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orné de planclies attribuées, pour le dessin, à Ilans Scli.iullein. Le plus imporlnntde ces livres, et celui qui était surtout appelé à augmenter le prestige du souverain, le Triomphe de Maximilien, fut conlié presque en entier à IFans Burgmair, et cet artiste se montra à coup sûr là la hauteur de sa mission. Enfin l'Empereur fit encore exécuter les Saints cl Sain/es de la famille impériale, suite également importante et non moins remarquable (pie les précédentes, la mort de Maximilien vint interrompre ces nobles travaux, et des complications de toute nature en empêchèrent la publication immédiate ; pendant de longues années, on ne connut (jue de rares exemplaires du Triomphe de Maximilien et des Saints et Saintes de la famille impériale. Un heureux hasard fit retrouver les bois originaux que les vers n'avaient pas détruits complètement. Cette découverte en amena une autre. Au dos des planches originales du Triomphe on trouva les noms des graveurs. Grâce à ces inscriptions, nous pouvons dire quels furent les habiles artistes qui interprétèrent les dessins des maîtres employés par Maximilieu y ils se nommaient Jérôme Resch, Jan de Boini, Cornélius Liefrinck, Wilhelm Licfrinck, Alexis Lindt, Josse de Negker, Vincent Plarkecher, Jaccpies Ru|)[), Jan Taberilh, llans Franck, Saint-Cerman. Ces noms bien .uithenticpies de graveurs allemands du seizième siècle peuvent aider à reconnaître des monogrannnes jusqu'à ce jour sans ap|)lication, et en même temps appoiter cpichpie lumière à riiistoirc si obscure des débuis (le la uiaNmc en Allemagne.
Né en Souabe, en 1475, IlansBaldung Grùn mourut à Strasbourg, en 1552. Il étudia sous Albert Durer. Sa manière se rapproche, en effet, beaucoup de celle de son maître ; elle l'exagère cependant, et semble indiquer que le beau n'avait pour lui aucun attrait. Quand il s'abandonnait à ses propres inspirations, il imaginait des figures trapues, des têtes grimaçantes, des mouvements impossibles, que les graveurs reproduisaient avec une exactitude désespérante.
Hans Ulrich Vaechtlein, connu également sous les noms de maître aux bourdons croisés ou dePilgrim, travaillait à peu près à la même époque que Baldung Grûn. On ignore la date de sa naissance, et M. Lœdel, qui a consacré à cet artiste un travail important, pense qu'il vécut à Strasbourg. Artiste instruit de toutes les ressources de son art, il passe pour l'inventeur, en Allemagne, de la gravure en camaïeu. Ses planches, fort recherchées et très-rares, se font remarquer par un dessin précis, moins tudesque que celui de la plupart de ses contemporains, et par une exécution singulièrement habile ; elles montrent qu'il n'a point été indifférent aux ouvrages d'Albert Durer, et son mérite consiste bien plutôt dans la science de la pratique que dans l'imprévu de l'invention.
La liste des xylographes allemands est loin d'être épuisée. En dehors des artistes anonymes, ou connus uniquement par des monogrammes, on en trouverait, sans beaucoup chercher, plusieurs encore dignes d'être cités. Il est vrai que ceux dont nous aurions à parler, Jost Amman, Henri Aldegrever, Albreclit Altdorfer,
Ifaiis Scbald Bcharn, Virj^nle Solis ou Daniel llopier no lircnt dans cet art (|ue de courtes excursions, et occu- [)ent connue graveurs sur cuivre une place que ne leur assureraient pas leurs planches sur bois. Mais avant de rechercher les qualités très-réelles (jui font estimer les graveurs sur métal, arrêtons-nous un instant à Bàlc, où vécut un maître de premier ordre, où s'exercèrent quelques graveurs sur bois fort habiles.
Urs Graf, qui travaillait, au commencement du seizième siècle, à Bàle, mouiut dans cette ville en 155U. 11 dessina, pour des graveurs sur bois, un grand nondjre de vignettes, où l'on ne trouve ni de grandes facultés d'invention, ni un goût bien relevé. A peu près seul connu au milieu d'un grand nombre d'artistes nés à Bàle, et publiant dans cette ville leurs ouvrages, il n'aida guère au mouvement de renaissance qui s'opéra, presque de son temps, sous ses yeux et que devait, pour ainsi dire, résumer le peintre Jean Ilolbein le jeune.
Selon la tiadition la plus généralement adoplcc, Jean llolboin na(iuit à Bàle, vers l il)S. lient la bonne fortune d'avoir à ses côtés un graveur sur bois (jiii multiplia la plu[)artde ses ouvrages et qui répandit au loin sa réputation. Connue peintre, H(»lbein laissa une grande renommée ; comme dessinateur de vignettes, sa place n'est pas moins belle. Longtem|)s, les iiiiKtml)r;>bles dessins (pii encadraient les titres des livres inq)rimés à Bàle, et (pli formaient les lettres ornées, les têtes de page ou les culs-de-lampe dispersés dans le texte, furent attribués, [)our la gravure au»i bien que
pour le dessin, à Hans Holbeiii ; un certain mono gramme, formé des lettres II. L. accolées, gênait bien un peu les iconographes ; on avait passé outre, cependant, et il fallut qu'une circonstance inattendue plaçât sous des yeux clairvoyants un alphabet accompagné de cette mention : IJans Lutzelburger F ormschneider , gênant Franck^ pour rendre à son véritable auteur, Hans Lutzelburger, la part de gloire qui lui revient légitimement. Cet artiste ne reproduisit pas uniquement les dessins d'IIolbcin, mais il ne réussit jamais mieux que lorsqu'il s'adressa à ce maître ; il fut appelé par l'abbé Zani « le prince des graveurs sur bois.» Mariette, si bon juge lorsqu'il s'agissait d'apprécier le talent d'un graveur, dit, dans ses notes manuscrites, qu'on ne peut trop admirer la délicatesse de son travail, sa touche fine et spirituelle : « J'imagine, dit-il, que les dessins d'IIolbein qui n'étaient pas fort terminés avaient eu besoin d'un si excellent artiste pour y mettre le fini qui y était nécessaire, et que ce travail avait mérité que l'éditeur de Lyon lui en fît honneur et l'en regardât comme le père. Son nom, qui méritait de passer à la postérité, est demeuré dans l'oubli, mais il y a apparence que le monogramme II. L., qui se voit sur le soubassement du lit où est couchée une jeune personne que la mort attire à elle, donne les premières lettres de son nom. » Ce nom n'est plus aujourd'hui un mystère ; Hans Lutzelburger est bien l'auteur des gravures de la Danse des morts (1538) et de V Ancien et du Nouveau Testament {Icônes Historiarum Veteris testamenti, Lyon, Jean Frellon,
l.A GIIAVLIŒ E.N ALLLMAOE. \iô
1547). Son Ijuriii, savant et docile, a rciidii avec une extrême délicatesse ces compositions dllolhein, bien petites si Ton en mesure les surfaces, innnenses sous le lappoit du caractère et de la conception. Le talent de Lulzelburger consista précisément à savoir conserver dans des cadres Tort exigus cette grandeur d'aspect, et
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Fij;. \o. — Eslaiii|)o cxU\iilo de la Danse des morts, de 11. Ilolbcin, liar U. Lulzelljurgor.
à faiitî passer sur le hois tout l'csjïrit du niaître. l)e nond)reux graveurs, dont le nom est resté inconnu, reproduisirent aussi des dessins d'Ilolhein ; aucun de ceux dont nous avons pu voir les planches n'égala Lul/.eiltnr-ci'. I.e plu^ souNciit. ils alourdiienl le Irait,
arrondirent les contours et dépouillèrent les compositions du maître de tout ce que celui-ci y avait mis de ferme et de piquant.
Gravure sur métal. — Si, depuis la découverte de l'abbé Zani, les prétentions de l'Allemagne à l'invention de la gravure sur métal n'ont plus de raison de subsister, il ne faut pas pour cela retirer aux Allemands toute part dans l'bistoire de cet art à ses débuts. Ils ont le droit de s'enorgueillir d'un graveur de grand talent, dont le nom n'est malheureusement pas connu, que l'on désigne généralement sous la dénomination de Maître de 1466. Parmi les artistes anonymes qui précédèrent ce graveur, M. Ducliesne a appelé le Maître aux banderoles l'auteur de quelques planches dessinées grossièrement, gravées d'une façon toute particulière, et que leur archaïsme fait rechercher. Les personnages qui se meuvent dans les compositions de cet inconnu sont dessinés à l'aide de tailles imperceptibles qui sont obtenues par un instrument aigu et non par un burin coupant. Le métal est plutôt éraillé que creusé, et ne paraît pas avoir subi un tirage à la presse; l'encre posée sur cette surface en très-petite quantité n'eût pas supporté une forte pression, et la planche elle-même n'y eût pas résisté. De là on peut conclure que le graveur connu sous le nom de Maître aux banderoles, à cause des phylactères garnis de légendes dont il accompagna ses figures, ne possédait pas encore tous les secrets de son art ; il doit être, pour ce motif, regardé comme
Fig. 16. — Samson, vainqueur ilu lion, eslnmpe ilu Mallrr île 14GG.
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un (les plus anciens graveurs de l'école allemande. Cet autre artiste anonyme, dont on trouve un assez grand nombre d'estampes portant les lettres E. S., et les millésimes 1 iGG et 1 iG7, est fort digne de porter le nom de maître qui lui est également donné ; son burin net et d'une grande propreté coupait le cuivre avec une souplesse surprenante; quoique son dessin soit d'une correction souvent contestable, il est facile et expressif; ses compositions ont de la variété, et sont souvent très-lieureuscment agencées. V Adoration des Mages rappelle de très-près quelqu'une de ces miniatures du siècle précédent auxquelles on accorde aujourd'bui une admiration méritée. Artiste gothique par excellence, le Maître de 1 iOO ne rechercha pas la beauté telle que les primitifs Italiens l'exprimèrent toujours ; la forme et la grandeur du dessin furent pour lui des préoccupations secondaires; ce qu'il s'appliqua à rendre, ce qu'il atteignit souvent, c'est le sentiment naïf et l'expression juste de la (igure qu'il mettait en action. Par ce côté il se rapproche de ces artistes extraordinaires, [)our lesquels on a professé trop longtemps une injuste indifférence, qui construisirent la cathédrale de Strasbourg et nos superbes monuments du moyen âge. Comme eux, il s'entendit à agencer des ornements, et lorscpi'il s'adressa à la ligure humaine, il lui di)ima un cachet de sinq)licilé naïve qui n'est |)as exenq)le de majesté; cpie ses têtes soient tro[) fortes, ses mains et ses pieds trop exigus, les plis de ses draperies brisés avec excès, rien n'est plus vrai. Mais à côté de la correction matérielle, de la représen-
tation fidèle de la réalité pure, l'art n'a-t-il pas encore la mission d'exprimer un sentiment, de retracer une idée? A ce point de vue, le Maître de 1466 ne mérite que des éloges ; c'est le premier graveur allemand qui ait songé à mettre son talent au service de l'expression et du sentiment.
Martin Schongauer suit de près le Maître de 1466 ; il eut sur toute l'école allemande une si grande influence qu'il pourrait en être appelé le père, et il jouit aujourd'hui d'une réputation amplement justifiée. Après avoir été en honneur de son temps, à ce point que les éditeurs ne craignaient pas d'apposer sa marque sur des estampes auxquelles il n'avait aucune part, dans le but peu louable de les faire valoir aux yeux des amateurs inexpérimentés, il fut pendant les dix-septième et dix-huitième siècles relégué avec tous ses contemporains dans cette catégorie d'artistes gothiques auxquels plusieurs historiens, même parmi les plus autorisés, reconnaissaient à peine du talent. Lorsque, plus sainement dirigée, la critique moderne a songé aux maîtres qui avaient ouvert la voie à leurs successeurs, elle s'est trouvée fort embarrassée ; les spécimens authentiques de cet art primitif qu'on avait si longtemps dédaigné, manquaient. Les documents relatifs aux personnes avaient disparu , aussi bien que leurs ouvrages; aussi Ton ne connaît aujourd'hui ni lelieu ni la date de la naissance de Martin Schongauer.
A l'aide de quelques œuvres signées et datées, on est cependant parvenu à fixer l'année 1420 comme l'époque probable de sa naissance. Sa famille étant ori-
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ginaire d'Augsbourg, on prétendit le faire naître dans cette ville; trouvant trace de son passage à Llm, certains auteurs veulent qu'il y soit né; d'autres, enfin, et c'est le plus grand nombre, placent son berceau à Colmar. Ce qu'il y a de certain, c'est ({uc Martin Schongauer vécut longtemps dans cette dernière ville, qu'il y exécuta un grand nombre de peintures et qu'il mourut le jour de la Purification (1 i88) comme en fait foi l'acte mortuaire retrouvé dans les registres de la paroisse Saiul-M.irtin de Colmar et publié récennnent en fac-similé. Si la biographie de Martin Schongauer est impossible à établir, fort heureusement ses œuvres gravées et authenti(jues permettent d'apprécier sontalentà sajusle valeur : il connut les estampes du Maître de 1 iGO, et celles-ci ne lui furent pas inutiles; mais, dessinateur plus expérimenté, bien que dans (|uelques pièces on retrouve encore des maigreurs dans les extrémités, il inventa et grava des compositions d'une bien autre importance. Le Portement de Croix, estampe justement célèbre, qui eut l'honneur d'être connue de riaphaél et de ne [)as lui paraître indigne d'être étudiée ; la 7 t'/t/r///o/i r/c saint Antoine, que Michel-Ange copia, si l'on en croit, du moins, une ancienne tradition, et le Combat de saint Jacques, sont des œuvres qui n'ont guère leur é(iuivalent dans loulc l'école ;illemaiule. Kn dehors de ces planches dont la réputation est aussi bien élnbli»' (pu: légitime, l'ieuvre de Martin Schongauer est plein de [)ièces admirables; dans une composition de dimension restreinte, yAnn()iici(ttion, l'artiste a su donner à la
Vierge une physionomie douce et tendre qui se rapproche de la beauté, et la tête de l'envoyé céleste possède une grâce qui n'est pas sans quelque affinité avec l'art milanais. Dans la Fuite en Egypte^ le chef-d'œuvre, suivant nous, de Martin Schongauer, la Vierge entourant le divin enfant de ses bras, passe, montée sur un âne, sous un palmier couvert d'anges ; saint Joseph cueille à l'arbre quelques fruits. Cette ingénieuse composition est encore relevée par le sentiment de bonheur de la Vierge, pressant contre son sein ce fils soustrait à la colère d'Hérode et adoré par des anges. C'est dans les sujets tendres que les artistes gothiques ont surtout excellé. Ils avaient la foi, et la foi éclairait et fortifiait leurs inspirations. Nous pourrions sans peine citer nombre de planches de Schongauer, aussi remarquables sous le rapport du sentiment que sous celui de l'exécution, qui est merveilleuse. La Mort de la Vierge^ les Vierges folles et les vierges sages, les Emblèmes des quatre Évangëlistes, Jésus- Christ couronnant la Viei^ge, sont des morceaux de tous points accomplis. Le maître s'y montre avec toute sa richesse d'invention, sa science de dessinateur et son talent de graveur.
Les sujets d'un ordre supérieur n'occupèrent pas seuls le grand artiste allemand ; il grava aussi quelques scènes familières : le Départ pour le marché, les Paysans jouant ou luttant ensemble, entin des ornements et des objets d'orfèvrerie. Mais la vraie gloire de Schongauer consiste, entouré comme il l'était d'artistes que la recherche delà vérité littérale absorbait,
LA r.n.vvunE en Allemagne. isi
à avoir porté ses vues plus haut et, dans ses compositions agencées avec art^ à être arrivé à la beauté, à l'expression d'un sentiment toujours noble, toujours
tiR. 17.
L'enfanl Jésus, gravure de Martin Schongauer.
élevé. Son litre de maître de l'art allemand n'est pa9 non plus contestable; : ses œuvres jouirent d'une telle laveur, exercèrent une telle inlluence, (pi'elles inspirèrent et guidèrent tous les artistes qui vinient après lui. Au sui|»lus, les successeurs de Martin Schongauer
jouissenl d'une renommée, selon nous, exagérée. Albert Glockenton reproduisit ordinairement les estampes du maitre en les adoucissant, en les dépouillant de ce parfum de naïveté qui leur donne tant de charme. Il exécuta également plusieurs planches de son invention, mais sans y faire preuve d'originalité ; son dessin est assez précis, mais son burin est dur et nullement moelleux. Israël van Mecken doit sa renommée au nombre considérable d'estampes qui portent son nom, plutôt qu'à leur valeur réelle. Nous croirions volontiers que Fauteur de toutes ces planches était marchand autant qu'artiste. La plupart des estampes qui avaient du vivant de van Mecken quelque célébrité furent copiées dans son atelier >.. ainsi la Patène du Maître de 1466, le PorteriTi^ll^âe Croix et le Saint Antoine de Martin Schongauer, les Trois Grâces d'Albert Durer servirent de modèles aux artistes qui suivaient sa discipline ; mais grossièrement exécutées, ces copies ont peu de valeur; elles neconservent, d'ailleurs, aucune des qualités originales, ni la fermeté savante du dessin, ni la sûreté habile de l'outil. Les scènes contemporaines inspiraient van Mecken plus heureusement que les estampes de ses prédécesseurs ; il interprétait la nature, il copiait les personnages qui posaient devant lui, avec un talent qu'on ne saurait nier, et une estampe très-connue, le Concert, montre tout ce qu'il était capable de faire dans ce genre.
Franz van Bocholt, autre imitateur de Martin Scliongauer, passa sa vie à composer et à graver des es*:ampcs qui se rapprochent des œuvres du maître; mais il ne