‹ Les Merveilles de la science ou description populaire des inventions modernes. [4], Éclairage, chauffage, ventilation, phares, puits artésiens, cloche à plongeur, moteur à gaz, aluminium, planète NeptuneChapitre 87 sur 143 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES PHARES ANGLAIS. — HISTOIRE DS LA TRINITY-HOUSE. — LES PHARES d'eDDYSTONE, DE BELL-ROCK, DE SKERHYVORE, DE SMALLS. — LA PUOMEWADE DU PII ARE DE SUNDERLAND.

Si la France a eu la gloire d'inventer les lentilles et échelons, c'est à l'Angleterre que revient l'honneur d'avoir, la première en Europe, garni ses côtes de feux nombreux, et cela dans des circonstances parfois difficiles. L'Angleterre cite avec orgueil les noms

de Smeaton, de Robert Stevenson et d'Alan Stevenson. Ces hommes ont, en effet, exécuté avec beaucoup de courage et de patience, des constructions en mer qui présentaient de grandes difficultés. Il ne faut pas oublier pourtant que les Stevenson n'ont fait que mettre en pratique les idées de Fresnel, qui avait inventé les phares à échelons. Sans la découverte du physicien français et les études approfondies de notre administration des Phares, les ingénieurs anglais n'auraient jamais pu mener à bien leur projet de couvrir de feux les côtes maritimes de leur pays.

L'organisation des phares, en Angleterre, est fort différente de celle de notre pays. Elle repose sur des bases étranges, presque excentriques, et qui se ressentent des us et coutumes de la vieille Angleterre.

Trois administrations, correspondant aux trois royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, sont chargées de la direction des phares britanniques. La première, qui administre les feux anglais proprement dits, se nomme Corporation of the Trinity-House of Deptford Strand; la seconde, celle des feux écossais, a nom Corporation of the commissionners of Northern Light-Houses ; la troisième, préposée à l'éclairage des côies d'Irlande, s'appelle Corporation for preserving and improving the Port of Dublin. :-

La Tri?iity-House°Q$t de beaucoup la1 plus importante ; elle exerce même, dans certains cas, un contrôle sur les deux autres. Fondée en 1512, en vertu d'une charte que lui conféra Henri VIII, elle ne constituait, à l'origine, qu'une sorte de confrérie, dont la mission se bornait à prier pour les navigateurs et pour l'âme des naufragés. Mais des chartes d'Elisabeth, de Jacques Ier, de Charles II et de Jacques II, augmentèrent considérablement ses attributions, et lui donnèrent la surveillance de la marine marchande. L'éclairage des côtes rentrait dans cet office. Les phares se multiplièrent alors très-rapidement sur le littoral anglais, d'autant plus qu'ils étaient

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Fig. S07. — Phare d'Eddystone enveloppé par les lames.

dus à l'initiative privée, et que les propriétaires frappaient de droits très-éievés tous les navires qui recevaient le bienfait de leur lumière* On commençait par acheter à beaux deniers comptants, de la Trinily-House^ le privilège d'établir un phare sur un écueil quelconque , puis on réalisait de gros bénéfices en prélevant des droits sur tous les navires qui en approchaient.

Il vint un moment où la couronne éleva la

T. IV

prétention de s'arroger le privilège de la Trinity-House, privilège usurpé, disait-elle, et que la loi n'autorisait point. De là, résulta un procès, puis une transaction, d'après laquelle le droit d'élever des phares fut partagé entre la Trinity-House et la couronne.

Alors ce fut à qui obtiendrait du roi l'autorisation de bâtir un phare. Un ancien ministre d'Etat, lord Granville, écrivait cette note sur son journal : « Saisir le moment où le roi

sera de bonne humeur, pour lui demander un phare. »

Un pareil régime ne pouvait produire que de fâcheuses conséquences. Les privilégiés songeaient beaucoup plus à gagner de l'argent qu'à guider les navigateurs; de sorte que l'éclairage des fanaux se faisait très-mal. Enfin, un acte du Parlement, rendu sous Guillaume IV, réduisit les droits de péage, et décida que la couronne abandonnerait ses droits à la Trinity-House, moyennant une somme de 7,300,000 francs. Cette compagnie fut également autorisée à racheter tous les phares, ou light-houses, possédés par des particuliers. Ces acquisitions lui coûtèrent de fortes sommes. Cependant elle prospéra toujours, grâce aux droits qu'elle continua de prélever et qu'elle prélève encore sur les navigateurs.

La Trinity-House comprend deux classes d'associés : les Frères aînés (Elder Brothers), et les Fi*ères cadets {Younger Brothers), Ces derniers n'ont pas voix délibérative dans le conseil de la Société; ils sont choisis sur la proposition d'un des frères aînés. Ils sont aujourd'hui au nombre de 360; mais le nombre n'en est point limité.

Les frères aînés, au nombre de 31 , sont pris parmi les frères cadets. Pour être admis, ils doivent avoir subi un examen, et servi au moins quatre ans comme capitaine, dans la marine marchande ou dans celle de l'Etat. Ils se divisent en membres honoraires et en membres actifs. Les premiers sont des hommes étrangers à la navigation, mais qui, par leur naissance ou leur illustration, sont susceptibles de jeter de l'éclat sur la Société. Parmi les plus connus autre (ois, nous citerons Guillaume IV, Pitt, Wellington, le prince Albert, lord Palmerston et, de nos jours, lord John Russel et lord Derby. Le conseil de Trinity-House se compose de six comités, dont les attributions sont très-diverses ; nous n'entrerons pas dans ce détail.

Si Ton compare l'organisation française

pour le service des phares et fanaux, à l'administration anglaise, on ne pourra s'empêcher de conclure que l'avantage est tout entier de notre côté. Exclusivement formée d'hommes spéciaux, et surtout d'ingénieurs des ponts et chaussées, la Commission française des phares traite les questions scientifiquement, fait des expériences, entreprend des essais, et réalise toutes les améliorations qui lui paraissent utiles. Il est probable que sans cette commission scientifique, Fresnel n'eût point doté le monde de lentilles à échelons. La centralisation administrative française, qui a tant d'inconvénients dans la plupart des circonstances, est ici non-seulement justifiée, mais nécessaire. L'autorité confiée à un directeur résidant à Paris, de donner les ordres pour l'exécution de règlements concernant les phares sur toute l'étendue de nos côtes, cette sorte de despotisme administratif, qui n'a d'autre but que d'assurer des existences humaines et de préserver de la destruction des propriétés et des biens, est évidemment bien préférable à l'organisation surannée, divisée et compliquée de la Trinity-House.

Jetons maintenant un coup d'œil sur quelques-uns des phares les plus célèbres de la Grande-Bretagne.

Saluons d'abord celui d'Eddystone [fig. 307). C'est le premier que l'homme ait élevé en pleine mer, et qui soit resté inébranlable sous les coups de la tempête. Il se dresse dans la, baie de Plymouth,sur l'un des nombreux récifs qui surgissent à fleur d'eau en cet endroit. Antérieurement on en avait construit deux sur le même écueil; mais ils furent détruits, l'un par la mer et les vents, l'autre par le feu(l).

Le premier de ces deux édifices fut bâti

(1) L'histoire des phares d'Eddystone a été longuement développée par Smeaton^ dans son ouvrage : A narrative of the building, and a description of the construction of the Eddystone light-house, by John Smeaton, civil engineer.

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par un riche habitant du comté de Susse*, Henri Wistanley, qui possédait une sorte de vocation pour les travaux mécaniques. Elevée en 1696, cette tour était de la forme la plus bizarre. C'était une espèce de pagode chinoise, couverte de clochetons et de toutes sortes d'appendices de fantaisie, couronnée de galeries ouvertes, hérissée d'angles et de saillies à l'aspect fantastique, le tout accompagné de devises et d'inscriptions. L'architecte de ce monument hétéroclite l'a représenté dans une gravure qui nous a été conservée, et qui montre Henri Wistanley péchant à la ligne du haut de sa tour maritime.

Cette construction bizarre n'avait aucune solidité, quoi qu'en pensât Henri Wistanley, qui se plaisait , dans son orgueil , à appeler et à défier la tempête. On l'entendait souvent s'écrier : « Soufflez , vents ! mer, révolte-toi î Déchaînez-vous , éléments , et venez mettre à l'épreuve mon ouvrage ! » L'ouragan et la tempête répondirent à ce défi. Le 26 novembre 1703, éclata un orage d'une violence telle qu'on n'avait pas eu depuis longtemps son pareil sur les côtés d'Angleterre. L'édifice d'Eddystone fut balayé par la mer. Henri Wistanley, qui se trouvait en ce moment dans la tour, pour quelques réparations, fut englouti avec les gardiens du phare. Il ne resta de toutes les constructions qu'une chaîne de fer rivée au rocher.

Cependant l'écueil redoutable d'Eddystone ne pouvait plus être privé de ses feux tutélaires. Par suite de l'absence des fanaux qui le signalaient auparavant, un vaisseau de guerre, le Winchelsea^ se brisa contre les ro~ chers, et la moitié de l'équipage périt. On décida qu'il fallait au plus vite rebâtir le phare emporté.

Celui qui se présenta, en 1706, pour entreprendre cette construction difficile, était un simple marchand de soieries, nommé John Rudyerd. 11 n'était pas plus ingénieur que

Wistanley ; mais il avait, comme lui, le goût de la construction. John Rudyerd se mit à élever une tour en bois sur le récif d'Eddystone. II donna à cette tour la forme d'un tronc de cône tout uni, solidement fixé sur le rocher, de manière que les vents et les flots n'eussent sur lui aucune prise.

Le second phare d'Eddystone fut inauguré au mois de juillet 1706. Pendant quinze ans, il brilla et protégea la navigation. Une tempête terrible, qui ravagea, en 1744, les côtes d'Angleterre, fut impuissante à ébranler l'édifice.

La tour en bois construite par John Rudyerd, subsisterait peut-être encore de nos jours, sans un événement imprévu et funeste. Dans la nuit du 1er décembre 1755, lorsque tout était calme dans le phare, le gardien, ayant monté pour moucher les chandelles, trouva la lanterne pleine de fumée. Dès qu'il eut ouvert la porte, l'air donnant au feu l'aliment, les flammes firent irruption dans l'escalier. Le gardien appela ses deux com- * pagnons, qui, malheureusement, étaient endormis, et ne purent lui porter secours à temps. Rudyerd chercha à éteindre le feu au moyen d'une provision d'eau qui existait au plus haut étage de la tour ; mais l'eau manqua bientôt, et ses compagnons étant enfin accourus, ne purent la renouveler à temps, parce qu'il fallait descendre et remonter un escalier de 23 mètres de hauteur. Ils se retirèrent d'étage en étage devant l'incendie, qui ne cessait de les gagner, et qui les poursuivit jusqu'au bas de l'édifice. Comme la marée était basse, ils purent se réfugier sous une chaîne de rochers, et assister de là, à la destruction totale de l'édifice.

A la pointe du jour, des pêcheurs aperçurent les dernières lueurs de l'incendie, et vinrent, avec leurs barques, recueillir les malheureux gardiens.

Quant à la tour, comme elle était tout en bois, il n'en resta que quelques débris fumants.

La tempête avait détruit le premier phare d'Eddystone ; Je feu avait eu raison du second.

Un ingénieur de grand mérite, Smeaton, fut chargé d'ériger un troisième phare sur l'emplacement des précédents. Smeaton construisit le phare qui existe encore de nos jours. La première pierre fut posée le 12 juin 1757, et la dernière le 24 août 1759. Durant cet intervalle, on ne put aborder le rocher que quatre cent vingt et une fois, et l'on ne travailla que pendant cent douze jours. Smeaton surmonta toutes les difficultés. Grâce à la disposition qui consiste à assembler toutes les pierres d'une même assise à queue cfaronde, c'est-à-dire à les enchevêtrer les unes dans les autres, ainsi que le représente la figure 308 ; grâce aussi à la précaution de re-

Fig. 308. — Une assise du phare d'Eddystone.

lier les différentes assises par des dés en marbre qui les traversent de part en part, l'édifice fut fait, pour ainsi dire, d'un seul morceau. Il put ainsi braver sans faiblir le choc des vagues, qui, dans certains moments, montent en tourbillonnant à 8 ou 10 mètres au-dessus de la coupole lumineuse. Les chocs sont d'ailleurs amortis par le relief particulier de la tour. Au lieu de se briser contre une surface rectiligne, les flots rencontrent une surface courbe qu'ils remontent en glissant, sans aucun dommage pour l'édifice.

Un fait qui est à l'honneur de Louis XIV, I

se rattache a l'histoire de ce phare. Pendant que Smeaton le construisait, la guerre existait entre la France et la Grande-Bretagne. Un corsaire français, qui eut connaissance de ce qui se passait sur l'îlot d'Eddystone, y débarqua, s'empara des ouvriers et les emmena prisonniers en France. En apprenant cette capture, Louis XIV montra une grande colère. Il ordonna que les ouvriers fussent délivrés : « Je suis en guerre avec l'Angleterre, dit le roi, mais non avec le genre humain. »

Si le phare d'Eddystone est un monument national dont l'Angleterre s'honore, celui qui s'élève sur le rocher de Bell-Rock, en Ecosse, est justement célèbre. Aussi le nom de Robert Stevenson, l'ingénieur à qui l'on doit le phare de Bell-Rock, est-il aussi célèbre en Ecosse, que l'est en Angleterre celui de Smeaton.

Le rocher de Bell-Rock se dresse en mer, dans Une position aussi difficile que celui d'Eddystone. C'est un banc rocailleux, d'environ 130 mètres de long sur 70 de large, qui se trouve sur la côte d'Ecosse, dans le Forfashire. On l'appela longtemps le Rocher de la cloche, parce que les moines de l'abbaye d'Arbroath, pour le signaler aux navigateurs, y avaient placé une cloche portée sur un radeau. Les flots mettaient cette cloche en branle, au moment de la tempête.

Cependant ce mode d'avertissement était illusoire. Les naufrages succédaient aux naufrages, aux alentours de ce récif dangereux. Un vaisseau de guerre de soixante-quatorze canons, l'York, périt avec tout son équipage, en se brisant contre cet écueil. Dès lors la Commission des phares du Nord [Northern Commissionners) décida qu'il fallait ériger sur le récif de Bell-Rock un phare, construit sur le même principe que celui d'Eddystone. Un ingénieur, encore obscur, mais dont les talents étaient reconnus, Robert Stevenson, fut chargé de ce travail.

Robert Stevenson débarqua avec ses ou*-

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vriers sur le rocher désert de Bell-Rock, le 16 août 1807. Le récif est couvert de 4 mètres d'eau à la marée haute ; les hommes ne pouvaient donc travailler que quelques heures chaque jour, entre le flux et le reflux/Au retour de la marée, ils remontaient dans le navire de service, attaché par ses ancres.

Un jour, le navire brisa ses ancres, et Robert Stevenson, avec ses trente-deux maçons, fut entraîné à la dérive. Us n'échappèrent à la mort que par miracle, un bateau de pêcheur envoyé à leur poursuite ayant réussi à atteindre le navire en détresse.

Nous ne redirons pas les obstacles que Stevenson eut à vaincre, pour mener a bien cette tâche épineuse. Dans les constructions de cé genre, les difficultés et les périls sont toujours les mêmes. Les travaux préparatoires, — création des baraquements destinés aux ouvriers, — creusement du rocher pour y loge ries fondations, etc., ne durèrent pas moins d'une année. On utilisait tous les moments où la mer ne couvrait pas le rocher, et Ton travaillait souvent la nuit à la lueur des torches.

La première pierre fut posée, avec solennité, le 10 juillet 1808, et le phare fut allumé le H février 1811. Depuis cette époque, il n'a jamais été nécessaire de le réparer.

Le phare de Bell-Rock est un feu de premier ordre ; il est élevé de 35 mètres au-dessus du sol et de 28 mètres au-dessus du niveau des hautes mers. Son appareil est catoptrique, c'est-à-dire composé de simples réflecteurs, et sa lumière porte à 1 5 milles par les temps clairs.

Le phare de Skerryvore est situé en Ecosse, à la hauteur du précédent, sur la côte opposée.

Skerryvore est un banc considérable 'de récifs polis, que les vagues recouvrent presque entièrement à la marée haute. En 1814, la commission écossaise des phares résolut d'y établir un feu ; mais diverses causes retardèrent ce projet, qui ne fut repris qu'en 1835.

Robert Stevenson était mort ; son fils, Alan Stevenson, fut chargé de construire le phare. 11 poussa les travauxavec la plu s grande ardeur.

Le 1" septembre 1838, la baraque qu'Alan Stevenson avait fait élever sur le rocher, pour caserner les travailleurs, fut emportée par un coup de mer. Alan ne se découragea pas. Il fit élever une baraque nouvelle, beaucoup plus haute, car elle n'avait pas moins de 9 mètres d'élévation. C'est au haut de ce frêle édifice de bois, que Robert Stevenson et ses trente maçons se tenaient perchés quand la mer arrivait ; c'estlà qu'ils passaient les nuits, dans un sommeil qui ne devait pas assurément être toujours paisible. Plus d'une fois, ils furent réveillés par de terribles secousses ; les vagues, s'élançant par-dessus la baraque, inondaient la toiture et pénétraientdans le réduit, qui tremblait sur ses piliers. Quelquefois la mer était si mauvaise que les barques chargées de porter les provisions de bouche* ne pouvaient accoster pendant plusieurs jours ce rocher inhospitalier.

Quatre mois furent employés à creuser la tranchée de fondation, qui n'avait pas moins de 13 mètres de diamètre. Il fallut pour la creuser, extraire un poids de 2,000 tonnes de niatériaux. Enfin, le 10 août 1842,on hissa la lanterne sur le sommet de la tour. Le 1" février 1844, le fanal de Skerryvore illuminait l'horizon.

Le phare de Skerryvore forme un bloc de maçonnerie cinq fois plus considérable que celui d'Eddystone. La tour implantée sur le roc, est tout en granit.

Ce magnifique lampadaire de l'Océan est éclairé par un appareil de lentilles à échelons. Son foyer s'élève à 48 mètres au-dessus du sol et à 45 mètres au-dessus du niveau des hautes mers. La portée de sa lumière est de iS milles.

En 1861, on éleva un beau phare sur les rochers de Smalls, situés au milieu de la mer, en face de l'île Skoner, dans le sud de la prin-

cipauté de Galles. Ce phare remplaçait une vieille tour, qui remontait au dernier siècle, comme celle d'Eddystone, etdontla construction avait également coûté bien des peines.

Vers la fin du siècle dernier, un philanthrope anglais, nommé Phillips, avait pris la résolution de faire dresser un phare sur les rochers de Smalls, qui étaient le théâtre de fréquents sinistres. La tâche était difficile, car les rochers de Smalls sont complètement submergés à la marée haute, et s'élèvent à 4 mètres au-dessus de Feau, à la marée basse. Il n'y avait pas alors, comme aujourd'hui, surabondance d'ingénieurs éclairés; Phillips s'estima heureux de confier le travail de l'édification du phare à un jeune homme, nommé Whiteside, simple luthier de Liverpool, mais qui était doué de quelques talents dans les arts mécaniques.

Un marchand de soieries avait bâti le phare d'Eddystone, un marchand de violons devait édifier celui de Smalls.

Au mois de juillet 1772, Whiteside débarquait sur les rochers de Smalls, accompagné seulement de quelques mineurs de Cornouailles et de deux charpentiers de navire qu'il associait à son entreprise.

Les difficultés qu'ils rencontrèrent * tout d'abord furent au moment de les détourner de leur projet.

Les premiers travaux étaient commencés lorsqu'une tempête vint à éclater. Le navire qui avait amené les ouvriers étant forcé de fuir devant l'ouragan, les ouvriers demeurèrent seuls sur Fécueil, presque entièrement recouvert par l'eau. En s'accrochant le mieux qu'ils purent aux éminences des rocs, ils échappèrent à la mort; mais ils passèrent deux jours et deux nuits dans cette situation navrante.

Les malheurs de ces courageux ouvriers n'étaient pas finis. Le travail était en bonne voie, et tout faisait présager une heureuse issue de l'entreprise hardie de Whiteside et de ses compagnons, quand la tempête emporta

le cutter qui leur servait d'asile dans les intervalles du travail. Par suite de la perte du navire et de l'absence de communications avec le continent, les vivres leur manquaient totalement.

Un jour, les pêcheurs de l'île Skoner ramassèrent sur le sable ce que les Anglais appellent un message de l abîme , c'est-à-dire un papier enfermé dans une bouteille soigneusement cachetée, et enveloppée elle-même dans un baril. Sur le baril étaient inscrits ces mots :

« Ouvrez ceci,et vous trouverez une lettre. » La lettre était ainsi conçue :

Smalls, 1er février 1777.

« Monsieur,

« Nous trouvant en ce moment dans la position la plus critique et la plus dangereuse, nous espérons que la Providence vous fera parvenir celle lettre et que vous viendrez immédiatement à notre secours. Envoyez-nous chercher avant le printemps, ou nous périrons, je le crains ; notre provision d'eau et de bois est presque épuisée, et notre maison est dans l'état le plus triste. Nous ne douions pas que vous ne veniez nous chercher le plus promptement possible. On peut arriver près de nous à la marée par n'importe quel temps. Je n'ai pas besoin d'en dire davantage, vous comprendrez notre détresse, et je reste votre humble serviteur,

« H. Whiteside. »

Au-dessous de cette signature, on lisait encore ces mots :

« Nous avons été surpris le 23 janvier par une tempête. Depuis ce moment nous n'avons pu allumer le phare provisoire, faute d'huile et de chandelles. Nous craignons qu'on ne nous ait oubliés. « Ed. Edwards, G. Adams, J. Price.

« P. S. Nous ne douions pas que la personne entre les mains de laquelle ceci tombera, ne soit assez charitable pour le faire envoyer à Th. Williams esq. Trelethin, près de Saint-David, dans le pays de Galles. »

Grâce à ce hasard providentiel, les malheureux ouvriers furent secourus à temps, et ils purent achever leur œuvre.

Du reste, la philanthropie de Phillips, qui avait fait bâtir ce phare sur les rochers de Smalls, fut récompensée dans la personne de

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ses héritiers. Soixante ans plus tard (en 1827), la Trtnity-House s'étant fait céder la propriété de ce phare, versa au propriétaire une indemnité de 4,250,000 francs.

Construit sur Je même principe que les tours d'Eddystone et de Skerryvore, le nouveau phare de granit qui a été bâti en 1861, sur les roches de Smàlls, laisse bien loin la baraque érigée en 1776 par les mineurs de Cornouailles,mais elle ne Ta pas fait oublier.

Nous ne terminerons pas cette revue sommaire des phares anglais, sans parler d'une opération extrêmement curieuse qui fut accomplie en 1841, sur le phare de Sunderland.

Sunderland est une ville du nord de l'Angleterre. Le commerce et la population de ce port s'étant notablement accrus depuis le commencement du siècle, on dut, en 1841, y établir une longue jetée, pour remplacer un ancien quai devenu insuffisant. Ce quai supportait un phare construit depuis vingt ans. On pensa d'abord qu'il faudrait nécessairement démolir lephare, en même temps que le quai, et réédiîier le monument au bout de la jetée, à une distance de 160 mètres environ de sa première place. Cependant une proposition inattendue vint à surgir. Un ingénieur, John Murray, proposa de transporter le phare, sans le démolir, au nouvel emplacement qu'on lui destinait, avec le seul secours des engins mécaniques. Cette offre fut acceptée.

L'entreprise était hardie; car la tour avait 5 mètres seulement de diamètre à la base, et 25 mètres de hauteur ; elle pesait 757,000 livres. En outre, la jetée était plus élevée d'un pied sept pouces que l'ancien quai, et se trouvait dans une direction tout autre. Il fallait donc que l'édifice parcourût une ligne brisée ; il fallait en outre le faire pivoter sur luimême, et le remonter le long d'une pente.

On procéda de la manière suivante, pour arriver à ce résultat extraordinaire. Des ouvertures furent pratiquées dans les murs, à là

basedela tour, et Ton y enfonça des poutres, que Ton relia par des traverses, de manière à former une espèce de plate-forme située à une petite distance du sol. Après avoir fixé sous les poutres 144 roues en fonte, creusées d'une gorge, on détruisit la partie inférieure des murs, et rédifiee se trouva assis sur la plateforme, portée elle-même sur les galets en fonte. De nombreux étais soutenaient la tour dans toute sa hauteur.

Les choses étant ainsi disposées, le colosse fut tiré sur des rails, au moyen de chaînes de fer, que des hommes enroulaient sur des treuils. Afin de réduire la dépense à son minimum, on enlevait les rails à mesure que le monument avançait, et on les portait plus loin. Le trajet dura treize heures, et Topération s'accomplit sans accident. Elle fut trèséconomique ; car elle ne coûta que 27,000 francs, tandis que la construction d'un nouveau phare aurait entraîné une dépense de 50,000 francs.

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