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CHAPITRE III

EMPLOI DE LA TÉLÉGRAPHIE OPTIQUE DANS LES ARMÉES DES DIFFÉRENTES NATIONS.

Le télégraphe solaire a été fort utile à l'armée anglaise, dans les expéditions de l'Afghanistan et du Zoulouland. Il a remplacé l'usage des signaux à drapeaux entre les corps détachés. Il a été utilisé dans toutes les expéditions où le télégraphe électrique ne pouvait être installé. Il a parfois fait défaut, par suite de l'absence du soleil; mais il a pu souvent servir, même sous un ciel nuageux, quand on n'était qu'à un faible éloignement.

Il ne sera pas sans intérêt de faire connaître avec détails dans quelles circonstances a été réalisée jusqu'ici l'application de la télégraphie optique aux opérations des armées, en diverses parties du monde. Nous

emprunterons ce récit à un travail d'un officier belge, M. Rodolphe Van Wetter, auteur d'une brochure publiée à Anvers en 1885, sous ce titre : Les Télégraphes optiques.

'< Les Américains, dit l'auteur, employèrentla télégraphie optique dans les principaux combats de la guerre de Sécession. Ils s'en servirent, soit pendant le combat, en cas de destruction des lignes télégrapliiques, soit pour faire coopérer les armées de terre et de mer, et surtout dans le service d'exploration. A la bataille d'Allatowna, lorsque l'ennemi eut détruit les lignes télégrapliiques, les signaux optiques demeurèrent le seul moyen de communication entre le général Sherman et les troupes de secours, avec lesquelles on put lier conversation par-dessus la tète de l'ennemi. Les réserves purent intervenir à temps pour sauver l'armée d'une défaite probable.

Le besoin de la correspondance par signaux optiques fut si impérieux, qu'on organisa un corps spécial chargé de l'exécution des signaux. Ce corps, à la fin de la campagne, comprenait deux cents officiers et un nombre proportionné d'hommes de troupe.

Le général Myer, chef du Corps des signaux, termine son rapport comme suit : Depuis le commencement jusqu'à la fin de la guerre, il ne s'est pas livré une bataille de quelque importance sur terre ou sur mer, sans que le corps des signaux y eût utilement pris part et s'y soit vaillamment comporté. »

Parlant de l'emploi de la télégraphie optique en Europe, particulièrement pendant la guerre franco-allemande de 1870-1871, M. Van Wetter s'exprime ainsi :

krmée Allemande. — A part quelques essais au' siège de Metz, essais qui, à cause de leur rapide improvisation, ne donnèrent pas un très bon résultat, ainsi que l'emploi de signaux verts et rouges au siège de Belfort, rien de particulier n'est à constater.

Les expériences prescrites avant 1870 furent interrompues à l'époque de la guerre francoallemande.

Armée Française. — i" Au siège de Pans. — C'est ' M. Maurat qui imagina le premier système optique. On forma immédiatement une commission, I sous la présidence du lieutenant-colonel Lausse- I dat, pour examiner les avantages à retirer de la télégraphie optique. On avait en vue l essai de mettre Paris en communication avec la province. De nombreux appareils furent construits : l'appa-

reil à lunettes couplées de M. Lissajous, l'appareil à prisme de M. Cornu et beaucoup d'autres analogues. Parmi ces derniers, signalons ceux pourvus de grandes lentilles achromatiques sans corps de lunette. Ce système comprenait deux montures, l'une renfermant l'objectif d'émission et l'autre le manipulateur, le verre convergent et l'oculaire de vérification ; une lunette spéciale servait à la réception des signaux. Ces montures étaient placées sur une table, on cherchait par l'oculaire de vérification l'image de la station correspondante et on fixait les montures sur la table.

Deux membres de la commission, MM. Lissajous et Hioux, emportèrent un certain nombre de ces appareils lors de leur ascension en ballon (1" novembre 1870).

2° En province. — On fit des essais dans le midi de la France et en divers endroits. En novembre 1870, une commission fut nommée à Tours, pour étudier un système de signaux de nuit basé sur l'émission de rayons brefs ou longs permettant l'emploi du code Morse. On avait en vue de communiquer avec la capitale, mais l'étendue considérable donnée à la deuxième ligne d'investissement fit abandonner le projet par son auteur.

A l'armée du général Chanzy, on parvint à établir une communication à cinq kilomètres, mais, lorsqu'un soleil superbe favorisait l'opération.

Après la conclusion de l'armistice, des expériences se firent (mars 1871) à Poitiers avec des appareils à prismes. Le jour, on correspondit à 22 et à 37 kilomètres; la nuit la transmission s effectua, paraît-il, à cette dernière distance avec une lampe à pétrole et à l'œil nu.

Guerre Busso-Turque.

Les Turcs qui, dans la guerre contre les Russes, se servirent à peine de la télégraphie électrique, utilisèrent encore moins les signaux optiques, mais ce fut par simple ignorance, car après la guerre des expériences furent ordonnées. Cependant le contingent égyptien possédait un système de signaux par pavillons pour communiquer entre les différents ouvrages de campagne.

Dans la région Transcaspienne .

L'expédition des Russes dans la région transcaspienne leur permit d'utiliser, pratiquement l'héliographe déjà expérimenté vers l'année 1877. On organisa un détachement spécial composé de trois officiers et de cinquante hommes. Les appareils étaient de trois modèles suivant le but à remplir; on les désignait sous le nom d'appareils de cavalerie, de campagne et de forteresse. Les diamètres des miroirs étaient respectivement de 9, de 13 et de 25 centimètres et les distances auxquelles on pouvait correspondre de 26, de 42 et de 53 kilo-

j mètres. On employait comme source lumineuse le soleil et les lampes ; celles-ci étaient de divers systèmes et présentaient quelques inconvénients parmi lesquels l'usage de l'essence de térébenthine, qui se vaporisait rapidement par suite de l'élévation de la température.

L'héliographe servit :

1° A relier les troupes avec les têtes de lignes télégraphiques et leur base d'opérations, ce qui fut très utile à cause des tentatives des Tekkés pour couper les Russes de cette base.

2° A entretenir la liaison entre le corps principal et les détachements envoyés en reconnaissance.

3° Pendant le siège de Géok-Tépé, à faciliter le tir de l'artillerie, à fournir des nouvelles sur les mouvements de l'ennemi, dans le désert au nord de la place, et à surveiller les rassemblements destinés aux surprises nocturnes.

4° A l'éclairage du terrain situé en avant de la première parallèle et des environs du camp, ce qui se fit bien mieux que par les autres moyens ; il est vrai qu'ils étaient bien primitifs.

Ces résultats sont brillants, mais ils sont dus en partie au climat et à la nature du terrain.

En Afghanistan.

Les Anglais possédaient aux Indes un excellent' matériel de télégraphie électrique, puisqu'ils con-' struisirent environ 700 kilomètres de lignes, mais elles furent fréquemment coupées par l'ennemi, La télégraphie optique remplaça la télégraphie par, fil et servit pendant le combat et pendant les marches, pour entretenir les communications entre les diverses colonnes souvent fort éloignées les unes des autres.

On a pu correspondre :

1° Avec les héliographes à miroirs de 76, de 127 et de io2 millimètres de diamètre respectivement jusqu'à 54, Ml et 240 kilomètres. 2" Avec des pavillons de un mètre carré à 40 kilomètres, en se servant de bonnes lunettes.

Au Zoulovlaiul.

Le gouvernement anglais qui avait, on ne sait trop pour quel motW, négligé l'envoi d'un détachement de télégraphie électrique, s'en repentit bientôt amèrement et revint sur sa décision. Tant à cause de ce fait que par suite de l'état spécial de l'atmosphère, la télégraphie optique fut utilisée sur une assez large échelle. Signalons un des faits saillants de son emploi dans cette guerre. Le colonel Pearson, enfermé dans le fort d'Ekovee avec 1 , 300 hommes, coupé de tout secours et entouré de 15 à 20, 000 Zoulous, parvint à se mettre en communication avec le reste de l'armée et avec le fort Ténedos, éloignés de plus de 40 kilomètres. Les troupes britanniques purent venir au secours

des assiégés et, mettant à profit les renseignements transmis snr les Zoulous, les défirent complètement.

Aie Maroc et en Espagne.

La télégraphie optique a été employée par les Espagnols au Maroc et dans l'insurrection carliste. C'est surtout dans cette dernière guerre et après la levée du siège de Bilbao qu'elle rendit de grands services, car la nature montagneuse du pays se prêtait mal à la construction des lignes électriques que les carlistes auraient eu beau jeu à détruire. Quoique rien ne fût organisé et qu'on dût tout improviser, le corps des signaleurs répondit à l'attente générale.

Dam la campagne de Bosnie.

Les Autrichiens eurent l'occasion d'employer leur corps de signaleurs dans la campagne de Bosnie.

Pendant les combats, la télégraphie optique ser- A'it à tenir le général en chef au courant des différentes phases de la bataille, à transmettre ses ordres aux divers commandants, à communiquer aux troupes en action les avis des postes d'observations, à la demande des munitions, etc.

Dans un cas, l'arrivée en temps opportun d'une dépêche optique empêcha l'artillerie autrichienne de tirer sur une position occupée par des troupes amies-.

Au combat de Serajowo, deux stations de signaleurs établies sur le Humberg servirent à reconnaître l'ennemi et à correspondre avec le gros à Wazni, tandis que deux autres postes surleKobila- Glava communiquaient avec l'.état-major du général Tegetthoff.

Au combat de Zepce, le général en chef, en arrivant sur le champ de bataille, se jugeant insuffisamment informé sur l'ennemi en raison du terrain accidenté, fit établir sur une hauteur voisine et dominante une station de signaux, qui le renseigna fort bien sur la force, la disposition et les mouvements adverses.

Cette guerre a démontré l'utilité des observatoires durant l'exploration, en marche ou pendant le combat, et la possibilité de les constituer facilement.

Le corps des signaleurs donna des résultats très satisfaisants, et transmit parfois des dépêches de 80 mots à des distances de 24 kilomètres, mais en ayant recours à des postes intermédiaires.

En Tunisie et clans le Siid-Oranais.

En utilisant la lumière électrique comme source lumineuse, on est parvenu à correspondre parfaitement entre les forts des environs de Tunis et les différentes stations.

L'appareil optique de campagne du colonel Mangin a paru pour la première fois dans la guerre de Tunisie. D'autres systèmes, notamment ceux à lentille de 0™,14,y ont été mis en usage.

La télégraphie optique a permis, pendant les caaipagnes du Sud-Oranais et de Tunisie, d'envoyer à Pans en quelques heures les nouvelles des colonnes militaires lancées au fond du Sahara, à plusieurs centaines de kilomètres de tout poste télégraphique. »

Nous signalerons, en terminant, d'antres systèmes de télégraphie optique, qui ont été proposés, et qui, bien que reposant sur des principes connus, n'en doivent pas moins être cités dans ce Supplément .

En 1875, un officier français, M. Léard, fit l'essai, à Alger, d'un appareil de signaux lumineux, qui ne pouvait être employé que de nuit. Il se composait d'éclairs de lumière électrique projetés svir le ciel, et I dont les interruptions ou la durée relative i correspondaient aux brèves, aux longues et aux points du vocabulaire de Morse.

Le télégraphe optique des Anglais ne fonctionne que le jour, celui de M. Léard n'opère que la nuit. L'un pourrait donc succéder à l'autre, dans une armée. L'idée de la télégraphie céleste de M. Léard était ing(''nieuse, mais elle n'avait rien de pratique

Un autre officier, M. Godart, exécuta, à Paris, de 1880 à 1881 , une série d'expériences, avec des signaux empruntés aux caraclères de la sténographie, en opérant avec les appareils optiques du colonel Mangin.

L'administration militaire de Paris a expérimenté un télégraphe optique à lumière polarisée, dont le principal avantage était de dérober le sens des signaux aux étrangers qui étaient témoins de leur transmission.

En 1880 et 1881, on a vu plusieurs fois, 1 à Paris, le capitaine Gaumet expérimenter ce qu'il appelait le 7e7e7o^7?<e (parleur de loin), et qui n'était autre chose que le vieux système

de télégrapliie aérienne de Clande Chappe, exécuté avec une véritable bonhomie.

Tout se réduisait, en effet, à faire lire à distance, par une lunette d'approche, les différentes lettres des mots composant une phrase.

Le Télélogiie du capitaine Gaumet se composait d'une lunette d'approche, posée en plein air, sur un trépied, et d'un grand carton, renfermant 27 feuilles de taffetas noir, pliées en deux. Sur vingt-cinq de ces feuilles se trouvaient tracées, en grands caractÔTes d'argent, les vingt-cinq lettres de l'alphabet ordinaire. La ving t-sixième feuille (■'tait un grand carré d'argent, pour annoncer la fin d'un mot, et la vingt-septième un carré noir, désignant la fin d'une phrase.

Nous avons vu échanger des messages télélogiques par le capitaine Gaumet, le 4 juin 1 882, jour du grand prix de Paris. La lunette de réception était placée sur les hauteurs du Trocadéro, où nous nous trouvions, et l'expédition des lettres se faisait de la pelouse du champ de courses de Longchamps. On reçut ainsi l'annonce du nom du cheval vainqueur.

Il fallait, avec ce système, quatre minutes environ pour recevoir une dépêche de vingt mots.

Mais ce procédé n'était, on le voit, qu'un retour enfantin au télégraphe aérien de Claude Chappe.

CIIAPIÏRE IV

LA télégrâpfhe pneumatique

HISTORIQUE DE LA TÉLÉGRAPHIE PiNEUMATIQUE. — INS- TALLATION DES TUBES PNEUMATIQUES. — CHARIOTS. — APPAREILS ET MACHINES POUR CONDENSER ET RA- RÉFIER l'air. — UTILISATION DE l'aIR COMPRIMÉ. — MARCHE DES TRAINS. — LE SYSTÈME PNEUMATIQUE

A l'Étranger.

Comme suite au Supplément à la Télégraphie aérienne, nous placerons ici la des-

cription d'un système de correspondance en usage dans quelques villes d'Europe, particulièrement à Paris^ à Londres, à Manchester^ à Liverpool, à Berlin, etc., et qui consiste à se servir de l'impulsion de l'air ou de sa raréfaction, pour lancer dans des tubes souterrains des messages écrits.

La télégraphie pneumatique a pris, depuis quelques années, un développement considérable à Paris. On parle même de l'affecter au service des postes, pour les lettres ayant à circuler dans l'intérieur de la ville. L'examen des procédés et des appareils de la télégraphie pneumatique ne sera donc pas sans intérêt pour nos lecteurs.

Un inventeur français dont le nom est parfaitement oublié aujourd'hui, Ador, eut le premier l'idée de la télégraphie pneumatique. En 1852, Ador fit, dans le parc Monceau, à Paris, un essai de transport de petits colis par l'air comprimé.

Après lui, en 1854, un autre inventeur français, Galy-Cazalat, fit la même expérience, couronnée, d'ailleurs, du même succès. Galy-Cazalat prit alors, en France, un brevet pour le transport des dépêches par la pression de l'air.

Pendant la même année, un physicien anglais, Latimer Clark, prit un brevet, pour un système analogue ; et il établit à Londres des tubes, dans lesquels des étuis renfermant les dépêches étaient lancés par la pression de l'air, dans nn tube vide, c'est-à-dire par aspiration, au lieu de l'être par refoulement, comme dans l'appareil de Galy-Cazalat.

En 1863, à Londres, le physicien Varley perfectionna ce mode de transmission. Il inventa la valve, qui, dans le système anglais, facilite l'envoi et la réception des étuis. La marche dans un sens se faisait au moyen du vide, et celle en sens inverse par l'air comprimé.

Enfin, en 1865, MM. Siemens et Halske

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE AÉRIEN

établirent à Berlin des tubes qui, à l'imitation des tubes pneumatiques de Varley, fonctionnent à la fois par le vide et la pression de l'air.

L'établissement des tubes pneumatiques pour le service intérieur de la poste ou de la télégraphie eut lieu, à Paris, en 1867. La compression de l'air était obtenue par l'emploi de trois cuves en tôle, dont la plus grande, remplie par l'eau de la ville, pouvait encore exercer une pression de 1,6 atmosphère. Les deux autres cuves servaient de réservoirs, l'une pour l'air comprimé, l'autre pour le vide. On obtenait la dépression nécessaire dans la cuve plus petite, en y laissant écouler l'eau de la grande cuve.

Ce moyen était fort commode, mais il avait l'inconvénient de revenir fort cher, à cause du prix élevé de l'eau de la ville, employée comme agent de pression. Aussi lui substitua-t-on, vers 1880, des machines à vapeur, pour manœuvrer les pompes à air.

Aujourd'hui, laposle pneumatique est parfaitement organisée à Paris, et nous allons décrire, avec des dessins pris dans les bureaux télégraphiques et dans les ateliers, les appareils qu'elle met en œuvre.

Nous commencerons par faire connaître les appareils et les conduites servant à faire voyager les étuis à dépêches; nous décrirons ensuite les usines à vapeur où s'effectuent la compression de l'air et le vide dans les tubes et les réservoirs, au moyen de machines à vapeur.

Nous représentons dans la figure 422 le bureau de poste pneumatique de la Bourse, à Paris, le plus important de tous ; car, tandis que les bureaux ordinaires ne renferment que quatre ou deux appareils, celui de la Bourse en renferme douze, disposés, ainsi qu'on le voit, en deux rangées parallèles^ de six appareils chacune.

La ligne qui sert à l'envoi et à la récep-

tion des étuis à dépèches est double. Dans l'une, on aspire au moyen du vide les étuis ^ dans l'autre, on les pousse au moyen de l'air comprimé.

Les tubes composant cette double ligne sont en fonte ; leur diamètre est de 63 millimètres, et ils sont parfaitement alésés à l'intérieur, pour faciliter le glissement du piston. Leur rayon de courbure, pour la traversée des rues, n'est jamais moindre de trois mètres, et la pente qu'on leur donne ne dépasse pas cinq centimètres par mètre.

La compression de l'air dans l'une des conduites, ainsi que le vide, ou plutôt la simple raréfaction de l'air, dans l'autre, sont produits, comme il a été dit plus haut, dans une usine à vapeur par des pompes à air, actionnées par une machine à vapeur.

Les conduites de la poste pneumatique de Paris ont trouvé un asile commode et sûr à la voûte des égouts.

Cette vaste canalisation qui parcourt les profondeurs du sous-sol parisien ne renferme pas seulement le ruisseau infect des égouts. Elle reçoit encore les conduites pour la distribution des eaux, les fils de la télégraphie souterraine et le faisceau des conducteurs téléphoniques. Les tubes de la poste pneumatique sont encore venus s'y adjoindre. Paris est la seule ville au monde qui soit dotée de cette magnifique construction souterraine, qui, destinée, à l'origine, à ne recevoir que le tribut impur des eaux ménagères, les détritus des ateliers et les boues de la rue, a fini par donner abri aux appareils nouveaux qu'une science utilitaire a su créer, pour le plus grand bienêtre des habitants des cités.

Les cartes-télégrammes, ainsi que les dépèches télégraphiques, ou manuscrites, venant de la province, et réunies à celles de Paris "pour Paris, sont assemblées en un nombre suffisant, et enfermées dans un étui cylindrique en fer, garni de feutre. Le diamè-

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE AÉRIEN

tre de ces boîtes est de 4,5 centimètres. Cinq ou six, placés à la file, composent un véritable train d'étuis, qui partent : toutes les trois minutes, sur la ligne directe du poste central (Hôtel des postes) à la Bourse; toutes les cinq minutes, sur le réseau principal, ainsi

que sur les réseaux secondaires ; enfin, tous les quarts d'heure seulement, sur quelques embranchements de peu d'importance.

Voici comment ce train d'étuis peut circuler rapidement à l'intérieur des conduites, soit de vide, soit d'air comprimé.

L'étui placé en tête du train sert de piston. A cet effet, il est garni, à sa partie antérieure, d'une rondelle de cuir flexible, de

Fig. 424. — Coupe d'un appareil de la poste pneumatique. (Vu de profil.)

80 millimètres de diamètre, dont les bords, qui lui forment comme une sorte de collerette, viennent s'appuyer contre les parois

j du tube, quand l'air comprimé, ou la presj sion extérieure, dans le cas du vide, vient à le presser. Et comme le reste des étuis est attelé au premier, le train entier est entraîné dans le réseau tubulaire.

Arrivons à la description de l'appareil mécanique servant à l'expédition et la réception des étuis à dépêches. Cet appareil se compose, comme on le voit sur les figures 423 et 424, qui le représentent, vu de face et de profil, des éléments suivants :

1° Deux conduites, l'une G, pour l'air comprimé, l'autre E, pour l'air raréfié;

2° Un tube vertical, A, auquel aboutit la ligne des deux conduites, G et E, et qui se termine, en haut, par une boîte carrée en laiton, B, dont la face antérieure présente une porte, se fermant hermétiquement, et s'ouvrant par une manivelle, que l'on tire à l'extérieur ;

3° Deux tuyaux verticaux, C, D, se recourbant à leur partie supérieure et entourant le tube vertical, A^ qui servent à mettre en relation la ligne, soit avec l'air comprimé, soit avec le vide. Si l'on en ouvre le robinet à volant, H, on est en rapport avec la conduite vide; si l'on ouvre le robinet à volant, I (fig. 423), on est en rapport avec la conduite d'air comprimé ;

4° Un grand levier, J, que tire à soi Veinplotjé tubiste^ avant d'ouvrir la porte de la boîte de laiton, B. Ce levier ferme une valve placée à l'intérieur des conduites, afin d'empêcher l'air extérieur de pénétrer dans les conduites, ou si l'on veut, pour prévenir l'échappement à l'extérieur de l'air comprimé ou raréfié.

Quand Remployé tubiste veut faire partir un train d'étuis., il réunit en un paquet les dépêches qu'il a reçues, et il les introdwit dans un, deux ou trois étuis, selon le nombre des papiers. Une large ouverture longitudinale est pratiquée à cet étui, pour faciliter cette introduction. Ensuite, il re-

couvre Tétui d'une chemise de cuir, et il l'introduit dans la boîte carrée de laiton, B, en plaçant en avant l'étui porteur de la collerette de cuir flexible, qui doit faire office de piston. L'employé avertit alors, par la sonnerie électrique, T (fig. 423 et 424), la station correspondante du départ des étuis. Mais, avant d'ouvrir la boîte de laiton, il a eu le soin de tirer fortement à lui le levier, J, pour fermer la valve intérieure des conduites, et prévenir ainsi la déperdition à l'extérieur de l'air comprimé ou raréfié. Pour expédier immédiatement les étuis, il ouvre le robinet volant, H, et le train part aussitôt. La sonnerie électrique du correspondant l'avertit quand ce train est arrivé à destination.

Le jeu est le môme pour recevoir un Irain de dépèches, h'employé tubiste de la station correspondante avertit son collègue, au moyen de la sonnerie électrique, du moment de l'envoi du train, et bientôt un bruit de choc, à l'intérieur de l'appareil, annonce son arrivée. Alors, il opère comme pour le départ, c'est-à-dire qu'il ouvre la boîte de laiton, après avoir obturé l'intérieur de la conduite, en tirant le grand levier, J, et il extrait les étuis de la boîte.

Le casier, V, que l'on voit en coupe sur la figure 423 est destiné à recevoir les étuis vides, ou les étuis de rechange.

La vitesse du voyage des étuis varie selon la pression ou le degré de raréfaction de l'air qui existe à l'intérieur des conduites. Sur des lignes très courtes, c'est-à-dire dans les conditions les plus favorables, où il suffît d'une pression de 40 centimètres de mercure, la vitesse est de 1 kilomètre par minute.

Le réseau pneumatique de Paris, créé en 1867, alors que l'on se servait, comme puissance motrice, des chutes d'eau de la ville, n'avait, en 1878, que le modeste développement de 33 kilomètres. En 1884, il embrassait une longueur de 160 kilomètres. Au-

jourd'hui, cette longueur est bien dépassée.

On en jugera en jetant les yeux sur la carte de la page suivante (fîg. 425), qui représente le réseau des tubes de la poste pneumatique de Paris, et qui met à la fois sous les yeux du lecteur le trajet des tubes d'une station à l'autre, la canalisation d'air comprimé et raréfié, enfin l'emplacement des usines pour la production de l'air comprimé et du vide, au moyen d'une machine à vapeur.

Nous sommes ainsi amené à décrire les usines à vapeur pour la production du vide ou de l'air comprimé.

On voit, d'après la carte, que plusieurs de ces usines (qui sont désignées sur cette carte par les niots et le signe : atelier de force motrice) sont disséminées dans Paris. Les dispositions sont, d'ailleurs, les mêmes dans chacun de ces ateliers mécaniques : la force de la machine à vapeur varie seulement de l'une à l'autre.

Nous représentons dans la figure 426 la principale de ces usines, c'est-à-dire celle de l'Hôtel des postes de Paris, le bel édifice public inauguré au mois de juillet 1888.

C'est dans le sous-sol de l'Hôtel, dans la partie ayant sa façade sur la rue Etienne- Marcel, qu'est installée la machine à vapeur, ainsi que les pompes pour la compression de l'air et la production du vide dans les conduites.

Particularité remarquable, c'est la tige du piston du cylindre de la machine à vapeur qui, prolongée horizontalement, va actionner les valves intérieures de la pompe à compression d'air et celles du vide.

Une autre disposition mécanique intéressante, c'est que la même pompe atmosphérique, selon la position donnée aux soupapes ou clapets, peut servir à faire le vide ou à comprimer l'air. Un changement dans le sens de l'ouverture de ces soupapes les fait ouvrir de l'intérieur à l'extérieur, et réci-

proquement; ce qui permet de se servir du même corps de pompe, tantôt pour comprimer de l'air, tantôt pour le raréfier.

qui parcourent les égouts, se compose : 1" De la chaudière à vapeur; 2° De la machine à vapeur ; 3° Des pompes à air;

L'appareil mécanique servant à opérer la compression de l'air, ou à faire le vide dans les réservoirs et dans les conduites

4° Des réservoirs d'air comprimé ou de vide.

La chaudière à vapeur est la chaudière Belleville inexplosible. Nous avons donné,

dans les premières pages de ce volume (1), xme description très développée, avec des dessins très variés, de ce générateur, vraiment inexplosible, mais auquel on doit reprocher, toutefois, son extrême complication, qui nécessite des chauffeurs expérimentés et infatigables, et qui a le défaut de contenir ime trop faible quantité d'eau.

L'eau est fournie à la chaudière Belleville par un puits qui a été creusé à proximité. On a fait, d'autre part, une prise à un embranchement de l'eau d'Ourcq, afin d'assurer l'alimentation de la chaudière en tout temps.

La machine à vapeur, mise en marche par cette chaudière, est de la force de 60 chevaux. Elle a été construite par MM. Schneider, à l'usine du Creusot. C'est la machine Corliss du Creusot. Comme nous avons analysé, avec beaucoup de détails, cette machine, dans le Supplément à la Machine à vapeur., qui forme la première Notice de ce volume (2), nous n'avons pas besoin de revenir sur cette description. Dans le dessin de la machine à vapeur de l'Hôtel des postes, on reconnaîtra, si l'on veut bien se reporter à la figure de la machine Corliss du Creusot (3), les mêmes déclics, si ingénieux, le lourd volant et l'excellent régulateur de cette belle machine à vapeur.

Nous dirons seulement que le cylindre à vapeur est muni d'une enveloppe à circulation de vapeur, et d'une garniture calorifuge., c'est-à-dire destinée à éviter les pertes de chaleur.

Quant au condenseur, qui n'est point visible sur notre dessin, parce qu'il est placé sous le bâti de la machine, il est pourvu d'une pompe à air., à simple effet, actionnée par une contre-manivelle, rattachée elle-même à la manivelle de la machine à vapeur. La pompe à eau reçoit son mouve-

(I; Pages C-lf).

'2) Pages 45-47.

(3) Figures 39 et 40.

ment d'un excentiùque placé à l'extrémité du grand arbre moteur, du côté opposé à sa manivelle.

Un purgeur automatique fait écouler l'eau chaude, sortant du condenseur, dans l'égout de la rue Étienne-Marcel.

L'arbre moteur de la machine Corliss fait 52 tours par minute. Malgré cette médiocre allure, les deux cylindres de la pompe de compression de l'air refoulent 30,000 litres d'air par minute.

Les pompes atmosphériques font directement suite, comme on le voit sur la figure 426, au cylindre à vapeur; et c'est le prolongement de la tige du piston de ce cylindre, qui vient actionner, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le piston et les soupapes des pompes atmosphériques.

La suppression de tout organe de transmission du mouvement du cylindre à vapeur aux pompes, c'est-à-dire l'absence de tout intermédiaire entre la puissance et le travail, procure un rendement élevé, tout en simplifiant l'entretien et les visites de l'appareil.

Les soupapes d'aspiration et de refoulement d'air sont du même modèle, et appartiennent au système Corliss. Comme elles sont entièrement métalliques, elles fonctionnent à des températures élevées. Parleur fermeture brusque, elles peuvent marcher aux allures les plus rapides ; ce qui a permis de réduire considérablement les dimensions des cylindres à air. On peut reconnaître, en effet, en examinant. notre dessin, que les cylindres compresseurs sont d'un faible volume, malgré la grande quantité d'air qu'ils aspirent en une minute. Ajoutons que ces soupapes peuvent être facilement démontées et visitées.

Un courant d'eau froide circulant autour des cylindres compresseurs et raréfacteurs d'air prévient leur échauffementpar le calorique que développetou jours la compression de l'air. Cette utile disposition avait déjà été

SUPPLÉMENT AU TÉLÉGRAPHE AÉRIEN

employée par M. Daniel Colladon, dans les pompes à compression d'air que le savant physicien de Genève installa pour la compression de l'air, aux ateliers de Gœschenen et d'Airolo, pendant les travaux d'excavation du tunnel du mont Saint-Gothard, de 187S à 1880.

Des deux pompes atmosphériques, l'une comprime l'air, et l'autre fait le vide ou raréfie l'air. On peut donc, à volonté, grâce à l'identilé de modèle des soupapes, et en changeant seulement le sens de leur ouverture, les faire aspirer, tantôt dans l'atmosphère, tantôt dans les réservoirs de vide, c'est-à-dire en faire à volonté des pompes à compression ou des pompes à raréfaction.

L'air aspiré par ces pompes est puisé dans une cheminée située dans une cour contiguë à celle des machines, et qui donne sur la rue Jean-Jacques-Rousseau.

Tel est l'ensemble d'appareils qui sert à faire varier la pression de l'air dans les conduites souterraines de la ville. Il importe d'ajouter qu'en prévision des accidents extérieurs ou des dérangements, un second groupe d'appareils, semblable à celui qui vient d'être décrit, a été construit et est toujours prêt à marcher. Pendant qu'un groupe travaille, l'autre reste inactif, mais tout prêt à servir de rechange, pendant les réparations ou pendant les visites, qui sont toujours nécessaires au bout d'un certain temps de service des appareils.

Le travail des machines que nous venons d'étudier ne dure que de 7 heures du matin à 11 heures du soir. Alors, commence le service de nuit. II faut un travail de nuit pour l'usine de l'Hôtel des postes; car les tubes pneumatiques expédient, le soir, au bureau central des télégraphes de la rue de Grenelle, les dépêches de la province, et celles qui sont remises pendant les dernières heures, aux bureaux des quartiers. Ce service

étant beaucoup moins important que celui du jour, les pompes atmosphériques sont actionnées par une machine à vapeur de moindre puissance, par une machine compound, à pilon, de la force de 30 chevaux.

Cette dernière machine, qui n'a pu être représentée sur la figure 426 [Usine à vapeur de l'Hôtel des postes), parce qu'elle est placée à gauche, en contre-bas du terreplein supportant la machine Corliss et les pompes atmosphériques, est à condensation, comme toutes celles du système cornpound, et à deux cylindres. Sa vitesse est de 80 tours par minute. Elle diffère de la grande machine, ou machine Corliss, en ce qu'elle est pourvue d'organes de transmission (poulies de réserve, paliers et courroies allant de l'ai'bre moteur aux tiges des pistons des pompes atmosphériques) complication que l'on a pu éviter, ainsi qu'on l'a vu plus haut, avec la machine Corliss.

Pour terminer la description de l'usine pneumatique de l'Hôtel des postes, il nous reste à dire que l'on emmagasine l'air comprimé, ou raréfié, dans quatre énormes cylindres en tôle, qui n'ont pas moins chacun de 19 mètres de long, et qui sont logés sous un abri obscur, à proximité de l'atelier des machines.

On voit représenté sur la figure 427 la perspective de ces trois réservoirs.

Nous n'avons pas besoin de dire que ces cylindres métalliques, qui sont en rapport, par une tuyauterie, a, a', avec les pompes atmosphériques, reçoivent de l'air comprimé ou de l'air raréfié, selon les besoins du service. Il suffit de relier cette tuyauterie aux pompes de compression ou de raréfaction.

Les grands réservoirs de tôle qui communiquent, par le tube avec les pompes atmosphériques, sont en rapport, par les gros tuyaux, A, A', R,B', avec les conduites métalliques souterraines, dans lesquelles les étuis à dépêches sont, comme nous

Fig. 427. — Les réservoirs d'air comprimé et d'air raréi

l'avons expliqué, poussés sur l'une de leurs faces par l'air comprimé, et aspirés, à l'autre face, par l'air raréfié. Eu tournant à la main les robinets à manivelle circulaire, R,R', on les met en rapport avec les conduites souterraines d'ai^- comprimé ou de vide.

Telle est l'intéressante usine pneumatique à vapeur de l'Hôtel des postes de Paris, où l'ingénieur du service pneumatique de l'administration des télégraphes, M. Wûnscliendorff,a su réunir toutes les dispositions reconnues aujourd'hui les plus avantageuses pour le bon .fonctionnement des appareils et l'économie du combustible.

l'usine à vapeur de l'Hôtel des postes, à Paris.

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