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LES POUDRERIES ÉTRANGÈRES. — LES POUDRERIES EN AUTRICHE ET EN PRUSSE

En Autriche, les deux principales poudreries sont celles de Stein, près de Lay-

S. T. IL

bach. et de FéJixdorf, dans les environs de Wiener Neustadt.

L'établissement de Felixdorf n'appartient pas à l'État ; on y fabrique toutes les espèces de poudres, poudres de guerre, à canon et à fusil, poudres de chasse, poudres de mines. Parmi les poudres de guerre, citons celles qui sont destinées aux canons de campagne, aux principales pièces de siège et aux canons de la marine.

Dans la fabrication de la poudre de guerre, en Autriche, on se propose surtout de produire des poudres à combustion lente, ou progressive. La poudre progressive n'a pas seulement de merveilleuses qualités balistiques ; elle est aussi d'un emploi plus sûr que la poudre ordinaire, surtout pour les essais des pièces de très gros calibre, où l'emploi de la poudre progressive suffit, en général, à prévenir toute espèce d'accident : rupture de la bouche à feu, éclatement du projectile dans l'âme.

C'est par la manière de préparer la galette, qui doit être soumise à l'action de la meule, que l'on arrive à obtenir des poudres à combustion lente et d'une grande dureté.

Un de nos savants ingénieurs des poudres et salpêtres, envoyé en Autriche, par le ministère de la guerre, M. Desortieux, a décrit en ces termes le mode de galetage usité en Autriche :

« Pour la poudre de 7 millimètres la galette est formée de poussier humecté à 3 ou 4 pour dOO d'eau. La matière est préalablement pesée par un procédé très simple, puis versée sur une plaque en zinc, de 0m, 60 de côté, recouverte d'une toile, à l'intérieur d'un cadre en bois, dont la hauteur dépasse celle de la galette, de manière que l'on soit assuré de conserver le poids de poudre réglementaire; une règle en bois, présentant un rebord saillant, sert à égaliser la surface de la galette. On place sur la poudre une seconde toile ; puis les bords des deux toiles sont soigneusement repliés l'un sur l'autre, de façon à enfermer la poudre dans une sorte de sac.

« Il semble que, par ce procédé, on obtienne des densités fort régulières, et que l'on diminue considérablement l'importance des ébar-

bages. La densité finale varie de 1,625 à 1,665.

« Pour les poudres de 13,38 et 54 millimètres on fait le galetage en deux opérations distinctes.

« Dans. la première, s'il s'agit par exemple de la poudre de 13 millimètres, on forme des galettes de 6 millimètres et demi d'épaisseur, dites primaires, composées d'un mélange de poussier humecté de 3 à 4 p. 100 d'eau, avec 30 p. 100 de grain séché; ce grain a environ 2 millimètres de grosseur et sa densité varie de 1,600 à 1,620. La densité des galettes primitives est comprise entre 1,600 et 1,650.

« Dans la secondé opération, on forme les galettes finales en réunissant deux par deux les galettes "primaires, de manière à les souder ensemble, par un nouveau galetage. Pour la poudre de 13 millimètres, la densité des galettes finales varie de 1,680 à 1,690. La densité des galettes primaires pourrait être diminuée, ce qui faciliterait le soudage, mais le maniement en deviendrait plus difficile en raison de leur plus faible consistance. »

Cette remarque est d'autant plus vraie, et l'objection est d'autant plus forte qu'à trois reprises différentes de graves accidents ont eu lieu, provoqués uniquement par l'emploi de galettes moins denses.

En divisant en deux opérations bien distinctes le galetage les ingénieurs autrichiens cherchent surtout à obtenir des poudres progressives. Ils y sont parvenus; en d'autres termes, l'accroissement de vitesse correspondant à une augmentation uniforme de la charge croît en même temps que la charge elle-même. Pour le canon de 15 centimètres de la marine, si l'on substitue une charge de 9 kilogrammes à une charge de 8 kilogrammes et demi, l'augmentation de la vitesse initiale est 12 mètres 62 centimètres ; si l'on porte la charge de 9 à 9 kilogrammes et demi, la vitesse initiale croît de 14 mètres 36 centimètres; enfin, si la charge passe de 9 kilogrammes et demi à 10 kilogrammes, l'augmentation de la vitesse initiale n'est pas inférieure à 21 mètres.

C'est bien là le caractère essentiel d'une poudre progressive.

En Allemagne, l'importante poudrerie de Dùnebourg est située, près de Hambourg,

dans une propriété de M. de Bismark. D'après le rapport de M. l'ingénieur Desortieux, la Société des poudreries de Rossweil-Hambourg^ qui possède actuellement la poudrerie de Dùnebourg, a fait un bail de vingtcinq ans avec le tout-puissant chancelier de l'empire d'Allemagne.

Nous venons de parler des poudreries autrichiennes, il n'est pas sans intérêt de visiter, avec M. l'ingénieur Desortieux, une poudrerie prussienne.

La poudrerie de Dùnebourg, dont nous donnons le plan, dans la figure ci-contre, est située sur les bords de l'Elbe; sa superficie est d'environ quatre-vingts hectares. Deux machines accouplées fournissent une force motrice totale de trois cents chevaux. Chaque compartiment d'une usine ne contient qu'un seul appareil. Le séchoir et les magasins forment un groupe à part, auprès du champ de tir, où les canons sont installés à 120 mètres de la chambre à sable.

Cent cinquante ouvriers sont occupés à la poudrerie de Dùnebourg ; ils travaillent, tantôt de cinq heures du matin à sept heures du soir, tantôt de sept heures du soir à cinq heures du matin. L'administration leur donne des vêtements sans poches. Tous les matins et tous les soirs, quand ils se présentent à la porte d'entrée, ils sont fouillés, et pourvus de chaussures spéciales, sans clous. Le sol des ateliers est recouvert de tapis; une couche de paille ou de varech est étendue devant chaque porte; les ouvriers y jettent le sable et les détritus. La poudre ou les matières premières qui tombent à terre sont immédiatement déposés dans une boîte métallique mouillée. D'après le règlement, « avant d'entreprendre une réparation dans les ateliers, on doit enlever les matières en cours de fabrication, et le sol doit être mouillé de façon qu'une étincelle ne puisse pas provoquer dlnfïammation.

« Il est interdit de fumer, de boire dé l'eau- de- vie, d'apporter des couteaux, des

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE GUERRE. 91

Fig. 95. — Plan de la poudrerie de Dunebourg, près Hambourg.

1, bâtiment des machines. — 2, bâtiments de la Direction. — 3, logements d'employés. — 4, écurie et remise. — 5, salles d'épreuve.

- 6, logements d'employés. — 7, glacière. — 8, magasin. — 9, 10, carbonisation; atelier de réparation et raffinerie de salpêtre. — 11, appareils de trituration. — 12, presses prismatiques. — 13, laminoir et appareil de concassage. — 14, appareils de mélange.' — 15, 16. dépôts. — 17, appareils de grenage. — 18, pompe pour la presse hydraulique. — 19, appareils de mélange. — 20, 21, 22, meules.

- 23, dépôt. — 24, meules. — 25, appareils de concassage et de mélange. — 26, dépôt. — 27, presse, hydraulique. — 28, appareils dé mélange. — 29, dépôt. — 30, salles d'épreuve. — 31, appareil de grenage. — 32, dépôt. — 33, appareils de lissage et de' mélange. — 34, dépôt. - 35, presse hydraulique. — 36, dépôt. — 37, appareils de lissage.. — 38, appareils de lissage et presse prismatique. — 39, 40, appareils de lissage. — 4i, 42, dépôts. — 43, appareils d'époussetage et d'assortissage. — 44, fourneau à souder. — 45, 46, 47 abris pour le tir. — 48, salle du chronographe. — 49, 50, 51, 52, 53, 54, magasins. — 55, enfonçage. — 56, séchoir. — 57, premier cadre-cible. — 58, second cadre-cible. — 59, chambre à sable.

objets en fer, une lanterne. Dès qu'un orage se déclare, les ateliers sont fermés, le

travail est suspendu et les ouvriers se réunissent au dépôt des pompes à feu. »

Ce sont là, on en conviendra, de sages précautions.

C'est à l'oubli de prescriptions semblables qu'il faut attribuer la catastrophe qui épouvanta la ville d'Anvers, le 6 septembre 4 889.

Un industriel belge, nommé Corvilain, avait acheté au gouvernement espagnol cinquante millions de vieilles cartouches, qu'il voulait dépecer, pour en revendre la poudre et les balles. Le gouvernement français lui avait refusé l'autorisation de se livrer, sur notre territoire, à cette opération dangereuse, uniquement utile au spéculateur; mais les autorités municipales d'Anvers furent moins sévères, et autorisèrent l'installation, aux portes de la ville, d'un atelier pour ce travail.

Il paraît qu'une des ouvrières employées à défaire les cartouches se servit d'une épingle à cheveux, pour détacher la poudre de son enveloppe, et que le frottement du fer suffit à déterminer l'inflammation d'une cartouche. Aussitôt tout sauta, et des 200 ouvriers, enfants et ouvrières, qui travaillaient dans l'atelier, pas un seul ne survécut !

Par une inconcevable imprudence les autorités municipales d'Anvers avaient laissé l'atelier de Corvilain s'installer près des célèbres réservoirs de pétrole, que connaissaient tous les touristes, et qui s'étendaient non loin du port. Les débris enflammés de l'explosion des cartouches mirent le feu aux réservoirs de pétrole, et dix mille barils de ce liquide s'enflammèrent instantanément. On put heureusement préserver vingt mille autres barils, emmagasinés plus loin.

On conçoit l'effroyable brasier qui résulta de l'inflammation d'une telle masse de pétrole, qui courait comme une rivière brûlante, jusqu'au port, où quelques navires furent endommagés, pendant que le reste se hâtait de prendre le large.

L'incendie des magasins de pétrole causa

de nouveaux malheurs, de nouvelles ruines et de nouvelles victimes.

Et tout cela pour une épingle à cheveux I

Revenons à la poudrerie allemande.

On emploie dans la poudrerie de Dunebourg, huit paires de meules du système Gruson; chacune de ces meules pèse 5,500 kilogrammes; elles font neuf tours par minute, et la charge varie de 30 à 75 kilogrammes.

Pour la fabrication de la poudre ordinaire, les procédés en usage à Dûnebourg n'offrent pas un intérêt spécial ; il n'en est pas de même pour ce qui concerne la poudre prismatique. Il y a dix ans que l'artillerie allemande emploie des poudres prismatiques, et poursuit ainsi ce double objectif : accroître la vitesse initiale, et diminuer la pression à l'intérieur de la bouche à feu.

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