AMORCES, ÉTOUPILLES ET FUSÉES ÉCLAIRANTES
Un obus n'éclate pas tout seul ; il contient une charge de poudre variable, dont nous avons indiqué le poids pour chaque projectile, et c'est une fusée qui met le feu à la charge de poudre/ pour provoquer l'explosion de l'obus.
L'emploi des projectiles creux contenant de la poudre et des balles n'est pas de date récente ; mais ce n'est que vers 1875 que l'on a découvert \& fusée fusante, c'est-à-dire la fusée qui part à tel moment que Ton a choisi , et qui détermine l'explosion de l'obus.
L'artillerie fait usage de deux types de
Fig. 169 et 170. — Fusées en bois.
fusées : les fusées en bois, qui sont exclusivement affectées aux bombes et aux grenades; les fusées percutantes et les fusées fusantes, qui sont les fusées normales.
Les fusées en bois (fig. 169 et 170) sont composées d'un corps de fusée en bois, A, terminé par une tête tronconique, B; un tube en laiton, C, est enfoncé dans cette tête, B. Ce tube, de 9 millimètres de diamètre, contient |
la composition fusante. Un calice, D, est fixé dans la tête, B; ce calice contient l'amorce.
La composition fusante brûle en 24 secondes; à l'extérieur le corps de la fusée porte des traits circulaires, comme l'indique la figure 170. Avant d'introduire la fusée dans l'œil de la bombe, le canonnier perce la fusée, à hauteur du trait 15, par exemple; la charge du mortier, en brûlant, enflamme l'amorce delà fusée, et après 15 secondes, la bombe fait explosion, puisque le feu se communique, par le trou fait à la 15a graduation, à la charge contenue dans le projectile. C'est le principe de la fusée fusante.
Deux espèces de fusées de grenade sont encore en service. La fusée de grenade de mortiers ne diffère de celle que nous venons de décrire que par ses dimensions, et par la
Fig. ni. — Fusée de grenade.
composition de la matière fusante : 3 parties de pulvérin, 2 de salpêtre et 2 de soufre. La fusée de grenade à main adoptée en
Fig. 172. — Fusée percutante de campagne, système Budin (avant le départ).
1882 consiste (fig. 171) en un tube en cuivre rouge, AC, dans lequel est introduit un petit tube d'étoupille fulminante, D. Ce petit tube intérieur s'appuie, par le bas, sur la composition fusante, E, ainsi composée: 3 parties de pulvérin, 2 de salpêtre et 1 de soufre : elle brûle en quatre secondes et demie.
C'est en 1875 qu'on a commencé de fabriquer les fusées percutantes, modèle Budin, pour canons de campagne. Cette fusée se compose (fig. 172) d'un corps de fusée, en bronze, A," qui pèse 162 grammes et demi, et dont la tête, B, est de forme tronconique, de telle façon qu'elle prolonge la pointe de l'ogive du projectile et qu'elle offre une surface restreinte à la résistance de l'air. La tête et le noyau du corps de fusée sont traversés par un canal cylindrique, C, qui a 4 5 millimètres de diamètre et qui s'arrête à 6 millimètres de l'extrémité inférieure du corps de fusée ; ce canal se nomme canal
Fig. 173. — Fusée de campagne, modèle Budin (après le départ).
du percuteur. Un second canal, D, qui n'a que 4 millimètres de diamètre, se prolonge jusqu'au bas du corps de fusée. Le bouchon fileté, E, est vissé dans la partie supérieure du canal du percuteur ; ce bouchon pèse 32 grammes 4. Le porte-amorce, a, repose sur une rondelle de carton, b ; il se divise en deux chambres, dont l'une, la chambre supérieure, est remplie de fulminate et l'autre, la chambre inférieure, de poudre de chasse. Enfin, une masselotte tronconique, q, en bronze, emboîte la partie supérieure du porte-amorce, et le maintient à distance de la pointe, p, du rugueux.
Le coup part (fig. 173) ; la masselotte recule et touche la rondelle de carton, b. Alors on dit que le percuteur est armé, car, dès que le projectile touche le sol, le fulminate se heurte à la pointe, p, du rugueux, détone, enflamme la charge intérieure du projectile, et le fait éclater. Il faut l'impulsion dé-
"À L ARTILLERIE MODERNE
terminée par l 'inflammation de la charge du canon pour provoquer le recul de la masselotte . Ceci est extrêmement important, puisque les obus peuvent tomber pendant qu'on les transporte. On a remarqué que la masselotte ne reculait pas lorsqu'on laissait tomber un obus de 30 mètres de hauteur sur le sol. Dans ces conditions, les accidents sont peii à redouter.
Il est également vrai que, pour armer la fusée Budin, c'est-à-dire pour faire reculer la masselotte, il faut que la charge de poudre imprime au projectile une vitesse initiale assez considérable; c'est ce qui n'arrive pas
Fig. 174. — Fusée à double elîet (de 25 millimètres).
dans le tir à charges réduites et dans le tir des canons de montagne.
On a muni les projectiles des canons de siège et du canon de 80 de montagne, d'une fusée spéciale, pourvue d'une boucle d'armement que tend la masselotte. C'est alors cette bande d'armement qui rapproche le porteamorce du rugueux.
La fusée fusante, ou fusée à double effet (fig. 174), a 25 millimètres de diamètre. Le corps de fusée est en bronze ; il se termine à sa partie supérieure par un plateau, aa, qui sert d'appui au chapeau mobile, b, et au barillet, c . Le plateau, «, est pourvu d'une graduation de 0 à 10, pour servir au réglage de la fusée ; dans l'épaisseur de ce plateau est percé un canal horizontal, d, qui relie l'appareil fusant à l'appareil percutant. À l'intérieur, le corps de fusée est analogue au corps de fusée de la fusée percutante Budin, dont nous venons de parler. La 'tigebouchon, est en laiton ,; elle est vissée par sa partie médiane dans le corps de fusée, sur le plateau duquel elle s'appuie.
Dans la partie moyenne, le filetage de la tige-bouchon est interrompu par une gorge circulaire, kt qui correspond avec la chambre à poudre, d, qui. elle, est remplie de poudre de chasse en grains. Cette gorge, h, communique avec le canal percutant par trois pe~ tits canaux verticaux, mt qui sont chargés avec des brins de mèche à étou pilles et qui débouchent autour du rugueux, p.
Le barillet est en métal mou, composé de 4 parties de plomb, 4 d'étain, et 1 d'antimoine; sa forme est tronconique. Le tube fusant est en plomb étiré à la filière ; il contient du pul vérin tassé, qui brûle avec une vitesse de 13 millimètres exactement à la seconde ; le diamètre de ce tube étiré est de 4 millimètres. Après avoir été étiré, le tube est coupé en morceaux ; chacun de ces morceaux est enroulé sur le barillet. Le chapeau mobile, 6, est en laiton; il est percé de 22 trous, dont 21 sont numérotés de 0 à 20. La position de ces trous a été déterminée expérimentalement de telle sorte qu'ils correspondent aux durées de combustion de 1 à 20 secondes. Le 22e trou, non numéroté, sert à l'écoulement des gaz.
Cela posé, si l'on veut employer la fusée de 25 millimètres comme fusée percutante, il n'y a qu'à tirer l'obus tel qu'il est. Si Ton
veut se servir de la fusée fusante, il faut commencer par la régler. Dans ce but, on s'assure que le trait 0 de Févent est en exacte coïncidence avec le 0 de la graduation du plateau. L'obus doit-il éclater après dix secondes, on perce à l'aide d'un débouchoir à vrille Févent marqué 10. Au moment du départ de l'obus, la composition fusante commence à brûler; elle communique le feu à la charge intérieure de l'obus à l'instant où la flamme arrive à Févent débouché. C'est ainsi que, si Fon débouchait Févent 0, ce qu'il faut bien se garder de faire, l'obus éclaterait presque au sortir de la bouche à feu.
Bien que la fusée àdoiibleeffetvï la fusée Budin soienl exclusivement employées dans l'armement de nos batteries de campagne, quelques autres fusées, d'invention plus ancienne, ont été conservées dans nos arsenaux, soit que l'approvisionnement en fusées réglementaires ne soit pas encore tout à fait au complet, soit que ces fusées soient destinées à jouer un rôle dans certaines circonstances exceptionnelles. C'est ainsi que les obus des canons rayés de 4, 8 et 42, et ceux des canons Withworth sont munis de
Fig. 175. — Fusée Démarest (coupe).
la fusée Démarest, imaginée en 1858 par le capitaine d'artillerie de ce nom.
La fusée Démarest (fig. 175) est percutante. Elle se distingue de la fusée Budin par ce
fait, que la fusée ne s'arme pas au départ de l'obus. C'est seulement au moment où le projectile touche le sol que le tampon ay qui est en bois dur, enfoncé par la violence du choc, repousse le rugueux m, contre l'amorce fulminante q ; le feu se communique à la charge par le canal /.
La figure 175 représente la coupe de la fusée Démarest : la figure ci-dessous la
Fig. 176. — Fusée Démarest (élévation).
montre telle qu'elle est, avec le corps de fusée que Fon visse dans la tête de l'obus.
Il résulte de ce qu'on vient de lire que si l'obus tombait à terre, par hasard, il éclaterait. Pour remédier à ce grave inconvénient, le capitaine Démarest a recouvert la fusée, à sa partie supérieure, d'une plaque de sûreté 0 (fig. 176). Quand on introduit Fobus dans la bouche à feu, le pointeur arrache un fil r qui entoure cette plaque de sûreté ; les deux pointes en laiton xx qui relient la plaque de sûreté à la fusée sont arrachées ; on dit alors que la fusée est décoiffée.
Telles sont les fusées employées dans l'artillerie française pour l'armement des projectiles.
Outre les fusées, toutes les artilleries européennes emploient d'autres moyens d'inflammation des obus. Ce sont, d'abord, les artifices pour la communication du feu, tels que le bickford, que nous avons décrit dans notre Supplément aux Poudres de
SUPPLÉMENT A L'ARTILLERIE MODERNE
guerre, et les étoupilles, qui sont en usage actuellement.
U étoupille est un tube rempli d'une préparation chimique, dont la combustion détermine l'inflammation delà charge de poudre du canon'. L'étoupille adoptée en 1877 se compose (fig. 177) d'un grand tube exté-
Fig. 177. — Étoupille fulminante.
rieur en cuivre rouge, a1 qui se termine à sa partie supérieure par deux oreilles rabattues, et d'un tube inférieur, en cuivre rouge aussi, et q;ui contient la substance fulminante, formée d'une partie de chlorate de potasse et de deux parties de sulfure d'antimoine, le tout humecté d'eau gommée et séché soigneusement ensuite. Cette substance fulminante occupe le tiers du tube
intérieur ;: un fil rugueux, ç, la traverse suivant son axe. La fermeture est complétée par une rondelle de caoutchouc interposée entre le petit tube et le tampon en bois ; enfin, le fil rugueux est en cuivre rouge terminé par un crochet, /. C'est dans ce crochet que Ton introduit le crochet du tirefeu, de telle façon qu'au moment où le
Kig. 178. — Étoupille électrique.
pointeur servant tire ce crochet, le fil rugueux a, b par son frottement détermine l'inflammation de la substance fulminante.
Pour empêcher qu'après la mise du feu le tube de l'étoupille soit projeté en arrière et qu'il vienne blesser les servants placés autour de Favant-train, à l'arrière de la pièce, on relie l'étoupille et le rugueux par un fil de laiton ; alors, l'étoupille reste accrochée au tire-feu.
Dans les tourelles cuirassées des forts, que
nous décrirons au chapitre XIIL on fait usage d'une étoupille électrique dont la figure 178 représente ia coupe. Le corps de cette étoupille est identique à celui de Fétoupille ordinaire. L'amorce consiste en deux fils conducteurs, dy recouverts de gutta-percha, et tordus ensemble, sur une partie de leur longueur. A leur extrémité seulement, ces fils sont séparés et nus ; ils sont alors repliés en crochet, et séparés par un fil de platine, d'un quarantième de millimètre de diamètre. Une pile électrique fait, au moment voulu, passer un courant entre les pointes de ces deux fils, et ce fil, brusquement échauffé par le passage du courant,
Fig. 179. — Fusée éclairante.
Fig. 180. — Flambeau Lamarre.
détermine l'explosion de la substance fui minante.
Toutes ces étoupiîles sont fabriquées à l'École de pyrotechnie de Bourges.
Nous terminerons ce chapitre en parlant
des moyens d'éclairage par des fusées destinées à servir de signaux, ou à éclairer, pendant la nuit, les postes ennemis.
L'artillerie française se sert de fusées éclairantes et ^artifices éclairants, pour la transmission des ordres, à l'aide de signaux.
La fusée éclairante, de 8 centimètres, se compose (fig. 179) d'un tube, T, rempli avec une substance fusante, formée de 64 parties de salpêtre, 12 de soufre et 24 de charbon, et d'un pot en carton P, collé contre la cartouche. Le pot renferme du pulvérin et du charbon, ainsi que des artifices à feu blanc et rouge.
On fixe ces fusées à l'extrémité d'une perche, d'un arbre ou d'un édifice, et on met le feu à la cartouche. Les gaz résultant de la combustion de la substance fusante provoquent le départ de la fusée, qui s'élève à une certaine hauteur dans les airs. On aperçoit alors d'assez loin les artifices blancs et rouges qui s'échappent du pot de la fusée, et qui servent de signaux.
Les artifices éclairants comprennent les
Fig. 181. — Tourteau éclairant.
flambeaux, les grenades et les tourteaux.
Les flambeaux dont on fait usage dans l'artillerie française, inventés par M. Lamarre, sont des cylindres de 18 à 40 millimètres de diamètre, de 75 millimètres de longueur (fig. 180), qui donnent, en brûlant, une flamme blanche ou rouge, suivant qu'ils contiennent du nitrate de baryte, pour les feux blancs, ou des sels de strontiane, pour les feux rouges. L'enveloppe cylin-
SUPPLÉMENT A 1/ ARTILLERIE MODERNE
drique de ces flambeaux est en caoutchouc et renferme une pâte fusante faite avec de la glu de lin et du chlorate de potasse.
Un tourteau (fig. 478) est une couronne en vieille mèche à canon, enduite avec de la glu, du chlorate de potasse et du nitrate de baryte. Si l'on a à traverser un défilé de nuit, par exemple, on installe, de 60 en 60 mètres, deux de ces tourteaux, que l'on enflamme. On peut même les faire porter par des soldats.
La grenade éclairante .(fig. 482) se compose d'une sphère en caoutchouc, A, remplie de la même composition que les flambeaux Lamarre et que les tourteaux, et d'un tube d'amorce, B* Le tube d'amorce, qui est en étain, contient une composition fusante qui brûle avec une vitesse d'un millimètre à la seconde. Après avoir mis le feu à cette amorce, on lance la grenade
Fig. 182. — Grenade éclairante.
vers l'endroit que l'on veut éclairer; la grenade brûle pendant une minute et demie, et éclaire le terrain jusqu'à dix mètres de distance environ.
On n'utilise plus les artifices incendiaires ni les artifices de rupture, depuis que la dynamite a été mise en service.