‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 66 sur 163 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

QUATRIÈME PÉRIODE. — l'aRTILLERIE FAIT DE GRANDS* PROGRÈS DANS LES PAYS-BAS. — INVENTION DE LA BOMBE DANS LES PAYS-BAS. — LA GRENADE. — MANIÈRES- DIVERSES D3ENFLAMMER LA BOMBE. — LE MORTIER ET' SES AFFUTS. — CHARGEMENT DES MORTIERS.

Depuis longtemps l'idée première du projectile explosif germait chez les nations militaires de l'Europe, mais on cherchait en vain les moyens de les exécuter sans danger pour les artilleurs. Presque partout on fit, pendant le xvie siècle, des essais, qui exposèrent les inventeurs à beaucoup de dangers, et qui ne^

répondirent pas à leur attente. On cherchait un procédé sûr pour communiquer le feu à la bombe, par un moyen assez lent pour qu'elle ne fît pas explosion avant d'être arrivée à son but.

Dans la seconde moitié du siècle précédent, les Allemands avaient fait faire de grands pas à l'art de lancer les bombes, mais l'usage de ces projectiles creux explosifs n'avait pris chez eux aucune extension, ce qui prouve que l'on n'était pas parvenu à des résultats bien utiles.

C'est aux Pays-Bas qu'appartient la découverte de la bombe, ou boulet creux explosif. Les artilleurs des Provinces-Unies ne firent peut-être que perfectionner des procédés déjà employés, mais ils les rendirent d'une sécurité et d'une efficacité telles, que dès lors, et malgré le secret qu'observèrent les inventeurs, ce nouvel engin de guerre passa dans la pratique de tous les autres peuples de l'Europe.

La fin du xvf siècle fut marquée par le soulèvement des Pays-Bas contre la colossale puissance du successeur de Charles-Quint, Philippe II. Ce petit peuple, dans les efforts de cette lutte, s'occupa de perfectionner son artillerie, et il parvint à dépasser de beaucoup l'artillerie espagnole, et même celle de toutes les autres nations guerrières de ce temps. Tandis que le successeur de Charles-Quint avait laissé tomber dans l'oubli les calibres réglementaires créés par l'Empereur, son père, les Provinces-Unies, au contraire, s'étaient attachées à établir quatre calibres fixes. Elles avaient perfectionné le mode de chargement des pièces, cherché à réaliser le point difficile du grain de lumière dans les bouches à feu, perfectionné les affûts des pièces de divers calibres, simplifié l'attelage, etc.

Avant d'arriver à l'histoire de l'invention de la bombe dans les Pays-Bas, nous donnerons une idée des perfectionnements remarquables et nombreux que les chefs des Provinces-Unies avaient apportés à l'ensemble de

leur artillerie, perfectionnements que nous venons d'énumérer par avance.

Maurice et Frédéric de Nassau dirigèrent successivement la construction du matériel de guerre des Pays-Bas. Sous leur impulsionintelligente, on adopta quatre calibres seulement : ceux de 48, de 24, de 12 et de 6, Henri Houdins, célèbre graveur, les dessina et les décrivit dans un ouvrage publié en 1625.

Ces quatre modèles (fig. 247 à 280) devaient suffire à tous les besoins de la guerre. Ils étaient coulés en bronze, et munis d'anses et de boutons de culasse, utiles dans les manœuvres de force. L'aspect extérieur de ces bouches à feu est simple, et ne présente point les ornements dont est fastueusement couverte l'artillerie espagnole de cette époque.

Le ca?ion de £8 pèse 1 ,0001ivres, c'est-à-dire ISO fois le poids du boulet; l'âme a 17 calibres de longueur. On se rapprochait ainsi des proportions déterminées par Charles- Quint. L'âme, plus large que le projectile, eût répondu à un boulet de 32 livres, ce qui fixait le minimum du vent.

Le demi-canon de 24 pèse 4,300 livres, ou 190 fois le poids du projectile ; et l'àme a une longueur de 20 calibres.

Le quart de canon, du calibre de 12 livres, la pièce de campagne par excellence, pèse 3,200 livres, ou 266 fois le poids du boulet; sa longueur d'âme est également de 20 calibres.

Le faucon, qui lance le boulet de 6 livres, pèse 2,100 livres, ou 350 fois le poids du projectile, et l'âme a 28 calibres de longueur. Relativement au calibre, c'était la plus longue des quatre pièces ; cette longueur de volée avait pour objet de permettre de tirer le faucon dans les embrasures, sans détériorer les gabions. c

A mesure que le calibre diminue, le rapport du poids de la pièce à celui du boulet, augmente; les grosses pièces avaient dû être allégées pour rendre leur manœuvre et leur

L'ARTILLERIE ANCIENNE ET MODERNE

; Ni ,

Î47. Canon de 48- 248. Demi -canon de 24. 24 a. Quart de canon de 12. 250. Faucon de 6. Fig. 247 à 250. — Les quatre calibres de l'artillerie des Pays-Bas.

transport plus faciles, et les petits calibres pouvaient tirer toute la charge utile, et supporter le recul.

La charge de poudre pour le canon, n'atteignait pas la moitié du poids du projectile ; celle du demi-canon arrivait à la moitié ; celle du quart de canon (le canon de campagne), variait du tiers à la moitié ; tandis que la charge de poudre du faucon pouvait être égale au poids du boulet.

Les anses étaient placées au-dessus du centre de gravité, et la prépondérance de la culasse était du trentième du poids de la pièce.

La géométrie avait été appliquée au moulage et à la fonte ; si bien que par leur aspect, les canons de l'artillerie des Pays-Bas, au xvae siècle, ne diffèrent pas de ceux de nos jours.

L'âme était entièrementcylindrique jusqu'à la culasse, etlalumière, percée verticalement, arrivait tout au fond. Cette disposition n'était pas la meilleure pour éviter l'évasement de la lumière par Faction du tir.

Les artilleurs des Pays-Bas essayèrent de divers procédés pour y remédier. Le prer mier consistait à placer dans le moule, avant le coulage, un petit cylindre en cuivre rouge,

percé d'un- trou et appelé grain de lumière. Le cuivre rouge se détruit moins vite que le métal du canon sous l'action du tir, parce qu'il est moins fusible, mais ce grain de lumière se déplaçait fréquemment pendant la fonte, et rendait la réussite de l'opération peu certaine.

Un deuxième moyen consista à chauffer fortement la partie du canon voisine de la lumière quand elle avait été altérée par le tir, et à couler du bronze dans l'évasement. Il restait à percer une nouvelle lumière. Ce moyen réussit à conserver quelques pièces menacées d'être mises hors de service.

Enfin on imagina de visser un grain en fer dans un taraudage pratiqué à l'endroit du canal agrandi ^C'est le moyen le plus en usage aujourd'hui pour placer le grain de lumière.

La simplicité et l'uniformité qui avaient présidé à la fonte des bouches à feu, furent encore mises en œuvre dans la construction des affûts. Quatre modèles furent établis, correspondant aux quatre calibres ; et les dimensions de leurs parties principales furent déterminées une fois pour toutes, de telle manière, par exemple, qu'une roue quelconque pouvait s'adapter à tous les essieux des canons de la même espèce.

Dans la construction des flasques et des roues, on avait autant que possible évité les ferrures pesantes, parce qu'on s'était aperçu que le défaut d'égale densité des différentes parties tendait à disloquer l'affût au moment du tir. Ainsi les ferrures de l'affût du canon, qui primitivement pesaient 1,400 livres, furent réduites au poids de 1,100 livres. La ferrure d'une de ses roues pesait encore 300 livres.

On ne traîna plus lé canon à l'aide des deux bras de limonière chevillés directement aux flasques, comme dans le système que nous avons vu précédemment mettre en usage dans l'artillerie française : un petit avanttrain, monté sur deux roues très-basses, et uniforme pour les quatre calibres, supportait

la crosse de la bouche à feu, et présentait à son tour les deux bras du limon. Le premier cheval attelé n'eut plus à craindre d'être écrasé par le poids du canon dans les descentes, et les autres chevaux furent attelés par paires, et non plus à la file comme on l'avait fait jusque-là. On eut ainsi une plus grande puissance pour tirer aux tournants des chemins.

Outre le cheval de limon, le canon de 48 exigeait quinze paires de chevaux, le demicanon onze paires, la pièce de campagne cinq paires.

Au bout de quelques années l'armée des Provinces-Unies sentit l'avantage d'avoir un canon plus léger et de plus petit calibre : c'est un cinquième modèle sur lequel les renseignements nous manquent ; Boudins se refuse à les donner.

«On a naguère pratiqué, dit-il, de petites pièces de campagne pesant environ neuf cents livres, qui sont fort propres et maniables à la campagne. En bataille rangée sont aussi fort servïables, à cause de leur légèreté et facilité à mener d'un côté et d'autre, et sans de grands efforts ; si tient-on la façon secrète, ce qui cause que nous n'en parierons davantage ; naguère un des serviteurs du maître fondeur en a porté le patron traîtreusement à l'ennemi.»

Tous ces perfectionnements sont déjà trèsimportants, mais il était réservé à ce vaillant petit pays d'employer à sa défense une invention capitale : nous voulons parler de la bombç.

Citons d'abord les passages qui attestent que les Provinces-Unies firent les premières usage de la bombe; nous dirons ensuite quelle fut l'origine du boulet creux explosif, invention qui, comme toutes les autres; eut son enfance.

Henri Houdins, s'exprime ainsi au sujet de la bombe.

«. . . Ces mortiers tirent des grenades de cent livres, et les jettent 2400 pieds au loing, avec huict ou dix livres de poudre pour chaque coup seulement : car si on mettait davantage, la grenade pourrait crever devant que de sortir, tellement qu'ils (les artificiers) préparent eux-mêmes la poudre, et le;, tout ; se : doit faire avee bon jugement. »

L'ARTILLERIE ANCI

Les grenades du poids de 100 livres, lancées à 2,400 pieds par des mortiers, sont évidemment des bombes ; mais ce terme n'était pas encore créé, et la similitude des nouveaux projectiles avec les anciennes grenades, fait que Houdins leur conservait ce nom.

Depuis longtemps les artilleurs allemands, français, flamands, etc., savaient lancer à la main des grenades, ce globes faicts de métail le plus aigre et cassant, et remplis de pouldre One. » Pour les lancer, on les plaçait au milieu d'une balle à feu. Les couches extérieures de la balle à feu brûlaient lentement, et arrivaient à mettre le feu à la poudre fine et à déterminer l'explosion.

Mais on lançait surtout les grenades dans un sac. On remplissait le sac de « soufre, pouldre et salpêtre. » Au milieu de cet amas, on disposait la grenade munie d'une ce brochette. y> C'était une mèche de bois, imprégnée de matières inflammables qui bouchait l'ouverture du projectile creux. La brochette était dirigée vers le fond du sac et sortait par un trou ménagé dans l'éto|fe. Pour mettre re feu, on plaçait d'abord la grenade à la place voulue, puis on tirait un peu au dehors la brochette; on tassait la matière inflammable au-dessus du projectile, et on allumait la brochette. A ce moment on lançait contenant et contenu.

Toutes ces complications disparurent dès qu'on songea à munir la bombe d'une fusée, c est-à-dire d'un petit tube remplissant parfaitement l'ouverture du projectile explosif, et que l'on remplissait d'une matière brûlant bien, et avec une lenteur suffisante.

Les Allemands paraissent avoir beaucoup avancé dans cette voie. Le manuscrit du commandant de l'artillerie de Dantzick^enfffenberg, dont nous avons eu déjà occasion de parler, nous fournit les documents relatifs à ce sujet.

Dans le chapitre intitulé : De la forme des tubes adaptés aux boulets explosifs, on trouve

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