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CHAPITRE III

LES NOUVEAUX EXPLOSIFS. — POUDRE AU PICRATE. — LE COTON-POUDRE, — INCONVÉNIENTS DE CES PRODUITS. — CE QUE C'EST QUE LA DYNAMITE. — FAEBICATION DE LA NITRO-GLYCÉR1 NE ; SES PROPRIÉTÉS . — RÉA CTIONS CHIMIQUES. --EMPLOI DANS LES MINES DE LA NITRO- GLYCÉRINE PURE.

On appelle explosifs les agents chimiques dont les effets balistiques sont notablement supérieurs à ceux de la poudre de guerre, parce qu'au lieu de brûler progressivement, comme la poudre ordinaire, qui est un mélange et non un corps unique, ils brûlent presque instantanément. Comme la substance qui les compose est homogène, forme un produit organique, elle subit la combustion dans toute sa masse à la fois, ce qui détermine des effets explosifs énormes.

La recherche â'eœplosifs applicables aux armes de guerre remonte au milieu de notre siècle. C'est en 1846 que le cotoiipoudre fut découvert par Pelouze, ainsi que nous l'avons raconté dans notre Notice sur les Poudres de guerre des Merveilles de

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MERYEILLES DE LA SCIENCE

la science; et dès 1848 on essayait de le substituer à la poudre, dans les armes à feu et les pièces d'artillerie. Mais on reconnut bien vite que ce produit ne convient aucunement pour le chargement, ni des bouches à feu, ni des fusils.

Dans notre Notice des Merveilles de la science, nous avons fait l'histoire de la découverte des premiers emplois du cotonpoudre, et rapporté les nombreuses tentatives faites par un grand nombre d'officiers et de savants, pour modifier certaines propriétés de ce produit et pour l'employer dans les armes portatives, aussi bien que dans les bouches à feu. Les essais du même genre qui ont été continués depuis l'année 1870 jusqu'à nos jours, dans les deux mondes, n'ont abouti qu'à de mauvais résultats. Sans doute, on n'a pas eu de peine à trouver que le coton-poudre a quatre fois plus d'action que la poudre ordinaire, mais on n'a jamais réussi à enlever à ce corps ses propriétés brisantes, qui en rendent le maniement si dangereux.

L'action brisante du coton-poudre est tellement énergique que pas un canon ne supporte, sans être rompu, un tir prolongé de trois à quatre cents coups.

Quelques tentatives ont été faites pour charger les obus avec du coton-poudre (nous en reparlerons plus loin), mais disons tout de suite qu'elles n'ont pas été heureuses. Neuf fois sur dix, quand les artilleurs se servaient d'obus chargés avec du coton-poudre, le projectile éclatait dans la bouche à feu. Or, on sait que rien n'est plus redoutable que ces éclatements prématurés, qui provoquent très souvent la rupture de la pièce, et qui mettent toujours en péril l'existence des servants. Ajoutons que le coton-poudre se conserve très difficilement.

Nous avons raconté dans les Merveilles de la science la terrible explosion qui détruisit l'atelier pour la fabrication du fui micoton, à la poudrerie du Bouchet, le 17 juil-

let 1848. On a attribué la cause de cette explosion à la présence de quelques gouttelettes d'acide sulfurique dans un kilogramme de coton-poudre. Sous l'influence de cet acide, qui peut demeurer en petite quantité dans la préparation du coton-poudre, on a vu plus d'une fois le coton-poudre, enfermé dans des barils, sauter par suite de sa décomposition.

En résumé, le coton-poudre s'est montré une substance d'un usage impossible dans les armes ; et si les Allemands et les Anglais persistent à étudier son emploi, nous avons, en France, renoncé depuis longtemps à poursuivre un but considéré comme chimérique.

La même déconvenue pratique attendait un produit dont nous avons parlé dans les dernières pages de notre Notice sur les Poudres de guerre, des Merveilles de la science. Nous voulons parler des poudres dites blanches, qui sont formées de picrate de potasse.

Ainsi que nous l'avons dit dans les Merveilles de la science , l'acide picrique fut découvert, en 1788, par un chimiste alsacien, Haussmann; et Chevreul l'analysa, en 1869. On l'obtient en traitant le phénol, ou l'huile de goudron de houille, par l'acide azotique.

Le picrate de potasse, qui se représente sous la forme d'aiguilles dorées, est un produit très employé en teinture, en raison de sa grande puissance colorante.

L'acide picrique détone à-j-300°; et par sa décomposition, il ne donne que des gaz : acide carbonique, oxyde de carbone, hydrogène et azote. Aussi sa décomposition produit-elle des effets foudroyants.

On a fabriqué différentes poudres à base d'acide picrique, et nous avons parlé -de ces composés explosifs dans notre Notice des Merveilles de la science (1).

(1) Tome III, page 296 et suivantes.

SUPPLÉMENT AUX P

OUDRES DE GUERRE.

La poudre verte était un mélange d'acide picrique avec du chlorate et du prussiate de potasse ; la poudre de Désigna lie était un mélange de picrate de potasse, de salpêtre et de charbon ; la poudre Fontaine un mélange, à parties égales, de picrate de potasse et de chlorate de potasse ; enfin le picrate d'ammoniaque mélangé au salpêtre a donné naissance à la poudre blanche Bruyère, ou poudre Abel.

Nous n'avons pas à insister sur la composition, la fabrication et les propriétés des poudres au picrate, car on ne les utilise plus aujourd'hui, leur manipulation exposant aux plus graves dangers. De fréquents accidents arrivés à la poudrerie du Bouchet, où'- Ton fabriquait la poudre de Designolle, et surtout l'explosion qui eut lieu à Paris, sur la place de la Sorhonne, en 1869, où de grandes quantités de poudre Fontaine avaient été emmagasinées, firent renoncer à ces dangereuses substances.

L'explosion de la place de la Sorbonne, arrivée en plein Paris, au milieu d'un quartier populeux, fit de nombreuses victimes. Nous en rappellerons les péripéties.

M. Fontaine, fabricant de produits chimiques, dont le magasin était situé au coin de la place Sorbonne et de la rue de ce nom, fabriquait, pour le compte de l'État, la poudre au picrate et au chlorate de potasse, qu'il avait inventée, et à laquelle il avait donné son nom : la poudre Fontaine, Le 46 mars 1869, à 4 heures de l'après-midi, les employés de la fabrique étaient occupés à emballer dans des caisses une très grande quantité de cette poudre, pour l'envoyer à Toulon, où elle devait servir au chargement de torpilles.

On ne sait par quelle cause, mais probablement par un choc que dut recevoir une certaine quantité du mélange détonant, le produit s'enflamma, et toute la provision de poudre au picrate sauta aussitôt. L'explosion fut formidable; les maisons furent se-

couées; les passants heureusement peu nombreux, jetés à terre, étaient meurtris par des éclats de vitres et par les débris hachés des vitrines ou des comptoirs, qui entrèrent par toutes les fenêtres de l'hôtel du Périgord, situé en face.

Plusieurs femmes sautèrent dans la rue, l'une du quatrième, dans un état déplorable. Une aiitre tomba du premier, dans les bras de gens qui rendirent, à leurs dépens, sa chute moins dangereuse.

Dans les alentours de la place Sorbonne, et sur cette même place, on crut à un tremblement de terre : les meubles s'étaient déplacés, les objets posés sur des étagères avaient été renversés ; des fenêtres s'étaient ouvertes d'elles-mêmes ; les persiennes étaient sorties de leurs gonds.

Toutes les croisées de la façade du lycée Saint-Louis, sur le boulevard Saint- Michel, étaient endommagées.

Quelques secondes après l'explosion, une épaisse fumée, mélangée de flammes bleuâtres, s'échappait du rez-de-chaussée de la maison, occupée par la fabrique de produits chimiques.

Pendant une demi- heure, sur la place Sorbonne, on entendit pousser des cris déchirants. Le spectacle le plus navrant, c'était celui que l'on voyait à chaque fenêtre dés cinq étages de la maison. Les locataires, reconnaissant que c'était au rezde-chaussée de leur habitation qu'existait le foyer de l'incendie, furent pris d'une terreur, que l'on comprend aisément. Ils voulurent fuir par l'escalier, mais la fumée asphyxiante qui montait par la cage de l'escalier les forçait à rentrer» C'est alors que l'on vit des locataires descendre par les fenêtres et les persiennes, d'un étage à 3 'autre, au risque de tomber sur le trottoir, et de se briser la tête.

D'autres locataires voulaient se jeter par les croisées. On eut toutes les peines du monde à obtenir qu'ils attendissent qu'on

vînt les délivrer. Des échelles étaient apportées et attachées l'une au bout de l'autre. Tandis que les sauveteurs s'empressaient de prendre entre leurs bras des femmes et des enfants affolés et poussant des cris lamentables, quelques-uns déménageaient des meubles et des objets précieux.

On eut à déplorer la mort de six personnes, parmi lesquelles plusieurs employés de la maison Fontaine, MM. Dautresme, Rendu, Balle, dont les corps avaient été projetés au milieu de la place Sorbonne et brisés sur le pavé. Une fille, mademoiselle Biot, fut brûlée vivante : on lui arracha ses vêtements tout en flammes : elle perdait connaissance à 9 heures du soir, et le lendemain elle rendait le dernier soupir. Le cadavre carbonisé du fils de M. Fontaine fut retrouvé, le lendemain, dans les décombres.

Les mauvais résultats qu'ont donnés le fulmi-eoton et le picrate de potasse n'ont pas détourné les hommes de l'art de l'étude des explosifs. On a seulement cherché à se mieux rendre compte des causes de leur décomposition, pour y porter remède, sans renoncer à des produits dont l'utilité est de toute évidence pour les usages industriels, si Ton parvient à en écarter les dangers.

Nos ingénieurs et nos officiers ont été amenés, de cette manière, à découvrir des faits qui ont beaucoup éclairé la question de l'utilisation des explosifs.

C'est ainsi que l'on a reconnu que certains explosifs, qui ne détoneraient pas par euxmêmes, détonent lorsque, dans leur voisinage, un autre corps vient à faire explosion.

M. Àbel, directeur du laboratoire de chimie de Woolwich (Angleterre), fit l'expérience suivante, aujourd'hui classique. Il plaça à chacune des deux extrémités d'un tube métallique une cartouche de dynamite ; en faisant détoner l'une des cartouches, il détermina aussitôt l'explosion de l'autre. Cependant les deux cartouches ne

se touchaient pas, elles étaient même séparées par une longue colonne d'air. A quelle cause faut-il attribuer l'explosion de la deuxième cartouche? Ce n'est pas aux gaz produits par la détonation de la première cartouche, puisqu'en plaçant des flocons d'ouate au milieu du tube, on empêche la transmission de l'explosion. Quel est donc le rôle que jouent ces flocons d'ouate? Ils font obstacle à la transmission des vibrations.

Ce phénomène est désigné aujourd'hui sous le nom à! explosion par influence. Ce principe a été mis à profit de nos jours. On détermine, à distance, l'explosion de matières explosibles, en faisant détoner une autre matière dans leur voisinage.

Le même principe de V explosion par influence explique les dangers dont s'accompagne la manipulation des matières explosives. Que, dans un atelier, une parcelle do fulminate fasse explosion, et tout le fulminate contenu dans la même chambre détonera ; le fulminate enfermé dans les chambres contiguès fera même également explosion, parce que la* vibration sera transmise par lés parois des murailles.

Un autre principe qui a été découvert de nos jours, c'est que certains explosifs qui détonent par le choc ne détonent nullement par la chaleur.

Ce fait a été reconnu à la suite d'expériences auxquelles donna lieu un accident désastreux, arrivé à Paris, le 14 mai 1878, où une maison fut renversée et un quartier ébranlé, par l'explosion de matières contenant du fulminate de mercure.

La maison portant le numéro 22 de la rue Déranger, située entre le passage Yendôme et le magasin de nouveautés du Pauvre Jacques, contenait un magasin d'articles de ménage et jouets d'enfants, appartenant à M. Blanchon. Dans le nombre des jouets étaient compris, pour une large part, des pistolets et de petits canons, qui détonaient

SUPPLÉMENT AUX POUDRES DE. GUERRE

au moyen d'amorces en papier, c'est-à-dire de petites parcelles de fulminate déposées sur un carré de papier spécial.

À 8 heures du soir, une détonation semblable à un coup de canon retentit, et fut suivie d'un bruit sourd. C'était le dépôt d'amorces de M. Blanchon qui venait de sauter. La maison qui le contenait, une maison à six étages, s'était effondrée et renversée sous le choc formidable résultant de l'explosion des gaz subitement formés par la détonation des amorces fulminantes .

Le sol avait tremblé, comme secoué par un tremblement de terre. Les vitres volaient en éclats, en même temps qu'une épaisse fumée emplissait toute la place du Châteaud'Eau et les alentours.

Bientôt le feu éclata. Le combustible des cuisines, mis en contact, par l'effondrement de la maison, avec les matières inflammables, produisit un incendie, sans flamme, mais accompagné d'une fumée noire et intense.

A 9 heures seulement, on put approcher de cet amas de décombres fumants, et procéder au sauvetage des malheureux ensevelis vivants sous ces débris amoncelés, et en retirer les morts.

Pendant la nuit et la journée du lendemain on dégagea les blessés et les morts. Quinze personnes environ furent trouvées mortes et quarante blessées. Ce ne fut que quelques jours après que l'on retira des décombres le corps de la femme du gérant de la maison Blanchon, madame Mathieu, et le corps de sa servante.

D'après la déclaration de M. Mathieu, le gérant de M. Blanchon, le magasin de la rue Béranger contenait 800 grosses de capsulesamorces, représentant 576000 capsulesamorces. En tenant rigoureusement compte dé la proportion de fulminate qui entre dans ces engins, on comprend aisément l'effondrement épouvantable qui s'était produit.

A la suite de ce malheur, des expériences

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furent ordonnées pour en rechercher la cause, et voici les faits curieux que Ton mit en évidence.

On accumula sur le sol des paquets contenant, chacun, plus de vingt-cinq mille amorces Chaslin ; on arrosa ces paquets avec du pétrole, on y mit le feu. La flamme gagna la masse, mais aucune explosion ne fut constatée. Mais si l'on faisait tomber un morceau de bois, pesant à peine 3 kilogrammes, sur un tas des mêmes amorces, la masse faisait aussitôt explosion, et projetait au loin les matériaux divers dont elle avait été recouverte.

Certains explosifs exigent donc pour détoner le choc, la percussion, et non la chaleur.

Aussi l'étude des corps explosifs est-elle fertile en difficultés. Pour un même corps explosif, l'intensité des effets brisants varie avec la quantité de matière employée ; et la nature de ces effets varie suivant les conditions dans lesquelles l'explosion a été provoquée. Chaque substance explosive a deux modes d'action bien distincts : le moins énergique provient d'une explosion relativement lente ; le plus énergique provient d'une explosion instantanée. Les effets les plus violents sont ceux qui ont été provoqués par des agents produisant à la fois choc brusque, dégagement de chaleur et mouvement vibratoire.

L'une des grandes difficultés de l'emploi des corps explosifs se trouve donc dans la nécessité d'avoir de bonnes cap suies- amorces. Avec une mèche à mine, par exemple, on n'aura qu'une explosion lente, et ce n'est évidemment pas ce. que l'on recherche, pas plus dans l'industrie que dans l'armée. Avec une capsule très forte, au contraire, on obtiendra une explosion instantanée.

On a remarqué qu'on augmentait l'effet de la capsule-amorce en augmentant son épaisseur. C'est ainsi que des mineurs, munis d'amorces qui contenaient une charge

insuffisante de fulminate de mercure, ont pu la renforcer en l'enfermant simplement dans une deuxième enveloppe de fer-blanc.

Après ces quelques aperçus théoriques, nous allons étudier les diverses substances explosives connues aujourd'hui» Nous analyserons ensuite leur mode d'emploi dans les armes de guerre et leur application à l'industrie.

On peut dire que le nombre des explosifs que Ton peut obtenir est presque illimité. La difficulté est de faire passer ces agents chimiques, de l'état de produits de laboratoire, à l'état d'auxiliaires utiles à l'industrie et à Fart de la guerre.

C'est à la revue de ces produits que ce Supplément sera consacré.

Nous devons commencer cette étude par un produit, devenu aujourd'hui industriel, tant son usage est répandu. Nous voulons parler de la dynamite.

On a donné le nom de dynamite à une foule de matières explosives qui diffèrent par leur composition et leur aspect, autant que par la nature et la puissance des effets qu'elles produisent ; mais toutes les dynamites ont un principe actif identique, et ce principe, c'est la nitro-glycérine.

Qu'est-ce que la nitro-glycérine ? C'est le produit résultant de l'action de l'acide azotique sur la glycérine.

La glycérine (G6H806) fut découverte, au siècle dernier, par l'illustre chimiste suédois Scheele. Ghevreul, à qui l'industrie moderne doit tant de découvertes, prouva que la glycérine est un véritable alcool.

La glycérine s'obtient, comme produit accessoire, ou résidu, dans la fabrication du savon. C'est la substance qui demeure dissoute dans l'eau, quand on a saponifié une huile ou une graisse ; en évaporant l'eau, on en retire la glycérine.

Pour préparer la nitro-glycérine. on traite,

disons-nous, la glycérine par l'acide azotique. Voici la manière d'opérer. On place de la glycérine dans un vase en verre, maintenu dans un courant d'eau froide, et l'on y ajoute, par petites quantités et très lentement, un mélange de quatre parties d'acide suif uri que et de deux parties d'acide azotique. On agite constamment, afin d'éviter une brusque élévation de température ; la nitro-glycérine se forme, et si, après avoir versé le tout dans une grande quantité d'eau froide, on imprime à la masse un mouvement circulaire, la nitro-glycérine se sépare, et tombe au fond du vase.

« Le produit, dit M. Dumas-Guilin, dans son ouvrage La dynamite de guerre et le coton-poudre, présente, en cet état, l'aspect d'une huile trouble d'un blanc jaunâtre. On le soumet d'abord à des lavages prolongés à grande eau ; puis on le traite par une solution alcaline, afin de neutraliser l'excès d'acide qu'il contient. Après de nouveaux lavages, qui entraînent les dernières traces de corps étrangers, la nitro-glycérine peut être considérée comme suffisamment pure. On la place alors sous la cloche d'une machine pneumatique, au-dessus d'une cuve d'acide sulfurique concentré, où elle se débarrasse de Feau dont elle demeure naturellement imprégnée, à la suite des précédentes manipulations.

« La nitro-glycérine est quelquefois desséchée dans des étuves chauffées au moyen de l'eau. La température de ces étuves ne doit pas être supérieure à -h 40 dégrés. »

Industriellement, la nitro-glycérine se fabrique dans des appareils où l'on fait intervenir le moins possible la main de l'homme.

Nous citerons, comme type de ce genre de fabrication, l'atelier pour la préparation de la nitro-glycérine qui a été installé par la Compagnie laForcite, àBaelen-sur-Nethe (Belgique).

La figure 97 donne une coupe de cet atelier, qui est divisé en deux étages, et largement ventilé par des cheminées d'appel. La glycérine est emmagasinée dans le réservoir supérieur g, d'où on la fait couler par un tube, dans le bac a. D'autre part, les acides azotique et sulfurique arrivent dans le

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Kig. 97. — Appareil pour la préparation automatique de la nitro -glycérine, à Baelen-sur-Nethe (Belgique).

même vase, a} par un monte-acide à air comprimé, et y pénètrent par le tuyau m. Un courant d'eau froide circule constamment autour du bac pour s'opposer à une trop grande élévation de température résultant de la réaction. Un large tube en verre, A, donne issue aux vapeurs acides qui se dégagent pendant l'opération.

On se rend compte des progrès de la réaction et on la modère à volonté, connaissant la température du mélange dans le bac a, et la couleur des gaz qui s'échappent par le tube en verre, h.

La réaction accomplie et la combinaison entièrement produite entre la glycérine et les éléments de l'acide azotique, on fait écouler la nitro-glycérine qui vient d'être

formée dans un autre bac placé audessous, qui contient de l'eau pure, et où se lave le produit, lequel tombe ensuite dans les vases c,c\d, contenant, les premiers, du carbonate de soude et le dernier de l'eau pure. La nitro-glycérine arrive ainsi dans le vase f, où elle est filtrée et recueillie.

Gomme il peut arriver que la réaction soit trop vive et menace d'amener une explosion, deux grands réservoirs pleins d'eau, <?, e, e, sont placés au-dessous de l'appareil général. Si les circonstances l'exigent, on peut faire écouler instantanément la glycérine contenue dans le bac a, ou dans les vases à,c,c',d, au moyen de gros robinets de grès, et arrêter ainsi l'opération.

L'appareil qui vient d'être décrit entraîne à un assez grand nombre de manipulations, qui peuvent être dangereuses. Pour simplifier l'opération on se sert, dans la même usine, d'un bac parcouru par des courants d'eau froide et d'air froid, pour modérer la réaction. L'eau circule dans un serpentin, l'air traverse un tube recourbé. Voici les dispositions de ce dernier appareil, que représente la figure 98-

C'est un bassin rectangulaire en bois et en plomb, à doubles parois latérales. Sa paroi supérieure est en verre, pour surveiller la réaction des matières, c'est-à-dire de la glycérine et de l'acide nitrique, que Ton y introduit, successivement, par le tube A. Deux thermomètres, b, é', ayant leurs tiges à l'extérieur, servent à apprécier l'intensité de la réaction, en indiquant à chaque instant la température du mélange. Les gaz qui prennent naissance s'échappent au dehors, par le tube X.

Un courant d'eau froide circule entre les deux parois du bassin. Elle sort inférieurement par le robinet P. En outre, une circulation d'eau froide est constamment entretenue dans le mélange, au moyen du serpentin en plomb, B : l'eau arrivant d'un réservoir supérieur, par le tube C et s'écoulant à l'extérieur par le tube D.

Un courant d'air froid arrivant par le tube c c' et sortant par le tube t concourt au refroidissement de la masse.

Quand la réaction est achevée la nitroglycérine, plus légère que l'eau, surnage sur le mélange : on l'évacué par le tube à robinet R, et on la reçoit dans un bac plein d'eau froide. Le résidu liquide, composé de l'excès d'acide azotique et de glycérine, est évacué au moyen du robinet , qui termine le tube E. Lereste du liquide s'évacue par le robinet F.

Un tube indicateur de niveau, aar, fait voir la quantité de liquide restant dans la cuve.

Chimiquement, la nitro-glycérine est une

combinaison de glycérine et d'acide azotique. Au cours de sa préparation il se forme de l'eau : l'acide sulfurique n'intervient que pour absorber cette eau. La glycérine (C6Hs06) cède trois équivalents d'eau (H202) et s'assimile trois équivalents d'acide azotique.

La nitro-glycérine a l'aspect huileux ; elle est incolore, douée d'une odeur aromatique, et bout à +185 degrés; sa densité est de 1,64. Elle détone avec une extrême violence, sous l'action du choc, et brûle à l'air, sans faire explosion, ni produire de fumée.

« De tous les corps ou mélanges explosifs, usités, écrit M. Berthelot, c'est la nitro-glycérine .qui fournit le plus grand volume gazeux, lors de son explosion. La roburite et la mêlinite ne développent pas autant de gaz ni de chaleur que la nitro-glycérine. »

MM. Vieille et Sarrau, ingénieurs des poudres et salpêtres, ont estimé qu'un gramme de nitro-glycérine produit, en détonant, sept cent dix centimètres cubes de gaz, d'après la formule chimique suivante :

C6H2(AzH03)3 =3C'0+.SHO*+3Az-+0.

La nitro-glycérine se décompose donc en acide carbonique (trois équivalents), eau (cinq équivalents), azote (trois équivalents), et oxygène (un équivalent)»

On remarquera que les gaz qui se développent ne sont pas délétères, tandis que le coton-poudre, en faisant explosion, donne naissance à une certaine quantité d'oxyde de carbone, dont les propriétés toxiques ne sont que trop connues.

Quelques corps, parmi lesquels l'ozone, provoquent aussi, par leur simple contact, l'explosion de la nitro-glycérine.

La nitro-glycérine est tellement explosible, elle se décompose et détone avec tant de rapidité, et sous l'influence de causes si faibles et si insignifiantes, qu'il est à peu près impossible d'en faire usage avec sécurité, ni dans les mines ni dans les armées I Cependant, en usant de précautions excès-

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Fig. -98. — Autre appareil (à circulation d'eau froide) pour la préparation de la nitro-glycérine.

sives, on est quelquefois parvenu à en tirer parti dans l'exploitation des mines.

Dans les dernières pages de notre Notice des Merveilles de la Science, sur les Poudres de guerre (1), nous avons mentionné les premiers essais faits en 4865 par M. Nobel dans la mine d'Altenberg ; nous avons même donné le dessin des outils qui furent employés pour perforer les roches et placer la cartouche explosive (fig. 172, 173).

Dans les mines de la Vieille-Montagne, on put également se servir de la nitroglycérine. On creusait un trou, que l'on enduisait d'argile, afin de le rendre imperméable. On y versait ensuite, et successivement, la nitro-glycérine et une notable quantité d'eau, qui produisait,, par son poids, l'effet du bourrage. On introduisait dans la nitro-glycérine l'extrémité d'une mèche, armée d'une capsule fulminante assez forte. Une fois le trou de mine bien

(1) Tome III, pages S06-30T.

rempli d'eau, l'ouvrier, après s'être mis à l'abri à une certaine distance, mettait le feu à la mèche, et se retirait le plus loin qu'il pouvait. La capsule détonait et la nitro-glycérine faisait explosion. Dans ces conditions Faction destructive de la nitroglycérine sur les roches équivaut à dix fois celle de la poudre.

En Alsace, dans la vallée delaZorn, près de Saverne, où les entrepreneurs essayaient de faire sauter d'immenses quartiers de roches, on recouvrait la nitro-glycérine d'un petit cylindre en bois ou en carton, que Ton emplissait de poudre ordinaire. La poudre faisait ici l'office de capsule. Bien entendu l'ouvrier enflammait la poudre à l'aide d'une mèche de mineur, et se réfugiait au loin, car les fragments de roche étaient quelquefois projetés jusqu'à deux ou trois cents mètres.

On sait que le percement du tunnel de Hoosac, aux États-Unis, a précédé le percement des Alpes, au mont Genis et au mont Saint-Gothard. C'est avec la nitro-glycé-

rine que Ton fit sauter les roches de cette énorme masse montagneuse, sur une longueur qui n'avait pas moins de 7500 mètres.

Au moyen d'un entonnoir et d'un tuyau on déposait le liquide explosif au fond du trou pratiqué par l'outil d'acier, ensuite on versait par-dessus une petite quantité d'eau, dont le poids produisait l'effet du bourrage. Une capsule de fulminate de mercure était plongée dans la nitro-glycérine, et on provoquait l'explosion de la capsule fulminante au moyen d'une mèche de mineur rendue imperméable à l'eau.

Pour les roches fissurées, on enfermait la nitro-glycérine dans un cylindre de tôle, de même diamètre que le trou de la mine et ouvert à sa partie supérieure. Si le trou de mine était horizontal, on plaçait la nitroglycérine dans une cartouche de tôle, dont le couvercle était traversé par la mèche de mineur, et on bourrait avec du sable.

On constata que l'effet était plus grand avec la nitro-glycérine simplement versée dans le trou de mine, qu'enfermée dans des cylindres de tôle.

C'est de 1869 à 1873 que fut percé le grand tunnel du mont Hoosac.

Toutefois, le maniement de la nitro-glycérine pure exposait à de très grands dangers, et l'on ne pouvait guère songer a généraliser dans l'industrie l'usage d'un agent de destruction aussi terrible et d'un emploi aussi difficile.

C'est alors que vint l'idée de mélanger la nitro-glycérine avec une substance inerte, comme le sable, et d'atténuer ainsi ses effets, en les limitant à un degré utile et pratique.

C'est le chimiste suédois Nobel, qui, le premier, eut l'idée d'employer la nitroglycérine ainsi diluée dans le sable. C'est ce mélange de nitro-glycérine et de sable qui porte le nom de dynamite.

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