‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 111 sur 163 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES NAVIRES A TOURELLES DE LA MARINE ANGLAISE. — LE ROYAL-SOVER E1GN, ET LE PRINCE-ALBERT- — LE NA- VIRE A TOURELLES DE LA MARINE AMÉRICAINE, LE MIAN- TONOMOAH. — LE CAPTAIN ET LE MONARCH, NAVIRES ANGLAIS A TOURELLES*

Le combat d'Hampton-Road était fait pour appeler l'attention sur la nature des services auxquels étaient propres les monitors. Les idées du capitaine Coles gagnèrent donc quel-

que faveur en Angleterre. Le 4 avril 1862, par ordre de l'amirauté, le vaisseau à trois ponts de 130 canons, le Royal-Sovereign, entrait dans un des bassins de Portsmouth, pour y être rasé de ses deux ponts supérieurs, et pour recevoir cinq tourelles tournantes, armées chacune d'un canon lançant un boulet de 300 livres.

Les modifications qu'il a fallu faire subir au bâtiment, pour répondre à ce programme, ont été considérables, et n'ont pas rencontré, même en Angleterre, une approbation unanime. Ce que l'expérience a clairement montré, c'est que le Royal-Sovereign ainsi transformé, est incapable de naviguer ; que dès lors, son rôle est réduit à celui de garde-côtes, et que même pour ce dernier emploi, en raison de son fort tirant d'eau (6m,S5 à l'avant, 7m,S8 à l'arrière), il est mal réussi.

Les partisans de ce système firent valoir que les indications du capitaine Coles auraient chance d'être suivies avec plus de succès sur une construction neuve. L'amirauté, fidèle à sa coutume d'expérimentation, fit; construire en 1862-64, chez Samuda frères, le navire à tourelles le Prince-Albert. Voici les éléments principaux de ce bâtiment, dont la coque est en fer :

Longueur , . 73m,14

Largeur > . .. . . 14m,64

Tirant d'eau au milieu 6m,34

Déplacement 3,870 tonn.

Force nominale de la machine. 5Ô0 cher.

Nombre de bouches à feu 4

Hauteur des sabords des tourelles audessus de la flottaison 3m,50

Épaisseur de la cuirasse 0m,H5

— dn matelas qui reçoit la cuirasse * 0m,46

Il revient à 5,420,000 francs.

En outre, le gouvernement anglais fit l'acquisition pour le prix de 2,800,000 francs chacun, de deux navires à tourelles, la Wivern et le Scorpion, construits par MM. Laird, de Birkenhead, et primitivement destinés aux Américains du Sud. Ces navires, longs de

LES BATIMENTS CUIRASSÉS

68m,42,. déplacent 2,700 tonneaux, au tirant d'eau moyen, en charge, de 4m,72 ; ils ont deux tourelles armées, chacune, de 1 canon de fort calibre. La Wivern n'atteignit, aux essais en calme, qu'une vitesse de 10 nœuds.

Le Prince- Albert, ainsi que ces derniers bâtiments, est ras sur l'eau et peu en état de tenir la mer. Un instant, on avait cru trouver, au point de vue du roulis, quelques avantages aux bâtiments à tourelles centrales ; mais la Wivern y qui faisait partie de l'escadre d'essai de 1866, dont nous avons parlé plus haut, roule à tel point, qu'il est dit dans un rapport officiel: ce Je ne mentionne pas ce navire, car la mer eût envahi sa tourelle et balayé tout à l'intérieur. »

Ces premières tentatives furent donc peu satisfaisantes. Elles montrent combien il y a loin du Monitor proprement dit, au navire dérivé du même système, mais destiné à la grande guerre maritime. C'est ce qu'il est facile de s'expliquer.

Les tourelles ne protégeant que leur intérieur, il est urgent que le bâtiment qu'elles surmontent soit entièrement cuirassé. Une question d'économie de poids conduit à réduire la hauteur des œuvres mortes ; ou si Ton dispose les choses de telle façon que le tir rase le pont, il faudra que les pavois puissent tomber pendant le combat, laissant par là le pont accessible à la lame. On a dû sur le Royal-Sovereign, le Prince- Albert, la Wivern et le Scorpion, placer pardessus les tourelles, un pont léger, pour lé service du bord.

La figure 403 (page 564) représente le Royal-Sovereign.

En second lieu, pour que la tourelle puisse battre sans gêne tout l'horizon, il importe que le pont supérieur soit entièrement dégagé de l'avant à l'arrière. Or, dans la revue navale qui fut passée à Spithead, en 1867, à l'occasion de la visite du Sultan, le Prince-Albert ayant tiré quelques salves d'artillerie, causa, dès les premiers coups,

de grands dégâts à sa passerelle, et diverses installations en fer qui existent sur le Royd- Sovereign entre les tourelles et la cheminée, furent entièrement/démolies.

Ce qui est plus grave à penser, c'est le sort qui serait fait, en cas de combat, à un navire de ce système, si le mécanisme des tourelles était dérangé par les boulets ennemis, surtout si le navire se trouvait pris entre deux feux. Une foule d'incidents de la guerre d'Amérique prouvent que cette crainte est sérieuse. Au combat de Morris-Island, le 10 juillet 1863, le monitor lePassair, dut abandonner le feu, après avoir reçu, entre la tourelle et le pont, un boulet, qui avait brisé line partie de son mécanisme ; il fallut trois mois pour le remettre en état. Sans doute, on peut multiplier autour de ce mécanisme les moyens de protection ; mais ne faut-il pas compter encore avec les avaries qui se produisent d'elles-mêmes dans les engrenages, soit par suite de défauts de fonte, soit après quelque temps de service ? Au mois de juin 1863, à bord du monitor américain le Patapsko, une dent du pignon de la tourelle se rompit, et le bâtiment demeura paralysé jusqu'à la fin de la réparation, qui ne demanda pas moins de quinze jours.

Jaloux pourtant de construire de vrais monitors de mer, les Américains produisirent le Miantonomoah (fîg. 406), qui, en effetr **-aversa l'Atlantique, et vint se montrer, pendantl'été del866,dans les ports d'Europe.

Le pont de ce navire n'est qu'à 0m,60 audessus de la flottaison. Dans l'axe s'élèvent deux tourelles ayant 2m, 80 de hauteur, 6 mètres de diamètre, armées chacune de 2 canons de 0m,38 et réunies par une passerelle ; en cours de navigation, les hommes de quart se tiennent sur la passerelle, et le restant de l'équipage demeure sous le pont, dont les panneaux sont absolument fermés. Le bâtiment est ventilé par des procédés mécaniques. En voici lesdimensions principales : longueur, 79m, 30; largeur, 16m,lS ; tirant d'eau, 4m55.

—Jif/iWEMIt:-

Fîg. -105. — Le Royal-Sovereign, navire à tourelles, ou monitor de mer, de la marine anglaise, construit en 1862.

Sans aucune mâture , le Miantonomoah est mû par deux hélices indépendantes; sa cuirasse, épaisse de 0m,15, règne sur une hauteur totale de 2œ,10.

Malgré l'heureuse traversée faite par le Miantonomoah d'Amérique en Europe, les marins ne le considèrent encore que comme un garde-côtes.

« Ces traversées, dit un écrivain des plus autorisés (1), font honneur, nous aimons à le dire, à la trempe énergique des hommes de la marine fédérale ; mais elles ne prouvent pas que le Monitor soit autre chose qu'un garde-côtes, et c'est comme gardecôtes que nous le voyons figurer dans presque toutes les marines, en Angleterre, en Russie, en Suède, en Danemark, etc.

« Le Monitor américain, dit encore le même écrivain, n'est point un navire de mer : il n'a du navire de mer ni les qualités de marche et d'évolu tion, ni surtout cette faculté indispensable que les Anglais expriment

(1) Amiral Y. Totjchàrd, A propos du combat de Lissa {Revue maritime et coloniale, 1867).

par un seul mot, buoyancy,ce que nous appelons l'aptitude à flotter, la faculté d'immersion* Cette aptitude à flotter réclame un certain relief, une certaine élévation des œuvres mortes; c'est là une condition sine quâ non pour les navires de mer. »

Les rapports du capitaine Fox apprennent que debout à la lame, par une grosse mer, Ta- \mtduMiantonomoahplongeaiikte\ipoml que le paquet d'eau venait se briser sur la tourelle de l'avant, et que le tir des canons en chasse devenait impossible. Il en était de même du tir en retraite par une houle un peu forte Tenant de rarrière. Enfin, il est notoire qu'à son départd'AngleterrepourlaRussiejCe bâtiment a couru de réels dangers dans la mer du Nord.

Au reste, beaucoup d'Américains ont répété que souvent remorqué par son compagnon de voyage, VAugitsta, le Miantonomoah n'abandonnait les remorques et ne poussait ses feux que près des côtes, au moment venu de faire dans un port une entrée triomphale*

Fig, 406* —

Le Miantonomoah, monitor de mer de la marine américaine, construit en 1865.

Le nouveau programme que s'est tracé, en Angleterre, le capitaine Coles, est de combiner le système des tourelles des monitors avec les qualités nautiques d'un croiseur.

L'amirauté anglaise a entrepris récemment la construction de deux grands navires projetés en vue de répondre à ce programme ; l'un, le Captain^ a été mis en chantier, d'après les plans de M. Coles lui-même, chez MM. Laird, à Birkenhead; l'autre, le Monarch^ dessiné par le contrôleur de l'amirauté, s'édifie au dock-yard de Chatham.

Voici leurs éléments principaux :

Captain, Monarch;

Longueur ; ,. . 97%53 100» ,58.

Largeur. 16™a20

Hauteur "du pont au-dessus de

l'eau 3»,00 4m,26

Tirant d'eau moyen en charge.. 7m,00 7mi3S

Déplacement 7,000 tonn. 8,300 tonn.

Puissance nominale, de la machine.,.*.. 900 chev. 1,100 chev .

Nombres de bouches à feu 6 6

Le Captain porte deux tourelles armées,

chacune, de deux canons du calibre de 600 livres (272 kil.) pesant 22 tonnes chacun, et en outre, sur le gaillard, de deux gros canons à pivot, l'un à l'ayant, l'autre à l'arrière, lançant des projectiles de ÎS0 livres (68 kil-). Le centre des bouches à feu des tourelles est à 3m,95 au-dessus de l'eau. La cuirasse des tourelles sera épaisse de 0m,2S4, celle du navire de 0m,203 dans la partie centrale, et de 0m,177 aux extrémités. Ce bâtiment doit avoir sur le pont, à l'avant et à l'arrière des abris offrant des logements bien aérés; une forte passerelle centrale ayant 7m,35 de largeur, réunit ces abris en passant au-dessus des tourelles.

Ce navire a pour but, comme nous l'avons dit, de combiner le système des tourelles avec les qualités nautiques d'un croiseur de première classe.

Il sera très- probablement emménagé avec soin et pourvu d'une dunette et d'un gaillard d'avant. Sa longueur est de 97m,53;

sa largeur de I6ffl,20, et son tonnage de 4,272 tonneaux; il a 7m,i6 de tirant d'eau à Farrière et 6m, 85 à l'avant. Il aura deux paires de machines de la force collective de 900 chevaux nominaux, faisant mouvoir deux hélices, et devant donner au navire, tout armé, une vitesse de 14 nœuds.

Outre les quatre canons de 600 livres dont seront armées les deux tourelles, des canons de chasse seront placés à Favant et à Farrière. Le navire sera cuirassé de bout en bout, avec des plaques descendant à lm,52 au-dessous de la flottaison et allant jusqu'au plat-bord du pont. Par le travers des tourelles, les plaques auront 0m,20 d'épaisseur; dans les autres parties du milieu du navire, cette épaisseur sera réduite à 0m,177, et aux extrémités, elle sera encore diminuée.

Les deux gaillards sont réunis par un pont central (spardeck) de7m,35 de largeur, et passant par-dessus les tourelles, pour faciliter les manœuvres et permettre à Féquipage de communiquer à Favant et à Farrière*

Lorsque le navire sera simplement à la mer sans combattre, un pavois, en tôle, ayant comme longueur la distance entre les deux gaillards, et comme hauteur celle des gaillards au-dessus du premier pont, et qui, pendant le combat, est rabattu contre la coque, se relèvera et viendra se fixer à la hauteur des gaillards, en cachant les tourelles et les emménagements du pont, et les préservant des coups de mer.

Le Captain {fig. 407, page 569jaura un gréement complet etunesurface de voilure en rapport avec son tonnage. Les mâts sont soutenus par des tubes rigides en fer, disposés en trépied ; le restant du gréement est réparti sur la passerelle, et celle-ci devient affectée à la manœuvre qui serait complètement impossible sur le pont proprement dit» Cette mâture en trépied, dont le capitaine Coles attend beaucoup, a été déjà mise en pratique à bord de la Wivern.

Le Monarch a des dimensions plus grandes

que le Captain. C'est ce qui a permis de trouver sous le pont des logements aérés ; mais son armement comme artillerie n'est pas plus considérable que celui du Gap tain , par suite de l'épaisseur plus grande donnée à certaines parties du blindage. Il porte deux tourelles cuirassées, contenant chacune 2 pièces de canon, du poids de 22 tonnes. Il y a, en outre, une pièce à Favant, sur le pont, pour le tir en chasse, et une autre à Farrière, pour le tir en retraite. Le blindage s'étend sur toute la flottaison, et se relève à l'extrémité arrière et à l'extrémité avant, de manière à protéger ces deux dernières bouches à feu*

L'épaisseur de la cuirasse varie entre 0m, 1 27 , qu'elle possède à la flottaison , et 0m,2o0 qu'elle atteint sur les tourelles, aux environs des canons, et 0ffl,t0 ou 0m,08 qu'elle garde aux extrémités. Le poids de la totalité des plaques composant le cuirassement, est de 1,380, tonnes.

Le gréement du Monarch est manœuvré du pont du gaillard, comme sur un navire ordinaire. Sa vitesse sous vapeur, fixée dans le contrat passé avec les constructeurs, doit être de 14 nœuds.

Ces deux derniers navires, le Captain et le Jfon^cAjS'écartentduvraimonitor américain par la hauteur plus grande du pont du gaillard au-dessus de la flottaison, par l'addition de dunettes, et par la présence de la voilure. Leur déplacement d'eau est énorme, pour le petit nombre de bouches à feu qui constituent leur valeur offensive.

Les essais de ces deux grands navires, qui auront lieu en 1869, feront voir si, dans ces bâtiments, la part faite aux qualités nautiques et celle faite au jeu de l'artillerie, se complètent d'une manière satisfaisante. Toujours est-il qu'en réclamant du navire à tourelles au delà de ce qui peut convenir au bâtiment de rivière ou au garde-côtes, on a été conduit à lui prêter beaucoup de la physionomie du navire à batterie et à fort central? comme notre Marengo.

LE S BÂTIMENTS CUIRASSES

En résumé, l'amiraiité anglaise a voulu, dans ces dernières constructions navales, assurer le plus grand et plus rapide champ de tir à une artillerie réduite à un petit nombre de bouches à feu. Il reste à savoir si l'artillerie, utile de loin, ne doit pas, de près, être bien moins utile que l'attaque à toute vitesse, par le choc de l'éperon. L'important, parmi tant de qualités diverses que l'on peut demander aux bâtimènts de guerre, est de ne pas compromettre celles qui sont vraiment essentielles et indispensable?, pour d'autres qui ne sont qu'accessoires.

En présence d'un problème aussi complexe, notre rôle d'historien se borne à rapporter les solutions qui lui sont actuellement données par les diverses nations maritimes.

On a vu qu'en Angleterre même, les derniers bâtiments projetés, ceux mis en chantier en 1868, rentrent tous, à l'exception du garde-côtes et du bélier., dans le système à fort central. A la Chambre des communes, dans la séance du 13 juillet 1868, lord H. Lennox, répondant à diverses interpellations, déclarait que, jusqu'à ce moment, l'amirauté n'a eu en main aucun modèle de na^ vire à tourelles capable de tenir la haute mer qu'elle puisse consciencieusement adopter, et qu'il ne serait pas sage de prendre une décision à cet égard avant qu'on ait fait, en 1869, les expériences convenables avec les deux navires en voie d'achèvement, le Monarch et le Cap tain.

On a vu plus haut, comment le vaisseau cuirassé français, leMarengo, par son éperon, par la concentration et l'aménagement de son artillerie dans un fort central et . dans des tours latérales à plates-formes tournantes, enfin par ses formes, répond au programmé que l'on s'est récemment tracé en Angleterre pour le bâtiment qui doit réunir les qualités nautiques aux qualités de combat.

En France, grâce à une administration qui apprécie à sa juste valeur le rôle qu'est appelée à jouer la marine dans la solution des

grands intérêts de l'avenir ; . grâce aux travaux du génie maritime et, en particulier, de M. Dupuy de Lôme, l'illustre ingénieur qui, promoteur de la révolution survenue dans l'architecture maritime, est chargé depuis 1856 de la direction de notre matériel naval; grâce aux préoccupations constantes de l'Empereur, qui porte dans ces questions le double intérêt de l'inventeur et du chef de l'État, plusieurs bâtiments sont en chantier, utilisant les nouveaux progrès de la métallurgie et les derniers secrets des sciences nautiques et militaires.

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