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décrites les deux manières de communiquer le feu à un boulet creux placé dans un mortier. Le mot de bombe n'étant pas encore créé, l'auteur emploie tantôt le mot de boulet, et tantôt celui de grenade, pour désigner le nouveau projectile explosif.
Fig. 251. — Le tir de la oombe à deux feux.
La première manière consiste à tirer la bombe à deux feux. Dans l'intérieur de la bombe,la fusée est tournée vers la bouche du mortier. La figure 231, empruntée à l'ouvrage de Senfftenberg, montre comment l'artilleur allume d'abord la fusée, puis la poudre d'amorce de la pièce.
Fig. 252. — Le tir de la bombe à un seul feu.
Senfftenberg trouve cette méthode la plus longue , la plus dangereuse, la plus mauvaise; ce fut pourtant celle que Malthus in-
Iroduisit en France, à la suite delà guerre des Pays-Bas,
La deuxième manière consiste à tourner la fusée du côté de la charge du mortier, pour que l'inflammation se communique d'un seul coup, et à la charge du mortier et à la fusée de la bombe. La situation relative de la bombe dans le mortier et de la fusée dans l'intérieur de la bombe, est indiquée en coupe, dans la figure 252.
La difficulté consistait à trouver pour la fusée une composition suffisamment inflammable, pour qu'elle prît feu au moment de l'explosion de la poudre, et qu'elle brûlât pourtant avec assez de lenteur, pour que la bombe> lancée hors de la bouche à feu, n'éclatât pas avant d'arriver au but.
Senfftenberg donne les dessins de plusieurs fusées. La figure 253 donne l'idée exact-e de
Fig. 253. — Deux fusées à bombe.
cette fusée. C'est un tube de fer, destiné à être rempli de la matière inflammable, muni d'un arrêt coiffant l'ouverture de la bombe, et percé, à sa partie inférieure, d'une quantité de petits trous, pour communiquer le feuà la poudre de l'intérieur de la bombe. Les fusées qui servaient à tirer à deux feux dépassaient davantage l'ouverture de la bombe, afin que l'artilleur eût plus de facilité pour allumer. La partie extérieure de ces fusées est couverte par un manchon de bois. Ce manchon servait plutôt à garantir des chocs le bec de la fusée qu'à empêcher^uivaut l'intention de Senfften-
berg, que la chaleur de la combustion de la fusée n'allumât trop tôt la poudre intérieure.
Un des inconvénients du tir à deux feux, dit Senfftenberg, est de donner, quand on allume la fusée, un jet de flamme, lequel, surtout de nuit, indique à l'ennemi le lieu où se trouvent les artilleurs, et le point sur lequel il doit diriger ses boulets. L'auteur indique la composition d'une mèche à placer dans la fusée. Elle doit être tissée avec du lin, du chanvre ou du coton ; on la plonge en premier lieu dans une dissolution bouillante de salpêtre, puis dans un mélange de salpêtre et de soufre. Il faut que la mèche fasse un peu corps avec le tuyau, pour que la violence de l'explosion de la charge du mortier ne la dérange pas de sa place.
On n'adapte pas, dit Senfftenberg, de mèche aux tuyaux de bombes qui se tirent à un seul feu ; mais cet écrivain ne semble pas connaître de composition propre à ces fusées, puisqu'il n'en indique aucune.
Voici les dessins donnés par le même auteur, de quelques bombes, sphériques ou ovales, se tirant par l'une ou l'autre méthode.
Fig. 254. — Bombe ovaîaire.
La fusée est partout retenue aux deux pôles de la bombe ; elle traverse la partie inférieure, et est fixée en ce point, par un écrou.
Plusieurs de ces bombes sont traversées par d'autres axes pleins, qui ont pour but d'augmenter la résistance à l'explosion et de dé-
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terminer un plus grand nombre d'éclats.
Peut-être ne connaissait-on pas encore un métal suffisamment cassant pour que cette disposition fût inutile. La continuation de ces axes à l'intérieur du projectile est marquée en petits points sur la figure 254. Ils sont retenus d'une part par une clavette et de l'autre par un écroû.
Fi g. 255. — Bombe sphérique coulée en deux parties et renforcée par des axes de fer.
Les figures 255 et 256 représentent des bombes divisées en deux parties suivant leur équateur, et pouvant se fermer à la manière
Fig. 250. — Bombe sphérique coulée en deux parties.
d'une boîte. Cette méthode se rapportait à un mode particulier de fabrication du projectile, qui ne nécessite pas de briser les moules après le coulage. Presque toutes les bombes étaient ainsi fondues.
Les affûts employés pour lancer les bou-
lets parle tir horizontal, ne pouvaient servir à lancer les bombes par le tir courbe. Si nous supposons un mortier suspendu par ses tourillons, et faisant feu dans un angle voisin de la verticale, l'effort du recul ne tardera pas à porter l'affût en arrière, mais pèsera tout entier sur les tourillons et leurs encastrements. Un mortie r posé sur un a ffût ordinaire le mettrait hors de service en quelques coups. Il fallait donc donner beaucoup d'attention à la question des affûts des mortiers.
Les Allemands adoptèrent un affût solide, mais dépourvu de mobilité, et qui ne se prêtait pas au pointage.
Senfftenberg nous a transmis quelques dessins de cet affût de mortiers.
Les figures 257 et 258 montrent le même affût sous deux faces différentes. La première présente la disposition à l'aide de laquelle on faisait varier l'angle de pointage : une corde attachée à la culasse venait s'enrouler sur un treuil et abaissait la bouche du mortier du côté opposé au treuil; pour donner à la pièce la position inverse, il suffisait de passer la corde sur une poulie de renvoi ou de l'attacher à la volée.
La figure 258 laisse voir le heurtoir circulaire sur lequel glissait, à frottement, la culasse quand elle changeait de position. Quand le mortier était disposé avec l'inclinaison voulue, on faisait entrer sous le heurtoir, à grands coups de maillet, un coin qui soulevait un peu le heurtoir et la pièce, de sorte que les tourillons n'appuyaient plus sur leurs embrasses. L'affût résistait ainsi mieux au tir, mais ces arrangements prenaient un temps considérable, et l'entrée du coin dérangeait le pointage.
L'artillerie des Pays-Bas fit usage d'une autre forme d'affût bien préférable et qui est en usage de nos jours, avec quelques modU fications. Lès tourillons étaient placés tout à fait à l'extrémité de la pièce, sur la culasse ; on pointait le mortier à Paide d'un treuil et d'un déclic.
Fig. 257. — Affût de mortier vu de face.
Fig. 268. — Même affût de mortier vu. de côté.
La question des affûts se posait donc à nouveau pour les mortiers, et paraissait devoir passer par les mêmes errements et les mêmes phases que celle de l'affût des bouches à feu ordinaires, à tir horizontal.
Quand la guerre des Pays-Bas fut terminée et que ce pays eut reconquis sa liberté, un gentilhomme anglais, nommé Malthus, vint en France, et y apporta les procédés du tir des bombes, qu'il avait appris en
Fig. 259. — Mortier de l'artillerie des Pays-Bas.
combattant pour le compte des Provinces- Unies. Il fut nommé commissaire général des feux et artifices de l'artillerie de France, et capitaine général des sapes et mines. Il créa tout un matériel de mortiers de boulets explo-
sifs. Ce matériel fut pour la première fois ex-^ périmenté en 1.63.4 au siège de La Motte en Lorraine, où il donna de bons résultats. En 1646, Malthus publia un ouvrage intitulé : Pratique de la guerre, dans lequel il.décrivit
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tout ce qui concernait l'art de lancer les bombes»
L'affût était d'une simplicité et d'une solidité remarquables. Il est représenté par la figure 259.
Le chargement s opérait avec des précautions toutes particulières. La charge de poudre, qui variait de une à trois livres, était introduite avec la lanterne jusqu'au fond de la chambre ; elle n'en occupait pas toute la hauteur. Un tampon de bois mou soigneusement tourné, et du diamètre voulu, était poussé dans la chambre, et achevait à peu près de la remplir. Alors on recouvrait le tampon avec du gazon, que l'on foulait pour lui donner la forme du mortier. On laissait glisser la bombe, la fusée tournée vers le dehors; enfin on tassait de la terre tout autour de la bombe, et même audessus, de manière à ne laisser dépasser que le bout de la fusée.
La bombe se tirait à deux feux, d'après le procédé décrit par Senfftenberg,
11 fallait un temps considérablé pour tirer chaque coup ; mais Malthus, du moins, eut le mérite d'écarter à peu près tout danger pour les artilleurs; dès lors on osa mettre en usage la nouvelle méthode, et les progrès ne se firent pas attendre.