‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 99 sur 163 · DE KINBURN PAR LA CONGRE VE, LA DÉVASTATION» LA LAVE ET LA TONNANTE · texte numérisé non relu

DE KINBURN PAR LA CONGRE VE, LA DÉVASTATION» LA LAVE ET LA TONNANTE

En 1854 éclatait la guerre de Russie. Les armées alliées de la France et de l'Angleterre étaient transportées, en quelques jours, sur les côtes méridionales de ce vaste empire, et arrivaient en vue du Bosphore.

La supériorité des navires à vapeur sur les navires à voiles, et plus encore celle des vaisseaux à vapeur rapides sur les vaisseaux de guerre à petite vitesse, fut démontrée, avec évidence, dans cette campagne maritime. C'est là un point historique que nous mettrons d'abord en relief, parce qu'il se rattache essentiellement au sujet qui nous occupe. La création du vaisseau militaire à vapeur à marche rapide, marqua un grand progrès, et fit époque dans l'histoire de Fart. La cuirasse est venue ensuite compléter la révolution si glorieusement ouverte dans l'architecture navale par la création du vaisseau militaire rapide.

Pendant longtemps, en effet, même après l'application de la vapeur à la navigation, même après l'emploi de l'hélice propulsive, on continua de considérer la voile comme l'engin par excellence pour la flotte de combat. On ne croyait pas qu'il fût possible d'associer la puissance militaire de l'ancien vaisseau de ligne avec la rapidité d'évolutions que donne la machine à vapeur. L'expérience que donnèrent les incidents de la guerre de Crimée, vint changer lesopinions à cet égard.

L'honneur d'avoir produit dans le monde le premier vaisseau militaire à grande vitesse, ayant la vapeur comme moteur principal, revient à un ingénieur français, doué d'un véritable génie, M. Dupuy de Lôme, qui débuta dans la carrière par le coup d'éclat du Napoléon, et qui depuis, n'a cessé de con~

LES BATIMENTS

duire Fart des constructions navales dans des voies complètement nouvelles.

En 1850, M. Dnpuy de Lôme, alors ingénieur de la marine impériale, à Toulon, mit à l'eau le Napoléon, construit sur ses plans. Pour tirer de la machine motrice tout le parti possible, M. Dupuy de Lôme avait modifié profondément les formes des anciennes carènes. Auparavant, les avants des navires étaient très-arrondis ; on regardait même ces façons proéminentes comme nécessaires : Le navire, disait- on, doit avoir de F épaule pour s'élever sur la lame. L'avant du Napoléon est, tout au contraire, très-fin : ce c'est un coin qui divise, au lieu d'un poitrail massif qui résiste (1). » ' Et pourtant le Napoléon est chargé d'une artillerie aussi puissante que l'ancien vaisseau à deux ponts; et pourtant, à la voile seule, il ne le cède en rien aux meilleurs modèles antérieurement construits.

On peut voir dans le premier volume de cet ouvrage [Notice sur les bateaux à vapeur , page 229, fig. 106) le dessin du Napoléon sur une plus grande échelle.

Grâce à ses formes savamment étudiées, ce magnifique navire put atteindre, par un temps calme et sous vapeur, la vitesse de 13 nœuds, tout à fait inconnue avant lui aux pesants vaisseaux de guerre (2). Sa force nominale (3) en chevaux- vapeur est de 900 chevaux.

Mais c'est surtout par les gros temps que

(1) Emile Leclert, La votiey la vapeur et l'hélice.

(2) Dans la marine, la vitesse d'un bâtiment s'exprime en nœuds. Filer un nœud veut dire marcher à raison de t mille marin à l'heure ; filer 13 nœuds, c'est faire 13 milles marins à l'heure. Le mille marin est le tiers de la lieue marine, c'est-à-dire, en nombre rond, 1,852 mètres.

(3) L'usage s'est établi dans la marine, de désigner les machines à vapeur, par ce qu'on appelle leur puissance nominale. Le cheval nominal n'a pas toujours eu, et n'a pas dans toutes les nations, un rapport constant avec le chevalvapeur de 75 kilogrammètres, usité dans l'industrie manufacturière. Par un règlement du 1« janvier 1867, dans la marine impériale française, la puissance d'un appareil à vapeur, en chevaux nominaux, est fixée actuellement au quart du nombre de chevaux de 75 kilogrammètres que cet appareil est susceptible de développer, à toute vapeur, sur ses pistons moteurs. Nous nous conformerons à cette règle dans cette Notice sur les bâtiments cuirassés.

les formes du Napoléon se montrèrent supérieures aux anciennes carènes. Les débuts de la guerre de Crimée en fournirent une preuve mémorable.

Le 22 octobre 1884, les escadres françaises et anglaises en croisière dans la Méditerranée, reçurent Tordre de franchir le passage des Dardanelles. Une avant-garde de bâtiments légers et rapides ouvrait la marche : les escadres appareillèrent ensuite. Le Napoléon, sous vapeur, remorquait le vaisseau à trois ponts la Ville de Paris, sur lequel Famiral Hamelin avait mis son pavillon. Mais bientôt le vent s'éleva; la mer devint furieuse. Arrivées au passage, les escadres trouvèrent le vent et le courant tellement contraires, qu'elles ne purent avancer. Seul, le Napoléon, remorquant laVzlle de Parts, regagna Favant-garde , la dépassa bien vite et franchit le détroit des Dardanelles (fîg. 390, page 325). L'escadre anglaise dut attendre près d'une semaine des temps plus favorables pour rejoindre le Napoléon et la Ville de Paris portant l'amiral Hamelin*

Ce fait produisit une vive impression en Angleterre, car il renfermait un grand enseignement. Il fallut se rendre à l'évidence, et reconnaître combien était heureuse et complète la création de ce vaisseau d'un type si nouveau, qui non-seulement allait au combat lui-même, mais y amenait un autre vaisseau, au moment où une flotte entière était paralysée par le gros temps.

Le Napoléon fut promptement imité. L'Angleterre construisit YAgamemnon; mais il est notoire que ce vaisseau ne réalisa pas les belles vitesses du type français, bien qu'il eût une force considérable en chevaux-vapeur.

Mais revenons à la guerre de Russie. En

Le lecteur s'expliquera ainsi comment dans d'autres parties de cet ouvrage, publiées avant le 1er janvier 186?, certaines machines à vapeur marines sont citées avec des valeurs différentes de celles que nous leur attribuerons dans ce volume. Ajoutons que la nouvelle règle française est conforme aux usages actuellement en vigueur chez la plupart des constructeurs anglais.

1854, les armées alliées, soutenues par une flotte puissante, devaient tenter de s'emparer du port et de la ville de SébastopoL En même temps, une autre flotte, dirigée vers la mer Baltique, devait assiéger Cronstadt, le boulevard de Pétersbourg, et forcer ainsi le czar, sous les murs de sa propre capitale, à céder aux justes réclamations de la France et de l'Angleterre.

Mais le port de Sébastopol était défendu par les feux croisés d'une artillerie formidable. Sa passe était hérissée d'obstacles qui la rendaient infranchissable à nos vaisseaux, exposés aux inévitables coups de ses foudroyantes batteries. D'autre part, les fortifications de Cronstadt rendaient cette forteresse tout aussi imprenable par les moyens dont on pouvait alors disposer. L'issue de la guerre de Crimée a prouvé que l'appui effectif de la flotte n'était pas indispensable à l'intrépidité de nos soldats; cependant le secours de notre escadre paraissait nécessaire à cette époque. De là un problème fondamental à résoudre : rendre possible l'attaque par mer de forts réputés inexpugnables. L'infructueuse attaque du 7 octobre 1854 , dans laquelle les canons de notre flotte réussirent à peine à dégrader les murs de Sébastopol, vint démontrer toute l'urgence de la solution de ce problème.

Ce problème était d'ailleurs fort complexe. Embossé devant une ville ou citadelle, un navire doit craindre, non-seulement les trouées des boulets ennemis, mais surtout le fracas des projectiles incendiaires envoyés de la place assiégée, joints à toutes sortes de projectiles analogues, dont l'emploi est toujours facile à terre. Il fallait donc, tout d'abord, songer à mettre la carcasse du navire embossé devant une place, à l'abri de tant d'éléments de dévastation.

Diverses dispositions avaient été tentées autrefois dans ce but. Au siège de Gibraltar en 1782, les Français firent usage de batteries flottantes, inventées par le général Darçon :

c'étaient des frames en bois. D'épaisses murailles de chêne massif et un blindage en bois incliné, leur permettaient d'affronter les projectiles pleins, alors en usage dans l'artillerie. Une circulation d'eau établie entre la membrure et le bordé, devait prévenir les effets funestes des boulets rouges. Mais soit insuffisance, soit imperfection du procédé, les batteries flottantes du général Darçon périrent, incendiées, devant Gibraltar.

Paixhans a donné dans son ouvrage, Nouvelle force maritime, quelques détails sur les batteries flottantes de Gibraltar.

« Les frames de Darçon, ditPaixhans,, étaient lourdes à cause de leur grande épaisseur ; elles marchaient irrégulièrement, parce qu'on ne les avait renforcées que du côté opposé au feu de la place ; elles avaient des embrasures étroites qui laissaient peu de champ de tir à l'artillerie : il n'y a par conséquent ici nul motif d'examiner en détail des bâtiments qui pouvaient convenir au cas particulier pour lequel on les avait construits, mais qui ne conviendraientpas en général au service delà mer (i). »

En 1810, Fulton avait construit en Amérique, le Démologon^ destiné à la défense du port de New- York. Les murailles, très-épaisr ses, de cette batterie marine, étaient en bois, mais parfaitement à l'épreuve des boulets pleins. Bien qu'elle eût été pourvue par Fulton d'une machine à vapeur, cette batterie flottante , appelée à stationner au point qu'elle devait défendre, n'était, à vrai dire, par sa forme et son objet, qu'une citadelle marine. Elle sauta, par accident, en 1829.

Paixhans décrit ainsi la batterie flottante américaine le Démologon :

« Les Américains ont fait, sur les plans de Fulton, plusieurs bâtiments curieux, qui peuvent être utiles dans quelques circonstances : ce sont des batteries flottantes,, qui sont mises en mouvement par une machine à vapeur ; qui sont entourées d'un long bordage ou parapet extrêmement épais, et qui sont armées des bouches à feu des plus gros calibres.

« Ces batteries n'ayant ni mâts, ni voiles, et la roue

(1) Nouvelle force maritine, in-i°, Paris, 1822, chapitre 1er.

LES BATIMENTS CUIRASSÉS

Fig. 390. —Le vaisseau à vapeur leNapoléon franchit les Dardanelles le 15 octobre 1854, remorquant la VilledeParis, devant

les escadres anglaise et française, arrêtées par les gros temps.

motrice étant cachée dans un canal intérieur, la manœuvre du bâtiment ne peut être empêchée par l'ennemi.

« La plus grosse batterie à vapeur des Américains est, dit-on, plus grande qu'une frégate ; elle est mise en mouvement par une machine à feu de la force de 100 chevaux : elle a un parapet en bois de quatre pieds et demi d'épaisseur \ et elle est armée de quarante-quatre grosses pièces d'artillerie.

« Cette espèce de forteresse flottante peut avoir de grands avantages pour défendre rentrée d'un port, d'un détroit, d'une rivière ou d'une rade, pour appuyer une ligne d'embossage, et porter une masse défensive sur le front, les flancs ou les derrières d'une disposition navale quelconque à proximité de la côte.

« Quant aux combats en haute mer, les batteries des Américains ne sauraient y convenir: la manœuvre en est lente, et leur lourde structure ne permet pas de les exposer aux effets de la tempête : enfin la grande puissance nécessaire à la machine à feu, qui va jusques à la force de 100 chevaux, exigerait une telle quantité de charbon pour un voyage longtemps prolongé, que le bâtiment le contiendrait à peine.

« On a de plus remarqué, que la machine à feu produit une telle chaleur, qu'au bout de quelques minutes la batterie est inhabitable; et Ton n'a trouvé, dit-on, de remède à cet inconvénient qu'en plaçant un navire portant la machine à feu, entre deux navires portant les batteries, ce qui complique encore la construction.

« Outre cela, l'épaisseur du bois de ces grosses batteries fait tomber dans cette alternative : que si les sabords sont étroits à l'extérieur, chaque pièce ne peut tirer que devant elle, et que si au contraire les sabords sont assez évasés pour laisser découvrir et battre une suffisante étendue, ils forment alors dès entonnoirs qui conduisent dans le bâtiment tous les coups de l'ennemi, lors même que ces coups sont mal dirigés.

« Il arrive de là qu'une batterie américaine serait battue avec peu de difficulté, au moyen de quelques légers navires armés écartés les uns des autres, qui, si les embrasures sont étroites, se placeraient hors de leur champ de tir, et qui, si elles sont larges, en feraient des égouts à boulets par où Ton aurait bientôt démonté les pièces, et mis hors de combat les canonniers. Il y aurait d'ailleurs un jéril mortel et certain à faire courir à. ces masses de bois, en les

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