LES ARCHITECTES
Mœæurs et conformation extérieure du castor ; prix de sa fourrure ; les castors de Paris. — Le castoréum. — Les constructions du castor. — Ses habitations particulières. — Les villages au bord du lac. — Les habitations d'été. — Les castors terriers. — Le castor à l’état domestique. — Mœurs et conformation extérieure
de la taupe ; ses yeux. — Les taupinières ; le mal que cause la taupe ; son utilité. — Voracité de la taupe; l'heure du travail. — Variété des espèces. — Le blaireau; ses travaux souterrains. — L'haussmanisation chez les blaireaux. — La chasse au blaireau. — Maladie des blaireaux. — Variété d'espèces. — Les lapins. — Les bonnes relations entre voisins. — La jeune famille ; son éducation. — Le lièvre ; son amour de la liberté ; chasse au lièvre; ruses des vieux lièvres. — Les lièvres de du Fouilloux. — Le lapin d’Angora. — Le picalagonys. — Le magasin commun. —
- Les écureuils ; le magasin d'approvisionnements. — L'’écureuil volant ; le grand écureuil volant. — Le burunduk. — Le hamster; sa férocité ; combats qu'ils se livrent. — Le desman; habitations. — La scalope du Canada.
Le castor, que les naturalistes ontrangé dans l’ordre des rongeurs, est un mammifére propre à l’Amérique du Nord, cependant on en rencontre encore quelques-uns sur les bords du Wéser, du Danube et du Rhône, où ils vivent dans des terriers. Ces animaux ont à chaque pied cinq doigts, les doigts des pieds de derrière sont reliés ensemble par une mem-
brane destinée à la natation et qui offre une certaine analogie avec celle qu’on remarque aux pattes des oiseaux palmipèdes. La tête est semblable à celle de la marmotte et les mâchoires présentent chacune quatre dents molaires de chaque côté et deux incisives dont l’extrémité taillée en biseau est extrêmement tranchante, ces dents d’une blancheur parfaite en dedans ont à l'extérieur une coloration jaune qui rappelle celle du safran. Les molaires ont une struc— ture tout à fait en rapport avec l’usage auquel elles sont destinées, elles croissent pendant toute la vie de l'animal de façon à réparer l’usure causée par le frottement des dents sur le bois qu’elles rongent ; en examinant bien il semble qu’elles sont formées par une sorte de ruban de substance osseuse replié sur lui-même. Les molaires supérieures présentent au bord externe trois échancrures, et une seule au bord interne ; les molaires de la mâchoire inférieure ont une disposition inverse, de sorte qu’au moment où s'opère le rapprochement entre l’une et l’autre màchoire, il y a une espèce d’engrenage très-favorable à l’animal quand il veut couper des branches d'arbre.
L’oreille du castor est petite et disposée de telle sorte que l’animal en abaissant le pavillon à sa volonté peut empêcher l’eau de pénétrer dans le canal auditif. La langue est douée d’une faible contractilité, l’animal ne peut lui imprimer des mouvements d’extension très-marqués, mais cependant, quand il travaille sous l’eau, il peut l’appliquer de façon à empê-—
cher le liquide de pénétrer dans les voies respiratoires.
Le pelage du cästor présente deux variétés de poil : Pun fin comme du duvet,soyeux, court et bien fourni, a une couleur grise, tandis que l’autre est rude, gros, dur, et présente une coloration brune. Le premier est très-recherché pour la chapellerie, il préserve la peau de l'animal du contact de l’eau, car à cause de son épaisseur il est presque complétement imperméable, chaque animal tué pendant l’hiver peut en fournir en moyenne de 500 à 600 grammes et ce duvet se vendait autrefois de 300 à 400 francs le kilogramme. Le prix du poil de castor explique parfaitement les poursuites acharnées dont il est l’objet de la part des chasseurs, aussi ces animaux deviennent de plus en plusrares et ont même complétement disparu dans certains pays. En Angleterre, notamment, on en rencontrait encore en grand nombre vers le douzième siècle, tandis qu’il a complétement disparu actuellement ; en France, ces animaux étaient autrefois assez nombreux aux environs de Paris, ils étaient désignés par le nom de bièvres et la petite rivière qui traverse Paris sous le nom de la Bièvre doit son nom au grand nombre de castors qui habitaient jadis sur les bords de ce cours d’eau. Ce n’est plus qu’en Amérique qu’on en peut rencontrer des bandes nombreuses, encore tendent-elles à disparaitre comme il est aisé de le voir par la diminution subie dans l’exportation des fourrures de castor en Amérique. Il y à quelques années encore 150,000 peaux
de castor étaient expédiées d'Amérique en Europe, aujourd’hui on n’en exporte que des quantités insignifiantes. Le castor n’est pas seulement précieux par sa fourrure, 1l est encore très-utile à la médecine à
laquelle il fournit le castoréum, médicament antispasmodique très-efficace, contenu dans deux poches en forme de besace.
Fig. 35, — Le castor,
C'est surtout par leurs ingénieuses constructions, situées sur le bord des eaux, que les castors, ces habiles architectes,sont dignes de fixer notre intérêt ; dans le nord de l’Amérique où leur nombre encore assez considérable leur permet de vivre en société, ils se construisent des villages et déploient dans leurs travaux une activité et une industrie extraordinaires.
Lorsque les eaux sont sujettes à une variation de niveau comme cela a lieu pour les fleuves et pour les
j; L3 rivières, les castors commencent à construire un barfe rage destiné à maintenir les eaux dans un niveau … constant. Pour arriver à ce résultat, ils choisissent sur { le bord de l’eau un arbre dont la grosseur égale, en f général, celle d’un homme de taille ordinaire, et sans - d’autres outils que leurs molaires tranchantes, ils se . mettent en devoir de le ronger à la base pour le faire } tomber. Pour que cet arbre tombe bien en travers
sur la rivière, ils scient d’abord le côté qui regarde le L cours d’eau, de sorte qu'ils obtiennent presque toujours le même résultat qu’ils se sont proposé; cet arbre va devenir la pièce principale de leur digue. Aussitôt qu'il est abattu, tous se mettent à l'œuvre pour le dépouiller des branches qui le recouvrent. Cette opération terminée, ils vont en remontant le cours d’eau, couper sur le rivage des troncs d'arbres plus petits, des grosses branches qu'ils. dépouiilent également des branches secondaires et de l'écorce, les poussent dans la rivière dont le courant les apporte ainsi jusqu'à la digue en construction ; là, 1ls les placent perpendiculairement, l’une des extrémités est appuyée sur le gros arbre, l’autre est enfoncée dans le fond de la rivière, où quelques-uns des travailleurs sont allés plonger pour y creuser des trous afin d’assurer une plus grande solidité. Quand il y a un assez grand nombre de pieux, on dresse contre eux une sorte de palissade faite de branches plus faibles et flexibles et pendant que les uns font l'office de char—
pentiers, les autres en maçons expérimentés vont | 10.
chercher de Îla terre, versent dessus de l’eau en
quantité voulue et la foulant de leurs pieds, la battant à grands coups de queue, gâchent un mortier très-
résistant qu’ils transportent en grande quantité au
moyen de leurs pieds de devant et de leur gueule pour fermer complétement le treillage formé par les branches et les pilotis enlacés. Il semble que ces animaux ne sont pas seulement guidés par l'instinct dans la confection de ce travail, car lorsqu'on examine leurs constructions, on voit que les pieux sont tous placés du côté de la chute d’eau, tandis que tout l’autre côté qui sert à soutenir la masse des eaux et
Jes efforts du courant est construit en talus dont la base
a près de 4 mètres d'épaisseur, tandis que le haut est réduit à { mêtre, ce qui est parfaitement disposé en vue de la résistance. À la partie supérieure de la digue, ils ont soin de ménager une ou deux ouvertures, sortes de déversoirs, dont ils augmentent ou diminuent la largeur, selon que l’eau monte peu ou en
grande quantité par suite des pluies abondantes.
Lorsqu’à la suite d’une crue trop subite, la chaussée éprouve des avaries, les castors attendent que les eaux baissent de nouveau et en peu de temps les brêches sont réparées et toute la construction remise
aneuf. Tous les ans, la digue est réparée et renforcée,
de plus, les graines des arbres et des végétaux de toute espèce que charrie la rivière,et qui viennent
se déposer sur le talus, y germent, croissent et
augmentent beaucoup sa solidité, de sorte qu’après