‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 12 sur 143 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'ÉCLAIRAGE PAR LES COEPS GRAS SOLIDES. — LES CHAN- DELLES ET LEUR FABRICATION. — EXTRACTION DES SU1F3. — FABRICATION DES CHANDELLES PAR LA FONTE A FEU NU ET PAR L'ACIDE OU L* ALCALI. — MOULAGE DES CHAN- DELLES. — FABRICATION DES CHANDELLES A LA BAGUETTE.

Jusqu'à l'année 1830, environ, l'éclairage par les corps gras solides se réduisait à la chandelle et à la bougie de cire d'abeilles purifiée. La bougie de cire était un éclairage de luxe, nécessairement interdit à la classe pauvre. Quant à la chandelle, elle fat longtemps considérée elle-même comme dispendieuse.

Madame de Maintenon s'en servait encore lorsqu'elle était simple marquise, et cet éclairage était un véritable luxe à une époque où certains magistrats profitaient pour leur travail du soir, du feu et de la lampe de la cuisine.

Nous n'avons pas besoin de rappeler les inconvénients de la chandelle : son odeur désagréable ; — sa fusibilité, qui est si grande, que, dans les chaleurs de Tété, elle se ramollit à un tel point, que Ton peut à peine la toucher, et que, pendant sa combustion, au moindre obstacle, à la plus légère obstruction partielle des pores de la mèche, le suif déborde, et, en se répandant, salit tout ce qu'il rencontre ; — enfin, la nécessité de couper périodiquement la mèche, sous peine de voir la lumière perdre les quatre cinquièmes de son éclat.

Grâce aux progrès de la chimie et à l'application des arts mécaniques, le dispendieux

L'A R T DE L'ÉCLAIRAGE

éclairage à la cire est complètement abandonné. On ne confectionne plus aujourd'hui une seule bougie de cire pour l'éclairage des salons, et si la fabrication dés cierges d'église ne faisait conserver encore, dans un petit nombre de pays, pour cette destination, L'usage de la cire, imposé par le rite catholique, le mot d'éclairage à la cire serait rayé du vocabulaire industriel.

L'éclairage par les corps gras solides ne comprend donc aujourd'hui que la chandelle et la bougie stéarique. En Angleterre et en Amérique, on leur ajoute les bougies de paraffine, et le blanc de baleine , qui servent à confectionner des bougies de luxe.

Pour traiter de l'éclairage par les corps gras solides, nous avons donc à parler de la chandelle et de la bougie stéarique, et à compléter ces données par quelques mots sur la préparation des bougies de paraffine et de blanc de baleine.

Tout le monde sait que la chandelle n'est autre chose que la graisse d'animaux herbivores (le bœuf et le mouton), modelée en longs cylindres, et pourvue d'une mècbe de coton. On nomme suif la matière grasse extraite de la chair du bœuf ou du mouton, et axonge La graisse du cochon, graisse qui n'entre jamais, d'ailleurs, dans la composition des chandelles.

Le suif est acheté, dans les abattoirs, par les fabricants de chandelles. Détachée de ranimai par le boucher, cette graisse est livrée à ces fabricants, sous le nom de suif en branches, parce que la matière grasse n'est pas encore séparée des membranes qui la recèlent.

Le fabricant de chandelles doit donc commencer par séparer là graisse de ranima], des cellules qui la renferment.

La première opération consiste à diviser le suif en fragments, qui permettront de le soumettre plus facilement à l'action de la chaleur; la seconde, à retirer, par la chaleur, la matière grasse contenue dans ce tissu.

Pour diviser le suif en branches, un ouvrier place la matière brute venant de l'abattoir, sur une table, dans laquelle est fixé, par un anneau, un large couteau, dont la pointe est immobile, et dont l'extrémité mobile est pourvue d'un manche, comme le couteau du boulanger. Tenant de la main droite le manche de ce couteau , l'ouvrier élève et abaisse la lame tranchante; tandis que, de la main gauche, il présente le suif à découper. Les fragments reçus dans une manne d'osier, sont portés de là dans la chaudière.

Cette chaudière est en fonte ou en cuivre. Elle est chauffée à feu nu, et non par la vapeur ; car la température de l'ébullition de l'eau ne serait pas suffisante pour chasser la matière grasse des cellules dans lesquelles elle est très-exactement enfermée. Un ouvrier remue constamment la matière chauffée, pour l'empêcher de se brûler au contact du métal trop chaud. L'action de la chaleur brise, ouvre les cellules adipeuses, et la chaudière se remplit peu à peu de graisse liquide ; tandis que les membranes qui constituaient les cellules et le tissu adipeux, se contractent et se réunissent à la surface du bain fondu, en produisant ce que l'on nomme des cr étions dans le nord de la France, et des graillons dans le midi.

Quand tout le suif est fondu, un ouvrier le puise avec une cuiller de bois, et le verse sur une sorte de filtre, qui consiste en un simple panier d'osier, ou une écumoire en cuivre, et que l'on nomme baratte. Quelquefois un tamis de crin sert à opérer cette filtration, c'est-à-dire à séparer du suif fondu les crettons tenus en suspension dans la matière grasse liquide.

Quand le produit liquide ainsi filtré, est au moment de se figer, parle refroidissement, on le coule dans de petits tonneaux de bois, nommés caques, ou tinettes, et qui renferment environ 24 kilogrammes de suif fondu.

Les crettons, c'est-à-dire les membranes séparées du suif de mouton et de bœuf, pen-

dant la fusion, retiennent emprisonnée une quantité notable de matière grasse. On la retrouve en jetant ces crettons dans une chaudière chauffée, qui en fait écouler la plus grande partie à l'état de liquide; puis on porte le résidu à la presse.

Cependant les graillons, même après Faction de la presse, retiennent encore 5 à 6 pour 100 de suif. Ce résidu est excellent pour l'engraissement des bestiaux.

Quelques fabricants, après avoir fondu le suif une première fois, le purifient en le refondant avec de l'eau , et en y projetant un peu de sel marin, d'alun ou de tartre. On sépare, avec une écumoire, les impuretés qui se réunissent à la surface du bain. On puise ensuite le suif purifié, et on le laisse refroidir lentement dans un panier très-serré, où i) s'égoutte. Avant de l'employer, on le fond une troisième fois, et on le maintient fondu, jusqu'à ce que toute l'eau qu'il peut retenir encore ait complètement disparu. Sans cette précaution, les chandelles fabriquées avec ce suif humide, couleraient et brûleraient en pétillant.

Tel est le moyen qui est encore suivi dans la plupart des pays de l'Europe, pour préparer les suifs destinés à la confection des chandelles. Un procédé plus savant, dû au chimiste d'Arcet, est suivi dans les villes manufacturières au courant du progrès industriel : c'est la fonte à l'acide.

Les crettons retiennent, avons-nous dit, malgré les meilleurs moyens d'expression, 5 à 6 pour 100 de graisse. D'un autre côté, les suifs chauffés à feu nu, répandent aux alentours de la fabrique, une odeur infecte, qui est même parfois dangereuse pour les habitants du voisinage. C'est pour remédier à ces inconvénients que le chimiste d'Arcet inventa , en 1820 , la fonte des suifs à l'acide.

D'Arcet reconnut que l'acide sulfurique étendu d'eau, chauffé avec le suif en branches, dissout toutes les matières animales, en

laissant surnager le suif parfaitement pur et non altéré.

Voici comment l'opération s'exécute. On se sert d'une chaudière autoclave , c'est-à-dire exactement fermée, et ne laissant pas échapper la vapeur au dehors. Dès lors, nous n'avons pas besoin de le dire, les parois de cette chaudière doivent être extrêmement résistantes. On remplit cette chaudière de 1,000 kilogrammes de suif en branches, que l'on arrose avec 10 kilogrammes d'acide sulfurique, étendu dans une quantité d'eau, qui varie de 200 à 500 litres, selon la qualité du suif. On ferme la chaudière ; puis on y dirige un courant de vapeur, qui entretient le liquide intérieur à la température de l'ébullition. On laisse agir l'acide bouillant pendant plusieurs heures. La température s'élève souvent dans cet espace clos, à 105 ou 110 degrés. Les membranes animales se dissolvent dans la liqueur acide, le suif se sépare, et vient former une couche au-dessus du bain acide. A la partie inférieure du liquide aqueux, se dépose une très-faible quantité de chairs, plus ou moins altérées. On retire de la chaudière le suif fondu, au moyen d'un robinet placé sur un côté de cette chaudière, et qui communique avec un tube à genouillère, dont l'extrémité aboutit à un flotteur assez léger pour se maintenir toujours à la séparation des deux couches liquides. Le suif liquide est dirigé de là, dans une vaste cuve, de 2 à 3 mètres cubes, en bois doublé de plomb, où il se refroidit. Quand il est au moment de se solidifier, on le verse dans les t innés.

Grâce à ce procédé, on retire du suif en branches 85 pour 100 de suif fondu trèsblanc; tandis que la fonte du suif à feu nu, ne donne que 80 pour 100 d'un suif souvent coloré.

Ce procédé présente néanmoins un inconvénient sérieux. Les graillons étant imprégnés d'acide sulfurique, n'ont plus de valeur, car ils ne peuvent servir à engraisser

les bestiaux, comme ceux qui sortent des anciennes fonderies de suif à feu nu.

Le même inconvénient a empêché d'adopter généralement un procédé d'extraction du suif à peu près semblable à celui que nous venons de décrire, et qui consiste à traiter la matière brute, au lieu d'acide sulfurique, par un alcali, la soude caustique, étendue d'eau.

Ce procédé, dû àM. Evrard, de Douai, s'exécute de la manière suivante. Dans une chaudière cylindrique ordinaire, et non autoclave, on place le suif brut, avec une dissolution de soude caustique, marquant 1° ou 1°>5 pour lOOkilogrammes de suif. On porte le liquide à l'ébullition. La liqueur alcaline bouillante pénètre dans les membranes, les gonfle, les rend perméables, en dissolvant les parties qui ont le moins de cohésion; en sorte que la matière grasse fondue peut sortir facilement de ses enveloppes. Ce mode de traitement des

suifs n'exige pas que la température du liquide dépasse 100 degrés. Il est donc inutile de recourir à la pression d'une chaudière autoclave , dont les dangers sont manifestes. Mais avec ce mode d'extraction des suifs, pas plus qu'avec le précédent , les résidus ne peuvent être donnés aux bestiaux ; ils ne sont bons qu'à être mis au fumier.

La figure 43 représente six cuves pour la fusion du suif au moyen de la vapeur, secondée par l'action des liqueurs alcalines. Le tuyau de vapeur qui sert à portera l'ébullition la masse liquide, est visible sur les trois cuves du plancher supérieur. Il pénètre par le bas de ces cuves dans la masse à échaufïer.

Quel que soit le moyen qui ait servi à extraire le suit des membranes animales, les opérations qui viennent d'être décrites fournissent un produit très-blanc, qui sert à confectionner les chandelles.

La matière qui sert à la confection des chandelles se compose de parties égales de suif, de mouton et de bœuf.

Les chandelles se font de deux manières différentes. Elles sont moulées, ou bien faites à la baguette.

Quel que soit le procédé suivi pour confectionner les chandelles, il faut commencer par préparer la mèche. Disons donc tout de suite la manière de s'y prendre.

Pour préparer les mèches de chandelles, il faut choisir du coton qui ne renferme aucun corps étranger, aucun nœud, aucun brin cassé, car la présence de tous ces corps dans la mèche, ferait couler les chandelles. On les dévide en écheveaux sur une planche, sur l'un des bords de laquelle on pratique une rainure, destinée à couper toutes les mèches de longueur égale. Les mèches sont ordinairement formées de neuf fils, qu'on attache ensemble au moyen d'un nœud de coton. Quand on les a ainsi assemblées par paquets , on coupe avec un couteau, tout le coton qui est dévidé sur la planche, ce qui donne à la fois une grande quantité de mèches.

Les moules sont faits ordinairement d'une

Fig. 44. — Moule à Fig. 45. — Mèche

chandelles. dans le moule.

partie d'étain et de deux parties de plomb. Ils présentent le corps du moule, cylin-

dre creux bien poli à l'intérieur, et le chapeau, petit cône percé d'une ouverture à son sommet, par lequel passe la mèche [fig. 44).

Pour placer une mèche dans un moule, on munit l'extrémité de la mèche d'un petit morceau de bois ou de fil de fer, qui repose en travers sur les bords du chapeau , de sorte que la mèche arrêtée dans le chapeau, par cette traverse, pend dans l'intérieur et sort par la petite ouverture qui se trouve à

la partie inférieure. On saisit le bout de mèche qui passe par la petite ouverture, et on le tire de manière à tendre fortement la mèche. On le fixe et on le maintient dans cet état, avec un petit morceau de bois qu'on passe par ce trou, et qui fait office de coin. C'est ce que représente la figure 45. AB, est la coupe du chapeau du moule, sur lequel on pose la traverse qui arrête l'un des bouts de la mèche. C, est la pointe du moule dans laquelle l'autre bout de la mèche est fixé par l'éclat de bois ; D est une pièce circulaire qui s'applique sur le chapeau. Comme les bords de ce disque sont tranchants, un demi tour qu'on lui imprime, coupe le bout de la mèche. Pour fabriquer les chandelles par le mou-

Fig. 46. — Moulage des chandelles.

lage, on commence par placer les mèches dans les moules, comme il vient d'être indi-

L'ART DE L'ECLAIRAGE

qué. Ensuite on dépose ces moules verticalement dans les trous d'une table, leur extrémité pointue tournée en bas, et le chapeau du moule placé en haut, au niveau d'un canal qui est creusé dans la table. On verse le suif dans ces moules, à l'aide d'une cuiller

ou d'un pot de fer-blanc , pourvu d'un bec (figM) . On a soin de ne le verser dans les moules que lorsqu'il commence à se figer. Si,en effet, on versait le suif trop chaud dans les moules, la matière grasse adhérerait au métal et les chandelles ne s'en retireraient pas facilement.

Fig. 47. — Fabrication des chandelles à la baguette.

La fabrication des chandelles à la plonge on à la baguette, ne se fait plus que dans les fabriques arriérées. Quelques consommateurs, surtout dans les campagnes, les recherchent encore , parce qu'elles coûtent moins, et brûlent un peu plus longtemps. Quoi qu'il en soit, voici comment on les confectionne.

On suspend à une baguette de bois les mèches, en les tenant à une certaine distance les unes des autres, puis on les passe dans un bain de suif fondu, pour leur donner une certaine rigidité, et on les roule entre les mains ou

sur une table. On attache ces baguettes à un châssis circulaire suspendu par une corde, au-dessus d'une chaudière, dans laquelle le suif est tenu en fusion ; puis avec une cuiller l'ouvrier prend un peu de suif, et le verse sur chaque cylindre [ftg> 47).

Souvent on rend mobile le cercle porteur des mèches. A cet effet, une poutre fixée au plafond et équilibrée par un contre-poids, sert à faire descendre et à relever le châssis qui supporte les mèches. En abaissant ce châssis, on trempe les mèches dans le bain de suif fondu; puis on les retire. A chaque immer-

sion, suivie d'une sortie, le suif en se refroidissant, forme une nouvelle couche solide, et la superposition de ces couches finit par donner la chandelle avec la grosseur voulue. Un calibre est placé à la portée de l'ouvrier. De temps en temps, il fait passer la chandelle par le trou de ce calibre, et il arrête enfin ses plongées lorsque la chandelle ne glisse plus qu'avec difficulté.

Il ne reste plus qu'à former le bout effilé de la chandelle. L'ouvrier y parvient en rognant avec une espèce de couteau le suif autour de l'extrémité de la chandelle de manière à la terminer en cône.

Si l'on veut remédier à l'extrême fusibilité du suif, et obtenir des chandelles perfectionnées, on ajoute au suif une petite quantité de cire, qui augmente la consistance de la chandelle et l'empêche découler. Quelquefois, au lieu de mêler le suif à la cire, on fond la cire à part, et on l'introduit dans le moule à chandelle, que l'on roule ensuite horizontale- . ment, jusqu'à ce que ses parois soient couvertes de cire. Ensuite on coule du suif à la manière ordinaire dans le moule, et l'on obtient ainsi une chandelle entièrement revêtue de cire, dont l'aspect est agréable et le prix peu élevé. Ces chandelles enrobées de cire, qui furent d'abord une véritable falsification, quand on les vendait comme de véritables bougies, ont été un perfectionnement très-avouable, quand on les a vendues sans dissimuler leur mode de fabrication.

Les chandelles, au sortir des moules, sont jaunâtres* Pour les décolorer, il suffit de les exposer au grand air, à la rosée et au serein, -dans des lieux à l'abri du soleil.

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