DRAINAGE DES SOURCES
Dans tout ce qui précède, nous n'avons considéré que les opérations qui ont pour but d'assainir les terres imprégnées des eaux pluviales. C'est là le cas le plus ordinaire^ la condition habituelle. Mais dans quelques circonstances, les terrains sont inondés par de véritables sources ; ou bien les eaux de sources viennent s'ajouter, en quantités surabondantes, aux eaux du fonds, et constituent alors une masse considérable de liquide, qui noie le sol. Le dessèchement d'un terrain, ainsi occupé par de véritables sources, est une opération délicate , et qui sort des procédés ordinaires du drainage des terres arables. Cependant, comme ce cas peut se présenter, nous devons dire quelques mots des moyens qu'il faut alors mettre en œuvre.
La méthode générale pour opérer le drainage des terres occupées par des sources, revient à fournir aux eaux de cette espèce un écoulement régulier, qui les empêche de sourdre en différents points du sol, et à les ! évacuer, soit par des puits, soit en les ame- ! nant dans la région occupée par un réseau de drainage.
Les communications à établir entre les drains et les parties poreuses d'un terrain pénétré par les eaux de source, s'exécutent par l'une des méthodes suivantes.
Quand la profondeur de la couche . perméable au-dessous du sol à assainir, n'excède
LE DRAINAGE
pas 2 mètres, on doit pousser les drains jusqu'à cette profondeur, que ces drains soient composés de tuyaux en poterie ou simplement de pierres.
Mais si la couche perméable se trouve, audessous du sol, à une profondeur telle qu'il serait impossible de l'atteindre sans une dépense trop considérable, on doit ouvrir, de distance en distance, et à côté du drain luimême, creusé à la profondeur habituelle, des puits ou des trous de sondage , que l'on pousse jusqu'à la rencontre de la couche aquifère.
Ces puits sont rectangulaires ou cylindriques, et d'une largeur seulement suffisante pour qu'un ouvrier puisse y travailler sans trop de gêne* On les remplit de pierres cassées jusqu'à quelques décimètres audessus du tuyau de terre qui sert de conduit.
La forme et la disposition du puits rempli de pierres, qui est destiné à faire écouler les eaux dans les terrains occupés par des sources, se trouvent représentées exactement dans l'une des figures de la présente Notice. Le lecteur est donc prié de se reporter à la figure 411 (page S83).
Lorsque la profondeur du puits doit excéder 4 à 5 mètres, on le remplace par un simple forage placé à côté du drain même.
Le canal de sondage à exécuter dans ce cas se trouve représenté par la figure 412 (page 583), à laquelle le lecteur doit également se reporter.
Les trous de sondage s'exécutent ordinairement avec une petite sonde de 0m,05 à 0m,08 de diamètre.
Pour le^drainage des terrains bourbeux et criblés de sources, M. Mangon emploie un procédé autre que les précédents, et qu'il désigne sous le nom de drainage vertical. L'économie que procure ce procédé, son succès dans des terrains complètement détrempés, où tout autre travail serait impossible, le rendent précieux. M. Mangon décrit ainsi
le dessèchement, au moyen du drainage vertical, des terres occupées par les sources.
« On ouvre, comme de coutume, une tranchée de drainage, et on îa prolonge à travers les parties les plus bourbeuses du terrain. Si cela est nécessaire, on ouvre quelques autres tranchées partant du centre du terrain bourbeux, et prolongées en pattes d'oie jusqu'à une certaine distance de leur origine, comme l'indique la figure 499. On prépare ensuite des tuyaux ordinaires, et on les entre librement et à joints croisés (fig. 500 et 501) dans des tuyaux du
Fi g. 499. — Plan d'un drainage vertical.
numéro immédiatement supérieur, qui forment pourl.es premiers des manchons de même longueur qu'eux; il suffit, pour cela /de commencer par un demi- tuyau. On a soin, comme le montre la figure, d'échancrer les tuyaux pour rendre facile l'introduction de l'eau extérieure dans l'intérieur de ces tuyaux.
On fait passer dans la file de tuyaux ainsi préparés une tige de fer rond de 0ra,0iS à 0^,025 de diamètre ; ou bien, suivant les cas, -une tige de bois, d'un diamètre inférieur de 0m,00& à 0m?006 à celui des tuyaux.
On enfonce l'extrémité inférieure de cette tige de bois ou de fer dans un cône en bois dur (fig* §02) ferré à la pointe si le terrain est résistant. Cette espèce de sabot a 0m,01 de diamètre de plus environ
que celui du tuyau extérieur. 11 n'est que très-légèrement réuni à la tige cylindrique, pour que Ton puisse séparer ces deux pièces Tune de l'autre sans
éprouver une forte résistance, en le tirant en sens opposé.
Les choses ainsi disposées, on enfonce verticale»
Fig. 500, — Coupe d'un drainage.
ment, au fond des tranchées ouvertes à l'avance, les tuyaux précédés du sabot. Si le terrain est très-bourbeux, comme celui de certains prés à bouillons, la
Fig. 501.— Plan d'un drainage vertical au niveau des tuyaux
d'écoulement.
colonne s'enfonce, pour ainsi dire, par l'action seule de son poids. Si le terrain est plus résistant, on la fait descendre en frappant sur le sommet de la tige de bois ou de fer dont on a parlé. Dans le cas où le terrain 'serait plus dur encore, et où Von ne pourrait faire descendre la colonne de tuyaux par ce moyen, on préparerait leur, emplacement avec un petit pieu
en bois dur saboté en fer à la pointe, et fret té à sa tête comme un pilotis, que Ton enfoncerait à la masse ou avec un petit mouton, et que Ton arra-
Fig. 502. — Enfonçage des drains verticaux.
cherait ensuite. Enfin, on aurait recours à la sonde dans les terrains où Ton rencontrerait de grosses pierres isolées ou des couches minces trop dures pour céder à l'action du pieu ferré.
Lorsque la colonne de tuyaux est mise en place, quelle que soit la méthode employée, on soulève la tige qui traverse les tuyaux; elle se sépare du sabot, qui reste sous la colonne de tubes, et peut être ramenée à l'extérieur, pour servir à d'autres opérations.
La tête des tuyaux ainsi placée est entourée de quelques pierres formant enrochement^ et s'introduit dans le tuyau horizontal du drain, percé à cet
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effet d'une ouverture circulaire, comme pour un raccordement ordinaire.
Quand l'abondance des eaux oblige à placer plusieurs tuyaux verticaux les uns à côté des autres, on peut les recouvrir, comme l'indique la figure 18, par une espèce de voûte en pierres sèches formant l'origine du drain de décharge.
La disposition des tranchées, en plan, varie nécessairement avec la disposition des lieux; mais il est bien rare que quelques tuyaux groupés au centre même du terrain bourbeux ne suffisent pas à son assainissement. Des tuyaux verticaux placés dans un drain à 8 ou 40 mètres les uns des autres enlèvent déjà un énorme volume d'eau.
Quand on a placé des tuyaux verticaux dans un terrain, il convient, avant de recouvrir le drain de décharge, d'attendre que le régime des eaux soit bien établi, afin de proportionner le diamètre ou le mode de construction du drain au volume d'eau à débiter.
La longueur des colonnes de tuyaux dépend nécessairement de la nature du sol où Ton opère. On les enfonce autant que le permet la résistance du terrain ; souvent on atteint des profondeurs de 4, 5 et
7 mètres et plus, qui, ajoutées à la profondeur de la tranchée, placent l'extrémité inférieure du tuyau à
8 ou 9 mètres au-dessous du sol. Chacun de ces tuyaux fonctionne, sur toute sa longueur, comme un drain ordinaire. On opère donc ainsi un drainage vertical d'une très -puissante action sur les eaux remontantes, ou sur les eaux descendantes, si Ton atteint uue couche absorbante; ce qui, du reste, arrive assez rarement (I), »