‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [3], Photographie, stéréoscope, poudres de guerre, artillerie ancienne et moderne, armes à feu portatives, bâtiments cuirassés, drainage, piscicultureFiguier Merveilles Science BNF 03Chapitre 74 sur 163 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

THÉORIE DD POINTAGE. — i/ÉQUERRE DE TARTAGLIA. — LA HAUSSE DE ROBINS. — DÉVIATION DES PROJECTILES.

Connaissant la forme et les propriétés de la trajectoire, il sera facile de comprendre le procédé employé pour pointer les pièces de canon.

Dans la figure 296, la ligne droite AB passant par le sommet de la hausse, A, et par le

j guidon, B, est la ligne de mire ; elle aboutit au point C, qui est le but. La ligne EF est la ligne de tir : c'est la continuation de l'axe de la pièce. La trajectoire EGC reste constamment au-dessous de la ligne de tir, mais elle coupe deux fois la ligne de mire : une première fois au point D, que l'on nomme le but-enblancy une seconde fois au point C, c'est-à-

j dire au but même.

I La pièce est bien pointée quand l'un des ; deux points où la trajectoire coupe la ligne de mire, coïncide avec le but à atteindre. Mais on ne considère, en général, que le second point.

point A, sommet de la hausse, pouvant être élevé ou abaissé pendant que le guidon B est fixe, on conçoit qu'en faisant varier l'inclinaison de la ligne ABC, la pièce restant fixe d'ailleurs, on pourra promener le point C sur toute l'étendue de la trajectoire. Inversement : la ligne de mire AB restant fixe et passant par le but, il sera possible, en changeant l'inclinaison de la pièce, ou la force de la charge, de faire parcourir toute la ligne de mire au point où la trajectoire doit couper cette ligne.

Or, en pratique, la( charge est supposée la même pour tous les coups, et la vitesse initiale, par conséquent, toujours égale. Un autre élément encore est fixé : la distance du but. II faut donc, en faisant varier l'inclinaison de fa bouche à feu, déterminer la trajectoire à couper la ligne de mire à la distance fixée.

La hausse est divisée en longueurs portant inscrites les distances correspondantes de la

Fig. 296. — Théorie du pointage des canons.

rencontre des deux lignes ; c'est une table de tir pour ce cas particulier.

On dispose donc la hausse à la hauteur voulue; on établit la ligne de mire en La faisant passer par le but, et par cette action même, le canon reçoit l'inclinaison nécessaire pour que la trajectoire atteigne le point visé.

Avant l'invention de la hausse, l'artilleur ne pouvait pointer que par tâtonnements. L'appareil dont on se servait alors, s'appelait êquerre de pointage. L'expérience avait appris qu'avec une charge donnée de poudre, telle inclinaison de la pièce faisait atteindre à telle distance l'horizontale passant par le plan de tir. Dès lors l'artilleur plaçait la pièce dans l'angle voulu. On construisit, à cet effet, grand nombre d'équerres et de quadrants, pour mesurer l'angle de la partie inférieure de la bouche à feu avec la verticale.

La première de ces équerres fut celle de Tartaglia ; elle était faite de deux branches d'inégale grandeur, comprenant entre elles un quart de cercle gradué ; un fil à plomb était fixé au sommet de l'angle droit. L'angle se mesurait ainsi : le canonnier introduisait la grande branche dans l'âme, la faisant glisser le long de la paroi inférieure, il mettait Féquerre dans le plan vertical, et à ce moment, le fil à plomb indiquait l'inclinaison sur le quadrant. Si la pièce n'était pas bien placée, on inclinait la volée ou on la relevait jusqu'à ce que le fil à plomb marquât l'angle désiré.

T. III

Plus tard, Malthus pointa les mortiers à l'aide du quart de cercle et du fil à plomb placé sur la tranche de la bouche, comme on le fait aujourd'hui. Il tirait un premier coup sous l'angle de 45 degrés; si la bombe portait trop loin, il augmentait l'angle jusqu'à ce qu'il atteignît le but; si, au contraire, la bombe tombait en deçà du but, il augmentait la charge de poudre.

Il est évident qu'on ne pourrait pas se servir de la hausse pour le tir sous de grands angles, non-seulement parce que cette hausse devrait être d'une longueur extraordinaire et incommode, mais encore parce que les rapports entre la trajectoire et la ligne de mire varient trop rapidement avec l'angle dans cette position, pour que son emploi donne une appréciation utile. Mais dans les limites d'inclinaison des canons sur affûts, la ligné de mire reste sensiblement la même pour la même distance.

Ces relations ont été découvertes par Robins; elles paraissent l'avoir conduit à l'invention de la hausse, qu'on s'accorde généralement à lui attribuer.

Ce fut Gribeauval qui, le premier, adopta la hausse dans la grosse artillerie. Il donna aussi au canonnier le moyen de reètifier son tir, et de l'assurer après un coup tiré convenablement. Nous représentons [fig. 297) la hausse de pointage que Gribeauval, conformément aux idées de Robins, fit adapter à tous les canons en campagne.

Mais nous arrivons aux travaux les plus

importants et les plus admirables de Robins, à ceux qui consacreront éternellement son

Fig. 297. — Hausse de pointage des canons.

génie : nous voulons parler de ses études sur les canons rayés.

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