‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 11 sur 35 · LA SOIF DE LA COUMONION ÉTEINTE PAR DES GRACES ADMIRABLES · texte numérisé non relu

LA SOIF DE LA COUMONION ÉTEINTE PAR DES GRACES ADMIRABLES

Qurmadmodum desiderat rervut tut fonleê aquaram , ita dtsiderat anima mea ad (c, Deu».

« Comme le eerf altéré soupire après la source d'eên vive, ainsi non ime vous * désire, 6 mon Dieu. » (Ps. xli, I).

Jamais cerf altéré ne courut avec tant d'ardeur vers les eaux rafraîchissantes, jamais homme affamé par un long jeûne ne désira avec tant d'avidité des aliments, comme la bienheureuse Ida, religieuse Bénédictine de la ville de Louvain, avait faim et- soif de la divine Eucharistie. Un jour qu'elle assistait à la messe, au moment où le prêtre élevait Thostie, puis le calice, elle . sentit en son cœur un si violent désir de s'abreuver du sang de son Sauveur, que, ne pouvant plus contenir dans son cœur la douce violence de sa pieuse avidité,

<26 XXXVI1« MEBVEILLE.

ell^ la manifesta extérleorement par des gouttes d'un sang vermeil qui ne cessèrent de s'échapper de son nez et de sa bouche jusqu'à ce qu'elle se fût nourrie du corps et du sang de son Dieu. Alors elle demeura tellement hors d'elle-même et si bien privée de l'usage de ses sens, qu'on eût dit que son âme avait quitté son corps pour entrer dans celui de son céleste époux, et qu'en elle se vérifia cette parole de saint Augustin : f L'âme est plutôt avec ce qu'elle aime que dans le corps qu'elle anime : » Anima magis est ubi amat, quam uhi animai.

Une autre fob elle soupirait ardemment, à son ordinaire, après la sainte communion, mais elle n'osait la demander à son directeur. Notre-Seigneur, pour combler le désir de sa bien-aimée, envoya du ciel un do ses anges, qui alla prendre une hostie dans le tabernacle et en communia la bienheureuse : ce qui la remplit d'une telle consolation que pendant plusieurs heures elle ne put contenir les élans de sa joie. Ce désir de la sainte Eucharistie était si véhément et si continuel en cette sainte, qu'il la mettait par fois hors d'ellemême et lui faisait proférer des paroles qui semblaient inconvenantes, du moins aux gens peu éclairés ; car, dit saint Bernard, c Celui qui aime semble parfois insensé, mais seulement à celui qui n'aime pas. » Amam amens aliquando videtur, sed ei qui non amaU Ainsi, quand elle rencontrait des prêtres, il lui arrivait souvent dédire: • Allons manger notre Dieu. » Elle faisait aussi de temps à autre dts actions qui à première vue paraissaient peu convenables. Elle éprouvait un joar une Qèvre brûlante qui la consumait : mais le désir de s'unir à son divin époux lui causait une ardeur bien

XZXVIl^ MERVEILLE. 127

autrement dévorante, qu*elle faisait connattp$ par-^pa, soupirs et des gémissements douloureux. Un prêtre^ témcûn de ce qu'elle souffrait, en eut compassion, et pour la consoler dans de si vives angoisses, il lai apporta k sainte Eucharistie. Mais au moment où il s'approchait d'elle tenant à la main une hostie, la malade semble oublier son mal, et, cédant à une inspiration soudaine, elle se soulève , au grand étonnement des assistants, puis, sans réÛéchir à ce qu'elle faisait, elle coile ses lèvres sur le bras du prêtre qui tenait le saint Sacrement, comme pour reposer, dans son amour brû» iant, sur le cœur de son bien-aimé. Le prêtre, étonné d'un pareil procédé,^ s'imagina que la violence du mal lui avait fait perdre la raisoa, et se disposait à s'en retourner sans la communier, quand les assistants Tavertirent qu'il y avait-ià, non un signe de folie, mais un excès d'amour de son Sauveur. En effet, à pein« cette sainte âme eut-elle reçu son Dieu qu'elle entra dans un doux repos et parut inondée d'abondantes délices spirituelles, juste récompense de la vivacité de son amour.

La bienheureuse Ida n'éprouvait pas ces sentiments de dévotion seulement lorsqu'elle était assise au banquet eucharistique, elle les ressentait encore toutes les fois qu'elle savait reconnaître les endroits où résidait réellement son divin époux. Quand elle allait visiter les dames malades de Louvain, si elle entrait chez l'une d'elles qui fût autorisée à conserver le très-saint Sacce- Rient dans sa maison, elle s'en apercevait aussitôt, bien qu'il fût voilé; et sans qu'on l'eût prévenue, elle se rendait incontinent au lieu où il était déposé et se pros* lernait devant son Dieu : son visage devenait alors

i28 XXXVI1« MERVEILLE.

comme enflammé, tant étaient ardentes les prières qu'elle lui adressait.

Quelque chose de plos remarquable encore lui arriva un jour qu'elle passait dans une ëglise. Au moment où elle mettait les genoux en terre pour adorer le trèssaint Sacrement par ces affectueuses paroles : c Salut, ô très-doux Jésus, qui nous avez rachetés par votre précieux sang, » on entendit à l'intérieur du tabernacle un bruit semblable à un coup frappé sur le saint ciboire et qui retentit dans toute l'église. II n'y a pas à douter que le Sauveur voulût par là montrer combien la sahitation de sa servante lui avait été agréable, et comme lui rendre son salut La bienheureuse fut favorisée de beaucoup d'autres grâces en assistant au saint sacriflce. Un jour qu'elle répandait son cœur aux pieds du saint autel, une blanche colombe vint vers elle, déposa sur ses lèvres une hostie consacrée et versa dans sa bouche quelques gouttes du sang précieux du . Rédempteur. Cette admirable participation aux divins mystères répandît tant de suavité dans son âme, qu'elle en ressentit tout le jour une joie délicieuse ; elle la remplit aussi d'une céleste sagesse qui lui fit mieux comprendre d'une part la majesté de son souverain Seigneur, et de l'autre les taches, bien que légères, qui déparent une âme lorsqu'elle tombe dans quelque petit jéfaiït, comme il lui arrivait quelquefois. C'est pouri^uoi, se considérant comme impure et difforme en présence de la souveraine pureté de son divin époux, elle n'osait plus s'approcher da banquet eucharistique. Mais le Seigneur vint bientôt la consoler^ en lui disant .ntérieurement : a Ma bien-aimée, pourquoi affliger ainsi ton cœur ? à la première communion que tu feras

XXXVIII» merveille; 429

ttr obtiendras par mes mérites le pardon de toutes tes fautes. 1 En effet, le dimanche suivant, an moment où elle communiait, toutes ses inquiétudes et ses afflictions disparurent, pour faire place à la plus vive conflance. Grand enseignement pour les âmes que la vue de leurs défauts rend timides et tristes ; au lieu de tant se désoler de ses fautes d'ordinaire fort légères et d*abandonner la sainte communion, il leur serait bien plus utile et plus agréable à Dieu de s'humilier en sa présence et de recourir, pour guérir leurs blessures, à la fontaine de salut qui est dans les sacrements.

{Acta S3. Bolland. 13 apr.)

Page 1