UN BÉBÉTIQUB AMENÉ A LA FOI PAR CNB BÊTE DR 80MUR
, tnterroga Jvmmta, et doeébwitt te.
« Interroge les bétes de somme, et elle< ^ t^instralront. » (Job. xii, 17.)
Dieu s'est servi en maintes occasions des créatures privées de raison, comme le cheval et le mulet, Equus et mulus, qtnbus non est intellectus (Ps. xxxi, 9), pour forcer des liérétiques obstinés à confesser la vérité da très-saint Sacrement. En voici un exemple^ entre bien d'autres.
XXX* tfERVeiLLB. 101
• n y avait à RimiDi un fameux hérétique Dommé Benipiglio. Comme il exerçait une grande influencfl sur le peuple, il. avait induit plusieurs personnes à douter de la présence de Notre-Scigneur dans la sainte Eacharistie. Saint Antoine de Padoue, qui prêchait alors dans ces contrées, étant entré en discussion avec lai, il sut si bien le confondre par des témoignages formels de TEcrilure, qu*il ne put rien répliquer. II n en persistait pas moins dans son erreur. « Vous me confondez en paroles, • disait-il, € parce que vous êtes savant^ mais il me faut des preuves plus convaincantes, des faits qui parlent aux yeux ; alors je promets et je jure de croire ce que vous enseignez. • Le saint accepte la condition, et remet à Thérétique le choix de la preuve qu'il désire. Après quelques moments de réflexion, le inécréant s'imaginant mettre le serviteur de Dieu dans l'embarras et le couvrir de confusion, lui dit: c J*ai à la maison une jument ; je vais la priver de nourriture pendant trois jours : au bout de ce temps, je ramènerai sur la place publiquf , et j*aurai à la main un sac d'avoine ; au même moment vous vous présenterez avec votre hostie, et vous Toffrirez à la vénération de la bête de somme. Si elle laisse de côté sa pâture ordinaire pour se tourner vers votre Sacrement, je m'avouerai vaincu et j'embrasserai la foi catholique. • Saint Antoine accepta la condition, ayant pleine confiance que la divine Providence voudrait bien opérer ce miracle pour la conversion des mécréants çt la gloire du très-saint Sacrement. Grâce à la téméraire présomption de rhéréti({ue qui se riait, avec ses amis, du futur miracle, le bruit s'en répandit incontinent dans toute la ville, et chacun se promettait de se trouver à
<02 XXX* MERVXILLE.
ce spectacle si nouveau. Le troisième jour une feule nombreuse se réunit sur la place publique ; d'un côié se tenaient les chrétiens, de Tautre les hérétiques.
Saint Antoine célébra la messe avec grande piété dans une chapelle ouverte au public. Quand il fut arrivé à la communion, au lieu de se communier avec le corps da Seigneur, il le prend de la mmn droite et se dirige vers la place, accompagné des principaux de la ville qui portaient des torches allumées. L*animal était là flairant aixiemment le sac d'avoine : Thomme de Dieu animé d'une foi ferme et vive lui dit: «Au nom de ce Seigneur que je tiens dans mes mains malgré mon indignité, je t'ordonne de venir à l'instant te prosterner devant lui ton Créateur, aOn que la malice des hérétiques soit confondue et que tous reconnaissent et confessent la vérité de ce profond mystère. > Pendant que le saint parlait ainsi, l'hérétique répandait l'avoine à pleines mains devant l'animal et l'excitait à en manger : mais la jument, sans môme la regarder, s'avance humblement tête baissée vers le très-saint Sacrement, puis fléchit les genoux comme pour Tadorer. L'assemblée des fidèles pousse aussitôt des cris d'admiration et de reconnaissance envers Dieu ; les hérétiques se retirent couverts de confusion. Grand nombre d'entre eux, et tout d'abord cdui-là même qui avaient provoqué la dispute, remercient Dieu de cet insigne prodige, confessent la vérité du Sacrement et rentrent dans le sein de la foi catholique.
(P. Mapfci et RiBADEREiRA, Vie de $aint Antoine
de Padoue, i'i imn).
XXXI* MEBVEILLB. 103
XXXI* MERVEHLLE.
LE RESFEÇT PODB L*EDCHÂRISTIB HERVEILLEOSEHCNT BECOHPENSÉ.
Qui odorat Deum in obtfctatione, tutci pietur^ et depreeatio illiut us'/ue ad nubc»
pr»pinqu9bH.
« Celui qui adore Dieu avec joie sera bien reçu de lui, et sa prière pénétrera jusqu^aus Boes. » (EccLi. xxxT, SO).
La vie du noble et pieux seigneur Gaston de Rcnty nous fait bien voir combien il est utile et profitable de rendre ses hommages à Tauguste Sacrement de TEucbaristie. Ce grand personnage non-seulement assistait chaque jour à la messe, mais encore tenait à grand honneur de la servir lui-même, et il le faisait avec toute l'exactitude et la révérence qu'on peut trouver dans le elercle mieux formé à cette grande action. Il menait une vie si parfaite qu'il s'approchait chaque jour de la sainte communion ; et il n'y manquait jamais, à moins d'un grave empêchement.
11 employait de longues heures tant à la préparation qu'à l'action de grâces ; et alors il se tenait toujours à genoux, quoiqu'il fût d'une santé débile et qu'il sentit ses membres fatigués ; mais il avait appris à vaincre par la vigueur de l'esprit la faiblesse de la chair, et U était heuveux de joindre ainsi l'humilité à la mortiQc£k ttOD. A ce propos, il écrivait à son directeur spirituel:
104 XXXI* UERVEILLB.
c Dans la sainte communion je reçois tant de Inmîères qne je voudrais être comme saint Ignace martyr, ud pain pnr, un pain en rapport et en correspondance avec le pain eucharistique; pour cela il faut que je sois broyé comme le grain de froment ^ puis détrempé dans Tean, et enfin cuit dans la fournaise ardente, i 11 voulait dire qu'il faut joindre au travail de la pénitence qui mortifie les larmes de la componction qui purifient, et le fen de la charité qui perfectionne et consomme.
Quand on portait le saint Sacrement soit en procession, soit aux malades, il se faisait gloire d'accompagner le roi du ciel, confondu dans la foule, et un pareil exemple excitait la dévotion des assistants. Un jour qu'on devait porter le bon Dieu à un moribond, ses parents et amis le suppliaient de ne pas y aller cette fois, parce qne la pluie qui tombait alors l'aurait exposé à quelque maladie, d'autant qu'il était déjà indisposé et qu'il avait coutume de suivre le saint Sacrement la tète découverte. Mais sa piété ne tint nul compte de ixs avis et il accompagna le saint viatique tout le long du chemin la tête nue. Aussi le Seigneur se plut à montrer combien les hommages de son serviteur lui avaient été agréables, et comment sa prière avait pénétré lei^ nues ; car de retour à l'église il se trouva que toute sa personne et ses habits n'avaient pas la moindre trace de pluie. Tous en furent dans le plus grand étonnement et demeurèrent de plus en plus persuadés que le service de Dieu ne peut jamais causer de préjudice 4 personne.
Son zèle pour le très-saint Sacrement lui mérita une autre fois une protection non moins signaléeile la miséricorde divine. Il accompagnait encore le saint Sacre-
XXXI» MFRVEILLB, <05
ment dans ane procession lorsqu'un carrosse traîné par six chevaux vient à fendre la foule, sans que le postillon s'arrêtât même un instant, par respect pour le Dieu caché, ou du moins par égard pour les nombreux assistants ; on crut qu'il était rempli d'hérétiques ou d'incrédules. Mais notre chevalier, épris d'un saint zèle et d'un vif amour pour Dieu et poussé par l'esprit de foi qui lai montrait Jésus-Christ sous lél voiles eucharistiques , accourt avec un imperturbable sang*froid et se place au milieu da chemin en face de ces chevaux fougueux. Ces animaux s'arrêtent soudain et demeurent immobiles comme des statues, sans faire le moindre mal au généreux serviteur de Dieu. Force fut à ceux qui étaient dans la voiture de rendre leurs Hommages au très-saint Sacrement, et d'attendre, pour continuer leur route, que la procession fût passée. Ces bêtes irraisonnables leur apprirent ainsi quels respects, quels hommages, on doit rendre à la majesté de ce grand Sacrement 1 Ne pourrait-on pas très- justement comparer le dévot Seigneur de Renty au généreux Eléazar Machabée, qui, pour exterminer les ennemis de sa patrie, s'avance bravement vers l'éléphant que montait le roi Antiochus, le perce de son épée avec l'assurance qu'il trouverait la mort sons cette masse énorme : il y périt en effet, ou plutôt il fut enseveli dans son triomphe, comme parle saint Ambroise. Notre Gaston s'avançant ainsi seul et sans armes contre six fougneux coursiers, exposait évidemment sa vie; mais Dieu permit que non-seulement ils ne lui fissent point de mal, mais qu'au contraire, il vint à bout de les arrêter, de les dompter et de les rendre immobiles.
(p. I. B. SiiRT-JuaB* Vie de M. de Henty; ch. 7).
106 XXXIl' MERVEILLE.
XXXIÏ» MERVEILLE.
HëUSË» inventions D^EJNB sainte AME ÉPUISE DU DGSin DG^COMUUNma.
Saturahuntur et raudu^funt Ttêtninum qiù requirunt eum.
«Ceux iqui eliereli<'nt \n S«iKnri»p seront , rassasiés et lou«runi (lieu. » (ifs. xxi» S7).
On admire avec raison la sagesse avec laquelle saint Lucien prêtre et martyr^ alors retenu dans les prisons d'Antioche, trouva moyen d*y célébrer les saints mystères^ et de procurer la sainte communiQa à d'autres fidèles qui n'attendaient que le martyre (Surius, dans sa vie): ce que fît une pauvre bergère de Savoie pour faire célébrer la messe dans une maison d'hérétiques et à leur insu, au milieu de la ville de Genève n'est pas moins digne d'admiration.
Jacqueline Coste naquit d^ parents pauvres dans un petit village situé au milieu des plus alfrcuses montagnes de la Savoie ; mais Dieu l'avait enrichie de grandes grâces à cause de sa vertu et principalement de sa pureté angélique. Destinée dès son bas âge à la garde des troupeaux y elle passait la plus grande partie de la journée en prières ; elle avait surtout une grande dévotion au très-saint Sacrement et à la saiute mèrt de Dieu.
Tirée de ses occupations champêtres par les trom«
XXXII* MRBVRILLE. 107
penses promesses de quelques personnes qui en voulaient à sa foi» elle fut placée saqs le savoir comme servante dans la maison ç|^*un ricbe calviniste de la ville de Genève. Elle avait espéré que le s^oor de cette ville lai fournirait journellement la facilité d*entendre la sainte messe, à laquelle elle ne pouvait assister que les dimanches et fêtes dans une église de la campagne. Mais grande fut sa surprise, plus grande sa désdation» quand on lui dit que le culte catholique était ^solutnent interdit dans cette ville et sous des peines trèssévères. Ce fut aussi par des menaces très-effrayantes qu'on la contraignit de demeurer au service du maître avec qui elle avait pris des engagements. Le hasard ou la méchanceté semblait avoir dirigé cet événement; inais en réalité c'était le Seigneur lui-même qui avait tout dbposé pour Tavantage de cette jeune Glle et pour la conversion de bien des âmes; son ange Tavait conduite comme le bon Loth au milieu de cette Sodûme. Le maître de la maison était Tun des plus riches de la ville, mais aussi Fun des plus ardents en rhérésie. Ayant remarqué les bonnes qualités de cette servante iklèle et adroite, il délibéra, avec sa femme non moins obstinée que lui, de tenter toutes les voies imaginables fiour attirer à leur malheureuse secte notre bonne iacqueline; mais promesses magnifiques et séduisantes, menaces terribl€|s, rien ne put Tébranler. Elle sut même résister aux discours captieux des ministres, ou plutôt die les confondit eux-mêmes par ce qu'elle avait appris soit ati prose soit au catéchisme de sa paroisse, car elle oe savait pas lire. Ses maîtres, qui ne pouvaient s'empâchei' de Tadmirer et de Testimer^ lui permirent cependaut, à force dinstances de sa part, d^aller enten-
108 XXXn« MERVIELLR.
dre la messe les dimanches et les fôtcs dans Téglise da Sacoonay, éloignée de Genève d*une demi-lieue. Mais, comme ils continuaient de la persécuter pour Tobligei à renoncer à la foi catholique, elle se sentit inspirée d*aller servir dans une auberge de la ville^ espérant d'ailleurs d'y avoir bien des occasions d'y rencontrer des catholiques, notamment des prêtres et des religieux, bicB que déguisés : son espoir ne fut point trompé. Un jour elle voit entrer dans cette hôtellerie trois personnages de distinction, dont l'un était Tévéque de Genève, saint François de Sales. Elle le connut tout d'abord pour ce qu'il était. Elle put même se confesser à lui, et le saint prélat lui donna la sainte communion avec une des hosties qu'il portait sur lui à cette époque. Avant de la recevoir, elle lui dit : c Eh I monsieur, vous n'avez pas de clercs, comment allez-vous faire?! Le saint lui répondit avec un doux sourire: € N'en soye? pas en peine ; mon bon ange et le vôtre, qui sont ici présents entre vous et moi, nous serviront de clercs; aussi bien est-ce l'office des anges d'assister autour da la sainte table. » Saint François, en la quittant, loi conseilla de demeurer encore quelque temps dans cette hôtellerie, persuadé qu'elle y rendrait de grands services aux catholiques, comme il arriva effectivement. Elle convertit bon nombre de persoûnes de son sexe et les maintint dans la fol catholique, malgré les dangers incessants de perversion qui les entouraient. Elle sauva la vie à plus de quatre vingts soldats catholiques faits prisonniers lors de l'escalade de Genève opérée par les Savoisiens.
Sa maltresse étant tombée malade,, elle la servit avec tant de soin et de dévouement qu'elle gagna sa oon-
fiance; en peu de temps , après quelques entretiens secrets sur la religion, elle convertit cette femme et la fit abjurer Thérésie ; elle trouva même le moyen de la faire se confesser plusieurs fois. Gomme la maladie empirait visiblement, et que le danger de mort devenait de plas en plus imminent, Jacqueline, qui désirait vivement lai procurer le saint viatique, alla trouver le curé de la paroisse d^Annemasse, peu éloignée de la ville de Genève, et lui demanda une hostie consacrée pour sa maltresse presque mourante; en même temps elle lui présenta un beau linge brodé. Le curé, admirant sa foi et sa simplicité, lui répond qu'il ne- peut absolument enfreindre les saints canons qui prohibent, avec raison, ce qu^elle lui: proposait. Jacqueline, bien affligée de voir son espérance si cruellement déçue, recourut à la trèssainte Vierge et à son bon ange, et les supplia de faire en sorte que sa bonne maltresse ne mourût pas sans le secours et la cpnsolation du saint viatique. Le Seigneur écouta de si ferventes prières. Peu de jours après un ambassadeur de France près des cantons Suisses vint à passer à Genève. Son aumônier portait avec lui tout ce qui était nécessaire pour célébrer le saint sacrifice. La bonne Jacqueline s'adressa à lui et le pria de vouloir bien dire la messe pour communier la maîtresse du logis qui était presque à Tagonie, rassurant qu'il ne courait aucun danger; car il y avait peine de mort pour les prêtres qui diraient la messe dans la ville de Genève. L*aumûnier, cédant à ses instances réitérées, consentit à ce qu'elle désirait si ardemment. Après avoir confessé la malade, il descendit dans une cave où la zélée servante avait déposé une table couverte du plus beau linge et ornée de tout ce qui était nécessaire M. s. £. ^
110 3X.XtI« MERVEILLE.
pour la célébration de Tadorable sacrifice ; un domesti. que de Fambassade servit la messe. Dès qu'elle fot achevée, le prêtre communia la malade , et tout fut terminé avant que les gens de la maison fussent éveillés, de sorte que personne ne put même se douter de ce qui sMtait passé. On conçoit mieux qu'on ne saurait l'exprimer les sentiments d'allégresse, de reconnaissance, dont fut inondé le cœur de la bonne Jacqueline, qui voyait ses eîTorts et l'adresse de son zèle couron* néd d'un plein succès. Mais qui pourrait dire la joie, le bonheur de la malade, si bien préparée par sa domestique, lorsque pour la première et la dernière fois, die recevait son Créateur, son Dieu, son Sauveur? Elle ne cessa, jusqu'à son dernier soupir, de louer lo Seigneur, de le remercier, pour un tel bienfait. Peu de jours après , die mourut assistée de sa pieuse domestique, qui lui ferma les yeux et ne cessa de prier pour die.
Voilà, certes, des actions admirables et qu'on ne s'attendait guère à trouver dans une sim pie bergère, servante d'auberge et dans une ville telle que Genève, le dief-lieu de l'hérésie calvinienne. Mais Dieu, qui ne laisse pas sans récompense un verre d'eau froide donné en son nom, inspira à Jacqueline la pensée de quitter cette ville et de se retirer dans le premier monastère de la Visitation Sainte-Marie récemment fondé à Annecy par son directeur saint François de Sales. Là soas a conduite du s aint évêque et de la fondatrice, sainte Chantai, elle ût de tels progrès dans la perfection et fot favorisée, de grâces si merveilleuses , bien que simple sœur converse, que saint François de Sales la proposait comme un modèle accompli de l'observance réga-
XZX1I1« MERVEILLE. llfl
lière, et qu'après sa mort on Tinvoqaait avec oonflanoe ootnme une sainte du paradis.
*(J. SoLiiènE, de Comit. Euchar. 1. v. c, 3. Voir aussi les Viei du premièrts relig. de la Visit.^ par la Mère de Gbaugy. Paris, 1852).
FAVEUBS SINGULIÈRES QOB REÇOif UNE VIERGB TRÉS-AVIOB OË LA SAINTE COMMUNION.
Vno e$t eoluml/a mea, perferta mea.
« Ma colombe, ma bicn-almée Ckt onl- ^ae. » (Cart. ti, 0).
T. a bienheureuse Colombe de Riéti, religieuse de Tordre de Saint-Dominique, fat du nombre de ces Ames d^éliie que le céleste époux du Cantique des cantiques désigne sous le nom de t colombes» de bien-aimées> !• d'épouses: i columba mea, arnica mea, sporaa. Elle reçut do Seigneur présent dans le très-saint Sacrement des faveurs si nombreuses et si variées, qu'il faudrait de longues pages pour les redire ; je suis contraint de me borner à quelques-unes, qui du reste suûiront à notre sujet.
A peine parvenue à la fleur de Page, Colombe était tellement avide du pain des anges qu'elle no pouvait vivre sans ce divin aliment, et que la privation de Ift communion la faisait tomber en défaillance. Quand plus lard on lui peruùt la communion quotidienne ou du
112 XXXIlf* MERVEILLE. '
moins très-fréquenle, elle en éprouvait tant de suavité et de vigueur, que depuis sa vingtième année jusqu'à la vingt-septième elle ne prit absolument «ucune autre nourriture que la divine Eucharistie. Ce fait paraîtra peu croyable, même aux yeux de certains catholiques; mais il est attesté par une autorité irréfragable, par le pape Innocent viii, qui ût faire là-dessus des informations juridiques lorsqu'il faisait sa résidence à Pérouse. Son confesseur lui demandant un jour comment elle . pouvait vivre sans autre aliment que celui de TËucharistie, elle lui répondit ; c Lorsque je prends ce pain de vie, je sens, mon père, que je suis tellement rassasiée, non pas seulement dans Tàme, mais aussi dans le corps, qu'il m'enlève tout appétit des aliments matériels, pour lesquels je n'éprouve même que du dégoût : <it j'espère de la bonté de Dieu qu'avant la fin de l'année il vous donnera de tout ceci des preuves qui dissiperont vos doutes. » Quelque temps après acrive la fête de Noël. Tandis qu'on chantait les matines, Colombe ravie en extase priait pour son confesseur, lorsqu'on l'entendit prononcer ces mots d'un air de joie trèsvive: «11 }>iura aujourd'hui, il l'aura aujourd'hui la preuve, i Le matin venu, le confesseur célébra ses trob messes : en communiant il sentit une si grande douceur spirituelle que son âme et son corps tressaillaient de la plus vive allégresse dans la possession du Dieu qui vit et règne éternellement : Co7* meum et caro mea exultaverunt in Deum vivum. (Ps. lxxxiii, 3). A la troisième messe ces délices divines s^accrurent de telle sorte qu'il perdit entièrement le goût et le désir tde toute nourriture corporelle, et il lui fut impossible de rien manger de toute la journée. Colombe connut par
XXXIll* MKRVCILLR. 119
révélation ce qui lai était arrivé, et le lendemain elto lui dit en Tabordant : « Grand bien vous fasse, mon pèrel je ^is heureuse .que votre paternité ait goûté de ma nourriture, et sache par expérience comment je puis être rassasiée avec le seul pain eucharistique, b
' Une autre fois la même sainte était à genoux devant Tantel du très-saint Sacrement et témoignait à son Men-aimé combien elle était désolée de ne pouvoir s'unir à lui par la communion, car il n'y avait point là de prêtre pour la lui donner. Le Sauveur, compatissant à sa peine, fit sortir du tabernacle un petit nuaga (éclatant. C'était la gloire de Dieu qui se manifestait ainsi, comme autrefois devant Moïse : Gloria Domim tppamit in nube, (Exod. xvi, 40). Ce nuage, aprè? avoir fait le tour de VEglise, vint s'arrêter sur la tête de la sainte, et y laissa couler quelques gouttes d'eau, qui ne servirent qu'à allumer en elle de plus vives flammes d'amour. Alors la nuée descendit tout prèi d'elle et déposa dans ses mains l'enfant Jésus. Dira avec quel respect elle accueillit ce divin enfant, avec quelles affections elle le serra sur son cœur, serait chose impossible à une langue humaine. Cependant elle soupirait encore après une union plus intime : aussitôt le Sauveur, plein de condescendance pour les désirs de son épouse, ayant repris la forme de Thostie con^** <3'ée, Colombe s'empressa de la prendre en communion pour s'unir cœur à cœur avec celui qu'elle aimait uniquement.
De telles faveurs donnaient à Colombe le courage oe pratiquer en toutes circonstances les vertus les plus héroïques: le diable, toujours envieux du bien, en éprouvait de terribles fureurs, et cherchait par tous les
moyens à la détourner de la oommanion. Un jour qa^elle se rendait à IVglise, Fennemî, prenant la forme et le visage d*un philosophe, Taborda et s^ mit à lai débiter mille sophismes sur le Sacrement de nos autels, afin d*ébranler sd^ foi. Colombe, qui ne le reconnut pas, le prenant pour un demi-savant plongé dans Terreur, s^ingénia à lui persuader la vérité de nos saints mystères, et la divine sagesse donna tant de force à ses raisonnements, que le tentateur se hÀta de disparaître sans répondre et couvert de confusion. C'est alors qu^elle comprit avec quel adversaire elle avait lutté, et elle remercia Dieu de lui avoir donné la victoire, et de loi avoir manifesté avec tant d'évidence la vérité du difio Sacrement. Notr^-Seigneur la favorisa, dans la même église, d*un nouveau prodige. Pendant qu'elle entendait dévotement la messe- elle fut ravie en extase, et quand ie prêtre éleva le calice qull venait de consacrer, elle aperçut au-dessus son bien-aimé attaché à la croix, tout meurtri et couvert de (daies entr*ouvertes. Cette vue la pénétra d*une si tendre compassion qu*elle eo tomba évanouie et comme anéantie. Mais son confesseur, qui reconnut aussitôt la cause de cet accident, sut également y appliquer aussitôt le remède le plus efficace; il lui présenta le corps du Seigneur, et elle reprit incontinent Tusage de ses sens, et quand elle Feut reçu, elle en éprouva une nouvelle vigueur et nne allégresse
indicible.
'p. Mabgbesius, iD Diario Domintc. SO mai).
GRANDES DÉMONSTRATIONS DE JOIE EN l'HONNEUK DU TBÉS-SAINT SACREMENT.
Vfnite, exsuttrmus Domino, jubitemus Dcm ialtttarinostro.
« Venei, réjouissons -nous dans le Srigneur, chantons une hymue au Dieu noiro Sauveur, n (Ps. zciv, 1).
La plupart de nos lecteuirs connaissent les pieuses
démonstrations d'allégresse qui se pratiquent dans la
catholique Espagne lors de la solennité de la Fète-Dien,
devant le très-saint Sacrement. Le saint roi David y
avait comme préludé lorsqu'il dansait de toutes ses
forces, dit l'Ecriture, devant Tarche d'alliance, qui
n'était qu'une faible figure de la sainte Eucharistie :
Pavid saltabat lotis viribus anle Dominum. (Il Reg. vi,
H). Entre tous les Espagnols il en est peu qui se soit
autant signalé dans ces pieuses circonstances que le père
François de Jésus. Avant d'embrasser la réforme de
Sainte-Thérèse, étant encore séculier il prenait pour
sa part, à la fête du très-saint Sacrement, le soin de
disposer avec la plus grande magnificence tout ce qui
regardait cette solennité : recueillir, dans les maisons
des grands, les tapis, les broderies et autres ornements
de prix, pour en orner les murs non-seulement de
Kgîïse, mais encore des rues et des places par où
tf eyait passer le roi de gloire, c'était pour lui une douce
jouissance. Mais il avait surtout grand soin que tout ^ «e passât , le jour de la procession ', avec révérence , ' modestie et dévotion ; et s'il apercevait quelqu*an peu retenu dans son maintien ou se livrant à des conversations, il ne craignait pas de le reprendre sur-le-cliamp. Notre-Seigneur voyait avec complaisance ce zèle de son «erviteur, et comme pour le lui prouver se laissait voir à lui, pendant toute la durée de la procession, sous la figure d'un gracieux enfant.
Notre gentilhomme ne limait pas là les marques de sa pieuse allégresse, tout dans sa personne annonçait la joie de son cœur en cette solennité du corps du fils de Dieu; non-seulement il revêtait ses habits les plus somptueux, mais d% plus il se joignait aux musicians, qu'il accompagnait soit de la voix soit avec un harmo-^ nieux instrument, ou bien il se mêlait aux groupes qui témoignaient de leur jubilation par des mouvements cadencés, selon le goût de sa nation. Un jour qu'après s'être abandonné aux transports de sa dévotion, il s'était retiré dans l'église de la Trinité pour y attendre le très-saint Sacrement, qu'on avait placé dans un reposoir, au moment où la procession approchait de l'église, il fut saisi d'un élan d'amour si impétueux, que, sans réfléchir à quel danger il s'exposait, il s'élance d'un bond de la porte vers la place, qui en était séparée par plusieurs degrés; mais dans son élan il se fracasse une jambe contre les pierres, et tombe à la renverse. On accourt à son secours, on l'emporte sous un portique pour lui procurer du repos et laisser passer la foule. Mais quand le saint Sacrement fut à proximité, le fervent François, gémissant de rester alors assis et immobile, s'écrie plein de foi et de conûance : c Eh 1 comment
xzxiv* mebveillb: ti7
Seignear ? voas passez près de ce pauvre misérable qui s'est fracassé la jambe par amour pour vous, et vous le laissez dans la peine? Votre miséricorde infinie ne peut* en agir ainsi. • En disant cela^ il sentit renaître en lu» nne telle vigueur, que s*écbappant des mains de ceux qui le gardaient, il court, en sautillant, et sans aucune doaleur ni empêchement quelconque dans la jambe brisée, et se prosterne aevant son Dieu pour lui témoigner sa reconnaissance. Tous ceux qui lavaient été témoins de sa chute ne pouvaient qu'admirer une si prompte guérison.
S'il lui arrivait d*ét;re malade à Tépoque de la solennité du très-saint Sacrement, il en était désolé, mais il savait triompher de la faiblesse de son corps par la vignenr de Tesprit. Cest ce qui lui arriva en particulier à Baës lorsqu'on y célébra une fort belle fête en l'honneur de Fauguste mystère de nos autels. Il était alors retenu au lit par une fièvre maligne, et sa vie courait même du danger ; mais son plus grand supplice était de ne^uvoîr rendre à son bien-aimé ses devoirs et ses hommages accoutumés. Sa demeure était même tellement distante de l'église, qu'il n'espérait pas avoir la consolation soit de voir le bel ordre de la procession^ soit d'entendre les chants d'allégresse du clergé et du peuple et les joyeuses fanfares dès musiciens qui lui plaisaient tant. Cependant les cantiques de louanges et les sons des instruments étant parvenus jusqu'à ses oreilles, peut-être par un miracle de la bonté divine, une sainte ardeur s'empare de lui, et lui rend toutes ses* forces. 11 quitte le lit, met ses habits de fête, court à la rencontre du très-saint Sacrement, et, fendant la foule, arrive jusqu'au trône d'honneur sur lequel reposait son
118 1XXIV* MEHV£ILLB«
Dieu. Il se prosterne et Tadore profondément, à la grande admiratioa de tous ceux qui étaient présents et qui connaissaient Tétat de faiblesse à laquelle la maladiti Tavait réduit.
Nous devons dire aussi, pour faire connaître quelle était la dévotion de €et homme de Dieu, que FaUégresse qu'il recevait de ces fêtes était quelquefois mêlée d*aaiertume et de tristesse, parce qu*elles étaient trop souvent hélas l' suivies d*orgies et de scandales. Il ressentit particulièrement cette douleur poignante dans la ville d'Orbeda. Le matin avait eu lieu la procession du très* saint Sacrement; on avait laissé toute la journée les rues tendues et décorées, afin que dans la soirée le peu* [de pût jouir de ce .charmant coup d^cefU, timt en se tivrant à des jeux innocents. Les habitants commençaient à se réttnir dans les rues, lorsque des jeunéis gens licencieux, accompagnés de jeunes Oiles le visage masqué, se mirent à les parcourir, avec une tenue et des vêlements fort immodestes. Le servitemr de Dieu, voyant cela, se rappela aussitôt la vision qu'il avart eae le matiuy comme à Fordinaire, durant la procession, et dans laquelle Jésus-Christ s'était montré à lui, non plus comme un Sauveur plein d'amour, mais comnie un juge irrité, armé de la verge du châtiment, et pTéi à frapper des ingrats qui ne répondaient à. ses bienfaits que par des outrages. Transporté de zèle et d'indignation, François se revêt d'un sac grossier et, la tête cou* verte de cendres, il parcourt les rues de la ville en se flagellant jusqu*au sang d'une manière si cruelle qne tout le peuple en fut saisi d'épouvante. Il marchait sur les prenouz, répétant d'une voix forte, comme un nouveau Jonas, ces paroles: c Hommes ingrats» comment
ZXXV* HfBVEILLB. 119
ne craigdez-voQs pas la colère de Dieu? Pourquoi souillez-?ous les voies qall a sanctifiées anjourd*hur môme par sa présence corporelle? pourquoi provoquez- TÔQ8 ainsi ses trop justes châtiments?» Cet étonnant spectacle produisit son effet; les coupables se sentirent touchés de tx>mponctioQ, la profane assemblée se dispersa et le repentir succéda au scandale.
(p. JosRPH DE SAINTE T^RÉsB, Chrouique des Carmei dichausséa, L m, 1. ix, c. 9).
LA SEINE DU CIEL ET LES ANGES FONT CORTÈGE AD SAUVEUR QD'ON porte EN VIATIQUE.
Àdititit regina a dtxlxi» tvit in vttHtm dcauratOf eircumdata vorùlate.
« La reine se tenait à votre droite, parëe do vêtements enrichis d^or et ornée de dl- Yerses couleurs. » (Ps. zut, 10).
Nous avons déjà vu des rois et des reines qui se faisaient gloire d'accompagner le très-saint Sacrement 90e Ton portait à travers les places publiques : aujourd'hui ^ afin d'exciter davantage les simples fid^es à imiter de si nobles exemples, nous leur en citerons un encore plus étonnant, celui de la relue des anges, qui plus d'une fois descendit du ciel pour accompagner la divine Eucharistie. Noos choisirons, entre les plus admirables prodiges de ce genre, ce qui arriva au bien-
heureux Odéric de Port-MahoQj, de l'ordre sérapbiqoi de Saint-FraoQois.
Une sainte fiile était sur ie point de mourir privée, à son grand regret, de la consolation de recevoir le saint viatique. Pauvre des biens de ce monde, elle était fort riche en vertus : elle se faisait remarquer par une dévotion toute de cœur envers la mère de Dieu, et c'est ce qui lui mérita une faveur très-signalée. Cette mère de bonté, voyant la douleur de $a servante et voulant y porter remède, descendit elle-mqême dn ciel avec un nombreux cortège de vierges et d'esprits bienheureux, et, se faisant voir toute brillante de lumière au bienheureux Odéric qui voyageait .seul dans ,une forêt : c J'ai nue Odèle servante, lui dit- elle, qui se meurt près d'ici , et qui désire ardemment recevoir ie saiut viatique : le prêtre est absent , je veux que vous lo remplaciez ; je vais vous conduire moi-même, d'abord à Téglise, où vous prendrez le très-saint Sacrement, puis à la maison de la malade, car je veux être présenta à sa dernière communion. •
Le bon religieux, stupéfait de cette apparition et plus encore du commandement qu'on lui fa^isait, se réputait bien indigne d'un tel honneur ; si d'une part il se réjouissait en pensant qu'il allait fortiGer par la sainte communion le passage de cette vie à une. meilleure d'une âme aimée de Marie, de l'autre il s'humiliait de se voir accompagné de la reine du ciel, suivie ellemême d'une foule d'esprits célestes. Cependant il obéit sans réplique. 11 suivit donc les pas de Notre-Dame, qui s avançait comme revêtue d'une gloire ravissante, mais avec un visage où l'on voyait reluire une douce majesté. (:k)mme la distance de la forêt à l'église était assez
XXXV« MERVEILLE. I2i
longue , la bienheureuse Vierge daigna s'entretenir familièrement avec Odéric: elle lui parlait des vertu» admirables de sa servante et de la perfection avec laquelle elle avait servi son divin fils durant un grand oombre d'années ; elle lui racontait les témoignages nombreux de sa dévotion envers la mère de Jésus et les mille inventions de sa piété pour Thonorer et 'aimer ; enGn elle lui dit que cette pieuse fille* avait conservé dans toute sa candide blancheur le lis de la virginité. Dès qu'on fut arrivé à l'église, le serviteur de Dieu prend la sainte hostie et se rend à la demeure de la malade. Je vous laisse à penser, ami lecteur, quels forent les sentiments, les soupirs, les larmes, dm bienheureux Odéric portant dans ses mains le saint des saints au milieu des habitants du ciel rendus visibles, et tout près de lui l'auguste mère de Dieu accompagnant son divin fils. Mais quelle langue humaine pourrait exprimer ce qui se passait dans le cœur de la reine àe? cieux, et les hommages d'amour et de vénération que les esprits bienheureux s'empressaient de rendre à leur Dieu caché sous les expèces sacramentelles? Lorsqu'une si merveilleuse procession entra dans le pauvre logis de la malade, celle-ci, à qui il fut donné de l'apercevoir visiblement, ne pouvait se contenir à la vue de ces âmes glorieuses et surtout de leur souveraine, qui daignait, avec son propre fils, la visiter, la c>onsoler ei la fortifier. Si son humilité fut grande, plus grande encore fut sa reconnaissance pour un bienfait aussi signalé, et extrêmement vive la consolation qu'elle éprouva en recevant le pain du ciel de la main d'un saint et en présence d'une si ravissante assemblée.
Ce qu'il y eut de plus remarquable ici, bien que tout
i22 ZXXV* HEBVEILLB.
y soit admirable» ce n'est pas précisément que la glorieuse maltresse des anges et des hommes soit descendue da ciel pour rendre ses hommages au très-sain) Sacrement ; elle avait accordé la même faveur à saint André Corsini pendant qu'il célébrait la messe : ce n'est pas» non plus, qu'elle ait obtenu de son fils un miracle pour procurer le viatique à sa dévote servante ; sembla- 'ble chose arriva à la bienheureuse Dorothée de Prusse lorsqu'elle fut sur le point de rendre le dernier soupir. Mais ce qui ne s'était encore jamais vu, c'est que la glorieuse Vierge ait fait un long trajet à pied d'abord pour se rendre à Téglise-et ensuite à la maison de la malad». £lle eût pu donner pour conducteur un ange ou l'un des saints qui l'accompagnaient ^ ou prendre tout autre moyen pour indiquer le lieu où gisait la malade : mais non. elle voulut faire tout le chemin pour manifester combien die aime et favorise ceux qui la servent et l'honorent.
Heureuse Tâme qui est fidèle à Jésus et dévote à Marie ! Heureux ceux qui ont le bonheur d'açcoiù^gner l'auguste Sacrement» soit qu'on le porte solennellement en procession» soit qu'on aille l'administrer aux malades I C'est toujours un grand honneur qui leur est fait. Gloria magna est seqtd Dominum: • Cest uw grande gloire que de suivre le Seigneur. »
(BotLAND. AcL SS, 14 jan. in Vita S. Oderici).
ZXXVl" MERVEILLE. 123
2)£S AMIIAUZ RENDENT HOUMÂGE AD SAINT-SÂCREMENT.
Cognovit bos postessorem tuum , Israël autem me non cognovit.
« Le bœuf sait reconnaître son maître, mais Israël m*a méconnu. » (Is. i. 3).
Le miracle que nous allons rapporter arriva en
Tannée 1399. Deux bergers, le père et le fils, avaient
conduit leur troupeau dans des pâturages voisins de
Irès-vastes naarais. Comme ce jour- là tombait pendant
Toiîtave de la glorieuse Assomption de la très-sainte
Vierge, le père se rendit à une église peu distante pour
y entendre la messe. Pendant que le fils, encore tout
jeune enfant^ veillait seul à la garde du troupeau, il
vit toot à coup sortir du marais et s'élever dans les
ûrs trois objets lumineux comme de blancs et brillants
papillons ; en même temps tous les bœufs se tournèrent
instinctivement vers la vision et, ployant les genoux
Jusqu'à terre, ils s'inclinèrent profondément en signe
de respect et d'hommages. Ces objets étaient réellement
irois hosties consacrées que de méchants Juifs s'étaient
fait remettre par une femme de mauvaise vie, et qu'ils
avaient jetées dans ces eaux bourbeuses, tout à la fois
pour outrager le Sacrement des chrétiens et pour cacher
leur mauvaise action. C'était donc le Seigneur Jésus
lui-même que ces bœufs vénéraient ainsi.
Un tel spectacle émut le jeune pâtre, et, touché de
i24 XXXVl® MERVEILLE.
dévotion, il s*empressa de rendre à son Dieu ses plus / humbles adorations. Quand son père fut de retour, il ^ lui raconta tout ce qui s'était passé. Cet homme n'en voulut rien croire, et se moqua de son fils comme d'un dupe et d*un visionnaire, jusqu'à ce qu^il eût vu de ses propres yeux se renouveler le miracle de Tapparition des hosties et des hommages des bœufs. Dès lors,' ne / pouvant plus douter de la réalité du fait, il se prosterna f devant ces hosties, puis il courut à la ville pour en -avertir le magistrat du lieu. Celui-ci, croyant qu'il se moquait de lui, lui tourna le dos et refusa de l'écouter ; et comme il insistait pour qu'il fût lui-môme témoin da la merveille, le magistrat le fit enfermer dans un appartement. Mais aussitôt tin ange vint lui en ouvrir Ja porte, et lui ordonna de retourner auprès du magistrat pour lui renouveler ses instances, et le convaincre de la sincérité de son récit par sa miraculeuse ( délivrance. A la vue du berger qu'il venait de mettre f sous les verrous , le maire étonné de ce nouveau mira •
cle ne put plus douter de la réalité du premier : il se rendit incontinent auprès de l'évêque pour rinfornier de l'un et de l'autre prodige. Le prélat réunit aussitôt son clergé ; on sonna les cloches pour assembler le peuple, et on se rendit processionnellement au marais \ théâtre d'une si grande merveille. L'évêque trouva les \ hosties consacrées, les adora profondément, puis les ayant prises, il les offrit à la vénération de tout le ()eapie : il les disposa en suite dans un ciboire et les rap- \ porta à sa cathédrale au milieu des cantiques de joie. \ Le magistrat fit de sou côté des enquêtes sévères
pour connaître les auteurs de cet horrible sacrilège. Après plusieurs recherches infructueuses, on finit par
XXXVn» MERVEILLE. 125
découvrir qu*il avait été commis par quelques mauvais Juifs accompagnés d'une femme de mauvaise vie. On les fit comparaître devant le tribunal , où ils furent condamnés à être brûlés vifs, aBn d'expier par le supplice du feu les outrages qu'ils avaient faits au trèssaint Sacrement dans les. eaux d'un marais.
(Bzovius, in Ann. eccl. ann. 1399, n. 13).