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CHAPITRE VIII

ORGANISATION DE X/ ARTILLERIE ACTUELLE. — ARTILLERIE DE CAMPAGNE* ET DE FORTERESSE, — MOBILISATION DE L'ARTILLERIE. — COMPOSITION DES BATTERIES ET DES SECTIONS DE MUNITIONS.

La description détaillée que nous venons de donner de son matériel offensif et défensif de campagne et de siège ne suffirait pas pour donner une idée exacte de l'état actuel de l'artillerie française. Il reste à faire connaître la répartition des différentes bouches à feu, et la manière dont elles sont employées en temps de guerre. En d'autres termes, il convient de faire connaître ici l'organisation générale de notre artillerie.

En 4870, nous avions vingt régiments d'artillerie ; à l'heure où nous écrivons, la France possède 46 bataillons d'artillerie de forteresse à 6 batteries chacun, 38 régiments d'artillerie de campagne, 2 régiments de pontonniers, 4 2 batteries à pied, détachées en Algérie, 40 compagnies d'ouvriers, 3 compagnies d'artificiers, et 48 régiments d'artillerie de l'armée territoriale. Chaque bataillon d'artillerie de forteresse, commandé par un chef d'escadron, compte 6 batteries à pied qui sont affectées à la défense des places.

Comme on le verra plus loin, nous avons été obligés de construire un grand nombre de places fortes et de forts détachés, tant pour couvrir le nord de la France contre une attaqué des armées allemandes, que pour substituer à la frontière naturelle du Rhin une frontière artificielle. Les modifications de la politique internationale nous ont forcés, également, à édifier les camps retranchés de Grenoble, de Nice et de Lyon, et à fermer, à l'aide de forts, les passages des Alpes. En temps de guerre, chacune des six batteries de chaque bataillon de forteresse se dédoublerait, et nous aurions alors

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96 batteries pour assurer la défense de nos remparts, et 96 autres pour former les parcs de siège* Il faut espérer que les premières seraient utilisées, et que les autres demeureraient inactives.

À chaque corps d'armée sont attachés deux régiments d'artillerie de campagne. Prenons un exemple. Le 3e corps d'armée, dont le chef-lieu est à Rouen, a deux régiments d'artillerie, les 11* et 22% qui tiennent garnison à Versailles. Le 1 Ie régiment se compose de douze batteries montées, dont les servants sont transportés sur les coffres de l'affût des pièces et des caissons. Les quatre premières batteries de ce régiment sont destinées à marcher avec la lre division du corps d'armée. Quatre autres batteries, qui portent les numéros 5, 6, 7 et 8, accompagnent la 2e division du corps d'armée. Enfin, les batteries 9,10,11 et 12 sont ordinairement affectées à la défense des places ; mais, si nous prenions l'offensive, ces batteries constitueraient une puissante réserve.

Toutes ces batteries sont armées de canons de 90 millimètres, du système de Range, dont nous avons donné la description. Le 22e régiment comprend

SUPPLÉMENT A L'ARTILLERIE MODERNE

huit batteries montées et trois batteries à cheval.

Six de ces batteries montées attellent des pièces de 90, et deux des pièces de 95, du système Lahitolle.^ Toutes forment la réserve d'artillerie du corps d'armée; elles sont à la disposition du général en chef. Les trois dernières batteries, qui ont les numéros 9, 10 et 11, sont des batteries à cheval. Elles sont pourvues de canons de 80 millimètres, du système de Range, et les servants sont à cheval. C'est assez dire qu'elles se déplacent avec une facilité incomparable, et qu'elles se meuvent très aisément, même dans les terres labourées.

Au moment de la mobilisation, la plupart de ces batteries à cheval partiraient avec les divisions de cavalerie indépendantes, qui ont pour mission de précéder l'armée, de découvrir l'ennemi, et de former, au devant de l'armée, comme un impénétrable rideau, à l'abri duquel le général en chef ordonne des mouvements stratégiques et prépare la défaite de l'ennemi.

Napoléon Ier a, le premier, fait usage, en campagne, d'une réserve d'artillerie. Le maréchal de Moitke s'inspira de l'exemple de ce grand ca-

pitaine. Pendant la guerre de 1870, l'armée allemande n'a jamais attaqué l'armée française sans que l'assaut de l'infanterie eût été préparé et facilité par un tir prolongé de l'artillerie. Il n'y eut qu'une seule exception à cette règle prudente : à Saint- Privat, le 16 août, la garde prussienne s'aventura, sans attendre l'intervention préalable de l'artillerie. Il lui en coûta cher, d'ailleurs, et la plaine de Saint-Privat a mérité d'être appelée par les écrivains allemands <( le tombeau de la garde prussienne ».

Rien n'est plus facile, au surplus, si Ton a lu avec attention les ouvrages des écrivains spéciaux et les règlements allemands et français sur le service de l'artillerie en campagne, que de faire la description d'une bataille future.

Dès que le général en chef a reconnu la position de l'ennemi, et qu'il a pris la résolution d'attaquer, il déploie sa réserve d'artillerie. On est à cinq ou six kilomètres de distance. Chaque capitaine va reconnaître un emplacement convenable, et choisit de préférence une crête. Il fait signe à son lieutenant en premier; les pièces sont à la file. Au commandement du lieutenant en premier, la tête de colonne part, au trot. On débouche sur le terrain ; le lieutenant commande : Sur la droite en batterie, au galop, marche ! La première pièce fait à droite, les autres continuent droit devant elles, et font successivement le même mouvement. En moins de deux minutes, elles sont alignées les unes à côté des autres. Il ne faut qu'une demi-minute pour charger la pièce, pour pointer et pour mettre le feu à la charge» L'obus part; l'artillerie ennemie riposte ; et c'est alors à qui tirera, tout à la fois, avec le plus de précision et de rapidité. En thèse générale, quand lé tir de l'artillerie est réglé, nulle troupe ne peut rester exposée à son feu.

Au surplus, la réserve d'artillerie est

bientôt puissamment secondée. Les deux divisions du corps d'armée prennent position, débouchent sur le terrain, et chacune d'elles amène quatre autres batteries, qui joignent leurs efforts à ceux de l'artillerie de réserve. Il faut, d'abord, éteindre le feu de l'artillerie opposée, puis, détruire les obstacles qui arrêteraient la marche en avant de l'infanterie, et qui briseraient son élan. Cela fait, l'artillerie se tait pendant un instant ; l'infanterie entre en ligne ; mais, quand la victoire est assurée et que l'adversaire bat en retraite, l'artillerie couvre de projectiles les troupes déjà débandées, et elle réussit presque toujours à transformer leur défaite en déroute.

Ces courtes considérations suffisent pour expliquer l'organisation actuelle de l'artillerie française, et sa répartition en artillerie divisionnaire, et artillerie de corps, ou de réserve.

Chaque batterie montée comprend 18 voitures, six pièces de canon, neuf caissons, une forge, un chariot de batterie et un chariot-fourragère. Les batteries à cheval attellent les mêmes voitures ; seulement, les batteries à cheval emmènent, en outre, 4 fourgons de vivres et 2 fourgons de bagages, tandis que les batteries montées n'ont que 3 fourgons de vivres.

Nous décrirons plus loin les pièces et les caissons de munitions. Disons, dès à présent, et pour n'y plus revenir, que le chariot de batterie sert au transport du harnachement, des outils et des pièces de rechange, la forge aux réparations usuelles et au ferrage des chevaux, et le chariot-fourragère, comme son nom l'indique, au transport des fourrages.

Un autre chariot, attelé de quatre chevaux, renferme la boulangerie (fig. 186, page 212).

Il est inutile d'insister sur l'utilité de ces accessoires. Que de fois une batterie ne campe-t-elle pas loin de tout village, non

SUPPLÉMENT À L'ARTILLERIE MODERNE

seulement en temps de guerre, mais encore durant les manœuvres d'automne? Les chevaux, qui ont trotté sur les routes, plus ou moins bien en^ tretenues, ont perdu leurs fers : si l'on était obligé de requérir un forgeron civil, on attendrait longtemps. N'eston pas aussi dans la nécessité d'aller

' chercher au loin l'avoine et le foin? En d'autres termes, les progrès qu'a faits Fart de la guerre exigent que chaque unité, compagnie, escadron ou batterie, puisse vivre isolément.

Quant aux fourgons qui suivent les batteries et qui servent au transport des vivres et des bagages, ce sont des voitures à quatre roues, conduites à grandes guides, par ' des canonniers,

- assis sur lé siège de devant.

Mais l'artillerie ne fournit pas uniquement des batteries de combat. Au moment de la mobilisation de l'armée, plusieurs de ces batteries « se dédoublent », c'ést-à-dire qu'elles donnent les éléments, hommes, chevaux et matériels, nécessaires à la constitution d'une batterie, d'abord, et d'une section ensuite. C'est le capitaine en premier et ses trois lieutenants, qui commandent la batterie ; le capitaine en second, aidé par deux sous-lieutenants de réserve, commande la section.

Qu'est-ce qu'une section? Chaque corps d'armée doit avoir, en temps de . guerre, deux sections de munitions d'infanterie et quatre sections de munitions d'artillerie. Les unes et les autres sont destinées au ravitaillement des troupes avant, pendant et après la bataille.

Chaque section de munitions d'infanterie se compose de 32 caissons à munitions, d'une forge, d'un chariot de batterie et d'un chariot-fourra-

iPig. J86. — La boulangerie de campagne.

gère. Un caisson de munitions renferme 18144 cartouches, de sorte qu'outre les cartouches contenues dans le sac du soldat, l'approvisionnement de première ligne d'un corps d'armée est de 1161216 cartouches de fusil.

Chaque section de munitions d'artillerie se compose de 14 caissons à munitions, contenant des obus et des gargousses pour les canons de 90 des batteries montées, et de 3 caissons à munitions contenant des obus et des gargousses pour les canons de 80 des batteries à cheval. En outre, chaque section d'artillerie traîne un canon de rechange sur son affût, un affût de rechange sans pièce, une forge, un chariot de batterie et un chariot-fourragère.

Tel est ce que nous avons appelé l'approvisionnement de première ligne d'un corps d'armée. Les six sections dont nous venons de faire la description accompagnent les régiments d'infanterie et les batteries d'artillerie jusque sur le champ de bataille, et leur distribuent des munitions, sous le feu de l'ennemi. En arrière du corps d'armée, et à quelque distance, marche le parc d'artillerie, qui comprend 175 voitures, à savoir : 69 caissons à munitions pour les canons de

90; 12 caissons à munitions pour les canons de 80; 45 caissons à munitions d'infanterie ; 2 caissons à munitions pour les revolvers.

Quand les sections de première ligne ont épuisé leurs munitions, elles se réapprovisionnent au parc du corps d'armée.

Enfin, le parc du corps d'armée comprend un équipage de pont, c'est-à-dire 41 voitures, dont 24 haquets à bateaux, 15 chariots de parc, 2 forges.

Cet équipage de pont, qui est destiné à jouer un rôle très important dans les opérations de guerre, est desservi par une compagnie de l'un des deux régiments de pontonniers que nous avons énumérés plus haut, et qui tiennent garnison, en temps de paix, à Angers et à Avignon ,

Il serait injuste de mentionner purement et simplement les pontonniers. Depuis quinze ans, on a beaucoup et souvent discuté la question de savoir si les pontonniers devaient être des artilleurs ou des sapeurs; ce n'est là, toutefois, qu'un détail d'importance secondaire. Ce qui est certain, c'est qu'à maintes reprises, les pontonniers ont contribué à la victoire et que, dans une circonstance critique, ils sauvèrent

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Fig. 187. — Les pontonniers de la Grande Armée au passage de la Bérésina.

les débris de l'armée française. Pendant la funeste retraite de Russie, au passage de la Bérésina, les pontonniers de la Grande Armée travaillèrent pendant trente heures, sous les ordres du général Eblé, pour construire trois ponts de bateaux.

Ils avaient de l'eau glacée jusqu'à hauteur des épaules. Ceux qui succombaient aux atteintes du froid, et dont les cadavres étaient emportés par le courant impétueux du fleuve qui charriait des glaçons, étaient aussitôt remplacés par des camarades de bonne volonté.

' L'arrière-garde de la Grande Armée était à peine de l'autre côté de la Bérésina, que les éelaireurs russes apparaissaient sur la rive opposée.

A propos des pontonniers militaires et de la construction des ponts en campagne, nous

devons mentionner une importante découverte, faite en 1889, pour la rapide installation d'une communication à travers les fleuves et rivières. Nous voulons parler des ponts militaires démontables qui ont été expérimentés sur le Var, par le ministère de la guerre.

On connaît depuis longtemps la grande importance des ponts dans les communications des armées en campagne. Ainsi que le disait le lieutenant-colonel Henry, à propos de la reconstruction, parla main-d'œuvre militaire, des ponts et viaducs détruits par l'ennemi, « de deux nations adverses, de forcés à peu près égales, celle qui possède sur la frontière le réseau le plus complet de routes et de voies ferrées permettant de pénétrer dans le territoire ennemi, et qui a tout préparé pour l'utiliser rapidement, est certaine d'obtenir les premiers succès ».

Fig. 188. — Le pont démontable du Var : lés travaux sur la rive droite.

La continuation de ces succès, les investissements des grandes places et toutes les opérations d'une guerre d'invasion, dépendent essentiellement de la facilité des communications existantes, et de la puissance des moyens matériels dont dispose l'envahisseur pour franchir les obstacles, pour rétablir et conserver les passages de rivière, les viaducs détruits, les tunnels effondrés, etc.

« Toute armée, dit le général Pierron, dans son ouvrage sur la Stratégie et la gmnde tactique, doit, avant toute chose, maintenir et protéger sa ligne de ravitaillement, et posséder, dans ce but, un corps spécial de constructeurs, chargés de tous les travaux de réparation. »

Le lieutenant-colonel Henry s'est proposé de résoudre le problème de la réparation improvisée des ponts militaires par la maind'œuvre exclusivement militaire, en partant de principes tout différents de ceux admis jusqu'alors, et que Ton peut résumer comme il suit.

1er Principe. — Ramener tout ouvrage d'art quelconque à n'être plus qu'une com-

binaison simple et méthodique d'un nombre variable d'éléments constitutifs en acier laminé, très rigides, portatifs et interchangeables, réduits à un très petit nombre de modèles-types. Ces éléments sont assemblés par de simples boulons ou par des axes d'articulation peu nombreux, de manière à former dans le sens de la longueur, de la largeur et de la hauteur de l'ouvrage, une série indéfinie de mailles triangulaires, identiques, qui sont rigoureusement indéformables, attendu que chaque pièce rectiligne est calculée pour résister aux efforts maximum de traction ou de compression passant par les axes d'assemblage.

2e Principe. — Les détails ont été étudiés et combinés de manière que tout le travail technique d'ajustage, qui entraîne des lenteurs et des difficultés, soit entièrement réalisé d'avance, à l'usine, en temps de paix, avec toute la perfection possible. Il résulte de cette disposition, qu'en temps de guerre, les officiers du génie pourvus d'un matériel tout prêt n'ont plus à se préoccuper que du transport et de l'assemblage ra-

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pide des éléments portatifs. Ces éléments sont , d'ailleurs, assez légers et assez maniables pour que la construction d'une travée ou d'une pile de viaduc puisse être opérée avec une facilité et une promptitude extrêmes, par des soldats du génie, aidés d'auxiliaires d'infanterie.

C'est pour appliquer ces deux principes et réaliser cette conception, qui peut, s'appliquer à toute espèce de construction, que" le colonel Henry constitue l'ossature principale de chaque catégorie d'ouvrages, soit par de grandes fermes, soit par des palées, soit par des poutres maîtresses horizontales, à parois simples ou multiples, ayant pour plans de symétrie les plans déterminés par les résultantes des forces maxima auxquelles la construction est appelée à résister. Gomme dans la plupart des cas les efforts les plus considérables sont verticaux ou horizontaux, les poutres maîtresses divisibles auront généralement leur plan de symétrie vertical, ■ Chaque palée, ou poutre maîtresse, est composée de fortes membrures, divisibles, réunies par un réseau de mailles très rigides; en acier, se reproduisant identiquement dans tout l'ouvrage. Ces grandes fermes parallèles (au nombre de 2, 3 ou 4 pour un pont ou une pile, de 4 , 5 ou 6 pour une estacade) sont réunies horizontalement par des entretoises, égales entre elles, disposées, suivant les cas, de manière à servir, soit de pièces de pont inférieures ou supérieures, soit de traverses, soit de poutres, de planchers, etc. Des barres obliques, ou contreventements , à tendeurs, d'un modèle unique, assurent la rigidité complète des appareils de charpente dans les plans normaux aux plansdes fermes principales.

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On voit que ce système de construction est surtout caractérisé par l'adoption exclusive, pour ce genre déterminé d'ouvrages, d'un même type de ferme élémentaire, composée d'une ou de plusieurs mailles rigides, en acier, indéformables, et dont la reproduction systématique constitue les parties essentielles et résistantes de l'ouvrage.

On connaît toute l'importance stratégique du camp retranché de Nice. Malheureusement, ses communications avec l'intérieur n'étaient rien moins qu'assurées. Elles reposaient uniquement, en ce qui concerne les voies ferrées, sur la ligne du chemin de fer de Nice à Toulon par Cannes et Fréjus, et en ce qui concerne les voies de terre, sur la route de Nice à Toulon. Enfin, ces deux grandes lignes de communication traversent le Var près de son embouchure, en deux points dont le voisinage de la mer rend la sécurité très problématique.

Une deuxième voie ferrée est en construction ; elle part de la gare de Nice, et doit traverser le Var, dans l'intérieur des terres, en face de Gattières, pour rejoindre la ligne de Toulon par Grasse et Draguignan . Afin de gagner du temps, le département de la guerre a imaginé de s'entendre avec la Compagnie des chemins de fer du Sud, chargée de la construction de la ligne Nice-Draguignan, pour construire, comme pont de service de la voie ferrée, un pont mobilisable en acier du système Henry : ce pont devant être rétrocédé au département de la guerre, après l'achèvement du double viaduc de la ligne.

La Compagnie du chemin de fer fit donc établir dans le lit du Var 17 palées, destinées à supporter 18 travées démontables, de 20 mètres de portée chacune.

Le pont de service devant avoir la même longueur que le viaduc et s'appuyer sur la digue de la rive droite, on dut constituer provisoirement une plate-forme en remblai.

D'autre part, le courant principal du Var

se trouve actuellement reporté sur la rive droite, où il forme un véritable torrent de 110 mètres de largeur. On se décida, par économie, à compléter la troisième partie du passage par un pont mixte de bateaux et de chevalets.

Une compagnie de sapeurs de chemins de fer, venue de Versailles, aidée d'un détachement de pontonniers du régiment d'Avignon, fut chargée de cette importante opération, et trois jours (du 3 au 6 juillet 1889) suffirent pour la mener "à bonne fin.

Les travaux furent exécutés avec une admirable précision, en présence du général Japy, commandant le 15e corps d'armée, et sous la direction du colonel Henry et de M. Martin, directeur de la Compagnie des chemins de fer du Sud.

Dès que la pose du pont fut achevée, toutes les troupes qui avaient participé à l'opération défilèrent sur le pont (fig. 190), et pas la moindre oscillation ne fut constatée.

L'Avenir militaire, en rapportant les faits qui précèdent, ajoute, en forme de conclusion, que nos armées sont dès maintenant en possession d'un matériel qui leur permettrait de rétablir, en quelques jours, les communications stratégiques sur les fleuves les plus larges.

La mobilisation, c'est-à-dire la mise sur pied de guerre de notre artillerie, est une opération dés plus compliquées. Sans entrer dans tous ses détails, nous avons tenu à en parler sommairement, après avoir donné la description de ce matériel immense, qui est enfermé dans nos arsenaux, ou dispersé sur les remparts de nos forteresses.

Un mot encore : tant vaut l'ouvrier, diton, tant vaut l'outil. Nos batteries seraient inefficaces si elles étaient mal commandées. Avant 1870, c'est à Metz qu'était installée l'école d'application du génie et de l'artillerie; elle est maintenant à Fontainebleau

S. T. II

dans les bâtiments de la cour Henri IV et de la cour des Princes. Les officiers-élèves, qui y reçoivent une instruction très complète (balistique, fortification, art militaire, sciences appliquées, hippiatrique, langue allemande), sortent de l'École polytechnique. Quand ils ont passé deux ans à l'école de Fontainebleau, ils sont promus au grade de lieutenant en second, et répartis entre les bataillons de forteresse, les régiments d'artillerie et les régiments de pontonniers. En outre, le général Thibaudin, quand il était Ministre de la guerre, a créé une école pour les sous-officiers de l'artillerie, du génie et du train des équipages qui aspirent à l'épauiette ; cette école est établie à Versailles.

La section technique de l'artillerie, qui siège à Saint-Thomas-d'Aquin, étudie tout ce qui a trait au perfectionnement du matériel.

Tous les capitaines d'artillerie vont faire un séjour de. deux mois à Poitiers, où des officiers supérieurs leur enseignent les méthodes de réglage du tir.

Dans la fonderie de Bourges, l'atelier de Puteaux, et les forges de l'industrie privée on exécute, sous la surveillance de nos. officiers, les commandes de l'artillerie.

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