‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes (volume 3)Chapitre 122 sur 149 · TENTATIVE DE RETOUR DES BALLOKS DANS LA CAPITALE INVESTIE · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE RETOUR DES BALLOKS DANS LA CAPITALE INVESTIE

Le complément rêvé du départ des ballons-poste, c'était , le retour des mêmes ballons dans Paris assiégé. On se pi^oposait de faire partir d'un point du territoire non occupé par l'ennemi un ballon qui,

poussé par un vent favorable, irait planer sur Paris, où il pourrait efl'ectuer sa descente. Cette entreprise n'avait rien d'irréalisable, et elle aui*ait certainement été couronnée de succès, si elle eût été poursuivie avec persévérance.

Quoi qu'il en soit, voici les tentatives qui furent faites pour ramener à Paris les ballons-poste.

On devait envoyer des ballons et des aéronautes à Orléans, à Chartres, àEvreux, à Dreux, à Rouen, à Amiens, c'est-à-dire dans toutes les villes peu distantes de Paris, et où il existe de grandes usines à gaz. Chaque aéronaute devait avoir une bonne boussole, et connaître l'angle de route vers Paris. Il devait observer les nuages tous les matins, au moyen d'une glace horizontale fixe, oii était tracée une ligne se dirigeant au centre de Paris. Quand il aurait vu les nuages marcher suivant cette ligue, c'est-à-dire quand la masse d'air supérieur se dirigerait sur Paris, il devait gonfler son ballon à la hâte, demandera Tours, par le télégraphe, des instructions, des dépêches, et partir. Son point de départ était à vingt lieues de Paris environ, et le but de son voyage à travers les airs était Paris, qui, en y comprenant les forts, ofl"re une étendue de plusieurs lieues. N'avait-il pas bien des chances de réussir? S'il passait à côté de la capitale, il devait continuer son voyage, et descendre plus loin, en dehors des lignes prussiennes. Quand le vent soufflerait du nord, le ballon d'Amiens pourrait partir; lorsqu'il soufflerait du sud ou de l'ouest, les aérostats d'Orléans et de Dreux se mettraient en route. Avec une douzaine de stations échelonnées sur plusieurs lignes de la rose des vents, les essais devaient être nombreux, et quelques-uns pouvaient réussir, si l'on ne craignait pas de renouveler fréquemment les voyages. Si un ballon était assez heureux pour passer juste au-dessus de Paris, il descendrait dans l'enceinte des

forts. Là, la campagne est suffisamment étendue pour que l'atterrissage soit facile. Au pis-aller, il pourrait risquer de tomber sur les toits. Dans tous les cas, il lui serait possible de lancer par-dessus bord des lettres et des dépêches apportées de son point de départ.

Tel était le programme tracé aux aéronautes épars dans les villes des départements ci-dessus désignées.

La première tentative fut faite à Chartres, par M. Révillier; mais les Prussiens s'étant présentés devant Chartres, cet aéronaute dut s'échapper de la ville, avec son matériel.

MM. Albert et Gaston Tissandier envoyés au Mans, avec le ballon le Jean-Bart, cubant 2 000 mètres, pour tenter le retour à Paris, dui'ent attendre pendant plusieurs semaines le vent sud-ouest favorable au départ; mais ce vent manqua toujours.

Pendant ce temps, le projet primitif dut être modifié; car les armées prussiennes s'emparaient d'Orléans, de Rouen, de Dreux, d'Amiens, les villes mêmes où les ascensions devaient s'exécuter. Le départ aérien, qu'il était possible de tenter avec quelque chance de succès, à 20 lieues de Paris, devenait chimérique à une distance beaucoup plus grande.

En dépit de ces conditions défavorables, MM. Tissandier, encouragés par le gouvernement de Tours, se rendirent à Rouen, avec l'aérostat le Jean-Bart^ et ils entreprirent deux voyages aériens, dans des conditions vraiment dramatiques. Ils purent s'élever dans les airs, avec un vent favorable, s'avancer au-dessus des nuages, dans la direction de Paris ; mais les courants atmosphériques, si variables en automne, devaient les éloigner bientôt du bon chemin.

Voici quelles furent les particularités de cette curieuse entreprise.

C'est le 7 novembre 1870, que MM. Gaston et Albert Tissandier partirent, en ballon, de

SUPPLÉMENT AUX AÉROSTATS

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Fig. 510. — Descente du Jean-Barl sur la Seioe.

Piouen, pour tenter de descendre dans la capitale. Le vent soufflait du nord-ouest, dans la direction de Paris, et les ballons d'essai ayant tracé la route vers la ville assiégée, à une heure de l'après-midi, les deux aéronautes s'élancèrent dans les airs, avec le Jean-Bart, salués par les applaudissements et les voix de toute la population rouennaise. Partis de File Lacroix, ils emportaient 3o0 kilogrammes de lettres, adressées de tous les points de la France à des habitants de Paris.

Mais le vent était faible, et l'équipage aérien avançait peu. Par surcroit de contrariétés, un épais brouillard vint envelopper le ballon, et le noyer dans un océan de vapeurs. Les aéronautes demeurent pendant plus de deux heures, au milieu d'une brume épaisse, qui les empêche de voir

I où ils vont et quel sort les attend. Ils se décident alors à prendre terre. Ils descendent dans un avant-poste de mobiles français. A un kilomètre plus loin, au delà, étaient les Prussiens.

On reconnaît alors, avec regret, que le vent a changé de direction et qu"il souffle du nord. Des paysans remorquent le ballon jusqu'à un village où il existe une petite usine à gaz, capable de remplir de nouveau les flancs du Jean-Bart.

Le lendemain, le vent des hautes l'égiona paraissant favorable à la direction vers Paris, à quatre heures et demie, nos deux aéronautes se décident à repartir. Ils s'élèvent jusqu'à 3 000 mètres de hauteur, et assistent à l'inconiparable spectacle du coucher du soleil, qui illumine de mille couleurs ardentes le massif de nuages fermant l'ho-

rizon. Bientôt, la lune vient éclairer le ciel, mais sa pâle clarté ne suffit pas à guider les aéronautes, qui de nouveau ignorent où le vent les emporte, et jugent prudent de descendre à proximité du sol.

La nuit est très froide, le thermomètre marque — 14% et un vent sud-est dos régions basses les pousse vers l'Océan. On jette du lest, le ballon repart, et traverse cinq fois la Seine, aux environs de Rouen, en passant au-dessus d'une épaisse forêt. Ils arrivent au-dessus de Jumièges, et le Jean-Bart ayant perdu la plus grande partie de son gaz se trouve à 100 mètres à peine au-dessus de la Seine. La mer n'est pas éloignée, et le vent les pousse vers les falaises de l'Océan. Il faut donc, de toute nécessité, descendre, et descendre sur le fleuve même, fort large aux environs de Jumièges. M. Tissandier tire la soupape, et l'aérostat vient planer à quelques mètres au-dessus de la surface de l'eau, où il reste immobile. Du haut du ballon, on jette les cordes, et les habitants du village d'Hartrouville, ainsi que le représente la figure 510, accourent dans des barques, et saisissant l'extrémité des cordes, tirent au bord du rivage de la Seine l'esquif aérien échoué.

A cela se bornèrent les tentatives faites par de courageux aéronautes, pour essayer de rentrer dans Paris. Cette dernière tentative, faite le 7 novembre, ne fut pas renouvelée, parce que la ligne d'investissement des Prussiens s'élargissant tous les jours rendait de plus en plus aléatoires les essais de descente dans la ville. Peut-être, toutefois, auraient-ils réussi si, d'après le projet primitif arrêté à Tours, ils avaient été renouvelés sur un grand nombre de points autour de Paris, avant l'extension de la ligne d'investissement par l'ennemi.

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