L.V SCULPTURE ANGLAISE
son, Chaucer, appelé VEnnius anglais, Spencer, William Shakespeare, John Milton, Thomas Gray, Butler, W. Congrève, Mason , Gay, Wyatt , Isaac Casauhon, Dryden , Pope, Addison , Oliver Goldsmith, Rowe, Thompson, Sheridan. On regrette l’absence de Swift, de Fielding, de Sterne, de Hume, de Richardson; mais, parmi les plus grands, il ne manque guères que quatre hommes, deux des temps passés, deux des temps modernes : d’une part, Roger Bacon, le savant moine, et François Bacon , le grand chancelier, le plus grand auteur de Y Instauratio magna ; d’autre part, Ryron et Walter Scott. Je pense qu’une place est réservée à Macaulay.
L’auteur illustre du Paradis perdu n’a pas une place digne de lui ; un petit tombeau, tout près de la porte, est mesquin pour un si grand nom. Est-ce que le souvenir du pamphlétaire républicain aurait nui au poète biblique ? Legrand Shakespeare est plus dignement traité. Son mausolée, oeuvre distinguée de Sheemakers, nous offre sa statue entière, sur un piédestal orné d’attributs et d’allégories. Il y a, dans cette statue, delà noblesse naturelle sans roideur théâtrale ; mais le visage me semble trop rond, trop joufflu, trop épanoui. On voudrait à l’immortel poète dramatique cette figure longue, austère, méditative, que lui donnent ses portraits gravés. Aux pieds de Shakespeare, sous une simple dalle de marbre noir, repose Sheridan, qui pouvait avoir sa statue parmi les hommes d’Etat, et qui a mieux aimé rester parmi les écrivains ; puis, en face, un homme qui écrivit peu, mais qui fut comédien, comme Shakespeare, et, sans doute plus grand comédien, David Garrick. Sa présence là pourrait prouver la tolérance
des Anglicans, si souvent démentie ; mais il faut observer que le chœur seul de l’ancienne église catholique est consacré au culte régnant ; le reste n’est qu’un édifice profane.
Nous avons vu, parmi les hommes de guerre, le Corse Paoli, et, parmi les savants, le Suisse Casaubon. Nous trouvons encore, dans 1 e Poet’ s corner, un autre étranger, grand poète en effet, quoiqu’il n’ait écrit ni en anglais, ni en aucune langue parlée, mais dans la langue universelle qui se nomme la musique; c’est le Saxon Georges-Frédéric Ilaendel. Reconmaissants envers ce beau génie, que beaucoup d’entre eux croient très-naïvement leur compatriote, parce qu’il vécut longtemps et mourut à Londres, les Anglais ont conservé le culte de son nom et de ses œuvres. Le monument de Haendel, élevé par le sculpteur Roubillac, est bizarre et théâtral. Dans une espèce de niche ou de cabinet en marbre, le compositeur allemand se tient debout devant une table où sont épars des cahiers de musique et des instruments, entre autres un cor, sans doute pour indiquer qu’il introduisit dans l’orchestre les instruments en cuivre connus de son temps. Le plus grand reproche que j’adresserais au statuaire, c’est d’avoir trop déprimé le front, trop écrasé la vaste tête de son modèle ; et j’en aurais le droit, non point en vertu de la science phrénologique, mais pour avoir vu un portrait authentique de Ilaendel, où se découvrent clairement toute la vivacité de son humeur un peu fantasque, toute l’énergie de son caractère opiniâtre, tout le feu de son génie créateur et fécond.
S’il fallait maintenant, laissant à part la célébrité des personnages admis à Westminster, nous occuper
LÀ SCULPTURE ANGLAISE
uniquement du mérite des mausolées comme objets d’art, nous aurions peu de chose à dire. 11 y a plus d’étendue dans certains monuments que de vraie grandeur, plus de bizarrerie dans d’autres que d’originalité. Les meilleurs sont les plus simples, des statues ou des bustes. Nous ne croyons pas qu’aucun d’eux puisse être comparé aux tombeaux des Médicis à Florence, de Paul JIÏ ou de Rezzonico à Rome, de Turenne à Paris, du maréchal de Saxe à Strasbourg. D’ailleurs, nous avons déjà nommé les principaux : parmi les anciens, celui deHenri VU par Torregiani ; parmi les modernes, ceux de lord Mansfield, par Flaxman; de lord Cornwallis, de Newton, de Shakespeare, par Sheemakers ; auxquels il faut ajouter la statue de Watt, par Chantrey, dont la ressemblance est, dit-on, parfaite. Il y a pourtant deux autres tombeaux, et tous deux de femmes, qui doivent être mentionnés, au moins pour la célébrité dont ils jouissent. L’un, celui d’Elisabeth Warren, par Westmacott, est une statue de jeune fille à demi nue, et presque accroupie comme la Madeleine de Canova, Cette figure m’a paru bien étudiée, bien rendue ; mais peut-être que ce qu’on y admire le plus, c’est l’imitation en marbre d’une chemise en grosse toile, de laquelle on compterait les fils, puérilité qui rappelle le Christ sous le suaire et le Péché clans le filet , de la chapelle San-Severo à Naples. Quant à l’autre tombeau, je n’ai pu savoir ni le nom du sculpteur qui l’a fait, ni celui de la personne à laquelle il est consacré ; car les ciceroni de Westminster font passer les sépulcres devant les yeux d un étranger comme le médecin de Sanclio Panza faisait passer les plats sur la table du gouverneur. Tout ce que j’ai pu comprendre, c’est
qu’il s’agit d’une dame qui, longtemps enfermée dans un cachot, mourut en revoyant le jour, lorsque son mari venait de la délivrer. Cette scène est représentée sur la partie élevée du monument. Au-dessous, la Mort, décharnée, franchissant la porte entr ouverte de la prison, se retourne et touche du bout de sa faux la prisonnière expirante. Comme on le voit, c’est une composition étrange, théâtrale, prétentieuse, dans le genre du mausolée de Marie-Christine d’Autriche, élevé parCanova dans l’église des Augustins à Vienne. Mais il faut convenir qu’elle offre de très-belles parties d’exécution. Le squelette de la Mort, entre autres, est vigoureusement rendu dans ses détails et dans son mouvement. A l’heure où les ténèbres commencent à descendre des vastes nefs, il doit former une effrayante apparition.
La sculpture anglaise n’a présenté aucune œuvre d’élite au concours de l’Exposition universelle, et n’a reçu qu’une insignifiante récompense. C’est un artiste italien, élevé en France, M. Marochetti, qui tenait à Londres, dans la statuaire, le haut rang que ne lui disputait aucun rival. La mort vient de l’enlever à son pays d’adoption.