‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 106 sur 163 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA MARINE CUIRASSÉE ANGLAISE. — LE WARRIOR ET LE BLACK- PRINCE. — COMPARAISON DE LA GLOIRE ET DU WARRIOR. — CONSTRUCTION DE LA DEFENDE ET DE LA RESISTANCE. — CONSTRUCTION DE L HECTOR, DU VALIANTr DE i/ACHILLES, DU IWINOTAUR, DE L'AGINÇOURT ET DU NORTHUMBERLAND. — TRANSFORMATJON DE PLUSIEURS VAISSEAUX DE GUERRE EN BOIS EN VAISSEAUX CUIRASSES.

En 1859, au moment où la Gloire allait être mise à l'eau, le premier lord de l'amirauté, John Packington, fit décider la construction d'une frégate cuirassée, qui reçut le nom de Warrior, et que l'on voulait opposer à la nouvelle frégate française, dont l'apparition imprévue et subite avait blessé au plus haut degré Tamour-propre de tous les marins, et même de tous les citoyens de la jalouse Albion. La Gloire donnait, en ce moment, la fièvre à tous les hommes importants de la Grande-Bretagne. On voulait donc créer, en Angleterre, l'équivalent de la Gloire, et même, s'il était possible, quelque chose de plus terrible encore.

La nouvelle frégate française était le résultat d'observations et de travaux longs> et patients, l'application de données théoriques et pratiques certaines. Gomme l'étude, et non la passion, avait présidé à sa construction, le succès avait couronné une entreprise conçue avec réflexion et maturité . Se croyant offensés dans leur orgueil national et dans leur fierté de marins, pour s'être cette fois encore laissé devancer par nous dans la voie du progrès naval, les Anglais voulurent produire quelque chose de plus redoutable et de plus puissant que la frégate française. Nous allons examiner s'ils y ont réussi. Les premiers bâtiments cuirassés anglais semblent résulter d'un compromis, d'une fusion entre les partisans de la cuirasse et ceux qui la regardaient alors comme fatale aux qualités nautiques d'un bâtiment. En effet, la cuirasse du Warrior ne couvre que la partie centrale des flancs, comme si Ton avait

Kg. 401. — La frég!

craint de charger les extrémités, même au risque d'y laisser la ligne de flottaison aussi vulnérable aux coups de l'ennemi que dans les anciens vaisseaux. De simples cloisons transversales, en tôle, rendues étanches, ne remédient pas à ce vice, car les projectiles modernes les auraient bien vite effondrées, et dès lors rien ne pourrait sauver le nawe des voies d'eau.

C'est dans cet ordre d'idées que furent construits de 1860 à 1862, d'après les dessins de M. Watts et de sir B. Walker, le Warrior et le Black-Prince, tous deux sur le même plan ; puis, avec des dimensions moindres, les frégates Defence et Résistance, qui sont semblables entre elles»

Les coques de ces navires sont en fer. Un coussin en. bois de teak, d'une épaisseur de ûm?46, règne sous la cuirasse. Celle-ci,

te cuirassée le Warrior*

| épaisse de 4 pouces et demi (0m,ii8), s7ë- | tend du plat-bord jusqu'à im,S3 au-dessous i de la flottaison ; mais, de l'avant à l'arrière, | la cuirasse ne couvre guère plus de la moitié ! de la longueur totale du bâtiment.

i Voici, du reste, les dimensions de ces na-

! vires :

| Warrior Defence

| et Blctck-Prince. et Résistance-

j Longueur... 115m,90 85°>,34

j Largeur 17»,78 16^,46

| Tirant d'eau, au milieu 8m,00 7m,55

j Déplacement en charge 8,950 tonn. 6,090 tontu

I Force nominale de la machine. l,250chev. 600 chev,

I Longueur de la partie cuirassée 67m,lO 43m,90

| Les premiers de ces quatre navires qui | purent prendre la mer, furent d'abord le j Warrior, puis la Defence, | Le Warrior [fig* 401), construit par la com- | pagnie Thames Iron Ship building, lancé le 1 29 décembre 1860, ne fut achevé qu'au mois

<Taoût de l'année suivante. On procéda alors à ses essais. Il atteignit, par un temps calme, une très-belle vitesse, 14n,3; mais, dans un voyage qu'il fit, pendant l'hiver de 1861, à Lisbonne, on fut bientôt désenchanté. Par une mer un peu grosse, il fatiguait, perdait ^ de sa vitesse, gouvernait mal, avec difficulté ! et lenteur. De plus, l'ampleur de son roulis rendait le tir de ses canons incertain et parfois impossible, en dépit de la grande hauteur de sa batterie (2m,70), dont on tirait vanité.

Ajoutons que le Warrior a coûté 9 millions, le double de la Gloire, qui est presque moitié plus petite, et qui jouit, grâce à ses bonnes proportions, d'une facilité d'évolution bien supérieure.

L amiral anglais Sartorius, établissant, dans une brochure publiée en 1861, un parallèle entre la Gloire el le Warrior, s'exprimait comme il suit :

« Il est impossible au Warrior d'aborder la Gloire, tandis que celle-ci peut prendre les positions les plus avantageuses pour désemparer son ennemi, La Gloire a un gréement insignifiant, qui, une heure avant le combat, peut être mis en bas, tandis que le Warrior, mâté comme un vaisseau de 90, aurait, dès les premiers coups, son hélice engagée par des débris de son gréement. La Gloire, par quelque côté qu'on l'attaque, est défendue et armée ; le Warrior ne Test pas , sa proue et sa poupe n'étant pas cuirassées. Avec vent debout, la résistance que rencontre la mâture du Warrior réduit considérablement sa vitesse, tandis que la Gloire, parfaitement dégagée, conserve la sienne. L'allégement des extrémités du Warrior, en vue de le rendre plus navigable, fait porter sur la partie centrale tout le poids de l'armure, et, tandis que, dans un mauvais temps, celleci reste inerte, les extrémités se tordent sous l'action de la lame, de manière à amener une dérivaison générale. Le moindre tirant d'eau de la Gloire lui permet d'agir de plus près contre des ouvrages à terre, et de protéger plus efficacement une côte contre des bâtiments ennemis. 11 est vrai que le Warrior porte ses canons plus haut et peut combattre par conséquent en tout temps ; mais quand le temps sera assez mauvais pour empêcher la Gloire de combattre, elle mettra le cap debout à la mer et laissera bientôt le Warrior derrière elle. »

L'expérience et la pratique de la navigation

ont confirmé ces prévisions et justifié ces critiques.

L'armement primitif du Warrior se composait de 40 canons, savoir : dans la batterie, 34 canons de 68, dont 15 de chaque bord, abrités par la cuirasse; plus, 2 à l'avant et 2 à l'arrière; sur le. pont des gaillards, 2 canons de 68 et 4 canons Armstrong de 40.

Plus tard, les canons Armstrong de 40 furent remplacés par ceux du calibre de 70, et une partie des canons de 68 cédèrent la place à des canons Armstrong de 100, d'unie plus grande portée.

Pour terminer la comparaison entre les deux frégates, française et anglaise, la Gloire et le Warrior, nous parlerons de la disposition de leur hélice et de leur mâture.

Quelques-uns de nos premiers vaisseaux armés d'hélices, tels que le Charlemagne et YUlm, furent pourvus d'un puits qui permettait de visiter l'hélice, de la ramener à l'intérieur, si l'on voulait seulement naviguer à la voile ; de la retirer et de la changer en cas d'avarie. Mais les inconvénients que présentait cette solution de continuité dans la membrure du navire, n'étaient pas compensés par les avantages d'une pareille disposition. Il fallait, dans nos frégates, que la solidité ne pût être compromise par aucun vice de forme ; aussi la marine française a-telle renoncé à ces puits. L'amirauté anglaise a cru pouvoir en pratiquer un dans le Warrior.

Les lords de l'amirauté n'ont pas encore su prendre le parti de renoncer à la suprématie de la voile, sous laquelle s'est accrue si prodigieusement la puissance maritime de la Grande-Bretagne. Aussi les constructeurs du Warrior ont-ils conservé à ce bâtiment la mâture d'un ancien vaisseau de 90 canons. Dans le cas où la Gloire se présenterait au combat , elle amènerait tout d'abord sa légère mâture et son gréement. Il n'en pourrait être de même du Warrior, qui serait toujours embarrassé de 'son éonrme voilure et de ses mâts fixes.

LES BATIMENTS

Concluons de cet examen comparatif, que la frégate anglaise construite à l'imitation de la Gloire, est loin d'avoir surpassé, ou même éoralé sa rivale.

Le Warrior fut bientôt suivi de son frère jumeau, le Black-Prince, qui lui est identique par les détails principaux de sa construction. Vinrent ensuite la Defence et la Résistance.

La Defence, construite chez MM. Salmer frères, mise à l'eau le 24 avril 1861, ne fut achevée qu'en mars 1862. Pendant les essais auxquels on soumit cette frégate, on reconnut que c'était un navire assez médiocre, d'une vitesse inférieure à celle du Warrior, et tout à fait insuffisante, ne se gouvernant pas mieux à la mer que son aîné, et n'ayant sur le Warrior qu'un avantage, celui de coûter moins (6 millions).

Au reste, l'amirauté anglaise n'avait pas eu besoin d'attendre l'achèvement de ces premiers navires pour condamner diverses particularités, et principalement le cuirassement partiel que Ton avait adopté. L'amiral, premier secrétaire de l'amirauté, avait vu, à Toulon, la Gloire rentrer, sans trace de fatigue, de son voyage d'Alger, après avoir essuyé les grands coups de vent des 19 et 20 septembre 1860. Il lui était donc prouvé que les défauts nautiques des premiers types anglais n'étaient pas inhérents au blindage métallique, mais que les navires cuirassés demandaient à être étudiés d'après les conditions qui leur sont spéciales.

On voulut alors, en Angleterre, avoir des frégates cuirassées d'un bout à l'autre, comme les nôtres. On n'y parvint toutefois encore qu'imparfaitement.

Dans Y Hector, qui fut mis en chantier chez M. Napier, à Glasgow, en mars 1861, et dans son semblable, le Valiant, la cuirasse règne bien de bout en bout, à la hauteur de la batterie ; mais elle ne descend au-dessous de la flottaison que dans la partie centrale, sur une longueur égale aux deux tiers seulement de la

longueur totale du navire. Ces deux bâtiments^ dessinés, comme les précédents, par M, Watts et l'amiral sir B. Walker, sont de dimensions moindres que le Warrior, mais un peu supérieures à celles de la Defence. Ils ont 8Sra,84 de longueur pour une largeur de 1 7m,9 ; ils déplacent 6,483 tonneaux au tirant d'eau moyen de 7m,50; leur machine est de la force nominale de 800 chevaux. Ils furent terminés dans le courant de l'année 1863.

Le principe du cuirassement étendu à toute la flottaison, fut enfin adopté dans VÀchilles* Il est vrai que, dans les œuvres mortes, ce navire n'est cuirassé que partiellement, comme le W arrior, dont il rappelle les dimensions, car sa longueur est de llSm,81, son déplacement de 9,670 tonneaux, et sa machine de 1,250 chevaux nominaux. C'est le premier bâtiment cuirassé qui fut construit au dockyard royal de Chatham. Le plan àe YAchilles avait été dessiné par M. Watts et l'amiral R. Spencer Robinson.

Ces proportions, déjà considérables, ont été encore dépassées sur le Minotaur, VAgin* court et le Northumberland. La longueur de ces trois navires atteint près de 122 mètres3 et leur déplacement d'eau est de 10,390 tonneaux. Ce sont les plus grandes dimensions qui se rencontrent dans les flottes euirasséesv Une machine de 1,350 chevaux nominaux imprime à ces énormes masses une vitesse de plus de 14 nœuds, en temps calme* L'épaisseur de la cuirasse a été portée à 0m,14 ; elle règne de bout en bout, depuis le plat-bord jusqu'à lm,S3 au-dessous de la flottaison. Le Northumberland fait exception à cette règle, car ses extrémités hautes, ayant et arrière, ne sont pas cuirassées. Ces immenses navires n'ont pas coûté moins de 11 millions chacun. La figure 402 représente le Minotaur.

Malgré l'activité avec laquelle ces constructions nouvelles étaient poussées, malgré de grands sacrifices d'argent et un empresse-

ment manifeste à suivre les idées qui successivement paraissaient les meilleures, l'effectif de la marine cuirassée anglaise était loin

d'être en rapport avec celui de l'ancienne flotte à vapeur de la même puissance. Aussi, en vue de rétablir le plus promptement S'équilibre, des ordres furent-ils donnés pour transformer en frégates cuirassées divers bâtiments en bois alors en chantier. Ce furent :

1° Sur les plans de M. Watts et de l'amiral Spencer Robinson, le Royal-Oak, le Prince- Gomort, le Caledonia, YOcean> le Royal-Alfred. La construction de ces vaisseaux de guerre à hélice, porteurs de 90 canons, avait été commencée en 1887 et 1858, à la suite des magnifiques résultats du Napoléon, signalés en France. On changea aussitôt leur système de construction. On rasa une de leurs batteries, ©b allongea les navires par le milieu, on les imodifia à l'avant et à l'arrière ; en un mot, on exécuta pour cette transformation un travail si considérable, qu'on peut douter que des constructions neuves eussent entraîné plus de dépenses.

Les dimensions de ces vaisseaux sont modérées. Ils ont 83m,20 de longueur <at un déplacement d'eau de 6,600 tonneaux. Dans les quatre premiers, la cuirasse, épaisse de 0^,115 y règne de bout en bouta la flottaison, et sur toute la hauteur de la batîerie. Dans le Royal-Alfred on a supprimé le blindage des œuvres mortes avant et arrière; mais l'épaisseur de la cuirasse, dans la partie centrale, est portée à 0m,15.

2° Le Royal -Sovereign, ancien vaisseau à irois ponts transformé en navire à tourelles. Ce type spécial, préconisé depuis longtemps par le capitaine Coles, avait été réalisé pour la première fois dans le Monitor américain, construit par Ericsson. Nous reviendrons plus loin sur les navires cuirassés à tourelles, auxquels nous consacrerons un chapitre spécial.

3° Le vaisseau le Zealous, puis les corvettes Favorite et Research , qui reçurent

un blindage partiel, d'après les plans de M. Reed, mais sur lesquels la cuirasse épaisse de 0m,llS protège toute la flottaison, et une tourelle centrale, où sont logées les bouches à feu.

Dans plusieurs des navires en fer de la marine britannique, dont il vient d'être parlé, il existe, au-dessous de la flottaison, une proéminence, une sorte d'éperon, qui les a fait désigner sous le nom de béliers à vapeur* Mais les étraves de ces bâtiments n'ont, à vrai dire, aucune consolidation intérieure spéciale. On ne peut donc les considérer comme pouvant agir résolument par le choc de leur masse, à la façon du bélier antique. Le choc par l'avant serait aussi fatal à eux-mêmes qu'au navire choqué.

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