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CHAPITRE II

LA SCULPTURE ASSYRIENNE

Nous arrivons aux monuments non moins inestimables de l’autre antique civilisation, asiatique cette fois, née sur les rives du Tigre et de l’Euphrate; celle que fondèrent, dit-on, Assour et Nemrod avec les empires de Ninive et de Babylone, quarante-cinq siècles avant le nôtre (vers 2680 avant J. -G.); qui s’accrut, sous la grande Sémiramis, par la réunion de ces deux empires en un seul, agrandi jusqu’à l’Indus; et qui, traversant comme un phénix le bûcher de Sardanapale, se continua dans le second empire d’Assyrie, avec Salmanazar, Sennacliérib, Nabuchodonosor, jusqu’à la conquête de Ninive par Cyaxare et de Babylone par Cyrus (600 et 538 avant J. -G.)

Bivale en antiquité et en durée de celle des Egyptiens, la civilisation des Assyriens a certaineiucnt exercé plus d’influence sur celle des Grecs et des Étrusques, partant de l’Europe entière. Les plus anciens monuments des arts de la Grèce et de FÉtrurie portent avec

évidence l’empreinte de l’imitation du vieil art assyrien. On la trouve dans les édifices des îles de Chypre, de Rhodes, de Crète et de Sicile ; dans les métopes du temple de Sélinonte ; dans les lions et la frise du Trésor cVAtrée à Mycènes; dans les bas-reliefs recueillis à Marathon ; dans quelques figures du zodiaque des Grecs ; dans les vases peints (dits étrusques) de Cerveteri, de Vulci, de Canino, de Nola; dans les terres cuites, les coupes d’argent et les bijoux provenant de Chypre, de Cœre (rancienne Agylla), de Milo, de Délos, d’Athènes, de Corinthe, de Kertch, en Crimée, où furent le palais et le tombeau du grand Mithridate; on la trouve jusque dans les ornements de l’architecture grecque à son plus magnifique développement, les triglyphes, les palmettes, les oves, les rosaces, les méandres. De sorte qu’il ne faut plus penser, comme les antiquaires du dernier siècle, que les travaux d’art en toute matière exécutés à Persépolis étaient l’œuvre de prisonniers grecs; mais, tout au rebours, que les travaux d’art des anciens Hellènes, aux débuts de leur civilisation, étaient, sinon l’œuvre, au moins la copie de l’œuvre des Assyriens, prédécesseurs des Perses sur les bords de l’Euphrate et du Tigre.

Il n’est pas moins évident que la civilisation des Phéniciens, comme celle de toute l’Asie Mineure à l’époque antérieure aux colonies grecques, était purement assyrienne. Dès lors, celle des Hébreux, — placés au contact de la Phénicie et de l’Assyrie, ayant la même origine, les mêmes institutions et presque la même langue que les Assyriens, tombés souvent dans leurs idolâtries, habituellement leurs tributaires, et tenus longtemps en servitude à Babylone après la di-

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vision de Juda et d’Israël, — fut tout entière empruntée à ces puissants voisins, leurs vainqueurs et leurs maîtres. La preuve de cette assertion, qui eût paru fort hasardée et fort audacieuse, il y a peu d’années, se trouve en mille endroits des livres bibliques, dont plusieurs passages, d’un sens incompréhensible jusqu’à présent, sont tout naturellement expliqués par la vue des objets qu’offrent aujourd’hui à la curiosité publique les musées de Paris et de Londres. Je citerai quelques exemples empruntés à la claire et savante notice de M. Adrien de Longpérier : Qu’étaient ces lions, ces taureaux, ces chérubins ailés (cheroub) que les sculpteurs phéniciens envoyés par Iliram à Salomon avaient placés dans le temple de Jérusalem? De simples copies des figures symboliques assyriennes1. — Quel personnage décrivait le prophète Daniel, élevé à la cour de Nabuchodonosor, lorsqu’il disait : « Son vêtement est blanc comme la neige, et la chevelure de sa tête est comme de la laine mpndée. » Il suffit, pour répondre, de voir la tunique peinte en blanc des figures assyriennes, et leurs cheveux bouclés en petites tresses!. — -Comment ce même prophète Daniel pouvait-il ajouter dix cornes au quatrième animal symbolique qu’il vit en songe, et pourquoi la mère de Samuel dit-elle

1 La loi de Moïse était iconoclaste, comme l’avait été la tradition d’Abraharn, comme ce fut ensuite la loi de Maliomet : « Tu ne feras ni sculpture, ni images des choses qui sont dans le ciel, ou sur la terre, ou dans les eaux, ou sous la terre ; tu ne les adoreras pas et ne leur rendras aucun culte. — Si tu m’élèves un autel de pierres, tu ne le feras point avec des pierres taillées... tu élèveras un autel au Seigneur ton Dieu avec des roches informes et non polies. » [Exode, cliap. xx. — Deutér., chap. xxvid. Les Juifs devaient donc forcément emprunter les ornements sculptés de leur temple à l’art de leurs voisins et maîtres, à l’art assyrien.

dans son cantique : Et exaltatum est cornu meurn in Deo meo? On voit, dans les grands taureaux ailés à face humaine, qui sont les représentations des rois assyriens, comme le sphinx (homme-lion) fut celle des pharaons d’Egypte, que dix cornes pouvaient être rangées à la base de la tiare, et que la corne était un signe de puissance et de gloire. — Comment Daniel disait-il encore, en décrivant ses visions apocalyptiques : « Son trône était de flamme, et ses roues de feu ardent. » C’est une vive image que lui fournissait la forme du siège monté sur des roues qui était le trône des rois assyriens. — Comment Isaïe et le Livre des Rois parlent-ils d’un dieu-oiseau, qu’ils appellent Nesrok? C’efet la divinité assyrienne à tête d’aigle sur un corps d’homme, qui porte une pomme de pin dans la main droite et une corbeille ou seau dans la main gauche. — Quel est le type des anciens sicles hébraïques, nommé verge fleurie d’ Auront C’est la tige de pavot à trois capsules que portent tant de divinités, de rois et de prêtres, dans les bas-reliefs assyriens, etc. J’ajouterai que, dans son livre Nineveh and Babylon , M. Layard mentionne jusqu’à cinquante-six noms de personnes ou de lieux pris aux livres bibliques, qui se sont retrouvés dans les annales assyriennes récemment déchiffrées; et, depuis la publication de ce bel ouvrage, qui avait suivi Nineveh and its remains , d’autres encore ont été découverts, preuve évidente des nombreuses affinités et des perpétuelles communications entre Ninive et Jérusalem.

Cette influence visiblement exercée par la civilisation assyrienne, d’une part sur celle des Grecs et des Étrusques, de l’autre sur celle des Hébreux, — à ce

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point qu’elle rapproche Homère de la Bible, à ce point encore que les artistes doivent s’adresser désormais à l’étude des monuments assyriens pour rendre les scènes bibliques avec justesse et vérité, — augmente singulièrement l’importance, l’attrait et l’utilité des récentes découvertes. Elle promet un vaste champ aux curieuses investigations de la science, en même temps qu’un chapitre tout nouveau à l’histoire générale des arts.

11 y a trente ans, le nom des Assyriens n’était que dans les livres; jamais encore il n’avait paru sur un catalogue de musée. Ce fut en 1842 que M. P.-E. Botta, consul de France à Mossoul, guidé dans son heureuse inspiration par quelques indications qu’avait données M. Rich , dès 1820, et par des traditions locales, eut l’idée, qui sera sa gloire, de chercher les restes de l’ancienne capitale des rois assyriens. Il dirigea d’abord ses fouilles sous le monticule de Koyoundjek, au nord du village de Niniouah, dont le nom atteste encore la place de Ninive, sur la rive orientale du Tigre, de cette Ninive qui avait, dit le prophète Jonas, « trois journées de voyage de circuit. » Sans se rebuter d’un premier travail presque infructueux, il recommença la même tentative près du village de Khorsabad, situé à 16 kilomètres au nord-est de Mossoul, sur la rive gauche d’un ruisseau qui se jette dans le Tigre, en traversant l’enceinte de la vieille Ninive. Là, ses efforts intelligents curent un plein succès : il découvrit un palais tout entier, avec ses murailles, ses portes, ses salles et ses décorations. Mis à nu, tirés des profondeurs de la terre, portés sur le Tigre, conduits à Bagdad et embarqués pour la France, les principaux objets qui se pouvaient transporter arrivèrent à Paris au mois de

février 1847. Ce palais de Kliorsabad, dont les dépouilles ont enrichi le musée du Louvre, était probablement un château de plaisance, un Versailles des princes ninivites. Avoir la légende royale qui se trouve répétée sur plusieurs des fragments apportés à Paris : Sargon , roi grand , roi puissant , roi des rois du pays (VAssour , on suppose avec toute vraisemblance que le palais de Kliorsabad fut érigé par Sargon, fils ou père de Sennachérib. Comme Sargon, suivant les calculs des chronologistes, a régné entre les années 720 et 668 avant J.-C., cet édifice de Kliorsabad serait antérieur d’environ un siècle et demi au règne de Cyrus, le destructeur de l’empire assyrien; il serait contemporain de Parchontat des fils de Codrus à Athènes, et des commencements de Rome, à l’époque où l’on place le roi, ou mythe, Numa Pompilius.

Commencées par M. Botta, ces fouilles heureuses furent continuées avec le même succcès par M. Victor Place, tandis que MM. J. Oppert et Thomas, après Fulgence Fresncl, tué par le climat, en essayaient d’autres sur l’emplacement de Babylone et sur celui de Borsippa, la tour des langues , la tour de Babel J. Mais

1 M. Place a découvert en 1860., dans le palais de Kliorsabad, une grande salle qu’il a nommée magasin des Jarres, qui était le cellier des rois d’Assyrie. Elle renfermait une énorme quantité de jarres en argile, semblables aux Tct'ôoç.des Grecs et aux tinajas dont les Arabes introduisirent l’usage en Espagne pour conserver le vin et l’huile. Il a découvert aussi les longues colonnades, composées de colonnes en argile durcie et moulée, qui formaient la décoration extérieure de l’édifice ; puis, les huit portes de l’antique villa, encastrées dans les murailles, et s’ouvrant sur des routes dallées, parmi lesquelles portes il s’en trouve une tout à fait monumentale, et qui est un véritable arc -de-triomphe ; puis, les gynécées du palais ; puis, des parois entièrement revêtues de briques peintes et émaillées ; puis des statues de marbre gypseux, probablement simples cariatides. Enfin M. Place a fait parvenir au musée

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ces fouilles étaient faites trop près des possessions de la Grande-Bretagne pour que les Anglais n’eussent pas le désir d’aller pour leur compte à la découverte des mêmes trésors.

A 50 kilomètres environ au sud de Ninive, dans un endroit désert nommé Nimrod, où le Tigre reçoit la petite rivière de Zab-Ala, M. Layard découvrit, en 1845, quatre palais dont le plus ancien fut fondé par l’un des prédécesseurs de Sargon, dont le nom ainsi lu : Assour- Akh-Bal , indique le Sardanapale des Grecs ; en outre, deux petits temples dédiés, l’un à l 'Hercule assyrien , l’autre à un dieu-poisson , qui doit être YOannès des Babyloniens et 1 e Dagon des Philistins, celui qui tomba devant l’arche et dont le temple fut détruit par Samson. En 1849, M. Layard étendit ses recherches à Koyouncljek, sur l’emplacement même de Ninive, où il trouva un palais qu’on croit être celui de Sennacliérib lui-même, beaucoup plus vaste et plus riche en objets d’art que le palais de Kliorsabad (t); puis à Karamlès, à Kalab- Schergat, et bientôt le Bi itish Muséum reçut à son tour en présent une foule de monuments divers, précieuses reliques de la civilisation assyrienne. Depuis lors, les fouilles se faisant à la fois par la France et par l’Angle-

du Louvre les taureaux monstrueux dont nous parlerons tout à l’heure, qui ne pèsent pas moins de 55,000 kilogrammes chacun, et qu’il a fait conduire de Khorsabad au Tigre sur d’énormes chariots traînés par un attelage de six cents hommes.

1 Dans ce palais souterrain de Koyoundjek, M. Layard a exploré jusqu’à soixanle-une chambres, toutes revêtues de plaques sculptées, qui formaient un développement de sculptures long d’environ deux milles anglais (près de trois kilomètres) ; et, après lui, son successeur dans la direction des fouilles, M. Urmuzd Rassam, a découvert encore d autres salles, mieux conservées et garnies également de tables d’albàtre, destinées au Brlstish Muséum.

terre, c’est entre Paris et Londres que s’en répartissent les intéressants produits. On ne peut nier que le British Muséum n’ait le droit de s’enorgueillir d’une collection plus considérable par le nombre des objets, plus variée par leurs formes et leur destination, plus précieuse par la perfection de leur travail, offrant à l’archéologue une plus vaste carrière pour l’étude et les découvertes, à l’artiste pour les surprises et l’admiration. Mais le Louvre rachète en partie cette infériorité de nombre, de diversité et de main-d’œuvre par l’importance capitale de quelques morceaux.

Au premier rang sont les quatre énormes colosses envoyés de Khorsabad, dont la hauteur dépasse 4 mètres. Egaux, et symétriques à contre-partie, ils formaient, par paires, les deux pilastres avancés et comme les deux chambranles d’une des portes du palais. En face, ils présentent une tête d’homme posée sur le poitrail et les jambes d’un taureau, et cette tête, coiffée à la fois d’un double rang de cornes et d’une mitre (ou tiare) étoilée et couronnée par une rangée de plumes, porte de longs cheveux et une longue barbe dont les tresses et les boucles offrent un prodigieux arrangement. Sur le côté qui devait être intérieur, à droite pour l’un, à gauche pour l’autre, ces colosses se continuent en corps de taureaux, dont les poils du flanc et de la queue sont bouclés à la manière de la barbe, et qui ont, comme la Chimère de Lycie, de longues ailes attachées aux épaules. Deux autres taureaux ailés à face humaine, tout semblables à ceux-ci, mais un peu plus bas, étaient placés à angle droit et tête à tête, pour former la décoration extérieure de la porte. Comme d’autres portes voisines, ouvertes dans la façade de l’édifice, avaient

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les mêmes ornements, les taureaux placés à l’extérieur se rapprochaient l’un de l’autre par l’extrémité de la croupe et des ailes. C’est entre eux, et par conséquent à égale distance de chaque porte, que se dressait une haute et large niche creusée dans un pan de mur, au

Fig. 5.

fond de laquelle s’appuyait un des deux autres colosses recueillis au Louvre, ces hommes gigantesques tenant à la main droite une espèce de massue recourbée, et étouffant sous le bras gauche un lion qui se défend de es griffes. Ce lion, par rapport à leur taille de presque

5 mètres, n’est pas plus gros qu’un petit chien. Tous ces colosses, hommes ou taureaux, sont en albâtre. On n’a pas encore déterminé précisément le sens symbolique du géant à massue, bien qu’il soit évidemment une personnification de la puissance, et peut-être la figure de l’Hercule assyrien. Quant à l’homme-taureau, l’on peut tenir pour certain qu’il fut, chez les Assyriens, l’image symbolique du roi, dont le nom se trouve dans la légende inscrite entre les jambes de l’animal, et qu’il signifie l’intelligence unie à la force, exactement comme le sphinx, ou homme-lion, ayant le même sens, fut, chez les Egyptiens, l’image du pharaon, dont le nom est déterminé par les légendes inscrites sur ses flancs et sa base E

A Londres comme à Paris, les reliques de l’art assyrien se composent presque uniquement de bas-reliefs sculptés sur des tables ou plaques d’albâtre gris, qui servaient à revêtir des murailles en briques d’argile, reliefs très-bas, très-plats, presque sans relief, finement ciselés et soigneusement polis, dont le dessin serait vraiment beau, pur et sévère, si les yeux et les épaules n’étaient pas toujours vus presque de face dans des personnages toujours vus de profil, et si le modelé des rotules et des mollets n’était pas de pure convention 2.

4A Nimrod et à Koyoundjek, on a trouvé des lions à tête humaine, qui sont précisément les sphinx de l'Egypte; seulement ils ont sur la tête la tiare assyrienne au lieu du claft égyptien.

2 On s’est demandé si ces yeux dessinés de lace dans un profil n’avaient pas une intention symbolique, et ne signifiaient point que le dieu ou le roi voyait à la fois de tous les côtés. N’est-il pas plus simple d’ajouter à l’inexpérience de l’artiste et à la forme conventionnelle, ce fait physique et évident que, chez les races orientales, où la face est moins carrée et plus arrondie que chez les races européennes, l’œil n’offre jamais le profil net et arrêté qui se voit parmi nous?

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Mais il faut dire que les traits du visage et les muscles du corps sont assez accentués pour arriver quelquefois jusqu’à l’expression, et que, dans des compositions plus variées, moins immuables, ces tables assyriennes offrent plus de diversité, de mouvement et de vie que la sculpture hiératique des Egyptiens. Et même, à ces caractères un peu exagérés de la force active et du geste expressif, quelques-uns (parmi lesquels je demande la permission de me ranger) croient reconnaître un art déjà bien loin de son enfance, de ses débuts, un art déjà vieux, presque en décadence, comme, par exemple, celui de la dix-neuvième dynastie en Égypte. Ils prophétisent que de nouvelles découvertes prouveront leur thèse, en livrant des œuvres de l’art assyrien plus jeune, plus naïf, plus voisin de son enfance. Prenons acte de la prophétie et souhaitons qu’elle se réalise.

Les tables assyriennes devaient être des annales parlantes, des chapitres d’histoire lapidaire, rappelant les principaux traits de l’histoire du peuple assyrien, ou plutôt de ses rois. C’est effectivement le personnage du roi (quel roi? nul ne le sait encore avec certitude *) qui se retrouve à peu près dans tous ces tableaux sculptés. Ce personnage est facilement reconnaissable, soit parce qu’il est suivi d’un porte-ombrelle, d’un chasse-mouche ou de musiciens, soit parce qu’il est coiffé de la tiare, soit parce qu’au-dessus de sa tète voltige le Férouher, ou image ailée de la divinité. Dans une de ces représentations du roi portant la tiare, on voit que cette

1 On s’accorde toutefois à voir dans ce personnage l’un des rois bibliques, l’un des souverains assyriens dont parlent les Ecritures (le Livre des Rois, Isaïe, Esdras, etc.) tels que Sargon, Sennachérib, Assour-Akh- Bal, Nabuchodonosor (ou plutôt Naboucoudourroussour, « le Dieu Nabou protège ma famille! ») .

(igure était entièrement peinte sur l’albâtre, et de couleurs diverses. C’est en rouge qu’étaient coloriées les semelles des sandales du roi. Les talons rouges de Versailles ne se doutaient pas combien cette nouvelle mode était vieille.

Les sujets des bas-reliefs assyriens sont très-variés, souvent très-compliqués, réunissant dans le même cadre des hommes, des animaux, des plantes, des édifices, formant enfin de véritables tableaux d’histoire. Naturellement, les plus ordinaires sont des batailles ou des sièges. Dans les unes, on voit habituellement le roi sur son chariot de guerre, des charges de cavalerie, des archers lançant leurs flèches, des prisonniers conduits les mains liées, des morts dévorés par les aigles ou les vautours. Dans les autres, la ville assiégée est d’habitude entourée d’eau ; elle a deux ou trois étages de murailles bastionnées, et c’est avec des tours roulantes ou des machines à bélier qu’on l’attaque, tandis que les assiégés jettent des feux sur l’ennemi et s’efforcent d’amortir avec des chaînes les coups du bélier. A la prise d’une ville, on voit des femmes fuyant sur des chariots traînés par de jeunes bœufs ; ailleurs, un homme fuyant sur un chameau. Ces représentations de sièges et de batailles donnent une idée suffisamment claire et complète des formes de la guerre à cette époque reculée; et quand on songe que ces plaques d’albâtre doivent avoir près de trois mille ans, on est surpris du peu de changement qu’a subi l’art de la guerre jusqu’à l’emploi de la poudre à canon. A peu près partout, à peu près en tout temps, on voit les mêmes armes et les mêmes procédés pour l’attaque et pour la défense. Parmi les tableaux en relief de Londres,

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on peut étudier de préférence, comme offrant le plus de mouvement et de variété, le Siège d'une ville par un roi que Ton croit Assour-Akh-Bal Ier, une Bataille d’Assour-Akh-Bal III contre les Susiens, le Triomphe de ce roi après sa victoire, et Y Erection d'un taureau colossal par une foule d’esclaves aux ordres de Sennachérib.

Une autre espèce de sujets souvent traités, ce sont des chasses, soit au lion, soit au taureau sauvage, avec des flèches et des lances. Le roi est alors dans son chariot, avec ses musiciens, recevant l’offrande des victimes. Enfin toujours le roi. Tantôt c’est son simple portrait, en pied ou en buste; tantôt il préside à un défdé de troupes, sur des montagnes ou à travers les bois ; tantôt il reçoit des ambassadeurs et leur offre la paix en tenant deux flèches dans sa main; tantôt il célèbre quelque rite religieux devant l’arbre sacré ; tantôt il franchit une rivière, encore sur son chariot, que porte une barque à gouvernail, montée de quatre rameurs et d’un pilote, autour de laquelle nagent des chevaux et des poissons. Cette barque est dirigée dans l’eau par un homme qui nage en avant, soutenu par une outre gonflée. Encore aujourd’hui, c’est sur des outres enflées d’air que se posent les radeaux qui servent à la navigation du Tigre et de l’Euphrate. Nous avons déjà remarqué que les canges actuelles du Nil sont entièrement semblables aux barques trouvées dans les chambres sépulcrales; probablement Ton conservera pendant des siècles les gondoles des lagunes de Venise. L’une des tables du Louvre est sans doute le récit et le souvenir d’une expédition maritime ou fluviale. Sur des eaux sans perspective, on voit flotter, au milieu des poissons, quelques barques superposées, qui

ont leurs proues en forme de têtes de chevaux, et dont les flancs entrouverts laissent apercevoir les matelots penchés sur leurs rames. Quelques-uns de ces navires sont chargés de troncs d'arbres, ce qui explique la réponse que le roi de Tyr, Hiram, fait à Salomon, qui lui avait demandé des bois de cèdre pour la construction du temple : « Mes serviteurs les descendront du Liban vers la mer, et je les ferai porter dans des barques jusqu’au lieu que tu m’indiqueras. » (Rois, III, v. 6 à 9.) Une autre plaque, plus exacte et bien supérieure pour le travail, montre quelques chevaux conduits à la main, chevaux si remuants et si farouches, au dire de Xénophon ( Cyropédie , III, ch. 5), que les Assyriens devaient les tenir toujours entravés. Fidèlement copiés sur la nature, ils ont toute la linesse des membres et toute la vigueur élégante des chevaux arabes, dont la race, d’après ce témoignage non moins irrécusable que celui du Livre de Job , s’est perpétuée sans altération ni mélange jusqu’à nos jours, comme le type primitif et parfait du bel et utile serviteur de l’homme que Buffon nomme avec justice « sa plus noble conquête. » Une troisième plaque enfin nous apprend que les chevaux, les boeufs et les dromadaires n’étaient pas les seules bêtes de trait ou de somme qu’eussent les Assyriens. On y voit un attelage composé d’hommes, — prisonniers, serfs ou sujets, — qui sont accouplés deux à deux au timon d’un char. C’étaient ces attelages humains qui tiraient l’albâtre de la carrière et menaient aux portes du palais les colossales images des rois et des dieux.

Quand ce n’est pas la royauté que représentent les marbres assyriens, ce sont les divinités. Elles portent

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habituellement sur la tête un chapeau conique, orné de deux ou trois cornes. L’une tient à la main un épi d’orge barbu ; l’autre une pomme de pin ; celle-ci un panier de jonc; celle-là un arbre fleuri. Nous avons au Louvre une curieuse personnification de la divinité (probablement Baal ou Nesrok), dieu, non déesse, portant quatre grandes ades déployées, à l’instar de la Neith ou Minerve égyptienne, des chérubins du temple de Salomon, de la Proserpine (Perséphonè) du paganisme et même des divinités de l’antique Etrurie, Ap-lu (Apollon), Hercla (Hercule), Tinia (Bacchus), Thctlna (Junon). L’on voit qu’en donnant cet attribut aux messagers du Très-Haut, les vieilles légendes du premier âge chrétien n’ont rien fait de plus nouveau que les marquis de l’Œil-de-Bœuf en mettant des talons rouges à leurs souliers.

Au British Muséum , deux objets seulement ont une autre forme que celle de tables ou plaques sculptées. L’un est une statue trouvée à Kalah-Sherghât, la seule qu’aient fait découvrir jusqu’ici les fouilles entreprises dans les. ruines des villes assyriennes. Mais cette statue, (d’un roi sur le trône) très-dégradée et sans tête, n’offre rien d’utile pour l’archéologie, ni de curieux pour l’art, si ce n’est sa propre insignifiance. L’autre objet, bien plus intéressant, est un petit obélisque, en marbre noirâtre, haut d’environ *2 mètres, coupé à quatre faces, et s’amincissant de bas en haut. 11 contient, outre deux cent dix lignes en écriture cunéiforme, vingt bas-reliefs j avec un grand nombre de figures d’animaux, lions, rhinocéros, singes, chevaux, etc., conduits par des 1 hommes qui portent des présents. C’était sans doute I un trophée de victoire et de conquête, qui rappelait

les offrandes présentées au roi par la nation soumise. Et comme ce sujet est clair jusqu’à l’évidence, qui sait si le petit obélisque de Kalah-Sherghât ne fournira pas quelque jour à un nouveau Champollion le moyen de déchiffrer par conjecture les hiéroglyphes de l’écriture cunéiforme 1 ?

Les deux musées d’Angleterre et de France possèdent plusieurs dalles ou briques portant des inscriptions en cette écriture cunéiforme (dont les caractères ont la forme de têtes de clous), que les Allemands appellent du même nom que nous (Keilschrift) , et les Anglais écriture à pointes de flèches (arrow-heacled-character) . Grâce aux travaux commencés dès le temps du voyageur Chardin, continués parNiebuhr, le Danois, Münter, Grotefend, Rask, Lassen, E. Burnouf, puis par le colonel Rawlinson et le docteur Ilinks en Angleterre, en même temps que par MM. Jules Oppert et Joachim Ménant en France, la science moderne finira peut-être par déterminer le sens de cette écriture, et saura la déchiffrer comme les mystères des hiéroglyphes.

Nous terminerons en prenant dans le Louvre des preuves manifestes que la civilisation des Assyriens eut sur celle des Grecs une influence directe et considérable : preuves qui se trouvent comme écrites sur deux coupes en argent doré, dont l’iine est ornée de trois frises gravées en creux, et l’autre, au contraire, de sujets traités en relief. Ces coupes ont été trouvées dans

1 Déjà le docteur Hincks affirme que les 210 lignes d’écriture assyrienne contiennent les annales royales pendant une période de trente-un ans, et que, parmi les tributaires du roi d’Assyrie, se trouvent désignés successivement, Jéliu, roi de Samarie (celui que Racine appelle, dans Athalie, le fier Jéhu), et Hazaël, fait roi de la même contrée par le prophète Élie, vers l’an 885 avant J.-C.

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les ruines de l’antique Cittium, ville de l’ile de Chypre, et recueillies par M. Tastu, consul de France à Larnaca. Leur origine assyrienne est de toute évidence. Elles ont la forme de celles que porte le roi d’Assyrie sur les bas-reliefs de Khorsabad et de Nimrod, ainsi que des coupes en bronze trouvées dans ces palais; leurs frises, d’ailleurs, offrent les mêmes sujets que ces bas-reliefs, avec les mêmes types et les mêmes détails. On comprend, à la vue de ces coupes asiatiques, ce qu’était le vase d’argent ciselé qu’Achille proposa pour prix de la course aux funérailles de Patrocle ; ce vase que les Phéniciens avaient apporté par mer à Thoas, et qui surpassait tout en perfection ( Iliade , ch. xxm). L’on comprend aussi que les marchands de Tyr et de Sidon aient porté des vases semblables et d’autres produits de l’art assyrien, non-seulement dans l’archipel et le continent de la Grèce, mais jusqu’en Sicile et dans l’Italie centrale, où fleurirent les arts des Etrusques, non moins renommés pour le travail du bronze que pour celui de la céramique.

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