‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 100 sur 163 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

SCIENCE

bouleversant, et en y portant l'incendie au moyen des obus et des boulets creux.

« Cette facilité de vaincre assez simplement une machine très-coûteuse où sont accumulés les moyens offensifs et défensifs les plus compliqués, et l'impossibilité de faire participer des batteries à vapeur, telles que celles des Américains, aux évolutions et aux opérations lointaines de la haute mer, font penser que ces batteries ne peuvent avoir qu'une influence bornée sur les opérations maritimes en général, et qu'elles ne sauraient être employées utilement que, comme elles le sont en effet, dans quelques circonstances particulières, pour des localités déterminées (1). »

Divers projets mis en avant depuis cette époque, n'avaient rien ajouté d'utile à ces solutions imparfaites du problème. Pendant ce temps, l'artillerie de marine, dotée du canon obusier à la Paixhans, était devenue de plus en plus redoutable pour les murailles en bois des navires. Voici ce qu'écrivait à cet égard Paixhans, dans l'ouvrage que nous venons de citer.

« Les boulets massifs sont ce qu'il y a de plus convenable pour enfoncer les murailles de pierre d'un rempart, mais ies boulets chargés de poudre et d'artifice sont ce qu'il y a de mieux pour faire sauter en éclats et pour incendier des forteresses de bois qui, pendant le combat, offrent, dans leur intérieur, une circulation active de munitions inflammables et une foule de combattants entassés qui souffriraient prodigieusement des effets du projectile creux. Nous combattons avec du fer et de la poudre ; ne nous bornons donc pas à lancer seulement du fer, lançons aussi de la poudre, puisque le fer peut en contenir, et lorsque le fer et le feu se réuniront par une explosion foudroyante au milieu d'un vaisseau, le combat en sera plus promptement terminé. »

Ce rôle formidable promis à la nouvelle artillerie se manifesta, comme nous l'avons dit, avec une cruelle évidence, aux débuts de la guerre de Crimée. En 1854, on vit la flotte russe, armée de canons obusiers, dépecer et incendier, avec une rapidité effrayante, la flotte turque, réfugiée dans le port.de Sinope.

Avec un pareil armement, on ne pouvait

(1) Nouvelle force maritime, chapitre II.

plus se flatter de voir des vaisseaux attaquer des fortifications de terre, ni pouvoir euxmêmes résister à l'artillerie nouvelle. Ilfallait, à tout prix, défendre la carcasse des navires contre les formidables effets des obus et des bombes.

C'est à la France qu'il était réservé de combler cette importante lacune militaire. Personne n'ignore que c'est sur l'initiative et sur les indications de l'Empereur Napoléon III, que furent conçues et exécutées les premières batteries flottantes cuirassées. Une commission, composée de MM. Garnier, inspecteur général du génie maritime, Favé, aide de camp de l'Empereur, aujourd'hui général d'artillerie, et Guyesse, directeur des constructions navales, fut chargée par l'Empereur d'étudier les détails de la construction de batteries flottantes cuirassées.

Après diverses expériences sur la nature et l'épaisseur du revêtement métallique à employer comme défense de ces batteries flottantes, on s'arrêta à l'application de larges plaques de fer doux (fer pur), de 10 centimètres d'épaisseur, fixées par des vis à bois, contre les murailles du bâtiment. Le pont superposé aux canons des batteries, était en bois; mais il était formé de poutres trèsrapprochées, à l'imitation des blindages de bois qui servent à la défense des places, et qui ont été adoptés dans l'artillerie, à la suite d'expériences multipliées, comme extrêmement propres à faire ricocher les projectiles qui tombent à leur surface.

C'est d'après ces principes concernant le mode de blindage, que M. Guyesse rédigea le plan de l'exécution des batteries flottantes cuirassées.

Mises en chantier au mois de septembre 1884, les cinq batteries : Congrève, Dévastation, Foudroyante, Lave et Tonnante, étaient prêtes à agir \e S juillet 1855.

Ces masses noires et massives n'avaient pas été destinées par le constructeur, à tenir la mer ; mais elles avaient l'avantage, précieux

LES BATIMENTS

dans les circonstances particulières où Ton se trouvait, d'avoir un très-faible tirant d'eau, de porter une artillerie considérable par le calibre, et surtout de maintenir cette artillerie à l'abri de toute attaque, grâce à une cuirasse de fer qui devait rester impénétrable aux boulets ennemis.

La longueur de chaque batterie flottante était de S3 mètres, son poids total d'environ 1,800 tonneaux. Son artillerie se composait Je 16 canons de 80 livres, pouvant lancera volonté des boulets pleins ou des obus. L'équipage était de 300 hommes. La machine à hélice, relativement faible, n'était que de 150 chevaux nominaux.

La figure 391 représente une de ces batteries flottantes, la Congrève.

On connaît le triomphe militaire qui couronna les premiers essais de nos batteries flottantes.

Le 18 octobre 1855,, la Congrève, la Dévastation et la Lave s'arrêtèrent en face des murailles de Kinburn. Tout à coup, au milieu d'un nuage de fumée, jaillissent de leurs sabords, des projectiles explosifs. L'ennemi, qui examinait avec curiosité ces masses menaçantes, reconnaît bien vite aux terribles entailles qu'elle fait dans ses murs, une nouvelle machine de guerre. Mais c'est en vain qu'il riposte; ses boulets ricochent sur cette carapace de fer, qu'ils ne peuvent entamer. Les défenseurs de Kinburn avaient pris tout d'abord, nos batteries flottantes pour de gros bateaux de transport, pour des chalands, mais ils furent promptement et cruellement tirés de cette erreur d'appréciation.

Le plan des batteries flottantes exécutées en France, avait été communiqué au gouvernement anglais, qui en fit mettre aussitôt cinq en construction, quatre chez M. Scott Russel et une à Millwall, où elle fut brûlée, par accident, sur chantier. Entièrement semblables aux nôtres, les batteries anglaises devaient agir de concert avec celles-ci, dans les opérations qu'entreprendraient contre les Russes

les gouvernements alliés. Deux d'entre elles, le Meteor et le Trusty, reçurent en effet l'ordre d'opérer en Crimée ; mais elles ne rejoignirent l'escadre de l'amiral Lyons que plusieurs jours après que les nôtres eurent démantelé le fort de Kinburn.

Nos batteries flottantes cuirassées, nous l'avons dit, n'étaient pas faites pour naviguer. Elles étaient dépourvues de ces qualités de formes qui permettent à une . construction flottante de tenir la mer et d'avoir de la vitesse : il fallait les remorquer sur le lieu du combat. Mais en tant que machines de guerre, une fois embossées, elles firent brillamment ressortir l'efficacité du principe de la construction des batteries flottantes blindées. L'attaque du 18 octobre 1855 contre Kinburn, fut, en effet, concluante. En trois heures, les forts russes étaient démantelés. Nos batteries étaient embossées à environ 250 mètres de la place , et les Russes tiraient contre elles, avec des boulets et des obus de 24 et de 32. La Tonnante reçut dans sa coque 66 boulets, et n'eut que 9 servants de pièces blessés, par deux coups qui avaient pénétré par l'embrasure. La Dévastation fut touchée 64 fois. Trois obus pénétrèrent par ses sabords, et mirent 13 hommes hors de combat. La Lave n'eut qu'un homme blessé ; elle fut d'ailleurs moins souvent atteinte, et aucune de ses plaques ne fut assez endommagée pour avoir besoin d'être changée.

Les rapports des commandants, MM. de Montaignac, de Cornulier et Dupré, étaient concluants en faveur de l'efficacité des nouveaux engins de guerre.

« L'expérience, disait M. Dupré, me paraît concluante ; elle justifie pleinement les expériences sur le nouveau mode de revêtement dont on n'a fait sur ces batteries que le premier essai. Qu'on les rende navigantes, pouvant aller seules au feu par tout temps, qu'on les rende maniables, habitables, et on aura opén5 dans la marine militaire une révolution radicale . »

Cette révolution allait s'accomplir, et elle

Fig. 391. — Batterie flottante la Congrève^ construite en 1854, par Tordre de l'Empereur Napoléon III.

devait être encore plus rapide et plus radicale que n'auraient pu l'espérer les plus enthousiastes partisans du blindage métallique.

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