‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 110 sur 130 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DESCRIPTION DU PREMIER PHONOGRAPHE D.'eDISON. SES AVANTAGES ET SES DÉFAUTS.

Ce qui a conduit M. Edison, paraît-il, à là découverte du phonographe, c'est son idée de transmettre automatiquement les signaux du télégraphe Morse. Il voulait effectuer les signaux du télégraphe Morse, au moyen d'un style traceur, sur une feuille de papier entourant un cylindre creusé d'une ramure en spirale. Les dentelures produites par le style devaient, en repassant sous la même pointe, transmettre automatiquement la dépêche.

C'est, après cette* application du style traceur à l'enregistrement dés signaux du télégraphe Morse, que M. Edison eutPidée d'enregistrer et de reproduire la parole, dans un instrument, qu'il appela phonographe. :

Faisons, en passant, une remarque gram-

maticale sur le nom de phonographe donné par Edison à cet appareil. En grec, le mot (pivoç ne veut pas dire voix, mais meurtre. D'après cette étymologie, phonographe signifierait instrument qui enregistre les meurtres. C'est le mot w/r,, qui signifie, en grec, voix. Il faudrait donc ; dire phonégraphe, et non phonographe, si l'on voulait se conformer au grec.

Quoi qu'il en soit de ce nom, consacre par l'usage, nous dirons que le phonographe ressemble à une serinette ou à une boîte à musique, et nous allons voir qu'au fond, son mécanisme se rapproche de celui de la vulgaire serinette. L'appareil se compose, comme le montre la figure 469, d'un cylindre en cuivre C, disposé horizontalement, et soutenu par un axe, que l'on fait manœuvrer avec une vis Y. Cette vis tourne dans un écrou? lequel fait avancer ou reculer le cylindre C. Une manivelle, B, permet de faire tourner le cylindre C, lequel, tout en tournant, avance ou recule, suivant le sens dans lequel on fait agir la manivelle.

Une embouchure, D, est fixée sur le cylindre.

Au fond de cette embouchure se trouve un diaphragme métallique, semblable à celui du téléphone, et dont le centre porte, comme la lame vibrante du téléphone, une

Fig. 470. — Détails du cylindre, de l'embouchure et de la lame vibrante du phonographe d'Edison.

A, Vis servant à fixer le bâti B après que Yoïi a réglé la pression de la pointe. traçante P. — C, B, Bâti supportant l'embouchure "V, le lame vibrante L et la pince S. — E, Vis servant au réglage de la pression, de la pointe traçante sur lst-feuille d'étaid. — L, Lame vibrante qui donne l'impulsion au ressort )• supportant la pointe traçante P. — M, Poignée servant à faire avancer ou à reculer le bâti B. — N, Manivelle à l'aide de laquelle on fait tourner le rouleau R, au fur et à mesure que l'on parle. — P, Pointe traçante servant à Imprimer sur la feuille d'étain les vibrations que la voix communique à la lame L. — R, Rouleau sur lequel est enroulée la feuille d'étain qui doit enregistrer les paroles prononcées dans l'embouchure V. — S, Pince qui est fixée au bâti B pour supporter le ressort r. — V, Embouchurejaudessus de laquelle on parle pour faire vibrerjla lame L. — E, Ouverture faisant communiquer l'embouchure V avec la lame vibrante*L. — r, Ressort auquel est fixée la pointe traçante P.

pointe en métal, regardant le cylindre et peu distante de celui-ci.

Quand on parle dans l'embouchure D (fig. 469), les vibrations de la voix doivent faire vibrer la membrane métallique placée à l'orifice de l'embouchure, et le style fixé à cette membrane, doit tracer une spirale sur la surface du cylindre, si, pendant que cette membrane vibre par l'effet de la vois appliquée sur l'embouchure, la main droite de l'opérateur agit sur la manivelle B, pour faire tourner le cylindre, lequel avance tout à la fois, comme il vient d'être dit, en ligne droite et horizontalement.

Or, autour du cylindre G, on a, d'avance, appliqué une feuille d'étain, et l'on a tracé sur cette bande de feuille d'étain une rainure, un sillon creux, en forme de spirale.

Pour régler la pression suivant laquelle la pointe traçante doit s'appuyer sur la

bande d'étain, et y imprimer des marques correspondant aux vibrations de la voix, on se sert d'un petit système articulé dont on comprendra. bien le jeu, grâce à la figure 470 qui donne une. coupe verticale de la moitié de cet l'appareil.

Le petit pilier B (fig. 47.0) supporte la lame vibrante L, placée près de l'embouchure Y. Ce système de support se compose du levier articulé B, et d'une rainure dans laquelle s'engage une vis A. La lame vibrante L, placée dans l'embouchure Y, est supportée en bas par une largo pince r, Un manche M, en rapport avec le levier B, permet, quand on desserre la vis A, de. faire avancer ou reculer la pointe traçante placée dans l'embouchure. Pour régler la pression de la pointe traçante, il suffit donc de tirer plus ou moins le manche M jet de serrer fortement la vis A, quand on

a obtenu le degré convenable de pression.

Quand on parle dans l'embouchure V, tout en tournant la manivelle, comme le montre la figure 470, le diaphragme métallique se met à vibrer, et la pointe qu'il porte vient toucher la feuille d'étain, à l'endroit où elle passe sur le sillon en spirale. Lorsque la membrane et le style exécutent leurs vibrations, la feuille d'étain n'est pas toujours frappée par le style; alors, les traits imprimés sur la feuille d'étain sont dentelés. Ces dentelures sont la reproduction exacte de vibrations des sons qui les ont produites.

Il reste maintenant à répéter, à faire entendre les paroles ainsi imprimées sur le papier d'étain.

Les sons émis par la voix sont représentés, comme nous venons de le dire, par des vibrations, qui ont été enregistrées sur le métal. Il faut que ces vibrations renaissent au dehors, sous la forme des sons primitifs.

La première condition, c'est d'exécuter la reproduction des sons dans la même du- ■ rée de temps qu'elles ont été faites, c'està-dire qu'il importe de faire tourner le cylindre avec la même vitesse qu'il avait pendant qu'il inscrivait les vibrations sonores.

Pour la reproduction des sons de la voix, c'est tout simplement, le même appareil qui les reforme, par le même moyen qui avait servi à les enregistrer. Le phonographe enregistreur est le même que le phonographe répétiteur.

La machine parle au moyen de la feuille d'étain enroulée et de la pointe qui, appliquée de nouveau à sa surface, fait de nouveau vibrer la membrane métallique. Les vibrations de celle-ci sont traduites au dehors et amplifiées par l'intermédiaire de l'embouchure à laquelle on peut appliquer un porte-voix en carton mince.

Cette reproduction de la voix correspond donc à sa réception par le phonographe. La pointe qui touche le cylindre tournant,

reçoit de lui les soubresauts que lui avait imprimés la membrane mise en mouvement par la voix, et les mouvements de la marche

Fig. 471. — Reproduction des sons de la voix.

du cylindre sur la feuille d'étain agissent sur la membrane de manière à lui faire répéter les sons qu'avait émis la voix, sous l'impulsion des lèvres. C'est ce que représente la figure 471 .'

Ainsi, le mécanisme est, comme nous le disions en commençant, très analogue à celui des serinettes, des orgues de Barbarie et des boîtes à musique. Dans le phonographe, la machine inscrit elle-même les sons sur le cylindre, puis elle traduit en voix ce qu'elle a inscrit en petites aspérités sur ce cylindre.

On met donc, avec le phonographe, la parole en portefeuille.

Dans l'échelle musicale, la hauteur des sons dépend du nombre des vibrations fourmes par le corps vibrant dans un temps donné, Gonséquemment, la parole peut être reproduite par le phonographe sur un ton dont l'élévation dépend de la vitesse de rotation que l'on donne au cylindre^ Cette vitesse est-elle la même que celle de l'enregistrement, le ton des paroles reproduites est le même que le ton dés paroles prononcées. Si cette vitesse est plus grande, le ton est plus bas.

Comme les appareils tournés à la main,

Kig. 172. — Exhibition du phonographe dans les cours et conférences (inscription des sons),

n'ont pas de mouvement très régulier, il en résulte que la reproduction du chant est toujours défectueuse. L'instrument chante faux, ou ne donne que des sons peu perceptibles.

Un horloger, M. Hardy, a muni le phonographe d'un mouvement d'horlogerie, qui rend égaux les deux mouvements de réception et de répétition, et avec cette addition le phonographe chante juste.

Quand la parole a été ainsi enregistrée, la théorie indique qu'on peut la reproduire plusieurs fois; mais à chaque fois les sons deviennent plus faibles et plus confus, parce que les accidents de la feuille métallique vont en s'affaiblissant,, à mesure que le nombre des reproductions est multiplié.

Page 1