YACHTS DE MER
Les caractères distinctifs des yachts de mer se rapprochent considérablement de ceux de la marine de guei're, c'est-à-dire qu'ils doivent être, autant que possible, rapides à la voile ainsi qu'à la vapeur. Outre ces qualités, on exige d'eux un confortable qui n'existe pas sur les bâtiments de guerre.
Au milieu d'une réunion de navires de tout genre, le yacht se distingue au premier coup d'œil. Il a ce que les Anglais appellent le yacht-like (l'air d'un yacht). L'élégance de ses formes, son avant, ordinairement terminé par une guibre de clipper très élancée ; son arrière très fin et comportant une longue voûte; sa cheminée, de couleur claire ; sa mâture très inclinée sur l'arrière ; les embarcations souvent en bois naturel verni ; les cuivres resplendissants ; le pont, toujours d'une blancheur éclatante , tous ces signes sont tellement caractéristiques qu'on ne s'y trompe jamais.
Parmi les grands yachts à vapeur, nous citerons, par ordre de construction, d'abord le yacht de M. Perignon, la Fauvette^ qui
avait été construite, en 18G9, au ria\ re. j mesurant 38 mètres de longueur sur 6,1 S de C'était un bâtiment jaugeant 250 tonneaux, | largeur et 3,60 de creux, gréé en goé-
lette et pourvu d'une macliinc compound aménagements très bien étudiés étaient de 200 chevaux, qui lui donnait une vi- dignes du vice-président du yacht-club de tessse de 10 nœuds y2-I'i'^^'''cclc' dire que les France.
SUPPLÉMENT AUX BATEAUX A VAPEUR
Nous citerons ensuite V Anthracite , qui inaugura le système de la triple expansion de la vapeur, avec ses cliaudières et ses machines du système Perkins.
Viennent après, la Breta- ^/le, qui est, avec le yacht de M. van der Bilt, VAlva , le plus grand yacht actuellement à flot.
UHenrietteàQ M. H. Say, mérite une description spéciale.
Ce bâtiment qui a été construit en Amérique , est en bois doublé de cuivre. Il mesure 32", 50 sur le haut, 58 mètres de tête en tète, et 47 mètres à la flottaison , avec 258 tonneaux de jauge. Il est mû par une machine à vapeur compound à 2 cylindres, de 208 chevaux, recevant la vapeur de 2 chaudières à 2 foyers chacune. L'hélice a quatre ailes, de 2", 74 de diamètre.
Cinq embarcations, dont une chaloupe
à vapeur, pendent à des supports; un guindeauà vapeur sert à démouiller. L'équipage
se compose de 30 hommes, y compris le capitaine.
L'installation, qui est des plus luxueuses, comporte, en outre des cabines, un grand salon, servant aussi de bibliothèque. On accède aux cabines par deux escaliers à rampes nickelées.
Ensuite viennent VErox , appartenant à M. de Rothschild ; le Wanderer à M. Lambert; ensviite le Miraada^ construit par Thornycroft, qui atteint la vitesse de 16 nœuds 1/4 (30 kilomètres à l'heure) et qui peut être considéré , tant au point de vue de la vitesse que de la disposition de son appareil moteur, comme le prototype des torpilleurs actuels.
On doit citer encore le Giraida, la Phupie, Pyrrha, Nubienne, Margaret, Nemo, Civile.
Parmi les plus récenls, signalons Lady \ Torfryda, appartenant à M. Pearie, directeur des chantiers John Elder , de Greenwich, | et le plus important des yachts qui aient été lancés sur la Clyde. Sa coque, en acier, ■ mesure 61°, 16 de long sur 7°, 64 de large et 4°, 57 de creux. Il déplace 610 tonnes. [ Il possède un guindeau et un appareil de j gouvernail à vapeur. Le bronze mangané- ! sique remplace le fer pour tout ce qui est placé sur le pont. Los aménagements sont des plus riches et des mieux compris. Les boiseries sont en essences précieuses, les tentures en soie et en brocatelle.
La machine compound^ à 3 cylindres, développe 1,020 chevaux de force, et actionne une hélice en bronze manganésique de 3°, 35 de diamètre et de 4™, 28 de pas, qui imprime au navire une vitesse de 15 nœuds à toute vitesse, et de 13 nœuds et demi en marche normale.
Deux chaudières en acier fournissent la vapeur à 7 kilogrammes et demi de pression.
Le Nouvel Eros (lig. 208, page 237), appartenant à M. le baron de Rothschild, a été construit en Angleterre, chez MM. Shutleworthet Chapmann, et terminé par M. Nicholson, de Gosport. Les machines sortent des ateliers Day et Simmers, à Southampton. Elles sont du système compound, à deux cylindres. Les plus grands perfectionnements ont été apportés à sa construction, tant au point de vue marin, qu'au point de vue de l'habitation. Sa vitesse atteint 14 nœuds. Ses dimensions sont :
74 mètres de longueur.
8", 44 de largeur.
8™, 60 de creux.
Le gréement est celui d'une goélette latine.
Le Korrigan (fig. 209, page 238) a fait un certain bruit dans le monde des yachtmen , sous le nom de Saint-Joseph. Entièrement de construction française et d'après les résul-
tats remarquables qu'il a fournis, il nous intéresse particulièrement.
Le Saint-Joseph., construit aux chantiers de la Loire, et lancé en 1878, appartenait au marquis de Préaulx. Il devint, en 1884, la propriété du comte de Montaigu. Voici son signalement :
Longueur à la flollaison.. . 4o'°,00
— totale 32 ,20
Largeur 6 ,28
Tirant d'eau arrière. ..... 3 ,10
— avant 1 ,83
Déplacement 308 tonneaux.
La machine compound, à deux cylindres, développe 2,400 chevaux de force.
Voici ses éléments principaux :
Diamètre petit cy lindre. 0™,o20 — grand cylindre. 0 ,880
Course des pistons 0 ,CoO
Surface de chauffe 120", 80
Hélice à 4 ailes 2"°, 60 de diamètre.
Vitesse aux essais 14 nœuds.
Ce yacht, qui obtint à Nice, en 1885, le grand prix international, a toujours montré de belles qualités marines et porte superbement la voile. Il a effectué une traversée de 220 milles, en 48 heures, sans le secours de sa machine ; ce qui donne ime vitesse de quatre nœuds un dixième, très beau résultat pour un steamer, car les navires de ce genre n'ont guère de qualités à la voile.
Le Korrigan a été acheté en 1886, par la Compagnie minière du Boléo, pour faire le service des passagers et des marchandises dans la mer Vermeille (Californie).
Nous citerons encore la Némésis, à M. Albert Menier — le Sans-Peicr kM. Fould — enfin, ['Alva à M. van der Bilt (fig. 210, page 239), le plus grand des yachts à flot. Il mesure :
87" de longueur de bout en bout.
76 ,8j — à la flotlaison.
9 ,80 de largeur.
S ,80 de creux.
4 ,88 de tirant d'eau.
Pourvu d'une machine Compound, à 3 cylindres, il donne une vitesse de 15 nœuds, quoique le propriétaire ne se soit attaché à vouloir qu'un bon bateau qui pût faire une longue traversée et fût muni de A'astes et confortables aménagements. Rien ne manque, en effet, sur ce navire, et ce n'est pas sans raison que les Américains l'ont surnommé le roi des yachts. j
I YACHTS DE RIVIÈRE. j
Le yacht de rivière doit, avant tout, présenter un faible tirant d'eau, et comme dans j la plupart des cas, soit par suite de l'étroitesse du chenal, soit à cause des coudes fréquents de la rivière, il est impossible de lui donner de grandes dimensions, sa vitesse est modérée. Une autre cause qui oblige à réduire la vitesse des yachts de rivière, c'est le dégât produit sur les berges par le remous des bateaux rapides. En général, on recherche aussi pour le bateau de rivière une certaine économie de construction, et une grande simplicité de machine.
Aussi rencontre-t-on presque toujours des machines à haute pression, sans condensation. Cependant, depuis quelque temps * les amateurs de navigation fluviale ont cherché à rendre l'instrument de leur sport [ favori plus économique; et pour cela, ils ont adopté les machines Compound.
Parmi les grands yachts de rivière, nous nommerons le Volligew , appartenant à M. Varennes. C'est un grand bateau en fer, à roues ; et c'est peut-être le seul bateau de plaisance de rivière français qui ait adopté ce mode de propulsion.
Le prince Alexandre \" de Bulgarie a fait construire en France, dans les chantiers de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, situés à la Seyne, près Ton- i Ion, un bâtiment de plaisance destiné à la navigation du Danube, et que nous représentons dans la figure 211.
Ce yacht qui, par son élégance et sa ri-
chesse, peut rivaliser avec tout ce qui a été construit de plus beau jusqu'à ce jour, est en acier et il est mu par des roues.
Destiné à naviguer sur un fleuve dont la profondeur est très variable, il a un tirant d'eau très réduit, qui lui permet de remonter jusqu'aux parties des fleuves qui n'ont que 1"',25 de profondeur d'eau.
La coque, dont les lignes ont été étudiées et tracées avec le plus grand soin, dans le but d'utiliser de la meilleure manière possible la puissance de la machine motrice, est tout entière en acier.
Les dimensions principales du bateau sont les suivantes : la longueur extrême est de 65 mètres; la largeur, hors membres, 7", 30. La largeur, hors tambours, s'élève à 13", 20. Quant au tirant d'eau maximum, il ne dépasse pas 1°',22.
Dans les installations intérieures, les constructeurs ont fait preuve d'un goût parfait pour l'ornementation.
Sur le pont, à l'arrière, s'élève un long roof, dont la partie supérieure, qui se prolonge jusqu'en abord, forme une charmante plate-forme, servant de promenade.
Ce roo/ contient, à l'avant, un petit salon, réservé au prince. Les menuiseries sont en acajou ; les panneaux sont tendus d'incrusta-walton, et les canapés, qui tiennent toute la largeur des façades avant et arrière, sont tendus de velours frappé vert émeraude.
A la suite, on rencontre le vestibule de descente aux appartements du prince, éclairé par une claire-voie polygonale. Les menuiseries sont en frêne de Russie, relevées pai des baguettes d'amarante. Un large escalier donne accès aux logements du prince et de sa suite.
Enfin, dans le roof arrière se trouve la salle à manger, du style Louis XIII, largement éclairée par une vaste claire-voie et par six fenêtres à coulisses.
La table, où peuvent prendre place qua-
SUPPLÉMENT AUX BATEAUX A VAPEUR
(orze personnes, ainsi que la cheminée, qui est placée au fond, et qui porte, sculptées sur bois, les armes de la principauté de Bulgarie , sont aussi en noyer ciré, et ont été dessinées avec beaucoup d'élégance.
Les appartements destinés au prince de Bulgarie et à la princesse sont situés dans l'entrepont ; on y accède par un large escalier donnant dans le vestibule du roof. Les deux logements sont juxtaposés, et identiques comme installation.
Les chambres à coucher sont en érable verni relevé par des filets amarantes. Elles sont tendues en incrusta-walton, d'une grande richesse.
A la suite, vers l'arrière du navire, se trouvent les cabines réservées à la suite du prince.
EnRn, à l'extrême-arrière, un petit salon de conversation, destiné aux officiers.
Dans le milieu du navire sont installés les appareils moteurs et évaporatoires, qui actionnent les roues. La machine à vapeur, du système Compound, à condensation par surface, est à deux cylindres, inégaux, inclinés et juxtaposés, et à connexion directe.
Dans le but de réduire le plus possible le poids des appareils, et de leur donner la ])lus grande légèreté, la fonte a été presc[ue entièrement proscrite, et toutes les pièces un peu importantes ont été faites en fer ou en acier poli.
A l'avant des machines et chaudières, on a placé quatre chambres à coucher, disposées autour d'un petit carré , pour le commandant du yacht et les officiers du bord.
Immédiatement à l'avant du logement des officiers, est un poste, renfermant dix couchettes pour les gens de service. Enfin à l'extrême-avant, un poste pour l'équipage et les chauffeurs.
La mâture se compose de deux petits
mâts, portant chacun une petite voile goélette.
Avant de partir pour Routschouk, le yacht fit ses essais de vitesse, aux îles d'Hyères. Les résultats furent extrêmement satisfaisants. La vitesse stipulée dans le contrat n'était que de 11 nœuds, 75 ; le bateau a filé, sur la base de la marine militaire française, une vitesse moyenne de 13 nœuds et demi.
Quant à la consommation de charbon, elle n'a pas dépassé 0 kgr. 830 par cheval et par heure.
A côté de ce bateau princier, nous en citerons d'autres, de dimensions plus modestes, mais non moins intéressants, car leur modèle est accessible, par son prix, à un grand nombre d'amateurs, qui ne peuvent songer à faire construire de grands yachts. Tels sont : \ Etincelle, le Tr ois-Etoiles, le Colibri, et tant d'autres, que connaissent bien ceux qui fréquentent les parages d'Asnières et d'Argenteuil.