‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 17 sur 130 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LA PHOTOGRAPHIE EN BALLON. — RÉSULTATS OBTENUS PAR M. NADAR EN 1868, PAR M. DAGRON EN 1878.

— l'appareil a déclan ciiement électrique dis m. tr1boulet- — ascensions en ballon captif et en ballon libre entreprises recemment, pour obtenir des vues aériennes.

G' est M. Nadar père qui, ie premier, tenta de prendre en ballon des vues photographiques. Ses expériences eurent lieu en 1868, avec le ballon captif de Gifïard, qui se trouvait alors à l'Hippodrome du bois de Boulogne.

En 1878, M. Dagron, le même photographe qui s'est rendu célèbre par l'exécution de ces photographies microscopiques que l'on enfermait dans le chaton d'une bague, ou sur la tête d'une épingle à cravate, et qui rendirent, pendant le siège de Paris, les immenses services que nous avons signalés dans notre Supplément aux Aérostats, exécuta, du haut du ballon captif de Giffard, alors établi dans la cour du palais des Tuileries, des vues aériennes du quartier du Panthéon.

Cependant, on ne possédait alors que le collodion et l'albumine, comme agents photogéniques. La découverte du gélatinobromure d'argent, agent instantané, vint rendre plus facile ce curieux genre de reproductions de la nature.

C'est un photographe de Paris, M. Triboulet, qui, en 1879, exécuta les premières photographies aériennes irréprochables, grâce à un appareil qui permettait de prendre d'un seul coup l'image de tout le tour de l'horizon, ainsi que les portions de terrain situées au-dessous de la nacelle du ballon.

L'appareil de M. Triboulet se composait de six chambres obscures, disposées en cercle, et placées dans une nacelle percée d'ouvertures, pour donner passage aux objectifs. Une septième chambre noire placée verticalement au centre de la couronne

des chambres obscures servait à prendre une vue en plan, tandis que le centre prenait des vues panoramiques. La nacelle photographique était attachée au cercle du ballon, par une suspension à la Cardan, pour lui assurer la position constamment verticale. Un fil électrique, qui se déroulait sur un chevalet, à mesure que le ballon montait, reliait les objectifs des chambres noires à une pile. Un commutateur électrique placé à terre, étant manœuvré par l'opérateur, permettait de découvrir instantanément les obturateurs dans la nacelle de l'aérostat. Le photographe resté à terre, quand il jugeait le ballon captif arrivé à la hauteur suffisante, faisait manœuvrer le commutateur, et découvrait les obturateurs. On pouvait prendre ainsi des vues en plan, en panorama, ou des vues horizontales.

Les épreuves en plan et horizontales réussirent seules.

Cependant il était fort incommode d'avoir à dérouler un fil de cuivre allant de la terre à un ballon captif. On peut affirmer, sans crainte d'être démenti, qu'un tel procédé n'avait rien de pratique.

Après M. Triboulet, beaucoup de photographes ont pris des épreuves de paysages du haut d'un ballon; mais le ballon était libre. Le photographe s'installait dans la nacelle, et il découvrait l'obturateur à la manière ordinaire, c'est-à-dire avec la poire de caoutchouc, qui produit un déclan chement instantané .

C'est ainsi qu'ont opéré M. Paul Desmarest, à Rouen, en 1880; MM. Glaisher, à Boston; M. Shalbodt, à Londres, en 1883; enfin, en 1885, MM. Georget et Renard, ce dernier attaché, comme on le sait, à l'école aérostatique militaire de Meudon, et M. le commandant Fribourg, qui appartient à la même école.

Au mois de juin 1885, M. Gaston Tissandier, accompagné d'un amateur instruit, M, J. Ducom, prit en ballon des vues pa-

noramiques, qui furent présentées à l'Académie des sciences, où elles excitèrent beaucoup de curiosité.

M. Gaston Tissandier s'était placé dans la nacelle d'un ballon captif, et avait disposé une chambre obscure ordinaire sur une planchette mobile, qui pouvait prendre toutes les positions sur l'horizon. Il put ainsi obtenir des vues en panorama, en plan, ou horizontales. L'obturateur était découvert instantanément, par le procédé ordinaire. A des altitudes de 600 à 1100 mètres, on obtint plusieurs clichés bien réussis.

Cette expédition aérienne eut lieu le 19 juin 1885, dans l'aérostat le Commandant Rivière, cubant 1000 mètres. M. J. Ducom s'occupait spécialement de la partie photographique de l'expérience, tandis que M. Tissandier prenait soin de l'aérostat ; M. G. Prus, ingénieur des arts et manufactures, les accompagnait.

L'appareil photographique, disposé sur le bord de la nacelle, de manière à pivoter sur son axe et à être fixé verticalement, était une chambre dite de touriste (13 x 18), à soufflet tournant. L'objectif était un rectiligne rapide n° 4, de 36 centimètres de foyer. Il fut employé avec un diaphragme de 26 millimètres, son ouverture étant de 36 millimètres. Les photographies furent successivement faites avec un obturateur de M. Français, avec une guillotine à déclanchement pneumatique et à ressort de caoutchouc, tout spécialement construite pour cette expédition. Ce système donne un temps de pose d'un cinquantième de seconde.

L'agent photogénique était le gélatinobromure d'argent. Le départ eut lieu à 1 heure 40 minutes de l'après-midi, par un vent sud-ouest, la direction étant nord-est.

Dix minutes après l'ascension, une première photographie fut exécutée, à 670 mètres, au-dessus de la rue de Babylone et

des magasins du Bon-Marché. L'épreuve obtenue montrait les détails des jardins qui se trouvent dans ce quartier et les rues avoisinantes. Une autre opération fut faite au-dessus du pont Saint-Michel, à une hauteur presque semblable. On distingue nettement sur cette épreuve le pont et le quai Saint-Michel, le quai du Marché-Neuf, FÉtat-major des pompiers près de la Préfecture de police. On compte quinze voitures de. place stationnant sur le quai du Marché-Neuf. On distingue encore les tramways, les passants, et la trace d'une voiture d'arrosage qui a marqué sur l'épreuve une traînée grisâtre.

Au-dessus de l'île Saint-Louis, à 600 mètres d'altitude, l'appareil fournit un cliché d'une netteté parfaite. Ce cliché donne, en plan, le pont Louis-Philippe, le port et le quai de l'Hôtel-de- Ville, la rue du Bellay et la pointe de l'île Saint-Louis. On voit deux bateaux-mouches sur la Seine, ainsi que les établissements de bains froids, de chaque côté du pont. Quand on examine le cliché à la loupe, on découvre les plus petits détails, tels que des rouleaux de corde dans un bateau amarré près de l'établissement de bains froids, des passants arrêtés sur le quai, etc.

Une nouvelle photographie assez remarquable fut obtenue, quelques minutes après, à 800 mètres d'altitude (à 2 heures 8 minutes), au-dessus de la prison de la Roquette. On y voit une partie de cette prison et le groupe des maisons comprises dans le voisinage entre la rue Saint-Maur, la rue Servan, la rue Merlin, avec les entre-croisements formés par les rues Orner-Talon et Duranty. L'établissement du dépôt du Mont-de-Piété s'y voit très nettement.

Au. moment de la sortie de Paris, un beau cliché fut obtenu, à 2 heures 1 2 minutes, au-dessus du réservoir de Ménilmontant (altitude, 820 mètres). On y voit le fossé des fortifications, le boulevard Mortier, la rue

Saint-Fargeau,' la porte de Ménilmontant; et la caserne qui se trouve près de Bagnolet.

Deux autres bonnes photographies furent faites hors Paris, à des hauteurs plus considérables, c'est-à-dire de- 1000 à 1100 mètres. L'une représente les maisons de Lizy-sur - Ourcq (Seine - et - Marne) , et l'autre la campagne de Germiny-l'Évêque (Seine-et-Marne), avec des chemins et des constructions.

La descente se fit à 6 heures 30 minutes, aux Rosais, près Rilly, dans les environs de Reims : on avait dépassé l'altitude de 1900 mètres.

On pourrait facilement avoir dans la | nacelle deux appareils photographiques, avec deux opérateurs, qui prendraient une série continue de clichés. Enfin, il ne serait pas impossible d'opérer avec des appareils panoramiques spéciaux, dont les résultats offriraient un intérêt tout particulier pour l'art militaire.

De nouvelles expériences de photographie aérienne ont été faites, en 1886, par M. Paul Nadar, fils du célèbre artiste et photographe de ce nom, pendant une ascension exécutée avec MM. Gaston et Albert Tissandier.

Cette ascension eut lieu le 2 juillet 1886, à 1 heure 20 minutes. La descente s'opéra à 7 heures 10 minutes du soir, à Segré (Maine-et-Loire), après un parcours de 180 kilomètres environ. L'altitude maxima ne dépasse pas 4700 mètres. Pendant ce voyage, de près de six heures de durée, M. Paul Nadar n'exécuta pas moins de trente photographies instantanées. Parmi , celles-ci, il y en a une douzaine de fort belles.

Ces épreuves et leurs agrandissements furent mis sous les yeux de l'Académie des sciences, par M. Mascart. On remarque principalement la vue de Versailles, prise à une hauteur de 800 mètres, celle de la ville

de Bellême (Orne), celle de la ville de Saint- Remy (Sarthe).

Plusieurs des vues en perspective ont été obtenues à 1200 mètres d'altitude Toutes les glaces au gélatino-bromure d'argent ont été impressionnées à l'aide d'un obturateur donnant un temps de pose de 1 /250 de seconde.

En 1885, comme il est dit plus haut, M. Gaston Tissandier avait obtenu des photographies aériennes d'une grande netteté, mais elles ne donnaient que des vues planimétriques, beaucoup plus faciles à réaliser que des vues en perspective. Les nouvelles photographies de M. Paul Nadar sont d'une netteté irréprochable; elles démontrent toute la perfection des opérations aériennes, auxquelles la topographie et l'art militaire pourront si utilement recourir.

C'est, en effet , à Fart militaire pour les reconnaissances, et à la géographie pour donner l'aspect des régions peu connues ou inaccessibles, que s'appliquera la photographie aérienne, dontnous venons d'enregistrer les débuts.

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