‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 114 sur 163 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous venons d'exposer aussi complètement qu'il était possible de le faire avec les seules données qui aient été jusqu'ici rendues publiques, la situation des forces maritimes cuirassées chez les principaux États des deux mondes. Dans peu d'années, les puissances de second et de troisième ordre, que notre activité a laissées en arrière , posséderont certainement à leur tour, des forces du même genre, importantes par le nombre ou la qualité. Que seront alors les guerres internationales et maritimes? Quel rôle précis joueront dans les combats sur mer, les navires cuirassés? Quel sera le rôle des anciens bâtiments?

11 est bien difficile de pouvoir s'exprimer d'avance sur des questions si complexes.

Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que l'invention des cuirasses métalliques a complètement bouleversé Fart de la guerre maritime. Le nouveau système de défense des navires contre une artillerie, devenue formidable, a eu pour résultat d'annuler tout d'un coup l'ancienne tactique navale, œuvre de tant de siècles, et par là, on peut le dire, elle a ôté une partie de sa poésie et de sa grandeur au métier de soldat à la mer. Aucun spectacle n'est plus émouvant que celui d'un combat entre deux vaisseaux de ligne. L'homme réunit aux efforts des éléments les efforts de son courage. Les voiles, labourées par la mitraille, laissent flotter au vent leurs lambeaux déchirés. Les mâts, fracassés par les boulets, tombent sur le pont, avec un horrible fracas, entraînant dans leur chute, les haubans et les cordages, écrasant officiers et soldats. Le matelot, armé de fer, ivre de fureur, s'élance à l'abordage, sur le pont du navire ennemi, et dans un combat corps à corps, dispute pied à pied son navire, sa seconde patrie. Mais pour avoir changé d'aspect le spectacle du combat entre deux navires cuirassés n'en sera pas moins terrible; il ne sera pas moins une occasion sublime donnée à l'homme pour développer ses instincts guerriers. L'initiative du commandant, plutôt que l'intrépidité individuelle, remportera les victoires. Le boulet et l'obus, impuissants contre le fer de la cuirasse, rejailliront inoffensifs dans la mer : ils n'auront plus à frapper des agrès, devenus inutiles. Le pavillon national , flottant audessus de la carapace noire et nue, fera seul comprendre qu'il existe dans cette masse sombre et silencieuse, des cœurs de soldats. On ne sentira le navire guidé par une volonté unique, qu'à ses mouvements réguliers et aux bordées lancées par ses canons. Mais combien est poignant et suprême le momentoù les deux navires ennemis s'approchent l'un de l'autre ! Voyez-les. Que l'attaque doive venir du choc par l'éperon ou de la bordée de leurs formidables canons, chacun des vaisseaux en gagés re-

LES BATIMENTS CUIRASSÉS

Fig. 410. — Le Çastelfidardo, navire cuirassé de la marine italienne.

doute pour lui et prépare pour son adversaire, une trouée qu'un seul coup peut rendre fatale. C'est à peine si^ dans la mêlée, le chef d'escadre peut prévoir et combiner des manœuvres d'ensemble. Tout repose, dès lors, sur Finitiative du commandant. Ecrasante responsabilité ! Quel sang-froid stoïque ne devra pas guider son coup d'œil ! Fut-il jamais situation héroïque plus digne des grands capitaines de la mer !

Par l'emploi général de la cuirasse métallique, les forces maritimes seront à l'avenir égalisées, car ces forces ne se comptent plus comme autrefois d'après le nombre et la grandeur des navires. Ce sera dans l'épaisseur de la cuirasse, dans la vitesse de marche, dans la rapidité des mouvements, dans la forme bien étudiée des abris, que résidera désormais la force , plutôt que dans t. ni.

ses dimensions absolues ou la puissance de son artillerie. Une petite nation, comme le Danemark , sera forte avec une marine cuirassée relativement minime, si ses navires sont bien armés et bien construits. Une faible nation maritime \ si elle peut s'imposer la dépense des quatre millions et demi qu'a coûté la Gloire , pourra faire respecter son pavillon sur les mers. Si une flotte anglaise, par exemple, comme en 1807, bombardait Copenhague, les Danois pourraient promptement user de représailles contre leurs voisins. Il suffirait de quelques batteries flottantes cuirassées pour faire subir le même sort à une riche et florissante cité de l'Angleterre située en un point quelconque de ses côtes. La crainte de semblables représailles arrêterait d'injustes agresseurs dans l'exécution de leurs desseins meurtriers.

Ainsi l'emploi de la cuirasse tendra à égaliser les forces maritimes des nations les plus disparates par leur importance. Ce ne sera plus tant la grandeur des Etats, mais leur degré d'industrie qui fera désormais la puissance navale. Il y aura là un double progrès, puisqu'en même temps que les combats sur mer seront moins meurtriers, leur prévision entraînera u?i développement considérable des forces industrielles de chaque nation, développement qui profitera à l'industrie métallurgique et à la science de l'ingénieur*

Mais pourquoi éyiterions-nou s de le dire, pourquoi hésiterions-nous, comme Français et patriote, à nous en applaudir ? La cuirasse sera surtout fatale à l'Angleterre. Cette puissance a, d'ailleurs, parfaitement compris cette vérité. Malgré son génie maritime, malgré ses richesses et les nombreuses colonies qu'elle possède partout, elle sent bien qu'elle a perdu cette ancienne supériorité navale qu'elle devait au nombre de ses vaisseaux de bois et à la quantité de matelots qui les montaient. Son despotisme, qui s'exerçait depuis des siècles sur toutes les mers, ne tenant compte ni des droits ni des protestations d'aucun peuple, est désormais ébranlé. Le nombre considérable et le grand développement de ses colonies lui sera, à l'avenir, plutôt funeste qu'utile, en la forçant à diviser ses forces sur toute la surface des mers, dans le cas où une

guerre éclaterait entre elle et un autre grand Etat, comme la France ou les États-Unis.

On peut donc dire que le temps de puissance et de splendeur à la faveur duquel l'Angleterre a monopolisé le commerce du globe, est passé pour elle. En revanche, et selon les droits de régale justice, aucune nation ne pourra profiter, à son avantage exclusif, de cette déchéance, ni jamais atteindre à la suprématie qui fut trop longtemps l'apa« nage de la fière Albion.

Ce qu'il y a de singulier, pour terminer par une vue rétrospective, c'est que cette révolution dans la tactique navale, qui produira une, transformation dans l'équilibre des forces réciproques Ses nations modernes, ne constitue , au fond, qu'un retour aux habitudes des temps passés. Avant l'invention et l'usage général de la poudre à canon, les hommes d'armes étaient bardés de fer ; aujourd'hui ce sont les navires qui s'enveloppent d'armures et de cuirassés. Cas moyens de défense, qui avaient dû disparaître devant la puissance de la poudre à canon, sont repris aujourd'hui ; et si on ne les adapte pas, comme au Moyen Age, au corps des hommes et des chevaux, on les emploie comme moyen actif de protection pour les navires et les fortifications des places. Il y a Jà un intéressant sujet de réflexions philosophiques, que nous abandonnons à l'imagination du lecteur.

FIN DES BATIMENTS CUIRASSÉS

LE DRAINAGE

Celui qui, en 1842, se serait élevé sur une colline, en un point quelconque des campagnes de l'Angleterre, et eût porté ses regards sur toute l'étendue du pays qui se déroulait à ses pieds, eût été le témoin d'un spectacle singulier et assez difficile à comprendre au premier aspect. Il eût vu sur tout le territoire, des légions d'ouvriers occupés à ouvrir la terre par des tranchées profondes, et à placer dans ces tranchées des tuyaux disposés bout à bout, en une ligne continue.

Quel était donc l'objet précis de cette opération, entreprise simultanément dans toute l'étendue du pays le plus justement renommé par ses hautes connaissances en agriculture, et où la science de l'exploitation du sol a fait de si remarquables progrès? Cette opération, c'était le drainage. '

Quels devaient être en Angleterre les résultats de ce grand travail, exécuté avec tant d'ensemble et de résolution ? Les plus mauvaises terres changées en terres fertiles ; — les bonnes terres améliorées d'une manière permanente ; — le sol réchauffé, ameubli, fertilisé ; — ses produits doublés ; — la loi des céréales, audacieux défi jeté à l'Europe agricole et manufacturière, rendue possible;^ le climat et l'état sanitaire de certaines contrées complètement améliorés : tels devaient être ces résultats.

Mais les bienfaits du drainage ne devaient pas être exclusivement réservés à l'Angleterre. En Belgique, où ses progrès furent très-rapides, ses effets furent également re-

marquables. On vit, en Belgique, des terres marécageuses tripler de valeur, et les frais de drainage être souvent couverts par l'augmentation de produit d'une seule année.

En France,, les bienfaits du drainage furent aisément constatés peu d'années après son application. Les résultats obtenus, par MM. Duchâtel et de Bryas, en 1856, et plus tard par d'autres agronomes distingués i triomphèrent des dernières résistances de la routine; et s'il est reconnu que la France, en raison du défaut habituel d'humidité dans son sol, retire beaucoup moins d'avantages du drainage que l'Angleterre, l'Ecosse et Tirlande, les faits cependant se pressent en foule pour démontrer que cette opération a été souvent, chez nous, un incontestable bienfait.

Mais pour réaliser de tels résultats les moyens sont sans doute difficiles, coûteux, compliqués. Le drainage consiste, au contraire, dans le plus élémentaire des procédés agricoles, et les frais qu'il occasionne sont peu de chose en-regard des avantages qu'il assure.

Qu'est-ce que le drainage? Une comparaison très-juste et très-frappante a été présentée par M. Martinelli, avocat de- Bordeaux, pour faire comprendre la donnée essentielle et la formule simple du drainage.

« Prenez ce pot de fleurs, dit-il : pourquoi ce petit trou au fond? Je vous demande cela parce qu'il y a toute une révolution agricole dans ce petit trou. Il permet le renouvellement de l'eau, l'évacuant à

mesure — et pourquoi renouveler l'eau ? Parce qu'elle donne la vie ou la mort. La vie lorsqu'elle ne fait que traverser la couche de terre, car d'abord elle lui abandonne les principes fécondants qu'elle porte avec elle, ensuite elle rend solubles les aliments destinés à nourrir la plante; la mort au contraire lorsqu'elle séjourne dans le pot, car elle ne tarde pas à se corrompre et à pourrir les racines, et puis elle empêche l'eau nouvelle d'y pénétrer. »

Bouchons le trou du pot à fleurs, et arrosons la plante: toute la terre sera bientôt saturée d'eau, et la pauvre plante, noyée, affamée, asphyxiée, dépérira. Rétablissons l'ouverture du pot de fleurs : il se fait immédiatement une circulation, un renouvellement d'air et d'eau, absolument nécessaire à la vie végétale, et la plante ne tarde pas à renaître. Une terre reposant sur un sous-sol imperméable, forme comme un immense pot à fleurs, dont le trou du fond serait bouché. Cette terre sera stérile: la drainer , c'est déboucher le trou, c'est lui rendre ce courant d'air et d'eau qui vivifie la végétation, et qui maintient le sol frais, mais non humide.

Apres cette idée générale du principe du drainage, nous devons entrer dans l'examen détaillé des divers éléments dont se compose cette question. Nous allons donc étudier successivement : 1° le drainage chez les anciens, 2° l'invention du drainage moderne et son développement en Angleterre, en Belgique et en France ; 3° ses effets généraux et secondaires ; 4° la profondeur, l'écartement et la direction des drains ; S° les moyens divers de construire les drains ; 6° la pente, la dimension et la longueur qui leur sont nécessaires ; 7° l'exécution pratique des travaux de drainage ; 8° la fabrication des tuyaux; 9° les bénéfices que procure cette opération.

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