve dans ses eaux-fortes; et pour choisir dans son œuvre, d'ailleurs peu considérable, deux planches résumant son lident dansée qu'il a de plus élevé, nous désii^iierons le Champ de ///<•' et les \ oijaycuniy estampes admira-
bles qui peuvent être regardées comme les chefs-d'œuvre du genre. Antoine Waterloo ne quitta pas non plus la Hollande et s'écarta peu dus environs d'Utrecht, sa patrie. Contrairement à la plupart des artistes dont nous venons de parler, il acquit comme graveur plus de réputation que comme peintre. Cette réputation nous parait même exagérée ; sa pointe est monotone, et, malgré le soin qu'il prit de relever, à l'aide du burin, certaines parties de ses planches, il ne sut leur donner un effet bien agréable. Les sites que Waterloo a retracés sont d'ailleurs peu variés et de médiocre étendue : un coin de forêt coupé par une allée tortueuse, un moulin perché sur un torrent, "une chaumière qu'ombragent quelques arbres, tels sont les côtés de la nature que l'artiste affectionna ; il ne s'appliqua jamais à rendre les horizons infinis de la Hollande ni ses prairies sans limites arrosées par d'innombrables canaux.
Si les forêts, les coteaux chargés de verdure et les prairies de la Hollande ont eu des interprètes enthousiastes, la mer en a suscité également, et Rembrandt, qui a inauguré le genre de la marine, comme dans les autres est arrivé dans celui-ci à la perfection. Moins favorablement inspirés furent ceux qui le suivirent. L'un des plus habiles peintres hollandais, Louis Backuysen, a tracé à la pointe quelques marines dans lesquelles on ne retrouve pas sa science accoutumée. Dans ses planches, l'air circule sans doute et enveloppe les vaisseaux qui flottent à l'horizon ; mais les derniers plans ont été tro]) sommairement indiqués,
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