‹ Les merveilles de la science, ou Description populaire des inventions modernes. Suppléments. 6Chapitre 19 sur 130 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES NOUVELLES POUDRES DE GUERRE. — DIVERSES ESPÈCES DE POUDRES A GRAINS. — LES POUDRES A DÉFLAGRATION LENTE. — CARACTÈRES ET AVANTAGES DES NOUVELLES POUDRES : LA POUDRE SAKS FUMÉE. — ÉTAT ACTUEL DE NOS POUDRERIES. — LES APPA- REILS DE MESURE POUR LES POUDRES FABRIQUEES.

La guerre de 1870 avait surpris la France dans un regrettable état d'infériorité militaire. Tandis qu'en dehors de nos frontières tout se transformait, et que Fart de la guerre profitait largement des nouvelles découvertes de la science, nous en étions encore à nos vieux errements. Tandis que F Allemagne et l'Autriche avaient des canons se chargeant par la culasse, nous n'avions que des pièces rayées se chargeant par la bouche. Tandis que la dynamite et les poudres progressives étaient connues partout, ce ne fut qu'après nos premiers revers que l'on s'occupa, en France , de 1 es employer . Mais , dès ce moment, nos officiers, nos ingénieurs, nos savants, redoublent d'énergie, et bientôt ils font des

prodiges. Le général de Reffye crée un mas. t. u.

tériei d'artillerie entièrement nouveau. On photographie les cartes qui manquent à l'armée, on installe le service des pigeons voyageurs, on barre, avec des torpilles, le cours des fleuves, celui de la Seine en particulier.

Après la signature de la paix, ce mouvement de progrès prit un essor beaucoup plus important encore.

En 1870, la France ne possédait que quatre poudreries militaires, placées sous la direction d'un colonel d'artillerie. Nous avons aujourd'hui dix poudreries, à Esquerdes, Saint-Ponce, Vonges, le Ripault, le Pont de Buis, Angoulême, Saint-Chamas, Toulo lise, Saint-Médard, et Sevran-Livry, ainsi qu'une fabrique de coton-poudre, au Moulin- Blanc. Il existe une raffinerie de soufre et salpêtre à Marseille, deux raffineries de salpêtre à Lille et à Bordeaux. En outre, un atelier de dynamite a été joint à la poudrerie de Yonges. En tout temps, nos approvisionnements sont énormes : quarante millions de kilogrammes de poudre et deux millions de kilogrammes de dynamite. Toutes les

mesures sont prises, d'ailleurs, pour qu'en temps de guerre, les poudreries livrent à l'armée un million de kilogrammes de poudre par mois ; ce qui, avec les approvisionnements du temps de paix, suffirait amplement à tous les besoins. Enfin, comme on le verra dans les chapitres suivants, nos officiers, nos ingénieurs des poudres et salpêtres et nos chimistes, poursuivent sans relâche l'étude des explosifs. Nos obus sont maintenant chargés de dynamite ou de mélinite ; la poudre ancienne , la poudre proprement dite, ne sert plus qu'au chargement des cartouches de fusil et des gargousses de canon.

Cette transformation ne s'est pas accomplie en un jour. Elleafait l'objet de longues études, que nous avons à exposer dans ce Supplément.

Nous parlerons d'abord des nouvelles poudres de guerre et ferons connaître les principes sur lesquels repose leur fabrication; .nous traiterons ensuite des explosifs et de Ueurs diverses applications.

De nos jours, la poudre de guerre contient les mêmes éléments qu'autrefois, mais on a singulièrement modifié la proportion de ces mêmes éléments, et on fabrique une série particulière de poudres pour chaque destination particulière.

Si l'on a modifié la composition de la poudre, c'est que de nombreux essais ont iémontré, d'une façon péremptoire, la supériorité des poudres à déflagration lente sur les poudres à déflagration vive.

Supposons que l'on enflamme un tas de poudre contenu dans un espace clos; tous les grains prendront feu presque au même instant, mais ils ne brûleront pas tous avec la même vitesse, s'ils n'ont ni la même épaisseur, ni la même composition. Les grains très minces brûleront très vite, les grains plus gros brûleront lentement, en dégageant, au fur et à mesure de leur combus-

tion, des gaz, dont la pression déterminera le départ du projectile. Ce n'est pas tout : le grain de poudre brûle d'autant plus vite que la pression développée dans l'espace clos est plus forte. Assimilons la chambre d'une bouche à feu à un vase clos, tenons compte des considérations qui précèdent, et nous arrivons à cette conclusion : Si l'on veut obtenir un effort prolongé sur le culot d'un projectile, il ne faut pas seulement modifier la composition de la poudre, il est surtout essentiel de déterminer la forme et les dimensions à donner au grain de poudre.

Cette découverte capitale a été, pour ainsi dire, le résultat du hasard. Un officier, M. de Saint-Robert, avait reconnu, en tirant avec unmême fusil, dans trois circonstances différentes, que réchauffement du canon diminuait sensiblement si Ton plaçait la balle non contre la poudre, mais à une certaine distance de la poudre. Deux chimistes, en Angleterre et en Suède, MM. Abel et Nobel, partirent de là pour faire toute une série d'expériences, très curieuses, qui amenèrent ces deux savants à formuler cette loi : « Quand on met le feu à la poudre dans l'âme d'un canon, les produits de l'explosion sont les mêmes qu'en vase clos ; le travail sur le projectile est effectué par les gaz permanents dont l'abaissement de température est compensé, en grande partie, par la chaleur emmagasinée dans le résidu liquide. » Il résulte dé ces expériences que la densité et la pression des gaz produits par la combustion de la poudre, à la température à laquelle ils ont été portés, sont liées par la loi de Mariotte.

Quand la combustion d'une charge de poudre a lieu très rapidement, les gaz, qui sont renfermés à haute pression, sous un petit volume, se détendent promptement, pendant que le projectile parcourt l'âme de la pièce. Si la combustion est lente, au contraire, les gaz se produisent successivement, ne se détendent que peu à peu, et l'on obtient

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

alors une pression beaucoup plus considérable, au moment précis où le projectile sort du canon.

Il résulte de ces considérations théoriques qu'une poudre doit réunir la densité et la dureté. C'est pour obtenir des poudres douées de ces qualités que Ton a été conduit, depuis 1870, à modifier l'ancien dosage qui était, comme on le sait : 75 pour 100 de salpêtre, 12,50 decharbon et 12,50 de soufre.

On fait aujourd'hui usage de poudres de guerre de qualités très diverses, selon leur affectation à un usage déterminé. Nous citerons comme exemple la poudre M.C30.

Que signifie cette désignation? Elle veut dire que cette poudre est fabriquée aux meules, qu'elle n'est destinée qu'aux canons et que la duïée de sa trituration est de 30 minutes.

Les grains de cette poudre ont une épaisseur de 2 millimètres et demi; on l'emploie dans le tir des mortiers lisses et des canons se chargeant par la bouche. C'est dire qu'on n'en fabrique plus, depuis plusieurs années, dans les poudreries françaises.

Pour le fusil Gras, modèle 1874, qui est aujourd'hui remplacé par le fusil Lebel, mais qui serait donné, en cas de mobilisation, à l'armée territoriale, nos ingénieurs avaient imaginé la poudre Fl5 qui se compose de 77 parties de salpêtre, 8 parties de soufre et 15 parties de charbon noir. Les grains de la poudre Fi ont une épaisseur d'un millimètre en moyenne.

Nous avons encore les poudres C1? C2, SPj, SP2 etSP3. Les poudres Ci et C2 sont destinées au service des canons de place et de siège. Toutes ont le même dosage : 75 parties de salpêtre, 10 parties de soufre et 15 parties de charbon noir; elles ne diffèrent que par l'épaisseur des grains, et par conséauent par la vitesse de leur combustion.

Après la découverte des poudres de guerre

à combustion lente et à grains durs, une invention d'une portée plus grande encore peut-être fut faite en France : nous voulons parler de la poudre brûlant sans fumée, c'est-à-dire la poudre qui s'applique spécialement au fusil Lebel.

Nos lecteurs peuvent apprécier aisément l'importance d'une poudre brûlant sans fumée. Dans un combat naval, au bout de quelque temps de tir, les navires sont environnés d'un tel nuage de fumée, qu'ils ne s'aperçoivent plus l'un l'autre, et qu'ils tirent, pour ainsi dire, en aveugles. Si Ton tirait, dans un combat naval, avec une poudre sans fumée, l'effet des coups de l'artillerie étant jugés à chaque instant, l'engagement serait rapidement meurtrier, de part et d'autre. Avec une poudre brûlant sans fumée, un bataillon d'infanterie peut couvrir de balles toute une zone de terrain; un canon de campagne peut tjrer à mitraille, sans que l'adversaire, écrasé, puisse reconnaître d'où part le feu.

La découverte de la poudre brûlant sans fumée est due à un ingénieur des poudres et salpêtres, M. Vieille, ancien élève de l'école polytechnique. Depuis dix ans, M. Vieille poursuivait de patientes recherches, au laboratoire central d'artillerie de Paris. Il s'efforçait de modifier la composition de la poudre, pour atténuer, dans Tâme des bouches à feu, la violente action due à la pression des gaz, et conjurer ainsi les dangers d'éclatement et de déculassement des pièces de canon. C'est au cours de ses travaux, conduits avec une admirable sagacité, qu'il fît la rencontre — c'est ici la véritable expression — d'une poudre qui brûlait et faisait explosion sans bruit ni fumée.

La poudre de M. Vieille a été appliquée spécialement au fusil Lebel. Les nations étrangères fabriquent aussi cette poudre, mais elles ne sont pas exactement fixées sur la formule de nos dosages.

Nous ne connaissons pas la composition

de la poudre sans fumée fabriquée en France, et la connaîtrions-nous, que nous n'aurions garde de la divulguer. La poudre que Ton fabrique aujourd'hui en France pour le fusil Lebel est, pour ainsi dire, un patrimoine national, et celui qui, pour satisfaire la curiosité de ses lecteurs, en dévoilerait le secret, commettrait une coupable imprudence.

On fait usage aujourd'hui, en France et en Allemagne, d'une poudre qui jouit de propriétés balistiques remarquables, et qui, à cause de sa couleur brune, a été désignée sous le nom de poudre chocolat. La composition de la poudre chocolat est restée secrète, ainsi que la manière de la préparer, mais, d'après les analyses qui en ont été publiées, c'est un mélange de soufre, de salpêtre, de charbon et d'une matière résineuse. Au point de vue balistique, cette poudre présente les caractères des poudres très lentes , et n'est utilisée que dans des canons ayant une longueur d'âme supérieure à 30 calibres.

L'expérience a montré que pour tirer le meilleur parti possible d'une bouche à feu il convient d'employer des grains de poudre « d'autant plus gros et plus denses que le « diamètre du canon est plus grand. » Pour ce motif, on a renoncé, en France, à se servir, comme avant 1870, delà même poudre pour toutes les bouches à feu.

On fabrique, dans nos poudreries, dix espèces de poudre pour l'artillerie de terre et l'infanterie, onze espèces de poudres pour la marine et pour la chasse, enfin, trois espèces de poudre de mine. Chacun des types de ces poudres est désigné par une lettre affectée d'un indice.

Toutes les poudres françaises sont des poudres grenées ; les poudres à grains fins présentent des formes anguleuses; les poudres à gros grains ont une forme sphérique régulière. Pour les canons du système Reffye, la charge est constituée au moyen

de rondelles de poudre comprimée. Par la compression de la poudre, on a pu augmenter la charge sans risquer de briser les parois du canon; mais l'emploi des poudres comprimées n'est considéré que comme un simple expédient servant à diminuer les effets brisants de la poudre. On en a reconnu, en effet, tous les inconvénients.

Quand on enflamme une charge de poudre, le feu se communique d'abord à la partie extérieure de cette charge, de sorte que la poudre brûle par couches successives. A mesure que l'inflammation se propage l'épaisseur des couches diminue, ainsi que le volume des gaz produits. Il est facile de comprendre que, si la poudre brûlait brusquement, la pression des gaz subitement développés déterminerait la rupture de la bouche à feu et peut-être l'éclatement du projectile dans l'âme de la pièce. De là la nécessité de créer des poudres progressives.

La poudre française, inventée par le colonel Castan, est une poudre éminemment progressive. Chaque grain de cette poudre est un parallélipipède de très faible hauteur, et qui brûle par couches successives, en produisant toujours le même volume de gaz.

L'artillerie russe emploie une poudre prismatique, dont chaque grain a six faces et est percé, suivant son épaisseur, de sept canaux. Quand on met le feu à l'un de ces grains, l'inflammation se communique par l'intermédiaire des canaux. Seulement, les cloisons qui séparent ces canaux les uns des autres se détruisent tout à coup, sous l'influence de la combustion, et, à ce moment, le feu se communique dans toute l'étendue du grain, de sorte que l'inflammation progressive, obtenue au début, fait place, presque aussitôt après, à une inflammation brusque.

En résumé, nos poudreries fabriquent, pour l'artillerie,- les poudres progressives

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

Galerie couverte

Fjg. 94. — Plan d'un groupe d'usines composant une poudrerie française.

du colonel Cas tan et, pour le fusil Lebel, la poudre spéciale, inventée par M. Vieille et qui brûle sans fumée.

Pour fabriquer ces diverses poudres on effectue les six opérations suivantes :

Réduction du soufre, du salpêtre et du charbon, à l'état de galettes homogènes;

Division de ces galettes en grains, de dimensions et de formes déterminées;

Lissage de ces grains;

Séchage de ces grains ;

Égaiisage et époussetage de ces grains ;

Mise en magasin.

Nous avons décrit, dans les Merveilles de la science , les appareils servant à la fabrication de la poudre avec assez de soin pour n'avoir pas à y revenir dans ce Supplément, Nous avons dit que pour les mélanges des ingrédients on a depuis longtemps renoncé à l'emploi des pilons, et que l'on ne se sert que de meules. Le salpêtre est tamisé à la main, pendant que le soufre et le charbon sont triturés dans des tonnes en cuir. Le mélange du soufre, du salpêtre et du charbon, s'effectue ensuite, comme nous l'avons expliqué, dans des ateliers spéciaux, don

nous avons donné les dessins, et qui sont construits en planches légères, de façon à prévenir, autant que possible, les redoutables effets de l'explosion. Nous avons également représenté par des dessins les tonnes de lissage.

Sans revenir sur la description de ces appareils, nous dirons qu'un groupe d'usines, dans une poudrerie française, se compose actuellement de deux bâtiments, soit à parois de bois, soit à parois de tôle, qui communiquent avec un couloir étroit, où est logé l'arbre de transmission du moteur hydraulique qui met en action les meules. Dès que les meules sont en mouvement, les ouvriers quittent les deux ateliers, et se retirent dans une galerie couverte. Le travail mécanique se fait donc automatiquement et dans un atelier désert, sans pouvoir compromettre la vie des ouvriers, en cas d'accident.

Nous donnons dans la figure 94 la coupe des deux bâtiments composant une poudrerie française, ou plutôt un groupe d'usines à poudre du type réglementaire.

Les dimensions de chaque pièce composant un groupe d'usines sont de 7 mètres sur 7 mètres.

La construction des groupes d'usines dans lesquels on exécute les diverses opérations de fabrication des poudres est soumise à des règles spéciales, en prévision des accidents que cette fabrication peut causer.

Les bâtiments doivent être isolés les uns des autres, de manière qu'une explosion survenant dans l'un d'eux n'entraîne pas la destruction du reste de la poudrerie.

Un groupe d'usines comprend généralement, comme le montre la figure 94, deux compartiments dans lesquels sont installés les appareils de fabrication et qui sont séparés par une salle exclusivement affectée au câble de transmission de la force.

Chaque usine est construite avec deux murs forls, en maçonnerie, de 1 mètre d'épaisseur, et deux côtés faibles , soit en bois, soit en tôle, d'une grande légèreté, qui offrent, ainsi que la toiture, le moins de résistance possible, en cas d'explosion. Il en résulte que toute la violence du choc porte dans une direction déterminée, et que le compartiment voisin ainsi que les chemins de service sont absolument protégés.

Les murs forts sont, en outre, reliés, soit l'un à l'autre au moyen de poutrelles en fer qui traversent le cabinet des transmissions, soit à un mur suplémentaire, dit mur de masque, qui forme une galerie couverte où se tiennent les ouvriers chargés de la surveillance.

La plupart des usines sont construites en bois; mais comme, en cas d'explosion, les débris de bois enflammés projetés au loin peuvent porter l'incendie dans toutes les parties de l'établissement, on cherche aujourd'hui à construire ces usines avec charpente, devanture et couverture entièrement métallique.

C'est dans cet atelier que sont installés les appareils nécessaires à la fabrication de la poudre. Quand le mélange des trois éléments est fait, on soumet les galettes à l'action de presses hydrauliques. A cet

effet, le mélange est versé dans un cadre en bois, qui a 70 centimètres de côté et 3 centimètres de hauteur. Ce cadre est évasé de façon à donner à la couche de poudre la forme d'un tronc de pyramide quadrangulaire. On recouvre le cadre et la poudre qui y est contenue avec une toile de chanvre et on place le tout sous le piston d'une presse hydraulique. Cette presse agit lentement, progressivement ; sa force varie de 20 à 30 kilogrammes par centimètre carré de matière.

Voilà la galette préparée; il faut maintenant la diviser en grains. La grosseur de v ces grains varie, suivant que l'on veut obtenir telle ou telle poudre h canon ou à fusil. Le grenage s'opère, comme nous l'avons indiqué dans les Merveilles de la Science, dans une tonne-grenoir. On lisse ensuite les grains, pour les polir, arrondir leurs angles et boucher leurs pores.

Nous avons décrit les tonnes de lissage à deux compartiments et les trémies au travers desquelles on fait passer la matière. Aujourd'hui, la charge d'un compartiment atteint 400 kilogrammes et la vitesse de rotation va jusqu'à vingt tours par minute.

Les conditions dans lesquelles s'opère le séchage n'ont pas été modifiées depuis 1870, sauf que l'on ne se sert plus que du séchage artificiel, et que Ton emploie, pour Vépoussetage, des tamis à fond de toile métallique percés de trous plus ou moins gros suivant que l'on veut obtenir telle ou telle poudre.

La poudre, ainsi préparée, était enfermée autrefois dans des doubles barils. On la place maintenant dans des caisses rectangulaires en bois, qui sont, sur leur surface extérieure, recouvertes d'une enveloppe en zinc, et que l'on enferme dans une deuxième caisse en bois, un peu plus grande. Chacune de ces caisses vides pèse 30 kilogrammes ; on y introduit 50 kilogrammes de poudre.

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE

Ces caisses sont réunies ensuite dans les magasins à poudre.

Avant 1870, nous construisions des magasins à poudre de vastes dimensions. G' est ainsi que dans une place forte, comme Strasbourg, il n'existait que trois magasins à poudre. Mais si l'un de ces magasins venait à sauter, l'autre faisait aussi explosion et l'explosion d'une si énorme quantité de poudre avait des résultats foudroyants. Ajoutez que la garnison allait manquer de poudre. C'est ce qui faillit arriver, en 1870, pendant le siège de Strasbourg. Les obus • de l'artillerie allemande avaient fait une telle trouée dans l'épaisse couche de terre qui devait protéger le magasin à poudre, que l'on craignit l'explosion de ce magasin, et que Tonfut obligé, sous le feu de l'ennemi, de déménager, baril par baril, la poudre qui y était renfermée.

C'est pour cela qu'aujourd'hui en multiplie les magasins à poudre. Chaque fort en contient deux ou trois, chaque place centrale cinq ou six. Pour les besoins du service en temps de paix, on enferme une petite quantité de poudre dans un bâtiment situé à l'extrémité de la cour des casernes.

La puissance de production des poudreries françaises est, normalement, par année, de 1 S millions de kilogrammes d'explosifs de toute espèce (poudre noire, brune et cotonpoudre, mélihite, poudre sans fumée, etc.).

La Poudrerie nationale du Moulin-Blanc, près de Brest, occupe 625 ouvriers. Sa superficie est de 10 hectares et demi.

La Poudrerie nationale du Pont- de-Brest (Finistère) occupe 340 ouvriers. Sa superficie est de 37 hectares.

La Poudrerie nationale- du Ripault (Indreet-Loire) occupe 150 ouvriers : superficie, 48 hectares.

La Poudrerie nationale de Sevran-Livry (Seine-et-Oise) occupe 279 ouvriers : superficie, 115 hectares.

La Poudrerie nationale d'Esquerdes (Pasde-Calais) occupe 175 ouvriers : superficie, 34 hectares.

La Poudrerie nationale de Saint-Ponce (Ardennes) occupe 34 ouvriers : superficie, 9 hectares i /2.

La Poudrerie nationale de Vonges (Côted'Or) occupe 204 ouvriers : superficie, 34 hectares 1/2.

La Poudrerie nationale de Saint- Chamas (Bouches-du-Rhône) occupe 372 ouvriers :

superficie, 58 hectares 1/2.

La Poudrerie nationale de Toulouse occupe 90 ouvriers : superficie, 44 hectares.

La Poudrerie nationale de Saint-Mêdard> près Bordeaux, occupe 370 ouvriers : superficie, 68 hectares.

Les Raffineries nationales de Lille, Bordeaux et Marseille fournissent aux poudreries les quantités de salpêtre et de soufre nécessaires pour la fabrication des poudres noires ou brunes.

Le Laboratoire central des poudres et salpêtres (12, quai Henri IV, à Paris) comprend, indépendamment des laboratoires où s'effectuent les épreuves d'échantillons et les recherches scientifiques, des locaux affectés : 1° à V Inspection générale des poudres et salpêtres ; 2° à la Commission de fabrication des poudres ; 3° à la Commission des substances explosives.

Dans chaque poudrerie nationale, il existe deux appareils servant à mesurer la pression que donne à l'intérieur d'un fusil une poudre fabriquée : c'est ['appareil Maissîn, adapté à un canon de fusil lisse du calibre de 16.

Le fusil employé pour la mesure des pressions, dans les conditions mêmes du tir des armes de chasse, se compose d'un canon du calibre 16, se terminant à la hauteur de l'arrière de la cartouche, et fileté à cette extrémité, pour recevoir une culasse démontable, qui contient l'appareil proprement dit de mesure des pressions. Cet appareil se

réduit essentiellement à deux pièces, appelées le marteau et M enclume.

Le marteau est une pièce cylindrique ayant le diamètre de la cartouche au bourrelet et la plus petite longueur possible, afin de réduire sa niasse. Ce marteau est percé d'un canal incliné, de 3 millimètres de diamètre, pour le passage du percuteur destiné à l'inflammation de la cartouche. Un ergot, disposé parallèlement aux génératrices du cylindre, sert à maintenir le marteau dans la position convenable pour que le percuteur puisse être introduit dans le canal oblique, à travers une fente longitudinale ménagée dans la culasse.

\i enclume est un bouchon fileté qui sert à fermer la culasse.

C'est entre le marteau et Y enclume qu'on place le petit cylindre de cuivre rouge, de 13 millimètres de longueur et de 8 millimètres de diamètre, appelé crusher, dont l'écrasement doit servir à mesurer la pression exercée sur le culot de la cartouche.

Là mise de feu est obtenue au moyen d'un percuteur spécial, disposé de façon à obtenir le relèvement automatique du marteau, après le choc sur le percuteur. Il est essentiel de n'opérer qu'avec des cartouches métalliques, préalablement plongées dans l'huile de pied de bœuf.

Les pressions mesurées varient généralement de 1 500 à 2 500 atmosphères selon la vivacité ou la lenteur des poudres essayées. Ce sont ces pressions considérables que doit pouvoir supporter une bonne arme de chasse, car souvent les chasseurs graissent la chambre du fusil afin de faciliter l'introduction et l'extraction des cartouches, et ils se placent ainsi dans des conditions défavorables pour la préservation de l'appareil de fermeture de leur arme.

Pour la mesure de vitesse, on se sert de l'installation suivante :

1° Un fusil de guerre, modèle 1874^ monté

; sur un chevalet fixe et muni d'un dispositif spécial pour la mesure des pressions (appareil crusher). En vue de la mesure des vitesses, un fil de cuivre argenté, tendu sur la bouche du canon, est destiné à être rompu par le passage de la balle.

2° Une plaque-cible en acier chromé, boulonnée sur un support fixe et munie d'un interrupteur spécial proposé par l'École normale de tir du Camp de Châlons. Cet interrupteur est traversé par un courant qui se trouve rompu au moindre choc imprimé à la plaque d'avant en arrière.

3° Un chronographe Le Boulengé, composé essentiellement de deux électro-aimants qui maintiennent par attraction magnétique deux tiges cylindriques suspendues verticalement, dont Tune est garnie d'une cartouche en zinc.

Au moment où la balle sort de la bouche du canon, le courant de l'un des électroaimants se trouve rompu et la plus longue des deux tiges, dite chronomètre , se détache librement. Dès que laballe frappe la plaquecible le courant du second électro- aimant se trouve également rompu et la plus petite tige tombe à son tour et déclanche un couteau qui vient frapper horizontalement la cartouche du chronomètre en marche.

Une formule très simple permet de déduire, de la hauteur du trait ainsi obtenu, la vitesse du projectile.

Pour mesurer la densité des poudres à gros grains, on se sert du densimètre Bianchi, dit balance pneumatique , aujourd'hui d'un .usage universel.

Le mode opératoire consiste à peser un œuf en fonte préalablement rempli de mercure, puis à le peser plein de mercure et d'un poids déterminé de poudre. Connaissant la densité du mercure à la température de l'expérience, on en déduit le poids spécifique cherché.

L'appareil est complété par une balance

SUPPLÉMENT AUX POUD

et par une machine pneumatique du système Bianchi, laquelle permet de faire le vide à l'intérieur de l'œuf pour en extraire les bulles d'air.

D'après ce qui précède, on comprend que les poudres fabriquées aujourd'hui dans les ateliers de l'État soient très variées.

Yoici les types despoudres fabriquées pour la vente à l'intérieur et pour l'exportation :

Nouvelles poudres de chasse ordinaires et fortes (huit types différents) ;

Poudre de chasse spéciale, poudre de chasse pyroxylée;

Poudres de commerce extérieur ;

Poudres de mine rondes (travaux de sautage et de pétardement), poudres de mine anguleuses (pour cartouches comprimées), poudres de mine à fin grain (pour mèches de sûreté), poudre de mine lente, spéciale;

Pul vérin pour artifices, etc.

Les poudres de guerre f abriqu ées par les départements de la guerre et de la marine, sont :

Poudres pour fusil de guerre modèle 1874, dites F4 etF3.

Poudre pour fusil modèle 1878 dë la marine, dite F2;

Poudre pour canon-revolver, dite R ;

Poudre pour canon de 65 millimètres ;

Poudre pour canons de campagne, dite Ci ;

Poudre pour canon de 90 millimètres de la marine, dite C2;

Poudres pour canons de siège et de place et pour canons de la marine de J 4 centimètres à 42 centimètres, dites : SP1? SP2, ieA<» 26/^î 37*o ; prismatique noire PA4 ; prismatiques brunes PBj, PB2T PB8.

Page 1