‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 59 sur 163 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DEUXIÈME PÉRIODE. — LE BRONZE SUBSTITUÉ AU FER FORGÉ POUR LA FABRICATION DES BOMBARDES. — L*ART DU CA- NONNIER AU XVe SIÈCLE. — LES AFFUTS DES BOMBARDES AU XVe SIECLE.

Le plus ancien Traité d* artillerie parvenu jusqu'à nous, est contenu dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Paris, portant lé numéro 4653. Il paraît avoir été composé, dit M. Favé, vers Fan 1430, époque à laquelle les frères Bureau, aidés d'un juif habile dans la fabrication des bouches à feu, construisaient la remarquable artillerie que Charles VII employa ' si bien pourchasser les Anglais du royaume de France. Il est parlé, dans ce traité, des bombardes et bâtons à feu lançant les boulets de pierre ; les bou-

lets de ibnle, qui ne furent en usage que dans la seconde moitié du même siècle, n'y sont pas mentionnés. Le mot bâton à feu, ou simplement bâton^ que l'on rencontre fréquem- , ment dans cet ouvrage, est un mot ancien, qui fut d'abord employé pour désigner les petits canons d'une certaine longueur d'âme, et qui servit, plus tard, par extension, à désigner les bouches à feu de tout genre.

Quelques extraits que nous donnons du manuscrit de la Bibliothèque impériale,ferônt parfaitement comprendre l'art du canonnier au xvie siècle.

Voici d'abord pour les dangers de la profession :

« ... Toutes les fois qu'il lire d'une bombarde, canon, ou autre baston de canonnerie et qu'il besoigne en faict de pouldre, leur grant force et vertu font aulcunes fois rompre le baston duquel il tire; et supposé qu'il ne rompe, ja toutefois est-il en danger d'estrebruslé de la pouldre, par laquelle manière s'il n'est bien advisé, et discret pour s'en sauver et garder, desquelles pouldres la vappeur seulement est vray venin contre l'homme, ainsi que dict sera cy après ; et sont les ennemys plus en grief sur luy que sur aultrespour levoulloir destruire et occire à l'occasion des grands maulx, déplaisirs et dommages qu'il leur faict de son dict mestier.

Et voici pour la science que doit posséder le canonnier :

« ... Scavoir lire et escripre, car en sa mémoire ne pourrait-il pas retenir toutes les aultres matières, confections et aultres choses appartenant audict art, comme distiller, sepparer, sublaver et scavoir faire et composer feu sauvaige, feu grégeois, et plusieurs' aultres choses contenues en ce présent livre, et faire et ordonner tauldis et fortifications pour résister aux machinations et aux insultations et assaulx desdicts ennemys et tout ce qui à ce appartient, et aussi congnoistre les pois, les livres, les onces et tous les aultres pois et mesures. »

L'artilleur devait, en effet, préparer la poudre, et même « faire croistre salpêtre, et purifier, mendifier salpêtre sauvaige »; fabriquer le charbon et les autres ingrédients de la poudre. Nous citerons en passant une « mixtion appartenante à bonnes pouldres communes», en d'autres termes une recette pour

la composition de la poudre, recommandée par l'auteur de cet ouvrage :

« Prenez salpêtre affiné trois livres, souffre deux livres, charbon une livre, pillez les dites choses ensemble, et les arrousez d'eau-de-vie, ou eau ardente, ou de vinaigre, ou d'urine d'homme qui boive vin, et ferez bonne pouldre. »

Ce n'est que vers la fin du siècle qu'on sut épurer convenablement le salpêtre, en ajoutant des cendres à la dissolution du salpêtre brut, pour changer les nitrates terreux en nitrate de potasse, et en faisant ensuite cristalliser le sel.

Le grenage de la poudre était déjà connu en 1452. Mais la poudre en grains était trop énergique pour qu'on pût s'en servir dans toutes sortes de canons, et les couleuvrines seules en faisaient usage, ainsi que les trèspetits canons. Au xvie siècle encore, on préférait pour les grosses bouches à feu, la poudre en poussier; ou en grains gros comme des noisettes, àlapoudregrenée, dont la puissance, mais aussi l'action brisante, étaient bien reconnues.

Les bombardes étaient toutes pourvues d'une chambre à feu qui s'ajustait à l'âme de la pièce. L'auteur inconnu du manuscrit cité plus haut, recommande de donner à la chambre unelongueur égale à cinq fois son diamètre. La volée devait également avoir une longueur de cinq fois son diamètre. La chambre à feu n'était remplie de poudre qu'aux trois cinquièmes, le quatrième restait vide, et le dernier était occupé par un tampon de bois tendre, ne dépassant pas le col, et contre lequel venait appuyer le boulet. Le boulet était centré dans l'âme à l'aide de coins de bois, puis garni d'étoupes à sa circonférence, de façon à empêcher le vent.

Les boulets de pierre, dont nous avons vu une abondante collection au Musée d'armes de Bruxelles, étaient taillés avec du grès ou du marbre, quelquefois même avec de la pierre calcaire. On les arrondissait dans la carrière même, et on leur donnait les dimensions you-

L'ARTILLERIE ANCIENNE ET MODERNE

Fig. 197. — Couleu vriiie du xve siècle sur son affût (page 332).

lues, au moyen de gabarits en bois. Quand la bombarde était chargée, le canonnier remplissait ht lumière de « pouldre d'amorse » ,c'est-àdire de poussier ; puis il disposait une traînée de poudre ordinaire aboutissant â la lumière, et il allumait cette traînée, à l'aide d'un fer rouge. Pendant que la poudre d'amorce brûlait, le canonnier se sauvait à toutes jambes ; par on n'était jamais assez sûr de la solidité de la bombarde, pour que l'artilleur ne pût « encourir et enchoir très-grand inconvénient et dommage de vye. >>

Le matériel d'artillerie comprenait toujours un brasier, des soufflets, et tout l'attirail nécessaire pour faire rougir les fers destinés à mettre le feu à ^amorce. Toutefois l'existence d'un foyer à proximité de la bombarde, ne laissait pas que de faire courir .quelques dangers aux cahonniers.

L*auteur du manuscrit dont nous parlons, fixe le poids de la charge de poudre au neuvième de celui du boulet de pierre, et il cherche longuement à expliquer comment, la chambre n'étant pas remplie de poudre, le boulet est chassé avec plus de force et lancé plus loin que si la chambre était pleine.

« ... Le traict d'un canon chargé de pouldre est de mille et cinq cents pas ou environ, et quand il est

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chargé de pouldre plus forte et meilleure que îa dicte pouldre commune il traict deux mille pas ou environ. »

11 s'agit ici de la bombarde moyenne et la plus fréquemment usitée, lançant le boulet de pierre « pesant cent livres en pois de Venise* » Ges derniers mots semblent indiquer que l'auteur du manuscrit avait puisé ses connaissances en Italie.

Voici la règle du tir en brèche nettement posée dès cette époque :

« Pour destruire et faire clieoir une tour à peu de traiz, chargez vostre bombarde d'un bon tampon qui soit faict de boys par avant bien trempé en eaue et abrevé, et la pierre qui soict liée de cercles de fer tout à Tentour en croix, puys ayez une bonne esgaîe et juste mesure (pour la pouldre), et prenez bien vostre visée à tirer ou jecter contre la tour. Tirez à la hauteur de deux hommes et faictes tous vos traiz collatairementetà costé Tun de l'autre, non pas l'un en bas et l'autre en hault, mais dépareille hauteur. »

On connaissait une espèce de tir à mitraille: c'est ce que l'auteur appelle «tirer en manière de tempeste. »

Les pierres étaient quelquefois remplacées par des morceaux de fer :

, « D'une bombarde, canon ou aultre baston de canonnerye, pour espouvanter le peuple, on peut tirer d'un traict plusieurs pierres comme quatre pièces de fer en manière d'un hériçon. »

L'auteur fait connaître également la manière de lancer, au moyen des canons, de grandes flèches, des boulets enduits de matières incendiaires, ou de poudre en pâte, de sorte que. a en quelque partie que choyé la dicte pierre, elle fera moult grand dommaige. »

Mais le procédé de tir le plus curieux est celui qui consiste à lancer une sorte de boulet rouge, composé probablement d'un morceau de fer. Voici le passage du manuscrit.

<c La manière de tirer plombées ardans que tout ce qu'elles rencontreront qui soict de boysy elles brûleront.

« Prenez un canon ou aultre baslon de canonnerye, lequel vouldrez, et faictes faire des plombées toutes propices au dict baston; et quand vous vouldrez tirer une des dictes plombées, boutiez la dedans le feu et la chauffez tant qu'elle soict toute ardente, puys la portez avecques des tenailles et l'enveloppez de fustaines et vieulx draps, linge tout mouilliez, et la mectez dedans le baston le mieulx que vous pourrez pour tirer, puys mectez le feu, et sur quelque chose qu'elle chée, elle se allumera, mais qu'il y ait du boys ou aultre chose qu'il puisse ardyr, »

A cette époque, les souvenirs du feu grégeois étaient encore dans tous les esprits; car bien peu de temps s'était écoulé depuis que cet engin incendiaire avait joué un grand rôle dans les guerres de siège. Aussi ajoutait-on alors une grande importance aux projectiles enflammés. On employait plusieurs sortes de projectiles incendiaires; on sjavait faire des balles à feu; on savait enduire les boulets de matières inflammables, pour reconnaître, à la lueur du projectile, où portait le coup, et rectifier le tir de nuit.

Les balles à feu étaient composées de couches superposées de poudre mouillée, d'eaude-vie, de cire, de soufre, de térébenthine et de chaux vive. Elles étaient percées d'un trou suivant leur diamètre, et ce trou correspondait à une ouverture semblable, pratiquée dans le tampon, qui séparait la balle à feu de la charge de poudre. Une baguette passant par ces deux trous, assurait le projec-

tile dans la position voulue. Au moment de l'explosion, la baguette sortait de la balle à feu, le centre de ce projectile rempli de poudre humide prenait feu, et communiquait l'inflammation aux autres couches. Les balles à feu du xve siècle étaient le germe de la bombe et de l'obus modernes.

Les matières dont on enduisait les boulets, pour éclairer le tir, étaient unmélange desuif, de térébenthine et de poudre.

Les fusées se composaient d'une tige de fer, recouverte d'une pâte de poudre, d'huile et d'eau-de-vie. Une cartouche de toile enveloppait le tout.

Arrêtons-nous un moment sur les idées théoriques des artilleurs de l'époque du Moyen Age et de la Renaissance.

La véritable manière dont la poudre agit sur le projectile, était encore loin d'être soupçonnée au XVe siècle. On expliquait le phénomène d'après les idées de l'ancienne physique. On croyait que la poudre ayant brûlé derrière le projectile, il ne restait à sa place, que le vide ; or la nature, disait-on alors, ayant horreur du vide, le boulet était chassé au dehors, afin que l'air pût entrer dans la bouche à feu, et combler ce vide, que la nature ne pouvait souffrir.

Rabelais résume ainsi l'opinion de son -temps sur la cause générale de l'explosion des pièces d'artillerie :

v La pouldre consommée, advenoit que> pour éviter vacuité, laquelle n'est tolérée en nature, la balotte et dragées estoyent impétueusement hors jectez par la gueule du faulconneau, affin que l'aer pénétras! en la chambre d'y celluy, laquelle aultrement restoyten vacuité, estant la pouldre par le feu soubdain consommée (I). »

Deux cents ans devaient s'écouler avant que les expériences de d'Arcy vinssent démontrer l'erreur de l'ancienne physique, et expliquer la projection du boulet par la force élastique des gaz provenant de la combustion

(1) Pantagruel^ liv. I V, chap. lxu.

L'ARTILLERIE ANCIENNE

de la poudre,etla prodigieuse dilatation de ces mêmes gaz, portés à une température excessive*

Vers la fin de la période dont nous ' nous occupons, ou commença à couler en bronze quelques bombardes, au lieu de les forger en fer ; ce fut là le premier perfectionnement de la fabrication des bouches à feu. Vers 1470, il existait, en Italie , des bombardes coulées en bronze, d'une seule pièce, et renforcées, sur toute leur longueur, par des cercles de fer bien ajustés. On lit dans la chronique de Louis XI, écrite en 1477 :

« Le roy pour toujours accroistre son artillerie, voulut ët ordonna estre faites douze grosses bombardes de fonte et métail de moult grande longueur et grosseur, et voulut îcpUôs eslre faites, c'est assavoir trois à Paris, trois à Orléans, trois à Tours, trois à Amiens. »

Les anciennes bouches à feu composéesd'un simple assemblage de barres de fer, avaient sur les nouvelles pièces fondues, l'avantage de ne point éclater en morceaux. Quand l'arme cédait sous l'effort de l'explosion, au lieu de voler en éclats, comme les pièces de bronze, elle se fendait seulement dans le sens de la longueur. C'est un fait bien connu dans les ateliers de métallurgie, que le fer se fend parles explosions, tandis que la fonte et les alliages, volent en morceaux. Le danger était donc bien moindre pour les artilleurs qui faisaient usage de pièces en fer que pour ceux qui tiraient les pièces en bronze ; et presque toujours après un accident arrivé à une pièce de fer, on pouvait remettre la bouche à feu en état. Mais les armes coulées éclataient plus rarement, et elles avaient sur les pièces en îev l'avantage d'être plus résistantes à poids et à calibre égal. Cette dernière qualité se prononça de plus en plus, à mesure que les alliages employés pour la fabrication des canons, se rapprochaient du bronze employé de nos jours. C'est ainsi que les canons en fer forgé furent peu à peu aban-

donnés, et remplacés par les canons coulés en bronze.

Les bombardes ne différaient pas, à cette époque, de celles que nous avons représentées pour l'époque antérieure ; mais les affûts subirent des modifications importantes. Les dessins qui vont suivre, montreront quels étaient les affûts que Ton adaptait aux bombardes au xv° siècle.

La figure 198, extraite par M. Favé, de l'ouvrage de Valturius, De re militari, représente un affût qui appartient à l'enfance de Fart,

Fig. 198. — Affût d'une très-ancienne bombarde.

.carie pointage, était ainsi impossible. La bombarde est posée sur une caisse de bois, qui n'est même pas pourvue de roulettes, et qui reste immobile sur le sol. A la partie anté-

, rieure, deux montants verticaux portent une cloison debois^destinée à protéger Far tilleur.

La figure 199 représente, d'après le même ouvrage de Valturius, un modèle d'affût, qui permet de pointer la pièce dans le plan vertical. On peut élever ou abaisser à l'aide des montants de bois, A, B et des chevilles placées

dans les trous de ces montants et du pointard en arc de cercle, C D, soit la volée.

Fig. 1 99. — Affût d'une bombarde du xve siècle, avec pointard double.

soit la culasse, de sorte que l'angle du tir peut varier dans d'assez grandes limites. Mais

les changements de direction dans le sens' horizontal ne pouvaient s'exécuter qu'en faisant glisser la masse tout entière sur le terrain. En général, dans la construction des affûts, la difficulté est de réunir la mobilité et la solidité. Tous les affûts de cette époque pèchent par l'absence de Fune ou de l'autre de ces qualités.

On arrivait plus facilement à un résultât satisfaisant avec des canons de petit volume, comme la couleuvrine que représente' la figure 197 (page 329). Ce que l'on cherche à bien assurer dans cetaffût, c'estle pointage dans le plan vertical. Le pointage dans le sens horizontal s'obtient facilement par les mouvements de tout l'appareil sur le terrain ; parce que le canon est très-léger et très-maniable. Cette couleuvrine de bronze est posée sur

Fi g. 200. — .Autre affût de bombarde du xv« siècle avec poîntard à vis de bois.

un support de bois, E, lequel est mobile, de bas en haut, autour de la cheville A. La pièce peut être élevée à diverses hauteurs en glissant, avec son support de bois, dans l'arc de pointage CD, qui est percé de trous dans lesquels on place une cheville. Poùrpointer dans le sens horizontal, on faisait pivoter le système tout entier autour d'une cheville placée au point E. L'effort du recul était supporté à la fois par ces deux points d'appui.

La figure 200 montre un affût beaucoup plus commode parce que les roues sur les-

quelles il est porté, facilitent le pointage dans le sens horizontal (1). Le char supportant la bombarde se compose de deux parties articulées l'une à l'autre au moyen de la cheville A. Le pointage dans le sens vertical s'effectue, au moyen de la vis de bois B. Cette vis est bien préférable au pointard en arc de cercle

(i) Cette figure, ainsi que les suivantes, sont tirées de l'ouvrage de M. Favé, qui a reproduit un grand nombre de dessins existant dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale, sans date, ni nom d'auteur, maïs qui représente, selon M. Favé, des pièces de l'artillerie italienne appartenant à la seconde moitié du xv* siècle»

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représenté sur les figures précédentes, car elle donne toutes les positions possibles dans le sens vertical, tandis qu'il n'y avait pas d'intermédiaire entre deux positions successives avec le pointard à trous et à cheville. Le ro-

buste heurtoir, C, contre lequel s'appuie la bombarde, permet un tir énergique, car la masse de l'affût absorbe la force de recul. Ce recul est encore supporté par tout le charriot. Comme il est mobile sur ses roues, une partie

Kig. 201. — Bombarde de campagne, portée sur une voiture h doux roues et à ïïmonière.

de la force est employée à ce mouvement au moment de l'explosion.

Le défaut principal de ce système d'affût réside dans l'insuffisance du jeu des deux parties de la voiture, qui se fait, dans le sens

horizontal?parlachevilleA.Lepointagedans ce sens était très difficile. La voiture était, en outre, malaisée à diriger, à cause de son peu de tournant.

La figure 201 représente, dit M. Favé, une

Fig. 202. — Bombarde de campagne du xv« siècle, avec pointard en arc de cercle-

bombarde de campagne, montée sur une voiture à deux roues et à limonière. Elle porte, dans deux coffres latéraux, les munitions de la pièce; le coffre de gauche, qui est fermé, pouvait contenir la poudre, tandis que, dans celui de droite, étaient placés des boulets de

-pierre. Le canon, pour faire feu, restait posé sur la voiture. Le champ de tir de cet affût était hien limité dans le sens vertical, mais on pouvait facilement les faire varier dans le sens horizontal en faisant tourner la voiture. La figure202,que nous empruntons encore

à l'ouvrage de M* Favé, fait voir une bom<barde montée sur une voiture à quatre roues. C'est, dit M- Favé, une pièce de campagne complète,avec tous les perfectionnements que l'art avait su apporter au mécanisme de l'affût. La bombarde, attachée à son fût par des embrasses de fer, appuyait sa culasse contre un heurtoir de bois, renforcé par des appuis ; La faiblesse de la charge permettait peutêtre de tirer cette pièce sans ôter l'avanttrain, mais le pointage latéral devait être alors plus difficile que quand la crosse posait à terre. Les arcs de pointage étaient soutenus par des tiges de fer.

La figure 203 représente un affût qui ressemble beaucoup, dit M. Favé, à ceux qui se

Fig. 203. — Bombarde de Charles-le-Téméraire sur son affût.

trouvent encore aujourd'hui en Suisse, au nombre des trophées conquis sur l'armée de Charles-le-Téméraire, à la bataille deMorat. Le mode de pointage dans le sens latéral et dans le sens vertical, se comprend à la seule inspection de la figure.

Les très-grosses bombardes n'avaient pas d'affût. Elles étaient posées sur les murailles des forteresses ou sur les tours fortifiées des "villes, encastrées dans des massifs de maçonnerie, attachées par des embrasses métalliques, et complètement immobiles. Leur portée obligeait seulement les assiégeants à placer leur camp hors de l'atteinte du boulet dans cette direction. Celles qu'on transporta

au siège des villes, comme la Bombarde de Gand, durent avoir des affûts énormes etmassifs, dans le genre de celui que représente la figure 204 que nous empruntons à l'ouvrage

Fig. 204. — Affût d'une grosse bombarde de siège.

de M. Favé. Cet aSût se. compose d'un gros bloc de bois, AB, auquel la bombarde est liée par des embrasses de fer. Ce bloc de bois est muni de roulettes, et se meut sur des madriers CD, EF portant un heurtoir G, et assemblés à la façon d'une charpente. Presque toute la partie immobile était encastrée dans la terre.

La résistance de cet affût était considérable. Seulement, comme nous venons de le dire, le pointage était presque impossible, et la bombarde devait tirer presque tous ses coups sur le même point. Elle ne pouvait servir qu'embossée sur les remparts d'une ville, pour tenir à distance l'ennemi.

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