‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 18 sur 130 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LA PHOTOGRAPHIE EN VOYAGE. — APPAREILS A L'USAGE DES TOURISTES PHOTOGRAPHES . — CHAMBRE OBSCURE ET BAGAGE PHOTOGRAPHIQUE. — APPAREILS RÉDUITS. — LES APPAREILS DE POCHE ET A MAIN. — FAUT-IL PRENDRE DES GLACES OU DU PAPIER SENSIBLE? — LA PHOTOGRAPHIE EN VÉLOCIPÈDE. — LA PHOTOGRA- PHIE PRISE PAR UN CERF -VOLANT. — LA PHOTO- FUSEE.

La pratique de la photographie dans le cours de voyages n'intéressait autrefois que les personnes s'adonnant à des travaux scientifiques ou géographiques, ainsi que les opérateurs chargés de former des collections de vues, de monuments et de sujets, pour les marchands de photographies et de stéréoscopes. On faisait alors usage

d'un matériel lourd, embarrassant et d'un transport difficile* Les choses sont bien changées aujourd'hui. La photographie est devenue le plaisir favori de bien des touristes, qui se plaisent à recueillir et à enregistrer les souvenirs de ce qu'ils ont vu en différents pays. La découverte du gélatinobromure d'argent, pour la production instantanée de l'image, a mis à la portée de tous la photographie en voyage, devenue maintenant une opération très vulgaire, et l'industrie a créé à l'usage des amateurs un matériel nouveau de peu de volume et d'un faible prix.

C'est à la revue des appareils que Ton construit aujourd'hui pour l'agrément des touristes et des amateurs, que nous consacrerons ce dernier chapitre.

Quand on opère dans un atelier ordinaire, le poids des instruments n'est pas un élément dont on ait à s'inquiéter. Il n'a ici aucun inconvénient : il a même l'avantage de donner de la stabilité aux appareils . Mais en voyage, on est forcé de réduire autant qu'on le peut le poids, ainsi que le volume des instruments, et d'éviter tout ce qui est encombrant et superflu, pour s'en tenir à ce qui est indispensable.

Il faut, pour cela, construire des chambres noires très légères, et réduire à un petit nombre les opérations du développement et du fixage des épreuves. On se contente même généralement, aujourd'hui, de prendre les clichés négatifs, et de les conserver, pour ne les développer qu'au retour du voyage.

Ce que le touriste photographe doit nécessairement emporter, c'est 1° une chambre obscure, avec son pied ; 2° des objectifs, de force diverse ; 3° une boîte contenant les réactifs et les cuvettes destinés à faire le développement des négatifs, quand on juge cette opération exceptionnellement utile.

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

Fig. 14. — Chambre obscure de voyage.

Quelle est la grandeur qu'il faut choisir pour la chambre obscure ? En d'autres ternies, quel format doit- on adopter pour le cliché? Le format le plus commode, le plus pratique, parce que c'est le plus petit, c'est le format des épreuves stéréoscopiques. En prenant, avec tous les soins nécessaires, une épreuve négative dans ce format, on a un cliché qui donne une idée suffisante du résultat, et qui, agrandi plus tard, fournira une épreuve positive, dans les conditions voulues de netteté et de beauté.

Si l'on ne veut pas se contenter de ce format réduit, il faut prendre le format de 15 centimètres sur 21, et même, si on le peut, de 18 sur 20, car ici l'agrandissement ne sera plus nécessaire.

Dans les figures 74-78, on a réuni les modèles des principales chambres obscures à l'usage des photographes voyageurs, qui existent actuellement dans le commerce de l'optique photographique, c'est-à-dire celles que construisent MM. Faller, Merville et Enjalbert, à Paris/

Fig. 75. -— Chambre obscure de voyage

Quand le soufflet est replié, la chambre forme une sorte de boîte, que l'on enferme dans un sac en toile, pour le porter sur le dos.

Le pied, qui est en bois, est à trois branches, constituées chacune par trois parties évidées, qui peuvent rentrer l'une dans l'autre pour en faciliter le transport. Pour prendre une épreuve on déplie les branches du pied, et on serre toutes les vis pour obtenir une parfaite rigidité. On fixe la chambre sur le pied et oh visse l'objectif. Puis on procède à la mise au point, et l'on prend l'image du sujet (fig. 78).

Tous ces appareils diffèrent peu les uns des autres. Leur mise au point exige un temps assez long. Pour les épreuves instantanées, il existe des chambres de voyage plus expéditives.

Telle est, par exemple, la chambre de voyage de M. Enjalbert (fig. 79, 80, 81), à laquelle le constructeur a donné le nom d'appareil alpiniste, pour rappeler son affec-

Fig. 76. — Chambre obscure de voyage.

tation aux excursions en montagnes, et particulièrement aux voyages alpestres.

Avec les 12 plaques gélatino-bromurées qu'il renferme, l'alpiniste ne pèse pas plus de 2 kilogrammes, et sa longueur ne dépasse pas 15 centimètres, ce qui permet de le porter en bandoulière, au moyen d'une courroie. Pour s'en servir on tire en avant le soufflet; on presse sur les deux équerres, ainsi qu'on le voit sur la figure 79, ce qui fait chavirer la planchette-support, qui se fixe très solidement d'elle-même et l'on accroche la planchette-objectif au moyen de ses deux gâches à baïonnette . On arme l'obturateur en soulevant le bouton, et en ayant soin de boucher l'objectif.

Fig. 77. — Chambre obscure de voyage.

On porte généralement l'appareil, ainsi tout monté, pour être plus sûr de ne pas manquer l'occasion d'un instantané, qui ne se représenterait plus.

Tenant l'appareil dans les deux mains et à hauteur voulue, le rayon visuel passant par le sommet des deux guidons et par le centre du modèle, on suit de l'œil le sujet à reproduire, et on déclanche l'obturateur au moment voulu, en pressant graduellement, entre le pouce et l'index, le bouton de déclan chement.

Les glaces sont emprisonnées dans les châssis en tôle, qui ont la forme de cuvettes, dont les rebords à ramures préservent la couche sensible de toute éraillure, dans leur

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

frôlement des unes contre les autres. Ces châssis, légèrement bombés en avant, forment ressorts, pour maintenir les glaces appliquées contre les rainures qui sont au point. Ils se superposent, sans aucune séparation.

Le dispositif adopté pour faire disparaître

Fig. 78. — Chambre obscure de voyage (pose).

la première glace et lui substituer la seconde se compose (fig. 79) d'un sac conique S en toile caoutchoutée, parfaitement imperméable et très flexible. Ce sac est fixé sur le couvercle qui surmonte la chambre noire et se loge, replié, dans son intérieur, sans augmentation de volume (fig. 8.0).

Le premier châssis, que Ton soulève au moyen du levier extérieur que Ton rabat ensuite, rentre, à moitié de sa hauteur, dans le sac. Un petit ressort intérieur le maintient en place. Saisissant extérieurement ce premier châssis, la main ouverte, par les deux côtés extrêmes et faisant glisser l'enveloppe jusqu'en bas, on le dégage entièrement, pour le placer dans l'espace laissé libre par les autres, qui sont pous-

sés en avant par quatre ressorts intérieurs.

La seconde glace est devenue première, et cela sans erreur possible, ni tâtonnements. On opère de la même manière pour toutes les autres.

Après cet ingénieux appareil citons, pour ses dimensions très réduites, le kihégraphe de M. Français (fig. 82) qui se porte à la main. Il enferme trois châssis doubles, portant chacun deux glaces de 8 centimètres sur 9. Pour opérer on place l'objectif, on arme l'obturateur, et l'on tire en bas l'étui du châssis, en appuyant F instrument contre sa poitrine. Une petite chambre obscure, contenue dans la boîte, fournit une image des objets que l'on voit de l'extérieur, car elle vient se peindre sur une petite glace dépolie, placée à la partie supérieure. On suit, de cette manière, ce qui se passe dans le champ de l'objectif. Quand on reconnaît que le sujet forme son image entre les traits horizontaux de la petite glace dépolie, on n'a plus qu'à presser avec le pouce sur la détente de l'obturateur, pour obtenir l'impression sur la glace gélatino-bromurée.

M.Faller construit un support particulier pour les chambres noires de voyage. Il est muni d'un serre-joint très fort. Ce support (fig. 83) permet de placer un appareil photographique dans toutes les situations imaginables, même dans la position renversée (photographies aérostatiques ou prises du haut d'un monument, de la barre d'appui d'une fenêtre, d'un balcon), dans tous les cas enfin où l'usage du pied de campagne est incommode ou même impossible.

La facilité qu'on a de pouvoir le placer solidement au sommet d'une échelle, à la portière d'un wagon, sur une roue de voiture ou de tricycle, sur le bastingage d'un yacht, aussi bien que sur la première élévation qui se présente, branche d'arbre, sommet de mur ou de grille, remplace dans

Fig. 80. — L'appareil dans son sac.

Fig. 79. — Alpiniste prêt à fonctionner.

la majorité des cas l'emploi du pied de campagne.

Fig. 81. — L'appareil replié.

à surmonter, c'est la mise au point. Sans doute il est plus commode d'être dispensé de mettre au point, et la plupart des appareils

Fig. 8?. — Le kinégraphe.

Il y a toutefois dans les appareils que nous venons de décrire une grande difficulté

Fig 83. — Serre-joint des chambres obscures de voyage,

de M. Faller.

que nous venons de décrire permettent de s'en passer. Il est pourtant à craindre que les objets reproduits ne soient pas toujours

SUPPLÉMENT A LÀ PHOTOGRAPHIE

bien nets. C'est pour cela que M. Molteni a imaginé une méthode particulière. On mesure la distance de la chambre au modèle, et une graduation indique immédiatement la position qu'il faut donner à l'objectif. On obtient ainsi une plus grande netteté, tout en évitant également les ennuis de l'appareil ordinaire qui fait perdre un certain temps, oblige à se munir d'un voile noir, fort embarrassant.

L'appareil Molteni (fig. 84) se compose d'une boîte en bois, qu'on porte à la main, à l'aide d'une poignée. Lorsqu'on veut s'en servir, on relève les deux couvercles d'avant et d'arrière, et l'on peut tenir la chambre à la main, au moyen de sa poignée. On applique ensuite l'œil à un trou percé au centre du couvercle postérieur, et l'on regarde le sujet a reproduire, qui apparaît dans l'encadrement formé par le couvercle antérieur.

Des divisions tracées sur la coulisse permettent de faire la mise au point très rapidement, si l'on connaît la distance de la chambre à l'objet principal. Cette distance

Fig. 84. — Appareil Molteni.

doit être déterminée avec soin, à l'aide d'une règle si elle est inférieure à 5 ou 6 mètres ; jusqu'à 15 mètres, on peut la mesurer au pas, enfin l'estimer approximativement si elle dépasse cette distance.

Fig. 8ôf 86. — Express-détective de M. Nadar.

JJ express détective de M . Nadar (fig. 85-86 ) est une chambre obscure à l'usage des voyageurs. Cet appareil, à miseau point variable et automatique, permet de photographier de près et de loin. Il suffit, pour avoir une image nette, de mesurer la distance approximative qui sépare du sujet à reproduire, et de pousser l'aiguille F sur le chiffre de mètres correspondant, indiqué sur le cadran.

Ce calcul approximatif de distance est

s. T. II.

très facile ; et à partir de 12 mètres, tous les plans sont au point, sans déplacer le foyer. Pour les distances inférieures à 12 mètres, il est aisé de s'assurer de la mise au point en mesurant, soit au pas, soit au besoin avec un mètre, la distance qui sépare du sujet. Il est, du reste, toujours possible de contrôler rapidement l'exactitude de cette mise au point grâce au verre dépoli que nous signalons plus loin.

L'obturateur, qui s7ârme extérieurement

MERYE1LLES DE LA SCIEJNfCE.

en tournant la petite clef B, et qui déclanche sous la simple pression d'un bouton, peut passer graduellement d'une vitesse minima à une très grande vitesse et faire en même temps la pose. D'excellents clichés ont été obtenus avec cet appareil, en opérant dans un train de chemin de fer en marche.

A l'appareil est adjoint un chariot G, qui s'y adapte par un simple bouton à ressort, et qui renferme un châssis dépoli, maintenu toujours en place pour la mise au point par la pression de deux ressorts.

Un double ressort assure la fermeture des volets, qui ne peuvent pas être soulevés par mégarde, et qui sont complètement enlevés lors de l'exposition, car deux autres ressorts doubles empêchent la lumière de pénétrer.

Ces volets sont en même temps préparés de façon à pouvoir y inscrire des notes comme sur une ardoise.

Un compteur automatique indique exactement lorsque le négatif est en place et marque en même temps par un chiffre le nombre de clichés déjà exposés et, naturellement, ceux dont on peut encore disposer.

Un viseur E} composé d'un petit objectif reflétant l'image sur une glace, laquelle la renvoie sur le verre dépoli, permet de juger avec précision et de la rectitude des lignes, et de la position occupée par le sujet principal .

La chambre est donc maintenue par la main droite, sans qu'il soit nécessaire de la porter à la hauteur de P œil pour viser, la main gauche restant libre pour obtenir le décïanchement de l'obturateur au moment voulu.

Cette combinaison de viseurs permet de photographier en tournant complètement le dos au modèle, lorsqu'il s'agit de faire des instantanés, sans crainte d'éveiller l'attention.

Un petit sac en cuir, avec courroie, pour

! le porter en bandoulière (fig. 86), cache l'appareil complet en le préservant des accidents éventuels, tout en permettant d'opérer sans le retirer de son étui.

Un petit appareil récemment importé d'Amérique, et que l'on nomme le rodack, remplit le même office que Y 'express-détective de M. Nadar. Il donne des épreuves avec une prodigieuse rapidité et d'une manière tout à fait automatique.

Nous n'avons encore rien dit du choix à faire de l'agent chimique impressionnable, pour le cas spécial qui nous occupe. Fautil prendre des glaces coliodionnées, albuminées, ou bien au gélatino-bromure? Fautil, au lieu de glaces, prendre des papiers sensibles ?

La préparation chimique à choisir doit fournir un support léger et facilement transportable. C'est dire que les glaces, soitcollodionnées, soit gélatino-bromurées, prendront difficilement place dans le ba^ gage du touriste photographe ; car elles sont d'une trop grande fragilité, et leur transport en voyage est une cause de perpétuelles craintes.

Il faut croire pourtant que ces craintes ; ne sont pas partagées par tous les opéra- ! teurs. En effet, le docteur Lebon a pris j 3,000 clichés dans un voyage en Orient, et il n'en a eu qu'un seul de brisé. D'autres voyageurs sont revenus sans un accident. Mais que de précautions et quelle prudence ne faut -il pas pour manier les caisses fermées qui renferment les précieuses glaces? Les constructeurs vendent des boîtes garnies de glaces gélatino-bromurées, que l'on recommande de placer dans une caisse de fer-blanc fermée à la soudure d'étain, et qui font éviter les malheurs.

L'emploi des papiers négatifs s'impose, pour ainsi dire, dans le cours des voyages.

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

•Seulement, il faut faire un choix entre : 1° les papiers recouverts d'une couche de gélatino-bromure d'argent, qu'ils soient opaques ou transparents, tels que les papiers Morgan, Eastman, Balagny et Lamy; 2° la simple pellicule de gélatine recouverte d'une couche de gélatino-bromure d'argent, et qui est entièrement transparente.

Les opérateurs consultent leur habitude ou leur adresse, pour se décider entre l'un ou l'autre de ces agents impressionnables.

La difficulté, en voyage, surtout quand on opère avec des glaces, c'est de changer et de manier les glaces dans un lieu obscur. En général, on fait cette opération la nuit, en s'éelairant au moyen d'une lanterne à verres rouges; mais dans le jour il faut trouverune petitepièce, chambre d'auberge, ou cabine de bateau à vapeur, que l'on puisse transformer en chambre noire, pour y effectuer les changements de négatifs, impressionnés ou non. On doit boucher hermétiquement tous les joints, et se servir, pour cela, de papier noir, dont on doit emporter une bonne provision.

Les lanternes de voyage, que nous avons déjà décrites et représentées dans un autre chapitre (pages 18-19), sont aujourd'hui très employées pour effectuer ces changements à l'abri de la lumière du jour.

Nous parlons seulement ici du maniement des glaces dans des lieux obscurs, et non de la manière d'exécuter en voyage toutes les manipulations de la photographie. Gomme nous l'avons dit, il ne saurait, en effet, être question de terminer des clichés en voyage. On ne peut y songer que si Ton séjourne quelque temps dans une ville où l'on puisse trouver un atelier propice aux travaux de photographie. On ferait, sans cela, de mauvaise besogne.

Il est, toivtefois, indispensable d'emporter quelques cuvettes, afin de pouvoir développer quelques clichés, pour s'assurer si Ton n'a pas commis d'erreur sur le temps

de pose. Faisons remarquer seulement que s'il doit s'écouler un temps assez long entre la pose des épreuves pendant le voyage et leur développement au retour, il faut augmenter un peu la durée de l'exposition à la lumière.

Nous passons à une seconde série d'appareils de voyage, d'une dimension plus réduite encore, et auxquels on a recours quand il ne s'agit que de saisir rapidement certaines vues de la nature ou de Fart. Nous voulons parler des appareils dits de poche, ou à main, pour lesquels le pied de la chambre obscure est totalement proscrit.

Ici le format du cliché étant extrêmement restreint, son agrandissement est obligatoire.

U appareil à main tend de plus en plus à s'introduire dans les habitudes des amateurs de photographie. On peut, grâce à ces minuscules instruments, opérer instantanément, et pour ainsi dire sans s'arrêter dans sa marche. Il est possible, en effet, de saisir et de fixer le portrait d'une personne sans qu'elle en soit aucunement prévenue. Tout le monde sait qu'un Musulman, de par sa foi religieuse et morale, ne consent jamais à poser pour son portrait. Ce n'est qu'en recourant à des subterfuges inouïs, que l'on peut reproduire par le dessin les traits d'un serviteur de Mahomet. Mais avec un appareil de photographie de poche, on peut, en dépit d'Allah, portraieturer un Turc.

\1 appareil de poche a un objectif toujours prêt à fonctionner, et une chambre obscure disposée de telle sorte que l'opérateur n'ait qu'à viser l'objet, et à lâcher la détente qui découvre l'obturateur. C'est un fusil chargé, toujours prêt à partir, à la volonté du chasseur.

Les appareils de poche, ou à main, sont nombreux aujourd'hui; ce qui ne veut pas dire qu'ils soient parfaits. Nous les citerons seulement pour donner une idée des

immenses progrès de la photographie, et de la révolution qui s'est faite dans cet art, depuis qu'il est sorti des mains de Niepceet de Daguerre. On a peine à croire que la photographie telle qu'elle existe aujourd'hui ait eu pour origine les ébauches de ses premiers créateurs.

Les appareils de poche les plus répandus aujourd'hui parmi les amateurs sont le chapeau photographique, qui se compose

Fig. 87. — Chapeau photographique.

d'une canne et d'un appareil pouvant être porté dans un chapeau. La canne, se séparant en 3 parties, forme un pied à trois branches, qui supporte l'appareil, lorsqu'on veut opérer. Un chapeau, de grandeur convenable, est la chambre noire, qui reçoit des clichés 9 X 12. On place le chapeau sur la canne, comme le montre la figure 87, et le petit appareil est prêt à fonctionner.

Le photo-revolver (fig. 88) se porte dans la poche ou dans un étui à courroie. Dans le canon est un objectif, et neuf châssis, contenant des glaces de 4 centimètres de surface, qui peuvent venir successivement s'impressionner au fond du canon. L'objectif est aplanétique, c'est-à-dire reproduit tous les objets placés à plus de 5 ou 6 pas, avec une égale netteté, de sorte que la mise au point est inutile. Par la dimension considérable de ses lentilles, par rapport aux glaces, l'objectif donne assez dé lumière

pour produire des épreuves instantanées, et son champ est assez grand pour que l'image se trouve au centre, sans qu'il soit nécessaire de viser bien juste. L'obturateur est réglé par un mouvement d'horlogerie ; pour faire une épreuve il suffit de tourner le barillet et de presser la détente.

Les constructeurs d'appareils photographiques et les opticiens, obéissant au goût du public, ont mis dans le commerce différents appareils instantanés, très portatifs et de très faible volume.

Tel est, par exemple, la chambre portefeuille de M. Mendoza (fig. 89 et 90), pour opérer à la main, en chemin de fer, sur un omnibus en marche, etc., etc. Cet appareil se compose d'une chambre à soufflet en noyer verni, et à ferrures nickelées, d'un objectif à paysages et portraits rapides, d'un obturateur circulaire à vitesse variable, muni d'un tube et d'une poire en caoutchouc, de trois châssis doubles et d'un manche-poignée.

La netteté des épreuves obtenue avec cet appareil est telle que l'on peut les agrandir sans la moindre déformation. Il permet de prendre des épreuves de 6 1/2 X 9 dans toute occasion, sans s'encombrer d'un lourd bagage ; son poids total est de 500 grammes, ce qui fait qu'on le porte aisément dans la poche.

| Le Photo-éclair Petter (fig. 91), que cons- I truit M. Mer ville, est un appareil entièrement métallique, qui se compose de : 1° un porte-objectif, avec obturateur instantané; 2° un châssis-magasin, pour recevoir cinq plaques au gélatino-bromure; 3° un objectif instantané ; 4° une courroie de cuir, permettant de porter l'appareil sous le vêtement; 5° un verre dépoli, pour se rendre compte de l'image à obtenir.

Ce petit appareil, qui se dissimule facilei ment sous le gilet ou la redingote, permet

SUPPLÉMENT A LA PHOTOGRAPHIE

Fig. 88. — Photo-revolver.

de saisir, pour ainsi dire, le sujet, sans l'avertir.

Pour aller de plus fort en plus fort,

$igt gg, Chambre-portefeuille de M. Mendoza.

comme chez Nicolet, nous citerons le fait extraordinaire qui a été annoncé en 1887, d'un opérateur qui, lancé sur un vélocipède, prenait des photographies instantanées. Les épreuves ont été montrées à la Société de photographie, et elles ne différaient en rien des épreuves ordinaires.

L'appareil était fixé au-dessus de la. roue du vélocipède, comme le montrent les figures 92 et 93, dont la dernière fait voir le mode d'installation du serre-joint. C'est le même support que nous avons figuré plus

haut (page 74), en parlant du serre-) oint de M. Faller.

Cet habile opticien est, en effet, le constructeur de ce curieux appareil.

On voit sur la figure 92 le mode d'instal-

Fig. 90. — Chambre-portefeuille de M, Mendoza.

lation de la chambre obscure sur le vélocipède. Le serre-joint de M. Faller sert à le fixer. Nous montrons, à part, dans la figure 93) les détails du serre- joint.

On a réussi, en 1888, à obtenir des photographies aériennes, à l'aide d'un appareil très léger, enlevé par un cerf-volant.

Enfin, et comme le comble de l'art, nous citerons le tour de force qui a été réalisé en 1888, d'une photographie prise automa-

tiquement, par une fusée d'artifice, au moment où la cartouche descend du haut des airs, après avoir fait explosion.

Fig. 9L — Photo-éclair.

Cet étrange dLpjpSLre'ûphoto-pyrotechniçîie, dû à M. Àmédée Denisse, consiste en une toute petite chambre noire, cylindrique,

Fig( 92. — Appareil photographique établi sur un

vélocipède.

ayant 12 lentilles espacées régulièrement sur une circonférence. Des cloisons évitent le croisement des rayons.

Le châssis, qui est à double enveloppe et

cylindrique, supporte une pellicule sensibilisée que l'on place au centre de la chambre obscure. Un obturateur circulaire,

Fig. 93. — Serre-joint de l'appareil fixé sur un vélocipède.

percé de trous en regard des objectifs, fonctionne par son propre poids. L'obturateur est suspendu à une mèche d'artifice, que la fusée brûle au terme de son ascension. En retombant, il découvre et referme instantanément l'ouverture de la chambre obscure. La fin de cette même mèche actionne la détente du parachute, qui se déploie, et la fusée, retenue captive par une cordelette, est ramenée à son point de départ.

Le châssis, aussitôt recueilli, est enfermé dans une boîte obscure, jusqu'au moment de développer le cliché.

La photo- fusée opère en quelques secondes, sans avoir à redouter le tir de l'ennemi ; le parachute apparaît seul, comme un oiseau qu'il serait difficile d'atteindre avec un projectile.

Pour assurer la réussite, il ne faut négliger aucun des détails suivants : 1° employer des fusées chargées avec le plus grand soin ; 2° veiller à ce que la baguette de direction soit assez longue et bien droite; 3° la cordelette doit se dérouler sans résistance, ni secousse.

Après l'épreuve prise en vélocipède, l'épreuve saisie par un cerf- volant; après

SUPPLÉMENT A LA . PHOTOGRAPHIE

l'épreuve en cerf -volant, celle que relève une fusée dans un feu d'artifice. On voit que la photographie ne marche pas : elle vole!

Il ne faut pas désespérer de voir une épreuve photographique prise par un boulet de canon. Cela viendra !

Les appareils à main, venant à la suite de la découverte du gélatino-bromure, ont opéré toute une révolution dans la photographie à l'usage des voyageurs et des amateurs. Autrefois il fallait , pour s'adonner à ce genre de délassement, mettre en bataille tout un attirail encombrant et compliqué. La chambre obscure était lourde, et pour lui servir de support, il fallait un trépied, d'un transport difficile. On emportait des piquets, une tente, pour servir de laboratoire ou pour la pose; enfin, un arsenal de flacons, d'éprouvettes et de petites boîtes contenant les agents chimiques révélateurs.

Les résultats étaient, d'ailleurs, loin d'être en rapport avec la peine que coûtaient les opérations. Il n'était pas facile de travailler en plein air ; le froid ou la chaleur, lé soleil ou la pluie, dérangeaient les influences qui produisent l'image lumineuse, ou sa révélation sur la plaque impressionnée. Il arrivait souvent que les photographes les plus expérimentés ne rapportaient de leurs excursions que des déceptions et le souvenir des ennuis qu'ils avaient éprouvés de la part des curieux et des passants, quand ils opéraient en pleine campagne.

La découverte du gélatino -bromure, en permettant d'opérer instantanément, jointe à l'invention des appareils à main, dans lesquels la mise au point est supprimée, et qui donnent une image exacte, rien qu'en connaissant la distance où l'on se trouve du modèle, est venue révolutionner la photographie du voyageur et de l'amateur. Du jour où le commerce a pu vendre des appareils d'un petit volume, se portant dans un chapeau, les amateurs ont pu. s'adonner

à cœur-joie à un passe- temps rempli pour eux de charme et d'intérêt.

De nos jours, on a pu prendre des clichés à la dérobée, pour ainsi dire, sans que le modèle, la victime quelquefois, puisse se douter qu'il est l'objet d'une reproduction secrète. Les opticiens et les photographes ont rrmltiplié, à l'envi, les artifices pour dissimuler les appareils photographiques sous des formes qui ne puissent aucunement éveiller l'attention du dehors.

Voyez- vous ce monsieur, aux allures indifférentes, en apparence, qui porte en bandoulière un petit sac, semblable à un étui de lorgnette. Tout d'un coup il s'arrête, et place devant sa poitrine le prétendu sac de voyage. De sa main droite il pousse un ressort, pour mettre l'objectif au point, d'après le jugé qu'il a pu faire de la distance, et de la main gauche il soulève et laisse retomber, en une fraction de seconde, l'obturateur du petit objectif contenu dans la boîte. Gela fait, il continue son chemin.

Ce mystérieux/ personnage est un amateur photographe, qui a remarqué, en passant, un type d'homme ou de femme ou une scène de mœurs, qu'il a eu la fantaisie de conserver. Il en a pris l'épreuve photographique, sans que personne, autour de lui, se doutât de son acte, et il rapporte dans son laboratoire, pour la développer et la fixer, l'image qu'il a saisie au vol.

Pendant que s'éloignait l'homme au sac de voyage, un autre amateur s'arrête, et, frappé du même type ou de la même scène, il 6 te, d'un air indifférent, sa montre de sa poche.

Cette montre n'est pas une montre :

c'est le photo -éclair photographique ; et, traîtreusement, notre homme prend, comme le précédent, l'impression photographique du même modèle, puis il s'éloigne d'un pas tranquille.

Remarquez maintenant ce nouveau pas-

sant qui se découvre, et pendant quelques secondes, tient son chapeau à la main.

Ce chapeau n'est pas un chapeau : c'est une chambre obscure, dissimulée au fond du couvre-chef; l'opérateur n'a pas voulu saluer, mais bien photographier son modèle.

Remarquez un quatrième amateur. Il tient à la main une lorgnette. Cette lorgnette n'est pas une lorgnette : c'est encore un appareil photographique secret, qui prend, à la dérobée, l'empreinte de la même scène.

Pendant que nos quatre amateurs s'escrimaient, à tour de rôle, un autre s'arrêtait au bord du trottoir, entr'ouvrait son gilet, et du bout du doigt, semblait effleurer un des boutons de son habit.

Ce gilet n'était pas un gilet : c'était une cuirasse photographique. Un imperceptible ressort avait déplacé la lentille d'un objectif, pour la mettre en rapport avec une chambre obscure, de forme aplatie, cachée sous son vêtement. Comment se douter qu'une lentille photographique se trouve perdue au milieu des boutons d'un gilet?

Un sixième passant s'arrête; il tire de sa poche un revolver, et il appuie sur la détente de son arme, qui parcourt plusieurs crans, avec un bruit de fer. Rassurez-vous pourtant. Ce passant ne veut tuer personne. Il veut, seulement, à chaque détente du tourillon de son arme, prendre un nouveau cliché.

Telles sont les surprises charmantes et les distractions pleines d'une saveur innocente et naïve, que la photographie instan-

tanée offre aux nombreux amateurs de ce! art nouveau. Est-il une distraction plus heureuse, plus agréable, plus digne des loisirs d'un galant homme? Toutes les autres occupations des gens du monde sont coûteuses, dangereuses, ou inabordables à la masse des particuliers. Le collectionneur de tableaux et d'objets rares se ruine; le joueur brûle son sang et son âme, aux terribles émotions du baccara; les courses de chevaux ne sont pas des distractions, mais de fiévreuses transes; la peinture et la sculpture exigent une vocation spéciale et de longues études ; les travaux littéraires ne sont pas à la portée de tous ; seule, la photographie instantanée procure à l'oisif intelligent une distraction facile et charmante. Le papier bromuré et la glace sensible remplissent à merveille les moments de l'homme désœuvré, mais amoureux de l'art. C'est en pleine campagne, au sein delà nature, qu'il peut chercher ses modèles et ses sujets. Et, comme récompense de ses travaux et de ses opérations de laboratoire, il a une série de vues, qui peuvent orner son salon, remplir ses albums et mériter les éloges de ses proches et de ses amis. Tout cela ne demande qu'un peu de goût, une adresse de main qui s'acquiert et reste acquise, de l'intelligence et de bons instruments d'optique. Ne soyons donc pas surpris, dès lors, de voir que la photographie d'amateurs soit devenue aujourd'hui l'apanage de tous, et que cet art fidèle et discret trouve dans les deux mondes une armée de pratiquants et d'adeptes.

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