CHAPITRE PREMIER
LES PLONGEDRS A NDJ LEURS EXPLOITS DANS L'ANTIQUITÉ, — LES PLONGEURS EMPLOYÉS DANS LES GUERRES NAVALES ET DANS LES SIÈGES DES PORTS. — LES PLONGEURS MODERNES. — LA PÊCHE DES PERLES, DES ÉPONGES ET DU CORAIL,
L'Océan est un domaine mystérieux, qui a excité de tout temps la curiosité des hommes. Étudier dans son propre élément la nature sous-marine, la surprendre sur le fait, pour ainsi dire, en pénétrer tous les secrets, en dénombrer les incalculables richesses, et se les approprier, il y avait là de quoi tenter les imaginations vives et les esprits aventureux. Ajoutons que l'homme est essentiellement dominateur. Il veut régner en maître sur tout ce qui l'entoure. Son orgueil s'irrite des obstacles et des résistances. Il a entrepris contre la nature une lutte persévérante, indomptable, énergique; il prétend l'asservir et en faire son esclave. Il a voulu connaître les replis les plus cachés de la planèie qui lui est assignée pour demeure. Déjà de brillantes victoires sont venues encourager ses efforts ; mais son ambition n'est pas satisfaite encore. lia étendu son empire à la surface de la terre et au milieu des airs, comme dans les plus grandes profondeurs du globe. On l'a vu tour à tour parcourir les hauteurs de
l'atmosphère et descendre dans les entrailles de la terre. Il a voulu en outre visiter et interroger les espaces cachés à ses yeux par l'immense nappe des eaux qui couvrent les trois quarts de notre globe.
C'est cette dernière partie des heureux efforts de l'industrie de l'homme, c'est-à-dire l'art des voyages et des recherches sous-marines, que nous allons étudier dans la présente Notice.
L'art de plonger et d'aller chercher, sans appareil d'aucune sorte, les objets cachés sous les eaux, est aussi vieux que le monde. Mais, chose curieuse, les applications que Ton fit de cet art, aux premiers temps des sociétés humaines, ne se rattachaient point aux tranquilles besoins de la paix. L'art de plonger sous l'eau eut pour premier mobile l'esprit de conquête et de destruction; la guerre en fut la première application. Les premiers plongeurs, organisés d'une manière un peu systématique, les plongeurs de l'antiquité,
Fig. 303. — Marc Antoine et Cléopâtre ou le mystificateur mystifié.
étaient des auxiliaires attachés aux flottes militaires, pour l'entretien des coques des navires, et la surveillance des câbles qui les fixaient au mouillage. En cas de guerre, ils opéraient contre les flottes ennemies. C'est ce que rapportent plusieurs poètes et historiens anciens, notamment Homère, Aristote, Hérodote, Tite-Live, Pline, Lucain, Arrien, etc.
L'un de ces plongeurs, Scyllis de Sicyone, accomplit une action d'éclat, qui porta son nom h la postérité. La flotte de Xerxès ayant été assaillie par une violente tempête, près du mont PéJion, Scyllis, ac-
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compagne de sa fille Cyané, alla couper les cables de plusieurs vaisseaux perses, qu'il livra ainsi aux caprices des flots. Par là, il contribua puissamment à la défaite du conquérant. En récompense de cet exploit, le conseil des Amphictyons plaça à Delphes la statue du hardi plongeur et celle de sa fille. Ces faits sont racontés par Pausanias et par Pline le Naturaliste.
Plus tard, les Athéniens étant venus mettre le siège devant Syracuse, les habitants de cette cité fermèrent leur port, au moyeu d'une estacade, ou digue en bois, formée de
pieux. Mais des plongeurs, envoyés par las assiégeants, sapèrent cet ouvrage par la base, et la ville eût succombé sans l'intervention des Lacédémoniens, qui arrivèrent fort à propos pour leur porter secours et contraindre les Athéniens à la retraite.
La même chose se passa au siège de Tyr par Alexandre le Grand ; mais les plongeurs appartenaient cette fois au peuple assiégé. Alexandre avait ordonné l'exécution d'une digue immense, qui reliait la côte asiatique à une île voisine; mais d'habiles plongeurs phéniciens, armés de longs crochets, empêchèrent absolument la réalisation de ce projet. A mesure que le travail avançait, Us entraînaient les arbres et les pierres amoncelés, et désagrégeaient de telle sorte les entassements péniblement formés, que le moindre coup de mer suffisait pour tout enlever. Ils coupèrent aussi les câbles des vaisseaux ennemis, et forcèrent Alexandre à les remplacer par des chaînes.
Dionysius Cassius rapporte que les Byzantins usèrent d'un stratagème analogue pour porter le trouble dans la flotte de Septime Sévère, qui bloquait la capitale de l'Empire d'Orient. Des plongeurs, dirigés par l'ingénieur Priscus, allèrent trancher les câbles des galères romaines ; puis ils attachèrent aux mêmes navires d'autres câbles, sur lesquels agissait la population de Byzance, assiégée pour les amener au rivage, «en sorte, ditl'historien, que ces bâtiments semblaient déserter d'eux-mêmes la flotte de l'empereur.» De là, grande frayeur parmi les soldats romains.
Les plongeurs ne furent pas toujours employés à des exercices aussi périlleux. Plutarque nous a transmis le récit d'une scène dans laquelle ils jouèrent un rôle assez comique. C'est un des nombreux épisodes de la liaison du triumvir Antoine avec la séduisante Cléopâtre.
Il paraît que le général romain avait quelque penchant pour la pêche à la ligne et qu'il se livrait parfois à ce passe-temps bour-
geois, en compagnie de la souveraine de l'Egypte. Malheureusement, le sort ne le favorisait pas plus que les simples mortels, et il lui arrivait, à peu près régulièrement, de ne rien prendre, ce dont il était «; fort despit et marry » , dit Amyot, traducteur de Plutarque.
C'est alors que Marc Antoine eut l'idée de corriger la fortune par l'ingénieux moyen que voici. Chaque fois qu'il jetait la ligne, il envoyait un de ses plongeurs attacher un beau poisson à son hameçon, et il fit ainsi plusieurs prises superbes en présence de Cléopâtre. Celle-ci découvrit immédiatement l'artifice ; mais, femme et reine, elle avait depuis longtemps appris l'art de dissimuler. Elle ne laissa donc rien paraître, et complimenta Antoine sur son habileté. En revanche, elle conta la chose à ses courtisans, et les invita à revenir le lendemain, pour être témoins de la surprise qu'elle préparait au général romain.
Personne n'eut garde de manquer au rendez-vous.
Antoine ayant jeté sa ligne, Cléopâtre ordonna à l'un de ses esclaves de se précipiter dans le Nil avant le plongeur de son amant, et d'attacher à l'hameçon flottant dans l'eau un vieux poisson salé. Antoine tira sa ligne, se croyant sûr de son fait. Mais au lieu d'un poisson fraîchement extrait des ondes, il n'amena au bout de son fil qu'un poisson de conserve {fig. 393).
« Et adonc, comme on peut penser, poursuit Amyot, tous les assistants se prirent bien fort à rire, et Cléopâtre en riant lui dit : « Laisse-nous, seigneur, à nous autres Égyptiens, habitants de Pharos et de Canobus, laisse-nous la Kgne ; ce n'est pas ton métier; ta chasse est de prendre et conquérir villes et cités, pays et royaumes. »
Au 1er siècle de l'ère chrétienne , nous voyons les plongeurs encore fort appréciés pour les besoins de la guerre, dans les pays du Nord. Un vieux recueil raconte que, sous le règne de Frothon III, roi de Danemark, une (lotte fut envoyée par le roi de Suède contre
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le pirate Oddo, le plus fameux marin danois de l'époque, et dont l'habileté était telle qu'il passait pour un magicien commandant aux vents et aux flots. Pour conjurer le maléfice, Eric, amiral de la flotte suédoise, appela la ruse à son aide : il fît percer, par de hardis plongeurs, tous les vaisseaux d'Oddo pendant la nuit.
« Le matin, comme ils commençaient à couler bas et que l'équipage ne songeait plus qu'à vider l'eau qui envahissait leurs navires, Éric les attaqua. Les Danois, occupés à se garantir du naufrage, ne purent soutenir en mdme temps l'assaut de leur ennemi et périrent tous avec leur flotte (0- »
■ Dans des temps moins éloignés de nous, les plongeurs gardent leur importance comme auxiliaires des flottes de guerre. Au commencement du xive siècle, ils sauvent le port de Bonifacio (île de Corse) de l'invasion espagnole, en coupant les câbles de plusieurs vaisseaux de la flotte d'Alphonse, roi d'Aragon , qui bloquait la ville. A la faveur du désordre , qui en résuite, une escadre génoise force les lignes espagnoles et pénètre dans la place.
En 1 372, des bateaux chargés de matières inflammables, viennent porter la dévastation dans une flotte anglaise, placée sous le commandement de lord Pembroke. Ces bateaux ont des allures mystérieuses ; on ne leur voit ni voiles ni rames, et cependant ils avancent droit au but. C'est qu'ils sont remorqués par des hommes habiles à nager sous l'eau ; voilà tout le secret.
Dans les guerres navales du moyen âge, chacun des belligérants ayant sa compaguie de plongeurs, il arrivait quelquefois que les deux, compagnies se trouvaient en présence au sein de l'onde ; il en résultait des luttes dramatiques. L'un de ces combats entre deux eaux eut lieu au siège de Malte, par Mustapha-Pacha, en 1565. M. Jal le rapporte comme il suit dans son Glossaire nautique.
Le grand- maître de Malte, La Valette, crai-
(1) Recueil historique de faits pour servir à l 'histoire' de la mmHne. Paris, 1777.
gnant une attaque des Turcs contre la Sanglea, avait fait établir une palissade dans le voisinage de ce point, A l'abri de ce rempart, se trouvaient des arbalétriers et des arquebusiers, qui empêchaient les barques ennemie? d'approcher. Mustapha dépêcha alors ses plongeurs, avec mission d'accomplir la même besogne que les Syracusains d'autrefois; mais les Turcs rencontrèrent en roule des plongeurs maltais, fort habiles en leur art, qui les attaquèrent à l'improviste. Un combat terrible s'engagea dans la mer, chacun des soldats se soutenant d'une main sur l'eau, et frappant de l'autre avec la hache ou l'épée,
« La lutte dura plusieurs minutes, dit M. Jal, au bout desquelles les Turcs furent contraints de prendre la fuite, ayant perdu la moitié des leurs et laissant le champ de bataille aux Maltais que, du haut des fortifications, La Valette et de Monte, l'amiral des galères de la Heligion,, virent rentrer dans le port, emportant les blessés ou aidant à nager ceux que les armes turques n'avaient pas réduits à l'impossibilité de faire quelques mouvements. »
A mesure qu'on s'avance dans les temps modernes, le rôle des plongeurs s'efface de plus en plus. L'invention de la poudre, en révolutionnant l'art de la guerre sur mer comme sur terre, est venue jeter sur eux un discrédit dont ils ne se relèveront pas. Les derniers plongeurs officiellement reconnus appartenaient, en France, à la marine de Louis XIII ; ils avaient rang d'officiers et portaient ie titre de mourgons. Leur unique fonction, essentiellement pacifique, consistait à visiter les carènes des navires. Enfin, ils disparaissent tout à fait.
« En 1793,' dit un officier de marine, Montgéry, les calfals étaient quelquefois assez bons plongeurs ; mais cela n'a plus lieu. Les Espagnols ont moins perdu que nous sous ce rapport; j'ai vu employer leurs plongeurs pour le service de nos vaisseaux à Brest, en 1770, et à Cadix, après le combat de Trafalgar. »
A partir du xviri6 siècle/ la profession de plongeur change de nature. Ce n'est plus
aux besoins de la guerre qu'elle est consacrée, mais uniquement aux usages de l'industrie et du commerce. Dans les profondeurs de la mer se rencontrent des substances précieuses à divers titres, des objets d'ornement, ou des substances alimentaires. L'art du plongeur aura donc pour but désormais la recherche de rhuître perlière, du corail, de l'éponge. C'est pour alimenter de ces produits les contrées civilisées que des hommes se précipiteront au fond de la mer, au péril de leur vie. Une grande transformation sera donc opérée chez le plongeur. Au lieu d'être un agent de destruction, il sera un agent de production, et lorsque la science l'aura pourvu d'appareils perfectionnés, il rendra au commerce, à l'industrie, à la marine ♦ des services considérables.
Quelle triste et pénible condition que celle des pêcheurs de perles, d'épongés ou de corail ! C'est que l'homme n'est pas fait pour vivre sous l'eau ; sa constitution s'oppose à une existence subaquatique. Il faut que l'air arrive à ses poumons incessamment, régulièrement. Si, par une pratique de tous les jours, certains individus peuvent suspendre, pendant quelque temps, l'exercice de la fonction respiratoire, ils ne tardent pas à atteindre la limite de leurs efforts. Il est à peu près avéré aujourd'hui que l'homme ne peut rester sans respirer au delà de deux minutes ; encore tout le monde ne le ferait-il pas. Un tempérament robuste et surtout une longue habitude, telles sont les conditions d'une telle victoire remportée sur la nature. Il faut donc se tenir en garde contre les récits de certains voyageurs qui affirment avoir vu des plongeurs séjourner quatre ou cinq minutes sous l'eau.
De ce nombre est un officier de la marine britannique, Percival, qui, dans son Voyage à Ceylan, cite un jeune Cafre, pêcheur de perles, qui aur it accompli pareil exploit, ce On ne connaît personne, ajoute Percival, qui ait
passé sous l'eau un plus long espace de temps qu'un plongeur qui vint d'Arîjango en 1797, et qui s'y tint cinq minutes. *>
Un romancier français qui s'était attaché à peindre la vie américaine, Gabriel Ferry, parle également de pêcheurs de perles restant quatre minutes sous Feau. Il y a là évidemment appréciation inexacte, ou exagération.
Les plus habiles plongeurs sont les naturels des îles de la mer du Sud. Ils vont chercher au fond de l'eau, et en rapportent des objets du plus mince volume.
Les plus renommés sont ceux de l'île de Ceylan, qui pèchent l'huître à perles. On les a vus descendre sous l'eau jusqu'à quarante et cinquante fois dans un seul jour. Quelquefois le travail est si pénible pour eux, qu'en revenant à Ja surface, ils rendent, par la bouche, le nez et les oreilles, de l'eau mêlée de sang.
Voici comment opèrent les pêcheurs qui exploitent les bancs d'huîtres perlières du golfe de Bengale.
Chacun est muni d'une grosse pierre, destinée à l'entraîner au fond de l'eau, et percée d'un trou, dans lequel passe une corde. Lorsqu'il est sur le point de descendre, le plongeur, qui a appris à se servir des doigts de ses pieds comme de ceux de ses mains, saisit avec le pied droit, la corde fixée à la pierre; tandis que du pied gauche, il prend le filet qui doit recevoir sa récolte. Il prend ensuite, de la main droite, une longue corde attachée au bateau, et se bouchant les narines de la main gauche, pour ne pas laisser s'échapper l'air qu'il a aspiré fortement, aussi bien que pour empêcher l'accès de l'eau dans les fosses nasales, il cède au poids qui le sollicite en bas, et descend rapidement dans la mer. [fig. 394). Arrivé au fond, il passe à son cou la corde du filet, de manière à rabattre celui-ci sur sa poitrine, et il ramasse, aussi promptement que possible, une quantité d'huîtres qui atteint souvent jusqu'à la cen-
LA CLOCHE A PLONGEUR
Fig. 394.— Pêche des huîtres penières sur la côte de l'île de Ceylan.
taine pendant les deux minutes qu'il reste sous l'eau. Tirant alors la corde qu'il tient de la main droite, il donne le signal, et se fait hisser à la surface.
Selon Percival, quelques plongeurs se frottent le corps avec de l'huile, et se bouchent, avec du chanvre, le nez et les oreilles, pour empêcher l'eau d*y pénétrer. Mais d'autres négligent toutes ces précautions.
En général, les pêcheurs de perles vivent peu. Les inégalités de pression qu'ils doivent supporter, provoquent la rupture de vaisseaux internes. Ils sont frappés d'apoplexie au sortir de l'eau. Chez d'autres, la vue s'affaiblit rapidement au contact incessant de
l'onde salée. Ils ont encore à redouter la terrible dent du requin. Ce vorace poisson est le plus sérieux des dangers qui les 'menacent. Aussi est-il fort redouté de ces malheureux.
En résumé, c'est une triste profession que celle de plongeur à la recherche des huîtres perlières.
Voici maintenant comment s'achève la récolte des perles, commencée par le travail des plongeurs.
Les coquilles à perles rapportées par ^chaque pêcheur, sont déposées sur des nattes de sparterie, dans des espaces carrés, entourés de palissades. Elles meurent bientôt, et se
putréfient. On cherche alors dans les coquilles ouvertes, les perles qu'elles peuvent contenir. Puis on fait bouillir la matière animale, et on lapasse au tamis, pour retrouver les perles libres qui occupaient l'intérieur du corps, où elles étaient enveloppées entre les plis du manteau du mollusque.
Des nègres sont chargés de percer et d'enfiler les perles libres. Ils détachent celles qui adhèrent au coquillage, les nettoient et tes polissent avec de la poudre de perles ou de nacre.
Pour classer les perles selon leur grosseur, on les fait passer dans divers cribles, à treillis de cuivre, de différentes dimensions. Chaque tamis est percé d'un nombre de trous, qui détermine la grosseur des perles, et leur donne un numéro commercial. Les cribles percés de vingt trous portent le numéro 20. Ceux qui sont percés de 30, 50, 80 trous portent des numéros correspondants.
Toutes les perles qui restent au fond des cribles de ces dernières catégories, sont de premier ordre. Celles qui traversent les cribles numéros 100 à 800, sont de second ordre; celles qui traversent le crible numéro iGOO, sont de troisième ordre ; on les vend à la mesure ou au poids.
La nacre n'est autre chose que la lame interne des coquilles des huîtres perlières. L'industrie de la récolte de la nacre se confond, par conséquent, avec celle de la pêche des huîtres perlières.
Dès que la recherche des perles dans les huîtres rapportées du fond de la mer par les pêcheurs, est achevée, on s'occupe de récolter la nacre de ces mêmes coquilles. On choisit les coquilles qui, par leur dimension, leur épaisseur ou leur éclat, paraissent devoir fournir la plus belle nacre, et on en détache les lames internes qui, bien nettoyées et polies, sont expédiées en Turquie, sous le nom de nacre.
La pêche des perles et de la nacre, dont nous venons de parler, commence à l'île de
Ceylan, aux mois de février ou de mars, et ne dure qu'un mois.
La même pêche se fait encore sur les côtes du golfe de Bengale, dans les mers de la Chine, du Japon et de l'archipel Indien, enfin dans les colonies hollandaises et Espagnoles des parages asiatiques. Les Pintadines perlières sont également exploitées dans le sud de l'Amérique.
Sur les côtes opposées à la Perse, sur celles de l'Arabie, à Ouarden, à Dahrein, à Gildwin, à Daimy, à Catifa, jusqu'à Maskate et à la mer Rouge, la pêche et le trafic des perles et de la nacre se font d'une manière assez active.
Dans ce dernier pays, la pêche n'a lieu qu'en juillet et août, la mer n'étant pas assez calme dans les autres mois de l'année. Arrivés sur les bancs de Pintadines (huîtres perlières), les pêcheurs mettent leurs barques à quelque distance l'une de l'autre, et jettent l'ancre, à, une profondeur de 5 ou 6 mètres. Les plongeurs se passent sous les aisselles une corde, dont l'extrémité communique à une sonnette placée dans la barque. Après avoir placé du coton dans leurs oreilles, et sur le nez une pince en bois ou en corne, ils ferment les yeux et la bouche, et se laissent glisser, à Faide d'une grosse pierre attachée à leurs pieds. Arrivés au fond de l'eau, ils ramassent indistinctement tous les coquillages qui se trouvent à leur portée, et les mettent dans un sac suspendu au-dessus des hanches. Dès qu'ils ont besoin de reprendra haleine, ils tirent la sonnette. Aussitôt on les aide à remonter.
Les parages qui fournissent aujourd'hui les perles dans les mers de l'Amérique du Sud, sont situés dans les golfes de Panama et de la Californie ; mais, en l'absence de règlements conservateurs, difficiles à établir, à cause des troubles qui agitent constamment ces contrées, les bancs, exploités sans prévision, commencent à s'épuiser. Aussi l'importance des pêcheries de perles dans i'Amé-
LA CLOCHE À PLONGEUR
rique du Sud n'est-elle plus évaluée qu'à la somme approximative de un million et demi de francs. C'est là, du moins, ce qui résulte du rapport d'un lieutenant de la marine royale, auquel le gouvernement anglais donna, il y a quelques années, la mission d'étudier l'état des pêcheries dans ce pays. Le rapport ajoutait que les plongeurs devenaient chaque jour plus rares, les nègres et les Indiens renonçant au métier, par la peur que leur inspirent les requins qui infestent les eaux de ces parages.
Il y a, du reste, une grande inertie chez les hommes voués à ces rudes et dangereux labeurs. Il faut avouer que ce n'est pas l'appât du gain qui peut les stimuler beaucoup, car à Panama, par exemple, ils ne reçoivent qu'un dollar par semaine. Ils sont nourris avec un mauvais morceau de morue salée ou de taso (bœuf séché au soleil), et n'ont .pour tout vêtement qu'une pièce de cotonnade, qui leur passe entre les jambes et vient se nouer autour des reins. D'autres fois, les plongeurs ne sont loués que pour la pêche du jour, et reçoivent alors une paye d'environ 5 centimes par huître perlière.
Ils ont coutume de se lancer à la mer sans corde d'appel, ni sac, et pendant les vingtcinq ou trente secondes qu'ils demeurent sous l'eau, ils ne peuvent arracher que deux ou trois huîtres. Ils renouvellent leur descente douze ou quinze fois; mais il leur arrive souvent de plonger sans réussite, ou de rapporter des huîtres qui ne contiennent aucune perle.
Passons à la pêche des éponges exécutée par les simples plongeurs, selon les anciens errements.
Les pêcheurs d'épongés procèdent à peu près de la même façon que les pêcheurs de perles, et leur industrie offre les mêmes dangers.
De nos jours, la pêche des éponges se fait principalement dans la mer de l'Archipel ottoman et sur le littoral de l'Afrique, depuis
l'Egypte jusqu'à la côte de Tunis. Les pêcheurs, qui sont des habitants dès nombreuses îles de l'Archipel ottoman, vendent le produit de leur pêche aux Occidentaux. Ce commerce a pris une grande extension depuis que l'usage des éponges s'est généralement répandu, soit pour la toilette, soit pour les nettoyages domestiques et industriels.
La pêche commence ordinairement vers les premiers jours de juin, et finit en octobre. Mais les mois de juillet et d'août sont particulièrement favorables à la récolte des éponges. Antakieh (Syrie) lui fournit environ 10 bateaux, Tripoli 25 à 30, Karki 50; Symi en expédie jusqu'à 170 et 180 et Kalimnos plus de 209.
Voici comment se fait la récolte des éponges sur les côtes de Syrie (fig, 395).
Des bateaux, montés par 4 ou 5 hommes, se dispersent sur les côtes, et vont chercher leur butin à 2 ou 7 kilomètres au large, sous les bancs de roches. Les éponges de qualité inférieure sont recueillies dans les eaux basses. Les plus belles ne se rencontrent qu'à la profondeur de 12 à 22 brasses. Pour les premières, on se sert de harpons à trois dents, à l'aide desquels on les arrache, non sans les détériorer plus ou moins.Quantaux secondes, ou aux éponges fines, d'habiles plongeurs descendent au fond de la mer, et à l'aide d'un couteau, ils les détachent, avec précaution. Aussi le prix d'une éponge plongée est-il beaucoup plus considérable que celui d'une éponge harponnée.
Parmi les plongeurs, ceux de Kalimnos et de Psara sont particulièrement renommés. Ils descendent jusqu'à 25 brasses de profondeur, restent moins longtemps sous l'eau que les Syriens, et font cependant des pêches plus abondantes
La pêche de l'Archipel ottoman fournit au commerce peu d'épongés fines, mais une grande quantité d'épongés communes. La pêche de Syrie fournit, en éponges fines, celles qui conviennent le micuxpour la France. Elles
sont de taille moyenne. Au contraire, celles que fournit la pêche de la côte de Barbarie, sont de fortes dimensions et d'un tissu fin. Elles sont très-recherchées par l'Angleterre.
Si, partant du golfe de la Syrte, c'est-à-dire des côtes orientales de la Tunisie, on se dirige en suivant les côtes d'Afrique, vers Alexandrie, que de là on remonte les côtes de Syrie, pour contourner celles de l'Asie Mineure ; si l'on parcourt encore les côtes des îles et de la Grèce baignées par la mer de l'Archipel et celles de Candie et de Chypre, on aura figuré l'immense développement des parages où s'exerce l'industrie du plongeur d'épongés.
Nous trouvons dans un mémoire rédigé à Rhodes, par M. P. Aublé, des détails trèsintéressants sur l'industrie de la pêche des éponges qui est mise en pratique par les habitants des îles de l'Archipel ottoman.
a Les îles de l'Archipel ottoman qui s'occupent de la pèche des éponges, dit M. P. Aublé, sont : Calimnos, Symi, Karki, Psara, Rhodes, Lero et Stampalie. Calimnos, Symi et Karki plus spécialement que toutes les autres ; ce sont les trois points importants de cette industrie,
<* Au mois d'avril, les pécheurs commencent à s'apprêter pour le départ; déjà, vers la fin du mois de mars, les équipages se forment ; chaque capitaine choisit son monde et fait ses conventions.
« En général, les barques sont montées par sept hommes chacune, quelquefois par huit. Sur ce nombre, il y a quatre plongeurs qui se partagent le produit de la pêche ; les autres sont des manœuvres qui reçoivent de 280 à 350 francs l'un, pour toute la durée de la campagne, outre la nourriture qui leur est fournie.
« C'est surtout à cette époque que les plongeurs demandent de l'argent, des vivres, des vêlements à leurs patrons. Ils doivent en elïet faire des provisions pour trois à quatre mois, laisser quelque argent à leur famille, en prendre pour eux-mômes, pour parer aux nécessités d'une longue absence. Avec ce qu'ils doivent déjà, c'est une affaire de 15 à 20 mille piastres (3,500 à 4,000 fr.) par barque en moyenne.
«Quand enfin ils sont parés, un beau matin, àl'aurore, ils partent, rarement seuls, presque toujours en compagnie de quatre ou cinq barques. Puis, avant de prendre leur direction définitive , ils vont à quelque monastère renommé, faire leurs vœux et leurs prières pour que leur pôche soit heureuse.
«Vers le milieu du mois de mai, tous les bateaux
de pôche sont loin, et les lies ne sont plus habitées que par les femmes, les jeunes enfants, les vieillards et quelques malades. C'est d'une solitude affreuse au milieu d'une sécheresse horrible.
« La construction toute spéciale de ces barques qui peuvent porter six à sept tonneaux, leur permet de se rendre à des points très-éloignés. Elles ont, en effet, avec une voilure énorme, de grandes qualités nautiques ; elles vont vite, serrent bien le vent et tiennent admirablement la mer. Aussi il est trèsrare qu'elles se perdent en mer, à ce point qu'on peut dire que cela n'arrive jamais. Elles sont d'une construction semblable à celle du fameux schoner américain « America, » vainqueur dans toutes les courses mémorables ^u'il a engagées. — 11 est curieux de rencontrer une construction aussi habile dans des Iles où l'on travaille par routine, à vue d'oeil, sans aucune notion précise de l'art des constructions navales et de lavoir correspondre au résultat le plus parfait d'études, d'essais faits par des navigateurs renommés les plus capables d'entre tous.
«Les meilleures barques vont exploiter la côte d'Afrique depuis le golfe de la grande Syrte jusqu'aux abords d'Alexandrie d'Egypte et sur cette étendue deux points principaux : Benghazy et Mandrouka.
« Pour s'y rendre, elîes passent d'abord a Candie, et, delà, traversent jusqu'en Afrique; elles tombent ainsi exactement sur Mandrouka. Pour aller jusqu'à Benghazy, il ne leur convient point de côtoyer l'immense étendue des côtes qui séparent ces deux points; le plus souvent elles y sont portées par de gros navires qui les ramènent également à la fin de la pèche. Dans ces parages où les Arabes leur donnent la chasse quand ils s'aventurent sur terre, le navire est leur point de ralliement. Les barques lui payent un droit de 20 pour 100 stv leur pèche, A charge par lui de payer les frais de navigation et les droits de pèche.
« M n'y a guère que vingt ans que l'on a découvert et commencé à exploiter le banc de Mandrouka, D'autres barques vont à Chypre ; un beaucoup plus grand nombre s'y rendraient sans les fièvres et les maladies qui y régnent et qui en éloignent les plongeurs.
« Les côtes de Candie sont exploitées plus spécialement par les pêcheurs de Karki ; toutes les barques de cette lie, à part cinq ou six, vont là. Il est encore des barques qui se rendent sur la côte de Caramanie et de Syrie jusqu'à Alexandrette. Les barques de Château-Rouge exploitent de préférence ces côtes où d'ailleurs, leur île fait le commerce des bois qu'elle envoie à Alexandrie.
« Les côtes d'Afrique, Benghazy, Mandrouka, sont visitées plus spécialement par les Calimniotes et les Symiotes qui ont assez de barques pour en envoyer à presque tous les lieux de pèche.
« Enfin, un nombre assez considérable se rend dans
Fïg. 395. — Pêche des éponges sur la côte d'Afrique.
les îles de l'Archipel, dans les golfes et les îles de la Grèce.
« Lé nombre des bateaux de pêche se rendant à ces différents points varie chaque année. Les pêcheurs savent te"hir. compte des espaces de temps nécessaires pour que lés bancs se remplissent de bonnes éponges de grosseur convenable. Ils prétendent que ce n'est guère qu'au bout de trois ans qu'une éponge a acquis un développement satisfaisant; mais d'autre part l'étendue des gisements est pour ainsi dire indéfinie, de sorte qu'on peut toujours y trouver des éponges assez grosses.
« On péchait aussi autrefois dans la mer Rouge ; depuis longtemps on a abandonné celte pêche soit à cause des chaleurs insupportables, soit à cause de la grande quantité de requins qui se trouvent dans
T. IV
cette mer. Encore dernièrement on a essayé, mais sans succès, d'exploiter ces parages,
« Du reste, chaque année, on découvre naturellement de nouveaux gisements plus ou moins considérables. Si l'on se reporte à soixante-dix et quatrevingts ans, on voit qu'à cette époque il n'y avait guère qu'en Syrie que l'on faisait la pêche des éponges î on ne connaissait que celles de cette provenance, c'étaient les seules qui fussent alors articles de commerce.
«.En examinant dans le bassin de la Méditerranée, la position de ces lieux de production, on est conr duit naturellement à penser qu'il doit y avoir des éponges sur les côtes d'Algérie, du Maroc, d'Espagne, de Sicile et sur les côtes du sud de l'Italie.
« Sur toutes ces côtes, les profondeurs auxquelles
on trouve des éponges, sont variables; les pêcheurs plongent donc plus ou moins profondément, suivant leur habileté. C'est sur les côtes d'Afrique et sur jcelles de Caramanie que l'on descend le plus bas; c'est là aussi que se rendent les meilleurs plongeurs»
« En général, on pêche de 15 à 25 brasses {25 à 40 mètres), mais il en est qui vont à 30, 35 et môme 40 brasses (70 mètres) et qui restent de 3 à 4 minutes sous l'eau.
« Après avoir jeté de l'huile ou du lait d'éponge sur la surface de la mer pour voir le fond, ils piquent une tête en tenant entre leurs mains une pierre (scandali) fixée à une corde de signal. Cette pierre les entraîne rapidement. Une autre corde attachée à la corde de signal et à leur corps, permet de retourner à celle-ci qu'ils abandonnent arrivés en bas.
« Tandis qu'ils sont au fond de la mer, ils ramassent dans le rayon de cette deuxième corde, avec une légèreté, une vitesse et une adresse remarquables, les éponges qui s'y trouvent. Ils les placent dans un sac qui leur tombe devant la poitrine, et quelquefois, quand ils ont fail une abondante récolte, que le sac est rempli, ils en mettent entre leurs jambes et jusque sous leurs bras. Dès qu'ils veulent remonter, ils font le signal convenu; on les ramène très-promptement à la surface. S'ils sont descendus à de grandes profondeurs, ils saignent pas les oreilles, par le nez, par la bouche, conséquence de la compression qu'ils subissent.
« Grâce à l'habitude et à une pratique qui commence dès leur bas âge, ils n'éprouvent pas d'accidents plus fâcheux, comme cela arrive fréquem ment en Europe chez les ouvriers travaillant dans l'air comprimé. Mais, dans ces conditions, ils ne peuvent faire au plus que cinq à six descentes par jour. On les voit, pour s'apprêter à plonger, aspirer à pleins poumons et remplir d'air tous les pores intérieurs.
(t Comme on le pense bien, ces hommes perdent rapidement l'ouïe, prennent des maladies aiguës ; leur jeunesse, leur santé s'usent rapidement*
« Mais ce n'est pas tout, car ils courent de graves dangers.
« Au pied des éponges se trouve quelquefois une espèce d'ampoule verdâlre, grosse comme une noix et remplie de liquide ; les plongeurs l'appellent fusca. En prenant l'éponge, ils enlèvent aussi cette fusca, et, en la pressant contre eux au moment où ils remontent, elle crève. Le liquide qu'elle contient les brûle, forme une plaie hideuse, un chancre qui dévore la chair avec une rapidité effrayante et qui tue en quelques jours sans qu'aucun remède ait pu l'arrêter. Ce terrible poison ne pardonne pas.
« D'autres fois, c'est le requin qui a aperçu le plongeur et qui fond sur lui avec la rapidité de ïa flèche. L'homme a beau se faire hisser immédiate-
ment, dès qu'il Ta aperçu ou entendu, c'en est fait de lui, l'animal le poursuit et, se retournant brusquement sur le dos quand il va l'atteindre, ouvre sa gueule énorme, et le coupe en deux. On en a vu s'accrocher ainsi parleurs crocs à la chair humaine, ôtre amenés avec le plongeur jusqu'à la surface de l'eau, et là, malgré les coups de harpon, de piques, ne pas lâcher prise qu'ils n'aient emporté le morceau. Ce monstre est la terreur du .plongeur, il l'appelle skilo, psuri (poisson ou chien).
« Il est encore un poisson qu'il craint beaucoup, l'anguille aveugle, que l'odorat seul, paralt-il, dirige. Elle se précipite sur le pêcheur et lui fait une morsure fort douloureuse. Ils disent que cet animal naît de l'anguille de mer et du serpent terrestre.
« On rapporte aussi quelques malheurs arrivés par des pieuvres énormes (octapode qui a huit pieds) dans des cavernes sous-marines. Cet animal immonde arrive parfois à des proportions colossales, et malheur à qui l'approche : se tenant cramponné par deux bras à un rocher, il se lance, en se déployant, sur sa proie, frappe comme une balle sur [a poitrine et s'y colle, tandis que ses autres bras l'enlacent et l'étreignent comme pour la forcer à respirer : le malheureux se noie. Ceci est arrivé dernièrement sur les côtes de Candie. Il arrive enfin que le plongeur, attiré trop loin de sa corde de signal par l'appât d un bon butin, ne retrouve plus sa pierre (les bons plongeurs négligent quelquefois de se rattacher à la corde de signal) ; impuissant à remonter, sans force, il périt atrocement.
« On peut donc dire que le métier est pénible, dangereux; que le plongeur joue continuellement sa vie, pour ne pas gagner grand'chose en définitive. Et si l'on songeait à toutes les difficultés, à toutes les misères de cette existence, on s'étonnerait vraiment que" cette marchandise n'ait pas un tout autre prix.
« Quelques barques montées par de vieux plongeurs, incapables désormais de descendre au fond de la mer, pèchent les éponges avec un harpon fixé au bout d'une longue perche. Cette perche, faite de plusieurs morceaux liés entre eux, atteint jusqu'à dix brasses (1G mètres). Cette manière de procéder déchire l'éponge et la fait beaucoup déprécier. Plus rarement encore, on emploie des dragues, dans le genre de celles employées à la pêche du corail. Ces dragues sont formées par une poche, à l'ouverture de laquelle se trouve une lourde barre transversale, reposant sur le sol sous-marin, tandis que la poche ouverte est prête à recevoir tout ce qui sera détaché par cette barre, La drague, tirée par des barques marchant à la voile, racle le fond de la mer jusqu'à 90 et 100 brasses de profondeur (145 à 160 mètres). On ramène de ces abîmes des éponges énormes d'un bon usage .
« Sur les côtes de Tunisie, c'est l'Ile de Gerbeh qui est le point centrai.
«Là aussi la pêche se fait au harpon et commence
LA CLOCHE À PLONGEUR
vers les derniers mois de l'hiver; en été, la végétation sous-marine, très-abondante, empêche complètement la recherche des éponges. Contrairement aux éponges des Antilles dont le tissu est pour ainsi dire brûlé et qui se déchire facilement, les éponges de Tunisie sont d'une bonne qualité ordinaire, d'un tissu fort et résistant.
« La pêche n'offre là rien de particulier, si ce n'est les droits de dîme qui sont exorbitants. Chaque soir les barques de retour vendent leurs éponges, payent pour la dîme un tiers de leur pêche au choix du préposé qui désigne la part qu'il prend parmi les trois parts égales qu'on en fait. Ce droit appartient au gouvernement qui ne le vend pas. »
Sur les bancs de Bahama, dans l'océan Atlantique, les' éponges croissent à de faibles profondeurs. Les pêcheurs espagnols, américains, anglais, après avoir enfoncé dans l'eau une longue perche, amarrée près du bateau, se laissent glisser sur les éponges, dont ils font une récolte facile.
Dans les Antilles, la pêche des éponges est entre les mains des nègres, qui font cette pêche sur les côtes des îles de cet archipel. Ils se servent généralement de harpons. Le travail se fait toute Tannée, et n'est sujet à aucun retard.
Nassau (île de Bahama) est le centre du commerce des éponges américaines. C'est une possession anglaise. Les éponges passent par l'Angleterre pour arriver en France.
Les éponges des Antilles sont, en général, de qualité inférieure.
Nous venons de tracer avec quelque détail l'industrie du plongeur à nu, qui se limite à la recherche des huîtres perlières et des éponges- Nous verrons, à la fin decette Notice, quelle révolution doit apporter dans cette industrie l'emploi des appareils qui permettent à l'homme de demeurer sous l'eau plusieurs heures, pour s'y livrer à un travail continu et tranquille. Mais nous pouvons faire remarquer, sans anticiper sur ce qui sera dit à cette occasion, combien la pratique du plongeur à nu est regrettable, en ce qui concerne ia multiplication des huîtres per-
Hères et des éponges. La nécessité de faire la récolte dans le court espace de temps où l'homme peut rester sous l'eau, oblige le plongeur à draguer, à détacher brutalement huîtres perlières et éponges, au lieu de les recueillir à ia main. Cette pratique a le grave défaut de détruire, sans utilité, une énorme quantité de jeunes individus, qui sont ainsi perdus pour la reproduction. On doit se féliciter hautement, à ce point de vue, des progrès qui ont été récemment réalisés dans la fabrication des appareils plongeurs. Désormais, comme nous le verrons à la fin de cette Notice, au lieu de plonger pour chercher les huîtres perlières, le pêcheur jouira de la faculté de se promener longuement et librement dans les plaines sous-marines. Il pourra choisir tout à son aise les individus parvenus à maturité, et laisser grandir en paix ceux qui ont pour mission d'assurer la perpétuité de l'espèce.