CHAPITRE VI : LES AMIS DE L'HOMME
Le chien; ses qualités. — Le chien de berger, — Le troupeau écossais. — Chiens d’Épire ; de Locride; de Pannonie; d'Hircanie. — Les chiens parias. — Le lévrier russe, — Chiens des Esquimaux ; du Thibet.—Les mâtins d'Espagne.— Les chiens policemen.-— Le chien de Terre-Neuve ; la vengeance du terre-neuve.-— Les chiens savants ; ie chien parlant. — Les chiens voleurs, contrebandiers. — Les chiens sauvages. — Le chat; ses défauts. — Leur amour des parfums ; leur propreté.—Le chat à la chasse. —Le chat d’Angora ; le chat des Chartreux; le chat tigre. — L’ichneumon ; son utilité ; superstitions des anciens.—La mangouste ; ses mœurs ; la mangouste médecin et pharmacien.
Le chien est un mammifère qui descend du loup apprivoisé selon les uns, du chacal selon d’autres ; quoi qu’il en soit, c’est l’ami le plus fidèle et le plus dévoué de l’homme. 1l se recommande à nous, nonseulement par l’élégance de ses formes, la vivacité de ses mouvements, mais aussi et surlout par le développement de son intelligence, par la perfection de ses organes des sens et par son attachement ; chez
nul autre animal, on ne trouve une plus grande perfection du sentiment. |
© Docile au plus haut degré, il ne sait que ramper aux pieds de son tyran quand celui-ci le frappe, et @ semble implorer sa grâce, il répond aux coups par | 6
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98 LES MERYEILLES DE LA VYIE ANIMALE.
des caresses, oublie les mauvais traitements et garde | un long souvenir des bienfaits qu’il a reçus. Son œil intelligent toujours fixé sur celui de son maitre, il semble vouloir deviner la pensée de celui-ei et attendre ses ordres, le moindre signe lui fait comprendre les intentions de l’homme et il est Fe disposé à lui rendre service.
Il est de tous les animaux celui qui peut recevoir la plus complète éducation en un temps très-court, cette éducation du reste est en rapport avec les habitudes du maitre qui l’a élevé et de ceux qui l’en— tourent. Le chien du château, vaniteux comme son maître, insolent comme les valets, ne fait jamais qu’un mauvais accueil au pauvre qui vient demander l’aumône. Le chien du pauvre, au contraire, parait timide à la vue d’un homme vêtu avec éléganee et richesse, il se retire en grommelant, au lieu qu’il caresse ceux qui sont couverts de haillons.
Sa vigilance, la finesse de son odorat, en font le meilleur gardien des habitations pendant la nuit, le moindre bruit l’éveille, il se lève, flaire de tous côtés et à la moindre odeur suspecte pousse des aboïements répétés jusqu'à ce que son maitre s’éveille.
L'intelligence et les sentiments des chiens sont : d'autant plus développés que les peuples parmi lesquels ils vivent sont plus civilisés, cette remarque a été faite par plusieurs naturalistes au nombre desquels il faut compter Buffon, Cuvier et Fiourens, il en est de même au point de vue physique. Les Danois et
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les Suédois sont peut-être les plus beaux hommes au point de vue de la stature et de la force musculaire, les chiens danois l’emportent sur les autres par la taille, la vitesse et la force. En Laponie, où les hommes sont laids, petits et rabougris, on ne rencontre que d’affreux petits chiens dont la longueur ne dépasse pas 30 centimètres.
Le plus utile des chiens domestiques, le chien de berger, malgré sa laideur et la grossièreté de ses formes, est le plus doux, le plus intelligent et le plus dévoué de tous. Observez sa conduite dans les mon— tagnes de l'Écosse, vous le verrez, lorsque le soir est arrivé et que le berger a donnéle signal de la retraite, courir de tous côtés, au bord des précipices, sur les rochers les plus abruptes et les plus escarpés, après les brebis vagabondes et les rassembler toutes en quelques instants, sans que le berger ait autre chose à faire que d'admirer l’intelligence de son serviteur. L'absence d’une seule brebis, quel que soit le nombre du troupeau, ne lui échappe pas et il ne gardera le repos que lorsqu'il l’aura trouvée et ramenée au bercail.
C'est surtout en Angleterre que lon trouve les chiens de berger les mieux dressés, dès leur Jeunesse on leur arrache la queue pour leur rendre le travail de la course moins pénible, ils sont préposés au nombre de cinq ou six à la garde d’un troupeau et ont assez d'instinct pour se partager le gouvernement, chacun tient sous sa surveillance le nombre de brebis qui lui
est échu en partage. Le maitre vient-il à s’absenter quelques instants, d’un coup d'œil il fait signe à son chien qui se promène de long en large sur la limite du terrain dévolu aux moutons pour leur pâture et les empêche d’en sortir.
Les anciens employaient pour la chasse diverses espèces de chiens à demi sauvages; les uns, connus sous le nom de chiens d'Épire, énormes molosses, combattaient dans les cirques, les autres originaires de Locride étaient réservés pour la chasse au sanglier. On dressait pour la guerre des chiens de Pannonie et d’'Hireanie, ces animaux étaient très-féroces mais très-dévoués à leurs maîtres.
Dans chaque ville de l’Inde on trouve les chiens parias qui se partagent la ville où ils sont nés en districts, chacun doit trouver sa pâture dans l'endroit qui lui est réservé et malheur à lui s’il ose empiéter sur le terrain de son voisin ; la faim, la malpropreté ontrendu ces chiens dégoutants, ils sont abâtardis.
Les Américains du Sud ont pour la chasse au jaguar un chien admirablement dressé, qui leur rend d’éminents services à cause de l’habileté avec-laquelle il attaque ce dangereux ennemi.
Le lévrier russe ou chien tartare est d’une hauteur et d’une force prodigieuses, il poursuit les loups mais n'ose les attaquer. |
Les chiensdes Esquimaux, à moitié sauvages, sont de haute taille, les habitants du pays s’en servent pour les atteler au traineau.
Les Indiens se servent pour la chasse d’une espèce de chien semblable au renard et qui, grâce à la conformation de ses pieds qui sont larges et garnis de longs poils, peut courir après les rennes, même sur Ua glace où il ne glisse pas.
Les habitants du Thibet, qui à certaines PR de l’année quittent leur pays pendant quelque temps pour aller vendre leurs denrées dans les pays voisins, font garder leurs habitations, pendant ce temps, par une sorte de chien fort joli, appelé mâtin du Thibet; ces animaux ont pour les Européens une haine et une défiance sans bornes, s’élancent sur eux et les étranglent s'ils ne sont pas secourus. Les Espagnols font combattre dans l'arène contre un taureau, un certain nombre de méätins d’Espagne, chiens à grosse tête, d’une force prodigieuse et d’un courage à toute épreuve.
Au commencement de ce siècle on avait dressé quelques chiens destinés à découvrir les malfaiteurs ; malgré des expériences favorables, cette utile appli— cation des facultés intellectuelles du chien fut bientôt abandonnée.
Personne n’ignore la valeur du chien de Terre- Neuve, ce sauveteur par excellence, toujours prêt à se jeter à l’eau pour sauver l’homme ou les animaux en danger de se noyer. Aussi doux que robuste et bon nageur, le terre-neuve est doué de beaucoup d'intelligence, il n'attaque jamais les autres chiens qu'il paraît dédaigner à cause de leur faiblesse, mais
si ces derniers viennent à l’attaquer il se venge.
Je me souviens d’avoir observé un cas remar— quable de vengeance chez un de ces beaux terre-neuve que possédait mon voisin, M. Joly de la Piconière, un riche propriétaire. Ce terre-neuve qui fuyait la société de tous les autres chiens du voisinage avait, pour ami unique, un autre terre-neuve qui habitait à quelque distance ; ces deux animaux se rendaient mutuellement visite plusieurs fois par jour. Les autres chiens, blessés probablement par l’espèce d’indifférence que leur marquait notre terre-neuve, se liguèrent un jour au nombre de dix ou douze et,caché, en embuscade dans le chemin creux qui conduisait chez son ami, l’attendirent pendant quelque temps et, fondant sur lui à l’improviste, le couvrirent de morsures et le roulerent dans la fange. Honteuse et furieuse, la victime du guet-apens parut résignée, alla se baigner dans la rivière voisine, rentra chez son maitre, mangea comme de coutume et le lendemain se dirigea vers la demeure de son fidèle compagnon. Là, eut lieu dans ce langage particulier à ces animaux et qui n’est à vrai dire qu’une pantomime très-expressive, un de ces entretiens dont il serait difficile de donner les détails; toujours est-il que l’ami parut comprendre et que vers l’heure habituelle où les autres chiens réunis sur la place voisine se livraient à leurs ébats accoutumés, on les vit descendre tous les deux, tranquillement, l’un auprès de l’autre, et se diriger « vers lemême point. Ils s’arrêlèrent un instant comme
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