CHAPITRE XI
LE PÉTARD. — LE ROI DE NAVARRE EMPLOIE LE PÉTARD PENDANT LE SIÈGE DE CAHORS. — COMPOSITION DU PÉTARD.
' ;L?origine du pétard est inconnue. Quelques âûtéufs estiment qu'on doit la faire remonter jusqu'au xve siècle. L'événement le plus célèbre, sinon le plus ancien, dans lequel figure cet engin de guerre, se passa au siège de Cahors, en 1880. Henri le Béarnais, alors roi de Navarre , et qui fut plus tard Henri IV roi de France, ayant rassemblé sous main ses troupes, fit une marche forcée, et arriva à minuit sous les murs de Cahors.
Les hommes purent s'avancer jusqu'aux portes de la ville sans avoir été aperçus par les sentinelles. En avant marchaient les pétardiers, accompagnés de dix soldats « des plus dispos et fermes de courage (1). » Suivaient vingt hommes «armez» (c'est-à-dire pourvus d'armures défensives) et trente arquebusiers. Venaient enfin quarante gentilshommes des plus déterminés, conduisante reste des troupes. On parvint à enfoncer successivement trois portes à l'aide du pétard, et l'on agrandit les trous à la hache, pour que les hommes « armez » pussent passer.
La garnison, réveillée en sursaut, descendit dans les rues, et un combat terrible s'engagea. Il dura cinq jours et cinq nuits. Au bout de ce temps la ville fut prise et livrée au pillage.
Diego Ufano, écrivain militaire espagnol, a décrit et dessiné le pétard. Nous reproduisons ses dessins d'après l'ouvrage de M. le général Favé.
Fig. 260. — Manière de remplir le pétard.
Lepétardse composaitessentiellementd'un cylindre de bronze CD {fig. 260) fermé à un
(1) Mémoires ou économies royales de Jlenri le Grand y par Maximihen de Béthune, duc de Sully. Amsterdam.
bout et très-épais de ce côté, et percé d'une lumière A, comme une bouche à feu ; il portait de plus, une anse B, qui servait à le fixer, au moyen d'une corde, contre la porte de la ville que son explosion devait renverser. On le chargeait de poudre tassée, ménageant un espace vide àFaide d'un bâton, E5comme le montre la figure 260. Le vide longitudinal laissé par l'interposition du bâton, était ensuite rempli de poudre fine.
La bouche du cylindre entrait dans une ouverture ronde percée au centre d'une forte table de bois de chêne AB {fig. 261), aussi
Fig. 26t. — Encastrement du pétard.
épaisse que possible, et munie, sur l'un de ses côtés, de deux anneaux, C, D, destinés à la suspendre verticalement.
Un tampon de bois {fig. 262) était placé sur
Fig. 262. — Tampon de bois servant à boucher le cylindre de bronze renfermant le pétard.
la poudre, quand le cylindre était bien rempli. Enfin une petite voiture à bras montée sur deux roues, servait à transporter ces différentes pièces. On attachait le pétard à la porte de la ville ou de la forteresse comme le montre la figure 263.
L'action du pétard est facile à comprendre. Si nous le supposons mis en place et la mèche allumée, le canal plein de poudre fine enflammera la poudre tassée. La force énorme, subitement développée par son explosion, arrivera à rompre la porte avant d'avoir vaincu
l'inertie de la masse du pétard lui-même, et avant d'avoir pu projeter au loin cette même masse. Tout l'effort de la poudre se portera ainsi contre la porte.
Cet appareil demandait un temps assez long pour être mis en place, et Ton doit admirer que le roi de Navarre ait du faire disposer et
Fig. 263. — Pétard attacha à, la porte d'une viJiô pour U faire sauter.
partir trois pétards successifs contre It.s portes de Cahors,, avant que les défenseuis de la ville eussent le temps d'accourir.
La défense des places essaya à son tour d'utiliser le pétard pour défoncer les mines de l'assiégeant. On plaçait un pétard contre terre et à plat, au-dessus du passage supposé de la galerie. Mais presque toujours ce moyen échoua.
L'ARTILLERIE ANCIENNE