‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 9 sur 35 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Le grand et souverain pontife Innocent III, dan» nne des lettres qu'il adressait à l'archevêque de Sens, rapporte un admirable prodige arrivé en France et qu& le Sauveur daigna opérer pour convertir un infidèle à la vraie foi.

Un vieux Juif usurier avait à son service une femme chrétienne, qu'il séduisit par ses artifices et entraîna dans les erreurs du judaïsme. La malheureuse en vint à nier le mystère de nos autels et à dire que l'hostie consacrée dont se nourrissent les chrétiens à la table îainte, n'avait pas d'autre valeur que du pain ordinaire. Malgré cela, elle avait bien soin de tenir secrète sa conduite perfide et son renoncement à la foi, et même, pour ne pas encourir les peines portées contre les chrétiens rebelles aux lois de l'Eglise, elle allait de temps à autre, comme les autres fidèles, recevoir la sainte Eucharistie. Un jour de Pâques elle s'approcha de la sainte table ; mais aussitôt qu'elle eut reçu l'hostie dans sa bouche, elle la recueillit dans un linge et la porta à la maison de son maître, à qui elle la remit eu

7* XXil* MERVEILLE.

disant cl^un ton de mépris t i Voici le grand Dieu def^ chrétiens, t Le juif se dispus&ût à la placer dans un vase qu'il tenait en réserve, quand il entend frapper à la porte de sa chambre. Craignant d'être découvert avec cet obj^t à la main, il le jette précipitamment, et sans y prendre garde, dans une autre boite qui contenait sept pièces d'argent, puis il court ouvrir la porte, et il expédie promptement la personne qui avait affaire à . lui. Rentré dans sa chambre, il revint au vase dans lequel il croyait avoir déposé Thostie; il le trouve vide, À son grand étonnement. Au même moment, voilà qu*en se remuant il donne du pied dans celui où il avait jeté rbostie. La boite se renverse entr*ouverte. Mais, ô merveille 1 il en sort non des deniers, mais des hosties très-blanches, toutes semblables à celle que la méchante femme avait apportée de Tcglise.

Dieu par oe prodige voulait avertir ce juif de renon* cer à ses erreurs et à son usure, pour embrasser la foi chrétienne, et rendre hommage au Sacrement de nos autels. La pensée lui en vint effectivement. Vivement surpris et tout ému de ce«qu'il voyait, il ne savait cependant quel parti prendre, ^nfln il se décida à réunir quelques-uns de ses coreligionnaires ; il leur fit le récit de tout ce qui s'était passé, et leur demanda conseil. £n leur.présence,il essaya de séparer des autres une des iiosties qui paraissait quelque peu humide. 11 espérait que les autres,après cette séparation, reprendraient leur nature première; mais, il eut beau faire, les choses restarent dans le ntôme état. Dès lors, animés d'an bon esprit, ces juifs s'entretinrent de ce fait étonnant, et ils ne purent s'empôcher de convenir qu'il n'était point impossible à Dieu de faire que du pain deviot son yéri -

SXII* HERVfflLLB. *5

table corps> puisqu'il avait pu convertir en hosties des pièces de moDDaie. Us n'avafent plus qu'un pas à faire pour embrasser notre foi, et confesser la vérité du mystère eucharistique : la grandeur d'un miracle si évident les y invitait, la grâce d'en haut les sollicitait puissamment, et ils étaient comme décidés. Mais ils hésitaient encore et voulaient des preuves plus convaincantes pour en venir àTexécution. Le juif qui avait été le premier objet de ce prodige fut seul fidèle à la grâce ; mais laissons parler le pontife lui- môme.

f Après avoir confié sa femme et ses enfants à un maréchal ferrand, fort honnête homme, en lui recommandant de les faire baptiser, il vint à Rome et se présenta à nous, demandant avec grande instance d être admis dans le giron de la sainte Eglise. Après avoir eu avec lui plusieurs conférences sur la Loi et les prophètes, . nous le renvoyâmes à révoque de Tusculum, afin qu'il Tiiistruislt diligemment des mystères de la foi, et lui conférât le saint baptême. Comme cette nouvelle plante n'a pas seulement besoin pour prendre accroissement deTaliment de la saine doctrine, mais aussi des secours temporels et pécuniaires, notis ordonnâmes à sa fraternité de fournir à ce Juif et à sa famille convertie tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. »

Ce grand miracle^ rendu public par la lettre du saint pontife, fut bientôt connu en France et en Italie, pour le plus grand bien des âmes. Il paraissait encore plus étonnant que ces autres prodiges si merveilleux oii les maintes hosties se sont changées en fleurs d'une beauté 1 avjssante et en épis de blé d'une qualité incomparable, la bonté divine ayant toujours le même but, qui est la confusioi) et la converoion des juifs et des hérétiques. («AROiiiL'8^ ânnal.an. 1313, u. 68).

1 76 ZXIII* MBBVKILLE.

XXIIl» MERVEILLE.

XES ANGES SONT LES PBOTECTEDRS PARTICCLIERS DES DÉVOTS ' A L'AUeOSTE SACRKMKXT

Mittetangetum suum, et diriçetvlumtuam.

n Dieu enverra son ange, et dirigera vos voies. » (GtR.xziv, 40). f .'

Les anges, courtisans fidèles du roi de la cité céleste, ont montré en bien des occasions qu'ils forment également sa cour dans le Sacrement de nos autels et lui obéissent en tout ce qu*il leur commande.

Maxirailien d'Autriche, longtemps ayant d*ôtre élevé à Tempire et lorsqu'il était encore dans la fleur de Tâge, aimait beaucoup la plaisir de la chasse. Un jour il poursuivait une biche sauvage 3ans les environs dlnspruck. L'animal fuyait de toute sa vitesse devant les chasseurs, escaladant les rochers les plus abruptes. Le prince, qui convoitait cette proie, la poursuivait avec une ardeur irréfléchie, franchissant les rochers escarpés, au grand péril de sa vie, jusqu'à ce que enfln, la hôte s'étant précipitée du haut d'un rocher, le prince qui la poursuivait à outrance, fit un faux pas et roula sur le flanc du rochef. Mais si la descente fut facile et trop facile, il D'en fut pas de même pour remonter : le rocher ne présentait aucune prise ni pour les pieds ni pour les mains. Se voyant ainsi dans l'impossibilité d'avancer ou de reculer, il fut saisi d'une grande tristesse. Au-dessus

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de sa tète il n*apercevait que les hautes elmes des Alpes coayertes de neige, autour de lui des rocs insaisissables, et au-dessous un précipice affreux ; il avait beau crier au secours, sa voix ne pouvait être entendue. 11 passa ainsi un jour et une nuit sans repos et san.<r nourriture, a?ec la perspective d'une mort malheureuse, peut-être peu éloignée.

Cependant son cortège et ses compagnons de chasse le cherchaient vainement de tous côtés et' se désolaient de la perte d'un si bon prince, lorsque , arrivés par hasard près d*un rocher, ils entendirent des gémissements; en s'approchant ils reconnurent leur maître. Grande fut leur allégresse ; nmis il fallait trouver les . moyens de le tirer de ce mauvais pas. Un habitant des montagnes pouvait seul descendre dans le précipice et en retirer le prince : ils en trouvèrent plusieurs, mais aucun ne voulut tenter Tentreprise, parce qu'elle était fort dangereuse et pour eux et même pour le prince, et que le résultat en paraissait fort incertain. Lui lancer une corde qull pût saisir fut Tobjet d'une tentative qui fut tout aussi infcuctueuse : la grande inégalité du rocher tantôt creux, tantôt bombé ne permettait pas à la corde d'arriver jusqu'au captif.

Après deux jours passés^ dans cette situation désespérée, Dieu lui inpira la pensée de recourir à des sauveurs plus puissants que les hommes, puisque ceux-ci ne pouvaient rien pour lui.* Elevant la voix autant que sa faiblesse le lui permettait, il pria ceux qui étaient spectateur? de son infortune d'aller en donner avis ai» curé de l'église voisine et de le prier d'apporter le saint Sacrement sur le sommet du rocher, et permit ainsi au malheureux prince de rendre ses hommages au Dieu d«

78 IXIÏI* MERVEILLE.

nos autels, et de r«paUre ses yeux de la vue de ce divin viatique, dont il aurait désiré se nourrir.. Les désirs du pieux prince furent promptement exécutés : le bon prôtre se hâta d'apporter la sainte Eucharistie dans rosiensoir, et la présenta à la vénération de Maxirnilien. Celui-ci se jette aus^tôt à genoux, adore humblement son Dieu sous les voiles eucharistiques et répand son cœur en sa divine présence, le suppliant de lui accorder Tabondance de sa grâce en ce moment de la mort, s'il n'était plus digne d'obtenir la prolongation de son existence. Le prince n'était pas seul à implorer l'assistance do ciel ; le firuït de ce terrible accident s'était déjà répandu dans les campagnes environnantes ; chacun déplorait son triste sort et tous s'étaient mis en prière pour son salut. Dieu ne pouvait rester insensible à tant de supplications. Or, pendant que le prince continuait ses dévots hoib mages au très-saint Sacrement, il entendit quelque bruit derrière lui ; il se détourne et aperçoit un jeune homme, vêtu à la &çon des campagnards, qui écartait les pierres sans difficulté, et traçait un sentier à travers les crevasses du rocher. Arrivé deVant le prince, il lui tend la main et lui dit : « Reprenez courage et ne craignez plus : celui que vous avez adoré et invoqué, le Sauveur qui vit et r^gne à jamais, a entendu vos gémissements, et il m'a confié la mission de vous sauver ; suivez-moi sans crainte. » En un instant il le fait sortir de ce danger et le conduit dans une plaine voisine. Ceux qui étaient venus le chercher l'y suivirent bientôt tout joyeux, et le félicitèrent de cette merveilleuse délivrance. -Mais le voyant tout pûle et très-atfaibli, ils le soulevèrent et le transportèrent, comme en triomphe, dans un château du voisinage. A peipe y fuUil installé qu'ils se

XXIV* UEJtVEILLE* 7d

mirent à la rectierche du jeune pajsao qw avait sauv^ leur maître ; mais quelqoe diligence qu^on fit de tout côté» on ne pot le rencontrer : on se souvint alors qu'il avait disparu aussitôt après que le prince avait été amené dans la plaine. On se rappela aussi ison adresse, son agilité, qu'aucon homme mortel eut jamais pu posséder à ce point, et tout le monde demeura persuadé que c'était un ange du ciel que le Sauveur avait €D7oyé pour délivrer un prince qui avait eu recours avec une foi si vive au divin Sacrement, pour lequel la ptûssante maison d'Autriche a toujours témoigné tant d'amour et de vénération, comme nous l'avons d^à vu* AGn de perpétuer le souvenir d'un événement aussi remarquable, on a placé sur le haut du rocher susdit one statue colossale du Sauveur, afin jque les passants pussent l'apercevoir de loin et rendre à la divine bonté de dignes actions de grâces.

• {Thealr, V. J. C. ver, Angel. etver. .Ëuchar).

XX1V« MKhVElLLE.

LA SAINTE EOCBABISTIE MISE KN OTAGE.

SptAaor fai>iwt est Jenu, a Jéïus s'est fait caution. » (Beau, vu, M).

La première croisade que saint Louis, roi de France, entreprit contre las Sarrasins pour recouvrer la Terremainte nous offre deux événements admirables qui ma-

nifestent ane*foi$ de plus l'amour de Jésus pour les hommes dans le Sacrement de Tautel. Ce bon Sauveur consent à les accompagner sur terre et sur mer, pour les fortiGer, les secourir ; il daigne même se faire leur caution et devenir prisonnier pour les délivrer.

Saint Louis avait obtenu du légat apostolique qui raccompagnait la faculté déposséder le très-saint Sacre* ment sur le vaisseau amiral , afln qull pût lui rendre de continuels hommages et recourir à lui dans les ' périls de la navigation, et en môme temps pour qu'on pût l'administrer aux malades. Dans le dessein de rendre à ce Dieu Sauveur les honneurs dus ^ sa divine majesté , il Gt dresser du côté de la poupe , un autel richement orné sur lequel on plaça un tabernacle revêtu d'or et de soie. Cest dans ce sanctuaire que le pieux monarque passait la plus grande ps^e de son temps en de ferventes oraisons, et qu'il faisait célébrer les divins ofiices. Or, quelques jours après qu'on eut quitté le port, il s'éleva tout à coup une furieuse tempête, et les vaisseaux étaient tellement ballottés et emportés, de çà et de là, que tous les passagers se crurent perdus sans un miracle. Leur appréhension redoubla lorsqu'ils virent le vaisseau amiral aller donner contre un écueil caché sous l'eau «t s'y briser. Dans un péril aussi imminent, les prêtres accourent vers le roi ; ils le trouvent humblement prosterné devant l'adorable Sacrement, les mains jointes et les yeux pleins de larmes. Us comprirent aussitôt que les prières du saint roi, par la vertu miraculeuse de la sainte Eucharistie, les délivrerait du naufrage. En effet, la tempête se calma incontinent, et le vaisseau n'éprouva aucune avarie. Louis Gt assembler alors les inarius et les

soldats devant le saint tabernacle pour remercier leur éivin libérateur.

Le second prodige est peut-être encore plus digne d'admiration, bien qu'il ne saurait guère s'excuser que' * ' par la foi simple et naïve du pieux monarque ; car il Q*est pas plus p|^mis, généralement pariant, de confier DOS augustes mystères aux inGdèles que de < donner le saint aux chiens et de jeter des perles devant les pourceaux. » Les armées chrétiennes avaient remporté de glorieuses victoires sur les ennemis du nom chrétien, lorsque Dieu, par un impénétrable jugement toujours juste, permit que le saint roi devint prisonnier de guerre, avec ses deux frères Charles et Alphonse. Lorsqu'il fut devant le sultan, celui-ci lui demanda pour leur rachat une énorme somme d'or. Saint Louis ne refusa pas cette condition, mais comme il n'avait pas cette somme présentement, il lui donna sa parole de roi qu'aussitôt aprèà son retour en France, il la lui enverrait. Mais le prince sarrasin, peu accoutumé à se contenter de promesses, refusait toujours la liberté aux prisonniers. Enfin, après de longs débats, le roi promil de donner pour gage de sa fidélité à sa parole le corps de son Dieu enfermé dans un vase de prix. Le sultan qui connaissait la croyance des chrétiens accepta le gage, et permit aux captifs de retourner en France. Voilà cepen* dant jusqu'où le Sauvenr Jésus poussa l'amour qui le dévore pour les hommes. On avait bien vu saint Paulin de Noie et saint Raymond Nonnat se faire esclaves pour rendre la liberté à des chrétiens ; mais ici c'est Jésus- Christ luî-^ème qui se fait caution, otage, prisonnier, entre les mains des infidèles, pour délivrer de la captivité un de ses fidèles serviteurs. merveille î Dieu ua

Si XXIV* 11ERVEILI.B.

permit pas tontefois que le seotateor de Mahomet profanât le dépôt sacré qu'il avait entre les mains. Il savait ou peni-être avait-il vu lui-même quelle vénération le ' ^roi portait à cette hostie sacrée, dans laquelle ses yeux ne voyaient que du pain ; il n'ignorait pas que le mo- ' aarqne Testimait plus que tous les trésors du monde, et par conséquent donnerait au besoin toutes les richesses pour la ra.oheter ; aussi la gardart-il avec un souverain reiféct, aûn de ne rien perdre de la somme convenue. Et son espérance ne fut point trompée : saint Louis était à peine de retour en France , qu'il recueillit la somme exigée, l'envoya en Egypte, et rentra ainâ en possession d'un trésor mille fois plus précieux que tout l'or et l'argent du monde.

Dans ce récit si surprenant on ne sait lequel le plus admirer, ou de la fidélité du j^ieux roi, ou dé celle du monarque' sarrasin, comme le dit si l)ieQ Jçap Vital dans les vers suivants :

* Susc«pitpignus Saladinus Jdsu.

Redderet ut regnis te, Ludovice, luis.

Tu pignus redimis multo pretiosius auro

Utra fides major, ista vel illa fuit ?

fi

f Afin de te rendre à tes états, ô Louis, Salad in reçoit en gage Jésus lui-môme. Mais tu t'empresses de racheter le gage, mille fois plus précieux que l'or. Qui fut le plus fidèle de toi ou de lui, nul ne le saurait dire. »

(Makchesius in Pane quotid. S6 aug. P. JpVin^ Elog. t. 3. Mj,i>oçuiU8. Horear. 1. 1).

XXV" MEEVEILLE. 83

MOfiT FC.N'E^B SUITE d'ONB COMliaNlON INDIGNE;

Potitu» Ml Aie miiMm et i*» resurr^etio^ nem «iu//on»m.

« II est au noùde poar la ruine et pour la résurrection de plosiears. 9 (Luc. 11, S4).

Nous avons vu coauDent le divin Sacrement de Tautel procura le saint à deux grands rois qui le vénéraient particulièrement ; voyons maintenant comment il peut être causé de ruine pour ceux qui le nn^risent, aûn d'éviter un semblable sort.

Lothaire roi de France avait répudié sa femme légitime Teudeberge, pour s'attacher à une femme qu'il aimait illîcitement, nommée V&Urade, Le souverain pontife Nicolas 1*" l'avertit à diverses reprises et fort paternelle ment de renoncer à ce commerce scandaleux, pour ne pas l'obliger de fulminer contre lui les censures décrétées contre les adultères. Ces menaces réitérées n'ayant eu aucun résultat, la sentence d excommunication fut lancée contre les deux coupables^ Mais Lothaire endurci dans son crime n'en continua pas moins ^ vie Hceneieuse, encore bien qu'à l'extérieur on pût juger, tant que vécut ce pape, qu'il avait amendé sa vie. Mais après la mort de saint Nicolas, il espéra être traité avec plus d'indulgence par son successeur Adrien II ; il vint donc à Rome pour lui dom^ader l'absolution, protestant

qii*il n*était point coupable des crimes qu'on lai impu* tait, et assurant qu'il avait fidèlement exécuté les avertissements da pape, en éloignant Vftltrade, qu'il ne

JFoyait plus aucunement.

Adrien reçut avec de grands honneurs Lothaire, qui affectait des airs de repentance. Dans on entretien particulier il lui demanda s'il avait été fidèle à ses promesses jurées et observe exactement tout ce que son saint prédécesseur lui avait 'enjoint. Le roi, dominé par l'esprit de mensonge, répondit qu'il avait observé toutes ses prescriptions aussi fidèlement jjue s'il les avait reçues du ciel. Tous les barons et autres seigneurs qui l'accomgnaient rendirent le môme témoignage, et il ne s'en trouva pas un qui osât contredire la parole du monarque. Alors le pontife leur dit : < Si vos témoignages s accordent avec la vérité, rendons-en grâces à Dieu. Pour vous, mon cher fils, je vous attends demain à la Confession de saint Pierre. J'y offrirai la divine hostie pour le salut de votre corps aussi bien que de votre âme, et il est convenable que vous y participiez avec nous, afin que par cette communion sainte vous méritiez d'être réintégré au corps de Jésus-Christ, dont vous

. avez été séparé par l'excommunication . • Le roi Lothaire fut fidèle an rendez-vous. Le pontife célébra les saints mystères en saT)résence, et en présence de ses compagnons. Arrivé à la communion des fid^es, il prend dans ses mains le corps du Seigneur, se tourne vers le monarque et lui parle en ces termes : « Prince, si vous êtes véritablement innocent du crime d'adultère dont vous avez été accusé auprès du pape Nicolas, et si vous êtes daiis la ferme résolution de ne plus vivre avec Valtrade, approchez avec confiance et recevez le Sacre-

ment da saint éternel, afin qu'il vous donne la remission de vos péchés. Mdis, si la conscience vous reproche ces crimes, si vous n'en ayez point de repentir et si vous n'êtes pas résolu de vous amender, ne soyez pas asse/ téméraire que d'approcher, car vous y trouveriez votre raine et votre condamnation. » Endurci et aveuglé par 3a passion, le prince infortuné s'approche et reçoit le corps du Seigneur, sans redouter la terrible sentence de Tapôtre qu'on venait de lui rappeler : Qui manducat et bibit indigne^ judicium sibi manducat et bibit. « Celui qui mange et boit indignement (dans ce Sacrement) mange et boit sa propre condamnation. » (I Cor. xi,29). Le pontife se tonrne alors vers les seigneurs qui étaient présents et qui pour la plupart étaient des fauteurs des d&ordres du roi : tSi vous n'avez eu aucune part aux désordres de votre maître, leur dit-il, si vous n'avez point communiqué avec Valtrade excommuniée par ce siège apostolique, voici le très-saint corps du Seigneur : il vous sera d'un grand secours pour votre salut éternel : mais craignez le châtiment du sacrilège. » Quelquesuns reculèrent devant un tel crime, les autres imitèrent le prince, et mangèrent indignement le pain des anges. Mais aucun de ceux-ci n'échappa à la vengeance divine, et tous moururent dans l'armée de diverses manières plus ou moins lamentables, qu'il serait trop long de rapporter ici, pour aller rendre compte devant le tribunal de Dieu de leur sacrilège ; ceux que l'horreur de ce crime avait empêchés de lé commettre furent seuls épargnés. Lothaire sortit de Rome, espérant bien échapper aa malheur prédit ; mais en arrivant à Plaisance il fut attaqué d'une violente maladie qui lui enleva à la fois le royaume et la vie ; il y avait à peine un mois qu'il avait communié

86 XXVX* MERVEILLE,

Telle est pour Tordinaire la triste fin de ceux qui osent s'approcher indignement de la table sainte ; en eux se vérifie cet oracle du prophète : Vidi eos qiâ ^perantur iniquilatemy fiante Deoperiisse, et spiritu irœ ejtis esse consumtos, « J'ai vu ceux qui opéraient Tiniquité, périr en un instant consumés par le souffle de la colère de Dieu. » (Job. ly, 9.)

(Barorils cIBayraldi, Ann. Chrieti. 868) ;

BOllMAGES DES ABEILLES ENVERS LA SAINTE EDCÉâHISTIS.

Domiue^ apiTtm argutMntosa tUterviti « Seigneur» les abeilles intelligentes voa»

servent. »(Bret. Rom. o£Bce de sainte Cécile).

L*abeille occupe un des derniers rangs dans la classe des animaux allés ; mais elle est peut-être la plus industrieuse, la plus laborieuse et la plus bienfaisante de tous dans ses admirables produits. Aussi la sainte Eglise, pour exprimer' les courageux exploits de la vierge martyre sainte Cécile, se sert de la comparaison des abeilles : Cœcilia famula \ua, Domine, qtiasi apis tihi argumentosa deservit. « Votre servante Cécile voas sert, ô Seigneur, comme une abeille industrieuse. » (Brev. Rom. 22 nov). Mais si les abeilles montrent journellement par leur ingénieux travail quelles ont quel(|ue chose de raisonnable, de divin même, comme chante le poète : Esse apibtis partent divinœ mentir

XtVI* MftAVEILLE 87

(Georg. iv)y elles en ont donné des preuves pins éclatantes encore par ce qu'elles ont fait en Thonneur du très-saint Sacrement.

Personne n'ignore que les cierges qui brûlent sur l'autel pendant la célébration des saints mystères doi« vent être fabriqués uniquement uvec de la cire d'abeille, d'après les sages ordonnances de notre mère la sainto Eglise et pour des raisons mystiques que nous ne pouvons exposer ici ; ainsi, quand Tabeille emploie ses journées, use ses forces, pour former la cire, c'est pour Jésus-Cbrist au très-saint Sacrement qu'elle travaille.

11 est arrivé plus d*une fois que la sainte Eucharistie ayant été enlevée profanée, et jetée ignominieusement par Ôes hérétiques ou des chrétiens sacrilèges en des heux peu convenables, des essaims d'abeilles eonstruitaient avec leur cire une espèce d'autel et de tabernacle, entourés de colonnes, puis une forme de vase où l'on retrouvait heureusement les hosties dérobées. On les voyait ensuite voltiger en bel ordre autour de leur créateur et maître et former par leurs bourdonnements un chant si suave, si harmonieux, qu'on eût dit une musique céleste. Mais il est à propos de choisir entre ces merveilles un événement spécial, parce qu'il est plos notoire et plus authentique.

Deux larrons étant entrés furtivement dans une église dérobèrent un ciboire dVgent, contenant des hosties consacrées. En traversant une forêt voisine, ib jetèrent ks saintes espèces an (tied d'un arbre où des abeilles avaient formé plusieurs essaittis. €et exécrable forfait s^nût demeuré à jamais inconnu si un jardinier du voisinage qui passait par là n'eié^ entendu un très-doux booTdomVBment d'ab^las qui voltigeaient au^ùr d'une

rîiche. Il fut tellement surpris et en même temps ra?i de cet harmonieux concert qu*il s'arrêta longtemps à Técouter, pensant qu'il n'aurait jamais si belle occasion de réjouir ses oreilles. Mais sa surprise ne fit que s'accroître lorsque, la nuit suivante, s'étant levé avant l'aurore, il aperçut au*dessus de la ruche de la forêt une grande clarté qui inondait les alentours. Dès lors ne doutant point qu'il n'y eût quelque chose de surnaturel en tout cela, il va trouver un prêtre de ses amis et loi raconte tout ce qui se passe dans la forêt. Celui-ci, n'osant décider une affaire si grave, crut devoir en référer à l'évêque diocésain. Le prélat, quoique plein de confiance dans la bonne foi du prêtre, voulut néanmoins s'assurer du fait par ses propres yeux. Arrivé au pied de l'arbre, il reconnaît, après un sévère examen. qu*il n'y avait rien de naturel en ceci, mais qi;e c'était évidemment un fait mystérieux et digne de respect. Il forma aussitôt le dessein d'assembler le peuple et d'organiser une procession solennelle vers oe lieu béni. Quand on y fût arrivé, les abçiiles se retirèrent pour permettre au prélat d'accomplir son ministère et laisser aux spectateurs la satisfaction de contempler la merveille divine. Quelle ne fut pas Tadmiration universelle quand le prêtre ayant fait une ouverture dans les rayons qu'entouraient les abeilles, on aperçut comme nne forme de petit temple, et an milieu un fort joli petit vase de cire d'une blancheur éclatante qui contenait toutes les vénérables particules dérobées. A cette vue toute l'assemblée tombe à genoux pour adorer l'auguste Sacrement, et fait ensuite retentir les airs de cantiques d'allégresse et d'actions de grâces à celui qui cseul opère de si grandes merveilles : » qui facU mirabilia

XXV1« MEBVËILLE. 89

magna soins (Ps. cxxzv, 4). L*évêc|ue reçut des mains du prêtre le vase doublement précieux, et on retourna processionnellement à Téglise. On y construisit une chapelle décorée avec soin en mémoire du miraculeux événement, et depuis cette époque il s'y opère des miracles nombreux. Les deux voleurs, ayant ouï parler du prodige de la forêt, se convertirent sincèrement et confessèrent publiquement leur énorme sacrilège : ils firent ensuite amende honorable devant les mêmes hosties sacrées qu'ils avaient si indignement profanées.

C'est ce prodige des abeilles qu'un poète a célébré par les vers suivants:

In campo limoque jacet, mirantibus astris,

Triticse nubis clausus in orbe Deus.

Sentit numen apis, superoque ab amore magistro

Docta, parât Domino mellea templa suo.

Hoc Deus e solio invitans : accède, videtur

Oicere, gustanti mel tibi totvis ero.

f Le Dieu caché dans une parcelle de pain gît à teriv^ dans la boue, puis dans un champ : les astres en sont dans Tétonnement. L'abeille a l'intelligence de ce Dieu adorable ; un instinct supérieur la pressant, elle prépare un palais de miel au roi de Tunivers. Chrétien, Jésus qui t'invite du haut de son trône semble te dire : approche, et ne crains rien, je suis tout miel à celui qui me mange. >

(Henri de GiiE.'fAOE,' Grand Miroir des exemples, dist. V, ex. 59}.

tA eAINTB EUCHARISTIE REMPLIT LES CŒQBS

d'o» ardent amour.

Ignem 9eni mittert in terram, et quid vor« niii ut aeetnâatur!

« Je luii Teott apporter le feu lur U icrre, et que dësiré-Jf autre chose sinon quVIIe en soit embrasée ! » (Lcc. xiii, 40j.

Nolrc-Seîgneur souvent s'est montré dans son Sacrp-" ment à des âmes privilégiées sous la forme d*un globe de feu, popr marquer tout à la fois Tardent amour qu'il nous porte et les vives flammes de Tamour divin qu'il excite dans les cœurs. Mais il est peu de saints qui aient mieux ressenti ces célestes faveurs que sainte Rose de Lima, do tiers-ordre de Saint-Dominique, et la première fleur de sainteté qui soit éclose dans FAmérique méridionale. Quand elle recevait la sainte communion , son cœur était tellement embrasé des flammes de L'amour divin que son visage laissait échapper des rayons éblouissants, et des religieux de grande autorité ont attesté n'avoir pu en supporter l'éclat. Son confesseur l'ayant obligée de déclarer d'où provenaient ces rayons, elle avoua qu'en recevant le saint Sacrement il lui semblait introduire le soleil dans sa poitrine, et qu'elle éprouvait alors dans tout son être, proportionnellement, les mêmes effets de chaleur et de lumière que Tastre du jour produit sur un cristal [X>U qui reflète ses

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XXVII* MBRVBILLB. 9i

rayoDs. Le père Bernard Marchese, du même ordre des, frères Prêcheurs, a témoigné pareillement qu'étant eocore novice et présentant l'ablution après la commnnio&y selon la coutume de cette époque» arrivé à sainte Rose, au moment où il approchait d'elle le vase du vm, il éprouvait une chaleur si vive qu'il était obligé de retirer promptement la main. Elle méritait, certes, d'être ainsi consumée de ces ardeurs célestes, seraphicis ardoribus colliqueseere, comme parle l'Eglise dans l'éloge qu'elle lui a consacrée au bréviaire; elle les méritait par sa^tendre dévotion et par les continuels hommages qu'elle rendait à Notre-Seigneur dans son Sacrement. Le matin elle entendait toujours toutes les messes qui se célébraient en grand nombre jusque vers midi dans l'église de Saint- Dominique, et^elle le faisait avec un esprit si attentif et une telle tendresse de sentiments, qu'on pouvait passer devant elle et lui parler sans qu'elle vit ou entendit la moindre chose, tant elle était recueillie et absorbée dans l'amour de son céleste époux. Durant l'octave du très-saint Sacrement elle se tenait immobile, & genoux, plongée dans son ravissement, en présence -de la divine Eucharistie, depuis le matin jusqu'au soir ; .elle ne prenait alors d'autre pourriture que ce pain substantiel de son âme qu'elle trouvait à la table eucharistique. Lorsque sa trop grande faiblesse la contraignait à user d'aliments, elle prenait plaisir à ne manger que des feuilles de cette plante qu'on appelle on Espagne c granadiglia ; > et en Italien « fleur de la passion» (passiflore); ce qu'elle faisait parce que ces feuilles, très-amères, sont un vrai tourment pour le palais, et ensuite parce qu'elles représentent les instruments sacrés de la passion, c'est-à-dire les clous, la

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couronne, la croix, la colonne, les verges de couleurde sang ; c*était, pour la sainte, savourer les douleurs de son Seigneur attaché à la croix.

Consacrée tout entière au service du très-saint Sacre» ment, la sainte employait en œuvres pies les heures âe la nuit et du jour qu'elle ne donnait pas à Toraison ou aux nécessités impérieuses de la vie : faire des corporaux, nappes d'autel, voiles, pâlies, chasubles ou autres vêlements sacrc'^s, fleurs artificielles, tapis môme, était son occupation habituelle ; tout ce qui pouvait procurer gloire et honneur aux divins mystères faisait l'objet de sa sollicitude empressée. Le doux Sauveur prenait un plaisir infini aux travaux de sa Cdèle servante : il lui apparaissait souvent pour lui en donner des marques, et lui ravissait le cœur pat ses regards d'amour: mais ces précieuses faveurs, au lieu de lui faire interrompre ses travaux, lui donnaient une nouvelle ardeur et communiquaient à ses œuvres une grande perfection. Ces occupations extérieures ne servaient qu'à augmenter sa piété; elle en prenait occasion d'orner son âme des vertus les plus parfaites, pour plaire à son divin époux. Il !ui dit un jour ces amoureuses paroles : < Rose de mon cœur,*je te veux à jamais pour épouse: Rosa cordis,

tu mihi sponsa esto. i

{Vie de S. Rose, 30 août, Bollard).

XXVm» MEBVEXLLE. ' ^S

XXVITP MERVEILLE.

DIEU SAIT TII\Ea LE BIEN DU MAL.

Conira malum bonum eu.

(t Le bien est ^uprés da mal. n (Ecciu xx%m, 4 S).

f C*est une célèbre sentence de saint Augastin qna Dieu a mieux aimé tirer le bien du mal que de ne permettre l'existence d'aucun mal : » Deus maluit de malùt bona facere, quant nvlla mala esse permiUere. Dieu sait faire tourner au bien le mal qu'opère librement la perverse volonté bumaine ^ en sorte que les bommes font servir au mal une nature qui est bonne en soi, et Diea fait tourner à bien cette mauvaise volonté qui est en eux : Ut quumilli maie utuntur boniSy ipse hene utatur voluntaiibus malis (De Civit. Dei, 1. xi> c. . i 7). Nous allons voir une preuve admirable de cette vérité dans le récit qui va suivre, et qui a pour objet un sacrilège abus de la sainte Eucharistie.

Une femme de Bruxelles, d'assez noble famille mais pauvre de fortune, s'était vue dans la nécessité de recourir à un juif pour emprunter une somme assez forte 9 et le Juif n'avait consenti au prêt qu'en recevant pour gage i'babit dont la pauvre femme se revêtait les jours de fêtes solennelles. Arrive la fête de Pâques : la femme va trouver l'usurier pour le prier de lui rendre son habit pour ce jour*là, parce qu'eUe ne pourrait

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sans ce vêtement se présenter à la sainte table d'une mani^ convenais à son rang, et y secevoir la divine communion, ainsi que tout chrétien y est obligé. Le perfide Israélite, entendant parler de communion, se dit que Toccasion était belle d'exécuter un infernal dessein quli roulait dans sa tête. 11 lui dit donc : i Je veux bien te rendre ton habit, et même pour toujours, mais à une condition : c'est que tu m'apporteras Thostie que les chrétiens appellent le corps du Seigneur : Si tu ne veux pas accepter cette condition, tu n'auras jamais ce que tu demandes , sinoa à beaux deniers comptants. • L'impie voulait renouveler contre le Christ notre Dieu les outrages qa'un de ses coreligionnaires de Paris avait commis il y avait peu d'années. Celui-ci avait jeté dans de l'eau bouillante une hostie consacrée, afin de Ty anéantir; et comme elle surnageait, sans être endommagée , il osa, dans sa rage infernale, la percer avec un couteau, et il en sortit dn sang on grande abondance. La proposition du juif parut d'abord horrible à cette femme chrétienne : livrev ainsi son Dieu, renouveler l'action de ludas, lui répugnait singu« lièrement. Mais la nécessité de la pauvreté est souvent une bien mauvaise conseillère et fait commettre de grands crimes. Elle réfléchit d'abord, puis elle hésita sur te parti qu'elle devait prendre, et enfin l'envie qu^elle avait de recouvrer sa robe lui fît promettre tout ce que le juif demandait. Donc le matin du jour de Pâques elle se présenta à la sainte table avec les autres fidèles, et reçut dans sa bouche le corps du Seigneur. Aussitôt elle y porta sa main tremblante pour y prendre la divine hostie, et la cacher dans un mouchoir. Mais au même instant sa bouche s» referme sur sa Isoigao et il

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loi est impossible de Touvrir ; tout son corps est agttô de tremblement» elle sent à Tintérienr un feu qui la dévore, et son estomac éprouve un besoin de vomir qu'elle ne peut contenir. Toute faonteuse et craignent qu'on ne vienne à savoir la cause de souffrances si extraordinaires, elle sort précipitament de Téglise, s'avanc/C vers un puits qui était à peu de distance, s'y repose fatiguée et épuisée. Un moment après, elle renouvelle ses essais, et cette fois elle parvient à rejeter dans le puits Fbostie consacrée qu'elle avait toujours dans la boacbe. Se voyant ainsi débarrassée de cet insupportable poids et reprenant peu à peu ses sens et sa vigueur, elle rentra dans rassemblée des fidèles, sans faire semblant de rien et dissimulant ce qui lui était arrivé.

Il faut maintenant voir comment Dieu sut tirer le bien d'un si horrible forfait. La coupable avait couvert da plus profond silence sa mauvaise action, mais elle ne put de même empêcher la renommée des nombreux miracles qui depuis cette époque s'opéraient en cet endroit: ce puits qui renfermait un dépôt si sacré devint eomoie un élixir de vie, et ses eaux guérissaient toutes sortes d'infirmités ; en sorte qu'on pouvait lui appliquer ces paroles du cantique: Putem aquarum viventium: € Voici le puits des eaux vives, d (CanL iv , 15); ou celles de Notre-Seigneur à la Samaritaine : Fons aquce vivœ salientîs in vitam œtemam : « C'est une source d'eau vive qui jaillit jusqu'à la vie éternelle. • {Joan. IV, 14). On accourait journellement de tons les lieux environnants à ces eaux salutaires, et toutes les maladies de l'âme et du c^rps, lèpre, fièvres, ulcères, etc., y trouvaient un prompt remède. Mais personne ne pouvait découvrir la cause de ces effets prodigieux ,

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car jusque là on n'avait jamais ni vu ni ouï dire rien de semblable. EriGn la femme coupable^ qui à la vue de tant de merveilles éprouvait de vifs remords, cédant à une forte inspiration du ciel, eut le courage de déclarer son crime, et d'avouer qu'elle avait jeté lo corps do Seigneur dans ce puits. Aussitôt les échevius de la ville prirent le sage conseil de vider toute l'eau de ce puits, afin de sassurer s'il n'y avait point encore au fond quelque parcelle de la divine hostie, que l'on pût recueillir avec honneur. On se met à l'œuvre. Nouveau prodige ! on trouve au fond du puits une très-belle image du Sauveur en croix attachée avec certains liens dont les racines semblaient être dans la terre. Après y qu'on l'eut tirée de là, on l'exposa à la vénération ^ publique; le peuple accourut en foule pour admirer ^ cette nouvelle merveille, et tous se sentirent pénétrés ^ ,. des plus vifs sentiments de foi, de religion, de piété et v.. ^ de contrition. L'image fut portée processionnellement à ^ ' l'église voisine, et elle y demeura pendant plusieurs ,,'^' centaines d'années, entourée d'honneurs et d'homma- .^ ges, jusqu'aux troubles qu'excita la réforme protestante ; J ^* elle disparut alors, avec tant d'autres monuments de la jl/^ piété catholique, au grand regret .des habitants de 4^ Bruxelles.

(Adr. SrftiEcs, S. de J. De Imit. Jeau patientii^ i,c.4.)

<n» MAUVAISE COMMUNION CAUSE DE DAMNATION.

Non est bonum aumere panem filiorum et mittft'e eanibus.

a U n'est pas bon de prendre le p.ttn de.

enfants pourle donner auzcbfcns. «(BùTTii XT, 57).

Dieu n*a point pour agréables les dons que Ton offre sar ses autels si celui qui offre ne s*est d'abord réconcilié avec son frère qu'il a offensé, a Allez d'abord , nous dit-il dans le sermon sur la montagne, vons réconcilier avec votre frère, et après vous viendrez offrir votre présent. » Vade prius recondliari fratri tuo, et tune veniens offeres munus tuum. (Matth. v, 24. ) Combien moins voudra-t-il donner son très-saint corps à celui qui conserve de la malveillance envers son prochain ! Dans la ville de Cortone deux seigneurs de haute distinction vivaient dans une mortelle inimitié, au grand scandale de toute la ville, que leurs divisions avaient séparée en deux factions. Rien n'avait pu les réconcilier, ni l'autorité du prince, ni les avis des ministres ie Dieu 9 ni les supplications de leurs familles. Sur ces ntrefaites, le plus obstiné et le plus éloigné de la paix ombe subitement malade et se* voit bientM en dang^ le mort. Réfléchissant alors sur sa vie passée et voulant iQver son àme, il envoie, au collège de la compagnie e Jésus 9 chercher un confesseur pour recevoir les

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sacri^ment*?. Le père arrive «ans retard, le confesse, pais l'avertit doucement et avec charité qu'avant de recevoir Tabsolution il serait nécessaire qu'il se réconciliât publiquement avec son ennemi, afin de réparer le scandale de leur inimitié trop connue. Les paroles da confesseur furent si efficaces que ie pénitent assura qu'il ne demandait pas mieux que de faire la paix. On alla promptement chercher Tautre seigneur, qui vint de bonne grâce auprès du lilNlu moribond; et tous deux témoignèrent par leurs paroles bienveillantes qu'ils avaient déposé leurs haines anciennes et qu'ils se réconciliaient sincèrement et de bonne amitié. Le confesseur, ravi de joie, donna l'absolution au malade, et lui apporta le saint viatique. A peine l'avait-il reçu qu*il entra en agonie et rendit le dernier soupir,, laissant à tous la plus grande assurance de son salut éternel , car il avait pardonné les injures avec tant de sincérité^ fait une bonne confession et reçu les derniers sacrements dans les meilleures dispositions. Tel était le jugement des hommes, qui ne peuvent juger que d'après l'extérieur ; mais le juste juge qui sonde les reins et les cœurs avait porté un jugement bien différent et sans appel.

La nuit qui suivit les funérailles, deux jeunes gens très-gracieux armés de torches ardentes vinrent frapper à 4a porte du collège de la compagnie de Jésus, demandant à parler au père qui avait reçu la confession do défunt, pour une affaire de grande importance. On alla aussitôt ie prévenir, et quand il fut en leur présence ils le prietent de les accompagner à l'église^ où le mort était enterré. Arrivés à la porte, l'un deux tira une clef, tandis que l'autre disait au père: « Ayez bon courage et ne craignez rien. Vous allez monter à l'autel

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pour y prendre le vase sacré qui renferme les saintes espèces, puis venez avec nous faire une œuvre sainte. » Le pauvre psétre était tout hors de lui : cet enchaînement de eirconstanôesy les ténèbres de la nuit, les flambeaux , Féglise même, faisaient naître en lui une foule de pensées diverses. Cependant ses guides lui inspiraient de la conGance, il avait aperçu en eux dôs k premier abord quelque chose de plus qu'humain : voilà pourquoi il les avait suivis sans diffculté. Maintenant encore il se conforme à leur v^uté et les accompagne tenant à la main le saint ciboire. Ce sont, se disaii-il, des anges du ciel, peut-ôtre m& conduisent-ils auprès de quelque malade prêt à rendre le derni^ soupir. Mais il s'agissait d'une mission bien autrement terrible et lugubre. Les anges le rassurant toujours le conduisirent droit à 'la tombe du chevalier, c Père, lui dit Tun d'eux, préparez- vous à recueillir le corps du Seigneur. Ce malheureux a reçu indignetçent son Dieu, parce qu'il n'a pas voulu pardonner de bon cœur à son ennemi : s'il a fait quelques actes religieux, c'était pure hypocrisie; il craignait; de^iourir sans sacrements, de peur d'être privé des honneurs de la sépulture. D'ailleurs sa confession étaijt sacrilège, il n'avait ni contrition ni désir de s'amender. La réception du saint viatique eût été un nouveau sacrilège, et Dieu n'a pas permis qu'il pût avaler la sainte hostie, le corps du Seigneur est resté attaché à sa langue menteuse. » Cela dit, il commande au tombeau de s'ouvrir : la terre s>ntr'ouve, le cadavre se dresse aussitôt sur ses pieds, oavre sa bouche sacrilège et infecte, et présente la sainte hostie, que le prêtre recueille d'une main tremblante et mal assurée» et remet avec grande révérenca

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dans le vase sacré. Puis aussitôt le cadavre retomba dans la fosse, pour ne plus se relever, et le sol se rafftTmit comme il était auparavant. Les messagers célestes reconduisirent le prêtre à Tautel pour y déposer le saint ciboire, et de là au collège, dont la porte s'ouvrit d'ellemême. Au moment où le père francbîssait le* seuil les deux guides disparurent, laissant ce religieux dans la persuasion que c'étaient^deux anges venus du ciel pour rendre hommage jà l'adorable Sacrement.

Quelle est la conclusion morale de celte histoire? c'est de nous apprendre combien nous devons être sincères dans nos corifessbns, et quel respect les anges ont ()our le très-saint Sacrement.

(P. EiiGELGRAVBf JD Luc. Ecafigtl. p. II Dom. s post Pentec, 653).

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