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LA TÉLÉGRAPHIE OPTIQUE ANGLAISE

Nous avons rappelé, dans les premières pages de la présente Notice (1), le télégraphe solaire que Leseurre^ employé de la télégraphie aérienne, combina, en 1856, avec une habileté tout à fait hors ligne, et dans lequel les rayons du soleil, reçus sous forme d'éclairs, d'une durée ou d'une longueur correspondant au vocabulaire Morse, servaient à expédier des dépêches, tout aussi bien que le télégraphe électrique.

Cet appareil fut soumis, à Paris, en 1857 et 1858, à une longue série d'expériences, qui en démontrèrent toute la valeur. Un modèle fut expédié en Algérie, en 1860. Mais, comme nous l'avons dit, le télégraphe électrique, alors à ses débuts, primait toute invention analogue, et le télégraphe solaire dut laisser la place à la nouvelle méthode télégraphique.

Du reste, l'éclairage d'un point éloigné au moyen des rayons solaires réfléchis sur un miroir mobile est, depuis longtemps, en usage dans les opérations de la géodésie. Le miroir est posé sur une borne, et rendu mobile par l'efl'et de sa suspension, avec articulation mobile, à un demi-cercle métallique à axe tournant sur un pivot, ce qui permet de lui donner toutes les positions possibles. Un trou percé au milieu du

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Fig. 419. — Héliographe anglais.

miroir laisse apercevoir une mire, qui est placée à quelques mètres de distance, et qui assure la direction rectiligne du rayon lumineux vers le point que l'on vise au loin.

C'est ce système de transmission des rayons lumineux, qui a été repris par l'Etatmajor des armées anglaises, comme moyen de télégraphie optique, et qui est aujourd'hui d'un grand usage pour les expéditions guerrières dans l'Extrême-Orient.

Le colonel II. Mance, ingénieur-électricien du télégraphe sous-marin du golfe Persique, a fait adopter par le gouvernement des Indes un télégraphe solaire^ qui diffère peu de l'ancien appareil de notre compatriote Leseurre ; il est seulement rendu très portatif.

YiQtélégj'aphe solaire de M. II. Mance a subi" diverses transformations. Le modèle en usage aujourd'hui dans les armées anglaises ne pèse pas plus d'un kilogramme. Il peut être utilisé par un simple cavalier.

pour des avis à transmettre pendant une reconnaissance ; et cependant, la distance à laquelle il expédie un éclair-signal n'est pas moindre de 2o kilomètres.

Voici la disposition de V héliographe ^ ou télégraphe solaire, de M. H. Mance, que représente la figure 419.

Tout l'appareil se compose d'un miroir M, mobile dans tous les sens, par suite de son double mode de suspension autour d'un demi-cercle avec articulation mobile, et d'un pivot reposant sur une plate -forme S. Placé sur un trépied, le miroir obéit aux mouvements, plus ou moins rapides, que lui imprime la main. Il est percé en son centre d'une petite ouverture, qui permet de viser par l'arrière. C'est à l'aide de la vis V, qui fait tourner le miroir sur le pivot S, qui le supporte, que l'on change l'inclinaison du dit miroir, et que l'on dirige les rayons solaires réfléchis, sur un point donné.

Le môme moyen sert à changer la posi-

tion du miroir, selon les déplacements du soleil, pour femplacer un héiiostat.

On a cru devoir, récemment, ajouter à l'appareil une tige verticale, T, et une clef de Morse. Un bras courbe relie la tige T à la clef de Morse, fixée elle-même sur le disque S. Un ressort placé sous la clef la maintient soulevée contre une vis de réglage. En pressant la clef, on fait varier l'angle d'inclinaison du miroir. Le bras courbe peut être allongé ou raccourci, suivant les besoins, au moyen de la vis de pression qui le fixe au bord du miroir. Cet ajustement n'est point représenté sur la figure 419, parce qu'il estrarementen usage.

Comme dans le système de Leseurre, on fixe l'attention du poste correspondant, en faisant exécuter au miroir une ou plusieurs révolutions complètes.

Pour se mettre en rapport avec la station correspondante, on place, à 4 ou S mètres en avant de l'appareil, une mire D (fig. 419) qui peut être élevée ou abaissée jusqu'à ce que l'œil appliqué derrière le miroir^ à son ouverture centrale, rencontre le miroir placé à la station correspondante. Quand l'officier veut transmettre une dépêche, il incline avec la vis le miroir, dont les rayons réfléchis vont traverser la mire D, et lui indiquent, par ce fait même, que les signaux qu'il transmet arrivent bien à la station fixée.

Contrairement aux autres appareils de ce genre, ce télégraphe émet des signaux par extinction, au lieu d'émettre des signaux lumineux, puisqu'au repos il éclaire toujours la station correspondante.

Quand le soleil est haut sur l'horizon, c'est-à-dire pendant la plus grande partie de la journée, Vhéliographe se réduit au miroir mobile et à la mire qui l'accompagne ; mais le matin et à la fin du jour, le soleil ne donnerait, par sa position peu éloignée de l'horizon, que peu de lumière réfléchie, l'angle de réflexion étant alors

très obtus; ou bien le soleil peut se trouver derrière l'opérateur. Il faut, à ces moments, faire usage d'un second miroir, qui reçoive les rayons du soleil tombant sur le premier avec un angle très ouvert, et les réfléchisse sur le miroir principal.

Cette disposition est représentée sur la figure ci-dessous. M' est le miroir réflecteur,

Fig. ■^20. — Héliograpbe auglais à double miroir.

supplémentaire, supporté par la tige horizontale L. Il renvoie les rayons du soleil sur le miroir principal M. Ce dernier miroir est mû par l'opérateur, qui tourne la vis Y, jusqii'à ce qu'au moyen du trou central il éclaire la station correspondante.

Sur le dessin pittoresque de la page suivante (fig. 421), on voit un soldat héliographiste anglais, au milieu d'un paysage du sud de l'Afrique, manœuvrant l'appareil optique portatif que nousvenons de décrire. Le soleil étant placé à l'arrière de l'observateur, le second miroir réflecteur renvoie les rayons lumineux sur le miroir principal.

L'observateur vise, à travers le trou percé dans le miroir mobile, la mire qui accompagne l'instrument, et il cherche à se mettre en rapport avec le second observateur placé au loin.

Les Anglais ont préféré le télégraphe solaire à notre télégraphe optique, parce que la ligne des communications est plus prompte à établir. Il suffit, en effet, de poser l'appareil sur le sol, et de faire le signe d'appel, qui consiste à faire tourner plusieurs fois le miroir sur lui-même, pour correspondre avec une station convenue d'avance, et placée à une distance considérable; car les appareils de grandes dimensions peuvent atteindre à des portées de 80 kilomètres.

L'ennemi ne peut couper la ligne télégraphique, puisqu'elle passe au-dessus de sa tête, et il n'est besoin d'aucune longue-vue pour recevoir les signaux.

Puisque la portée des signaux solaires est de 80 kilomètres, on pourrait établir des stations fort éloignées les unes des autres; cependant l'usage est de se contenter de deux stations pour une armée en campagne, ou une colonne expéditionnaire en mouvement.

Le miroir de 10 pouces, qui est le modèle adopté par l'Etat-major anglais, envoie le rayon solaire à cinquante milles, et ce signal se lit parfaitement à l'œil nu, pourvu qu'aucun obstacle ne s'interpose sur son trajet.

Pour se servir de V héliographe, l'armée en marche établit la station béliographique à sa base d'opération, et après avoir franchi une certaine distance, elle se met en devoir de communiquer avec l'arrièregarde. Un soldat de la compagnie des héliographistes monte sur un lieu élevé, et y plante son héliographe, qu'il fait mouvoir horizontalement et verticalement, jusqu'à ce qu'il découvre, au moyen du rayon qui passe par sa mire et le centre de son miroir, la station établie à la base d'opéra-

tion de l'armée. L'appareil optique est alors prêt à fonctionner, et l'opérateur peut être certain que ses émissions solaires sont vues par la station opposée.

Le seul inconvénient du télégraphe solaire, c'est qu'il ne fonctionne que de jour, puisque la lumière du soleil est son seul agent. Il est donc inférieur, sous ce rapport, à notre télégraphe optique, qui fonctionne la nuit, si l'on éclaire la boîte avec la lampe à pétrole. Mais dans combien de cas, même en ne fonctionnant que le jour, le télégraphe solaire ne rend-il pas des services ! Il peut créer des communications entre des îles ou des rives peu éloignées, qui ne peuvent recevoir de câble sous--marin, en raison de la dépense qui en résulterait.

C'est ce qu'a compris le gouvernement espagnol, dont les ingénieurs militaires communiquent journellement à travers le détroit de Gibraltar, entre Algésiras et Ceuta. La distance qui sépare le fort Santiago, en Espagne, du mont Ilacke, sur la côte de Tanger, n'étant que de 17 milles nautiques, l'héliogt-aphe anglais a suffi pour établir cette communication. L'armée espagnole est, d'ailleurs, pourvue de ce même instrument.

Pour faire comprendre à quelles énormes distances le télégraphe solaire peut envoyer ses éclairs, nous dirons que le physicien allemand Gaûss, au commencement de notre siècle, put transmettre des éclairs solaii'es à plus de dix lieues, avec un petit miroir rectangulaire (0",04 sur 0°',06), qu'il dirigeait à la main.

En Angleterre, on aperçut, à quarante lieues de distance, les éclats d'un miroir de 0",60 de côté. Enfin, Le Verrier, placé à Marseille, sur la colline Notre-Dame-de-la Garde, put percevoir des rayons solaires qui étaient envoyés du cap Creuss, en Espagne.

Nous avons déjà dit qu'en 1879 et 1880,

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE AÉRIEN

le colonel Perrier, dans ses mesures de triangulation entre l'Espagne et l'Algérie, envoyait des signaux lumineux perceptibles à 70 lieues de distance.

La portée des signaux solaires n'a donc d'autre limite que la rotondité de la terre, et une certaine absorption de lumière qui paraît se produire dans les couches de l'air très voisines du sol.

La tour Eiffel, de 300 mètres, qui a été construite à l'occasion de l'Exposition de 1889, pourrait, en cas de guerre, servir à produire des éclairs lumineux, qui seraient visibles à des distances immenses, la limite (le la rotondité de la terre étant annulée, par l'excessive hauteur du monument. On pourrait de 'Paris envoyer des signaux et établir une correspondance au-dessus des lignes ennemies, à une station placée jusqu'à trente lieues de distance. Belle réponse à ceux qui demandent à quoi peut servir la tour Eiffel !

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